Municipales : de nouveaux candidats racistes et complotistes au RN - L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- A.-E.Lemoine: A tout à l'heure.
L'Edito de Patrick. Après les réquisitions contre M.Le Pen, le RN continue de faire profil bas. - P.Cohen: Pas un mot plus haut que l'autre.
Oublié les cris d'orfraie du 1er procès où on dénonçait un hold-up démocratique, un coup d'Etat judiciaire. J.Bardella parlait même de tyrannie des juges.
Après les 1res réquisitions, M.Le Pen lançait: "C'est ma mort politique qui est réclamée." 15 mois plus tard, alors que la candidature de M.Le Pen n'a jamais paru aussi compromise, le ton est plutôt dans l'acceptation. - J.-P.Tanguy: Il n'y a pas vraiment de surprise.
Ca s'inscrit dans la stratégie du parquet général. Il est à charge par rapport à l'affaire. Il est dans son bon droit.
Il y a la parole de la défense et après, le tribunal d'appel se fait son jugement. - P.Cohen: Après 3 semaines d'audience, où les prévenus ont souvent été mis en difficulté pour justifier de l'emploi au Parlement européen d'assistants parlementaires qui travaillaient pour le parti, il n'est plus question de désaccords administratifs, comme le prétendait le RN.
Bien davantage qu'il y a un an, l'idée s'est largement répandue que les magistrats ne faisaient qu'appliquer la loi et n'avaient pas vocation à barrer la route à une présidentiable. - La magistrature n'empêche personne. Ce n'est pas nous qui avons placé les prévenus dans cette situation.
C'est eux qui se sont placés dans cette situation qui a justifié qu'on arrive à un procès qui, d'ailleurs, aurait peut-être pu avoir lieu il y a déjà plusieurs mois, voire années. Les faits datent d'il y a plus de 10 ans. S'il n'y avait pas eu, pendant l'instruction, 45 recours d'engagés. - P.Cohen: C'était la procureure générale de Paris, qui dirige l'accusation, dont les réquisitions ne préjugent pas de la décision de la cour d'appel qui sera rendue en juin. - A.-E.Lemoine: Une candidature compromise, donc. - P.Cohen: M.Le Pen pourra être candidate si elle est relaxée ou déclarée coupable mais avec une peine d'inéligibilité réduite à moins de 2 ans.
Elle redeviendrait éligible avant la présidentielle de 2027. Dans tous les autres cas, M.Le Pen serait empêchée.
Elle a répété qu'elle n'attendrait pas l'arrêt de la Cour de cassation, si celle-ci est saisie. Décision prévue au début de l'an prochain. C'est après la décision de la cour d'appel que M.Le Pen veut lancer la campagne de son parti, avec elle ou en remplaçant, J.Bardella. - A.-E.Lemoine: Le RN est engagé dans une campagne municipale qui peut être fructueuse. - P.Cohen: Les 15 et 22 mars.
Il y a 6 ans, le parti n'avait fait que de la figuration, ne s'imposant que dans une grande ville, Perpignan. Cette fois, entre les reports de voix et les alliances, le RN nourrit de grandes ambitions sur la côte méditerranéenne, notamment à Nice et à Marseille, 5e et 12e villes du pays en termes de population. Vous voyez l'importance de ces gains s'ils arrivaient.
On peut ajouter Nîmes et Perpignan, où L.Aliot n'est pas empêché de concourir. Agde et Carcassonne également, où J.Bardella est attendu samedi.
Plusieurs villes moyennes du Grand Est et le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Reviennent les promesses de grand ménage de ceux que les dirigeants appellent "les brebis galeuses". La candidature de Christian Richaud Simoni à Carpentras a été retirée suite à des tweets racistes et injurieux. "Libération" en a retrouvé des dizaines. "Que D.Obono retourne avec les bonobos de son pays", etc.
D'où cette question à J.-P.Tanguy. - Comment expliquez-vous, si le racisme a disparu de votre ADN, que ce soit toujours à votre porte que viennent frapper les candidats racistes? - J.-P.Tanguy: Je ne le sais pas.
Ils doivent savoir qu'ils seront pourchassés et dégagés. Ils ne déclarent pas ces opinions et on doit enquêter pour les découvrir. - P.Cohen: Il dit ne pas savoir pourquoi tous les galeux vont vers le même troupeau.
Chaque fois, c'est la presse qui enquête. - A.-E.Lemoine: Le RN n'enquête pas sur ses candidats alors que des mesures avaient été prises pour chasser ces brebis galeuses. - J.Fourquet: Cette année, ils vont faire un effort très important en nombre de listes présentées.
Plus de 600 communes, ça veut dire beaucoup de noms sur les listes. Le criblage n'a manifestement pas été fait. Il n'avait pas été fait aux législatives.
Là, on ne parle pas du 15e ou du 20e de liste, mais d'une tête de liste dans une ville emblématique. Il y a une longue histoire du RN à Carpentras. - P.Cohen: C'est là où M.Maréchal avait été envoyée par son grand-père pour une candidature aux législatives. - J.Fourquet: On pense à ce qui s'est passé au cimetière juif...
