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AutreFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 16 janvier 2026 36 minContradictoireMixte

Comment gérer l’actualité anxiogène et la fatigue informationnelle ?

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0:00
Présentateur

Y aurait-il un trop plein d'actualités anxiogènes ? Les guerres, les attentats, les catastrophes naturelles, les pandémies. Même les gouvernances internationales finissent parfois par donner la chair de poule. Et je ne vous parle pas des faits divers, sordides et autres faits de société. Avec quel impact au final sur notre santé mentale ? Quel est le prix à payer à force d'être en contact avec cette information déprimante via les journaux ou les notifications en permanence à portée de main sur les smartphones ? Ainsi s'est développée au fil des ans la notion de fatigue informationnelle. On verra précisément ce que ça recouvre. On entendra peut-être parler ce soir aussi d'infobésité.

Un mot un peu valise, mais pour illustrer cette surcharge d'informations négatives au point parfois de ne plus pouvoir la mettre à distance. On verra donc à quel point le caractère anxiogène de l'information peut favoriser des épisodes dépressifs. Et quelles stratégies peuvent être mises en place ? Ça passe parfois par un exode informationnel contre le sentiment de découragement dans un monde qui ne tourne pas toujours bien rond. Venez donc témoigner ce soir. Le standard de France Inter est ouvert. On attend aussi vos questions. Le téléphone va sonner jusqu'à 20h.

1:29
Auditeur

Le téléphone sonne. 0 à 45 24 7000.

1:33
Présentateur

Avec un premier appel de Florent qui est à Paris. Bonsoir Florent. Oui, bonsoir. Vous êtes à l'antenne. Bonsoir à vous. Bonsoir France Inter. Bonsoir aux envisiers et aux auditeurs. Vous aviez un témoignage ou une question ?

1:48
Auditeur

Eh bien, c'est un témoignage et comme beaucoup, ça va se rapporter un petit peu à une période charnière pour moi. En ce qui me concerne, c'est la période du confinement avec le Covid-19. Et au début du confinement, j'ai acheté une radio. Je me sentais un peu moins seul dans mon studio. Et puis, bon, évidemment, j'ai commencé à écouter les chaînes d'infos, votre antenne également. Et c'est là où j'ai commencé à écouter pas mal de l'émission aussi. Et très rapidement, j'ai compris en fait que ça tournait en boucle. Les infos se répétaient. Plein, trop d'infos. Une saturation très rapide en fait.

Et en une dizaine de jours, j'ai très vite compris qu'il fallait que je trouve une alternative, un exutoire. Et j'ai laissé voguer un peu mes yeux sur les rayons de ma bibliothèque. Et je me suis dit, c'est peut-être le moment de reprendre un petit peu contact avec la lecture. Et la lecture m'a permis de reprendre contact un peu avec la nature. Et on avait des périodes où il fallait faire des autorisations de sortie. Moi, j'en ai profité pour aller herboriser sur les trottoirs de Paris. Et c'est un peu comme ça que ça a commencé ma relation avec les plantes. J'ai gardé le contact avec la radio. J'écoute la radio régulièrement. Je suis connecté aux infos régulièrement.

J'ai par contre réduit ma relation aux réseaux sociaux. J'ai pris deux ou trois réseaux sociaux. Et pour ceux que je regarde, en tout cas, je les réduis en temps d'utilisation. Donc voilà, en fait, ça a été un peu un déclic, une saturation qui a, pour moi, déclenché l'envie de trouver une alternative pour me sortir. Pour me dire, sinon, ma santé mentale va prendre trop cher. Et il fallait que je trouve quelque chose.

3:42
Présentateur

Et vous avez trouvé les voies pour en sortir visiblement. Merci de ce témoignage. Avec ce soir, deux invités pour vous répondre. Marie Colombel, bonsoir.

3:51
Invité

Marine.

3:52
Présentateur

Marine. Marine Colombel. Marine Colombel. Vous avez raison, pardon, d'avoir écorché votre prénom. Psychiatre spécialisé dans les troubles anxio-dépressifs. Vous êtes l'autrice d'un livre intitulé Sortir des ruminations mentales, paru chez Marabou Édition. Et à vos côtés, Sébastien Boulonne, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chargé d'études à l'OBSOCO, l'Observatoire Société et Consommation. Et vous êtes co-auteur de l'Exode informationnel. On va voir ce que ça recouvre dans un instant. C'est une étude en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès qui a été publiée la seconde en décembre 2024.

Notre auditeur nous dit qu'il a subi, après la période Covid, ou au moment de la période Covid et de son confinement, trop d'infos au point de le rendre, je n'ose pas dire dépressif parce que je ne suis pas de médecin. Mais en tout cas, Marine Colombel, ce sont des symptômes de ce qu'on appelle la fatigue informationnelle. C'est quoi exactement la fatigue informationnelle ?