Manifestement, ils n'ont pas regardé de ce côté. - A.-E.Lemoine: Alors que des moyens considérables avaient été mis, notamment l'IA. - J.Fourquet: Peut-être que les logiciels ne sont pas les bons.
Il faut garder en tête que beaucoup de ces propos remontent via le développement des réseaux sociaux. Tout ça laisse des traces. Manifestement, un certain nombre de ces candidats s'épanchent fortement et laissent autant de petits cailloux qui peuvent être découverts.
Mais ils n'ont pas le monopole de ces propos. Un élu de gauche de Dordogne a été suspendu pour des propos antisémites. Mais force est de constater que l'occurrence de ces affaires est plus forte dans ce parti. - A.-E.Lemoine: Le RN n'arrive pas à se débarrasser de ses brebis galeuses, L.Clément? - L.Clément: Je suis effectivement frappée par la dissonance entre tout ce qui est annoncé...
Aussi bien les législatives anticipées que les municipales, ils avaient dit qu'ils allaient travailler avec l'IA, scruter les profils et les réseaux de chaque candidat...
Il y a eu une commission nationale d'investiture qui a travaillé d'arrache-pied pendant des mois. Ca, c'est l'affichage. Derrière, on retrouve des candidats comme ceux-là, qui ne sont pas tous écartés.
Il y en a encore des dizaines épinglés par différents médias. Lui a été écarté mais d'autres restent. Le parti est sur une ligne de crête et a du mal à trouver le bon ton entre garder des candidats qui lui permettent de s'implanter localement et faire cette chasse aux brebis galeuses. - A.-E.Lemoine: C'est d'autant plus important de la faire que le parti mise énormément sur ces élections municipales, qui étaient jusque-là son point faible. - J.Fourquet: Oui.
En 2020, le RN ne s'impose que dans une dizaine de communes, ce qui est très faible. La plus grande était Perpignan, suivie de Fréjus. Ils fondent de vrais espoirs.
Ils ont fait un effort en termes de nombre de listes qui se présentaient. C'est d'abord important pour montrer que le RN est toujours en dynamique et qu'élection après élection, il gagne du terrain. Ensuite, c'est important pour montrer comment ils sont capables de s'implanter localement.
On verra comment des députés élus maires vont se comporter, s'ils vont abandonner leur mandat de député. Ca renforcerait la crédibilité du parti en termes de gestion. P.Cohen rappelait le cas de Toulon, que le RN a dans son viseur.
C'est l'une des 1res villes que le FN, à l'époque, avait conquises. Ca s'était terminé piteusement. - P.Cohen: Ca avait même commencé piteusement.
Dès la 1re année, en 95, c'était une catastrophe. - J.Fourquet: C'est une façon de montrer qu'ils peuvent gérer des localités et, ensuite, le pays.
Ensuite, à l'automne, les grands électeurs, ceux qui ont le droit d'élire les sénateurs, seront à majorité issus des conseils municipaux. Que vous ayez un maire élu ou pas, l'idée est d'avoir le plus grand nombre de conseils municipaux pour constituer un groupe au Sénat. - P.Cohen: Ce serait une première si le RN réussissait à constituer un groupe.
Sur les municipales, vous qui avez l'oeil dessus, L.Clément, quelles villes surveillez-vous particulièrement et trouvez-vous intéressantes à observer pour les gains possibles du RN? - L.Clément: La ville vitrine du parti, celle qu'il ne peut pas manquer, selon lui, ce serait Toulon.
L.Lavalette se présente suite à la condamnation de l'ancien maire H.Falco.
Il y a tout un terreau important dans tout ce département du Gard et tout le pourtour méditerranéen. Après, il y a les bastions du Nord. J'ai particulièrement observé Lens.
C'est une ville très symbolique pour la gauche. Ca a toujours été une ville socialiste. Là, il n'y aura que 2 listes.
Ce sera un duel entre le maire sortant socialiste et Bruno Clavet, député du RN parachuté là en 2020. Il peut vraiment incarner cette implantation locale dont vous avez parlé. Il est député, personne ne le connaissait, et on voit maintenant que son implantation sur le terrain permet d'avancer. - P.Cohen: Je citais Marseille car dans les sondages, Payan et Allisio sont au coude à coude. - J.Fourquet: S'ils sont au coude à coude au 1er tour, la liste de droite est macroniste...
Elle est largement distancée par le RN. L'enjeu principal pour le RN est de voir la droite continuer de se fragmenter localement, comme en Haute-Savoie. A Nice, ce n'est pas une liste RN à proprement parler, mais conduite par E.Ciotti.
Le RN espère des ralliements nouveaux d'élus ou de cadres de droite et d'électeurs qui se disent: "Nous ne pesons plus suffisamment. Il faut faire cette fameuse union des droites dont N.Sarkozy lui-même a commencé à parler il y a quelques mois." Ce n'est pas uniquement des victoires qui sont attendues, mais peut-être aussi des échecs des concurrents pour les affaiblir davantage et, ensuite, rafler la mise
Marine Le Pen