4:52
Invité

Alors, ce témoignage est vraiment intéressant parce qu'on le constate vraiment en clinique. Dans mon bureau, j'accueille beaucoup de patients et c'est vrai qu'il y a un avant et un pré-Covid. On a été confiné, on a dû changer pendant plusieurs mois notre mode de vie. Et notre relation à l'information et surtout à la temporalité de l'information, pour moi, a vraiment énormément changé à ce moment-là. Pourquoi ?

Parce que, comme le disait très bien notre auditeur, on est dans une sorte de flux d'informations permanents, augmenté en plus, je pense qu'on en parlera tout à l'heure avec l'arrivée des réseaux sociaux qui finalement devenait le mode d'information principale, qui fait qu'on avait finalement une sorte de double monde qui venait, notre monde à nous, mais qui se faisait petit à petit envahir par le monde extérieur, anxiogène, avec finalement une disparition des frontières.

Et c'est quelque chose qu'on constate chez beaucoup de mes patients, hélas, qui souffrent de troubles anxio-dépressifs, c'est que cette surmultiplication de l'actualité, cette répétition sans arrêt, soit des messages violents, soit même des images violentes, finalement deviennent extrêmement intrusives, au point de changer les émotions, de changer les pensées, et provoquer de la pathologie.

6:13
Présentateur

On va en reparler de cette pathologie. Sébastien Boulonne, de l'Observatoire Société et Consommation, est-ce que cette fatigue informationnelle touche toutes les classes sociales et tous les âges ?

6:24
Invité

Alors, la fatigue informationnelle, oui, en effet, va toucher un peu toute la population. C'est justement un symptôme un petit peu insidieux qui traverse notre société.

6:34
Présentateur

D'après vos études, quel pourcentage de la population est touchée par ces domaines ?

6:37
Invité

Alors, nous, on a fait un indicateur qui va agréger plusieurs paramètres, et grâce à ça, on a pu observer qu'on a environ la moitié de la population qui est concernée par la fatigue informationnelle. Donc, c'est une part assez importante, et environ un tiers qui en souffre beaucoup, avec des symptômes, justement, que le docteur a pu nous expliquer, de l'anxiété et du stress. Donc, des facteurs assez importants et qui sont directement reliés par nos répondants, les reliés directement à l'information qu'ils ressentent, en fait, qu'ils vont subir plus tôt, qu'ils vont la choisir.

7:10
Présentateur

Docteur Marine Colombel, cette fatigue informationnelle, ce serait donc un sentiment d'impuissance face à cette anxiété délivrée par l'information ?

7:21
Invité

Le mot impuissance est important. Pourquoi ? Parce que dans impuissance, il y a le fait de subir une situation, de ne plus en être acteur. Et effectivement, lorsqu'on est soumis à ce flux d'informations, finalement, on ne sélectionne plus ce qui fait sens pour nous, ce qui est important pour nous. Pourquoi ? Pour moi, une des raisons, c'est le changement de la forme du média. Si on remonte à quelques décennies avant nous, la première façon de s'informer, finalement, c'était d'ouvrir le journal. Et le journal, c'était souvent une fois par semaine. On ouvrait, on allait dans les pages qu'on sélectionnait, on allait lire l'information, on était au courant.

Mais le reste du temps, on fermait le journal et on partait dans notre vie. Et finalement, on pouvait se ressourcer auprès des nôtres, de ce qui faisait sens pour nous, de notre travail, des amis, peu importe, mais on revenait dans le monde réel, qui est notre monde que l'on vit tous les jours. Actuellement, plus personne quasiment. C'est un peu dur de dire ça, mais les gens ne s'informent plus avec les journaux.

8:16
Présentateur

On a la notification au bout de la main.

8:18
Invité

Et très rapidement, ça veut dire qu'on a un problème vraiment dans la temporalité. Au lieu d'avoir le fait que ça se décante. Quand il y avait même une très mauvaise nouvelle qui est arrivée, on ne l'avait pas immédiatement. Déjà, les journalistes avaient le temps de se poser, de réfléchir, de faire du sens, de faire du lien. Maintenant, on a directement, quasiment en temps réel, la catastrophe. Et cette catastrophe n'est pas retravaillée. On la prend de front comme si on était sur place. Et on sous-estime largement le côté traumatisant de vivre de front une information, même si on est à distance physiquement.

8:52
Présentateur

Développée également par les informations dites en continu, dont les médias se sont spécialisés. Certains à Radio France, c'est France Info, CNews ou BFM ou LCI. On en reparlera tout à l'heure. Thierry est en ligne de Lille. Bonsoir, Thierry.

9:07
Auditeur

Oui, bonsoir à tous. Merci en tout cas et bravo pour votre émission, qui est toujours très juste. C'est très gentil.

9:15
Présentateur

C'est très gentil. On est content de la faire pour vous.

9:17
Auditeur

Très bien. Voilà, j'ai dans mon entourage quelques personnes qui sont toujours anxieuses par l'information en continu. Et donc, moi, j'ai décidé au sein du foyer de me tenir informé de l'actu par l'écoute d'un journal au moins une fois par jour, plutôt radio, bien sûr. Surtout pas de chaînes d'info en continu, qui comportent beaucoup trop de temps passé par des chroniqueurs qui sont experts de rien. des spécialistes de l'émission de télé et surtout pas des sujets d'antitraite.

Et ce qui m'intéresse beaucoup aussi, c'est de voir au moins une fois par semaine une émission de décryptage de l'actu, une émission de télé plutôt, et bien sûr, terminer mon information par la lecture d'un hebdomadaire qui comporte, ces hebdomadaires comportent des analyses de l'actualité qui sont toujours très fines et posées.

10:20
Présentateur

Merci beaucoup de ce témoignage et je vais le soumettre à Sébastien Boulogne. Ce que dit notre auditeur, Sébastien Boulogne, c'est ce que vous avez théorisé en exode informationnel face à cette fatigue de l'information trop anxiogène. Votre étude met en avant cette notion d'exode informationnel. Ça veut dire consommer moins d'infos mais aussi mieux adapté à soi.

10:45
Invité

Tout à fait. C'est un peu le principe du « less is more » ou « consommer moins mais mieux ». En fait, quand on est soumis à une fatigue informationnelle, quand on n'arrive pas à tirer du sens de l'information, une des stratégies, c'est de s'en désengager. Et donc, ici, on va retirer les canaux qui nous font le plus de mal ou qui vont nous être moins utiles. En ce sens, en fait, dans notre première étude qui datait de 2022, on avait observé qu'il y avait en moyenne huit canaux de consommation médiatique. Donc, ça pouvait être à la fois les JT, les réseaux sociaux, la radio. Deux ans après, il en reste combien ? Deux ans après, il en reste plus que sept. Donc, on a perdu un canal.

Et on sait lequel a disparu ? On ne sait pas lequel a disparu et ça va dépendre des profils. Mais on sait qu'en tout cas, celui qui est gardé, c'est les réseaux sociaux. Qui sont le média le plus consommé quotidiennement pour l'actualité. Donc, dans ce but même, il y a autre chose. Il y a du divertissement aussi.

11:45
Présentateur

Et puis, il y a l'info en continu. Nos auditeurs nous en parlent depuis le début dans le débat qui nous occupe ce soir. Quel est le rôle des chaînes d'info en continu dont certaines, cet auditeur vient de le dire encore, privilégient l'émotion au détriment du fond, le commentaire avant les faits et le coup de menton en guise d'argument ? Quel rôle elle joue dans ce caractère anxiogène de l'information ?

12:10
Invité

Ça fait partie justement d'un des phénomènes de la fatigue informationnelle. C'est le caractère très polémique et agressif de l'information, en tout cas telle qu'elle est ressentie. C'est ce que nous disent aussi nos répondants. C'est un tiers des Français qui nous disent que l'information peut avoir un impact sur leur morale au quotidien. Et ce sensationnalisme, en fait, il ne laisse pas de place à la réflexion. Il ne va pas aider à avoir un avis éclairé sur la situation.

12:40
Présentateur

Et dans ce sensationnalisme, je pousse le bouchon un peu loin, mais est-ce que les Français que vous avez interrogés font la différence entre une chaîne ou une autre, une chaîne d'information en continu ?

12:49
Invité

Alors, on ne l'a pas posé la question telle qu'elle. En revanche, ce qu'on a remarqué, c'est que les personnes qui, pour le coup, arrivent plus facilement à maîtriser l'information sont des consommateurs dits traditionnels de médias qui ont une fin, c'est-à-dire qui ont un début et une fin. Les journaux, les podcasts, les émissions radio qui ne sont pas de la consommation en flux continu. Donc, ce soit par le binge-scrolling, c'est-à-dire le fait d'aller chercher,

13:19
Présentateur

avec le doigt d'aller chercher, voir des images un peu sensationnelles parfois.

13:23
Invité

Et de passer d'une information à une autre qui peuvent être complètement décorrélées et qu'on n'a pas choisi.

13:31
Présentateur

Docteur Marine Colombel, avant de retourner au standard, l'anxiété, d'où qu'elle vienne, de l'information ou d'ailleurs, c'est un levier qui favorise les épisodes dépressifs. C'est un entonnoir dans lequel on rentre ?

13:41
Invité

Effectivement. Pourquoi ? Parce que cette anxiété va sans arrêt stimuler l'axe qu'on connaît bien maintenant, qui est l'axe du stress, qui relie le cerveau, l'hypothalamus au surrénal, et qui libère en permanence du cortisol dans le corps, qui fait une sorte d'inflammation, si vous voulez, chronique dans le corps, qui va favoriser l'apparition d'un trouble dépressif. Et je vais rajouter quelque chose. On en parlait un petit peu. Les images sensationnelles qu'on a sur les réseaux sociaux, il faut se dire que notre cerveau, lorsqu'il les voit, ne différencie pas une image de la réalité.

Ça veut dire que lorsqu'on voit des fois des choses complètement atroces, c'est vécu comme si notre corps le vivait en direct. Le cerveau n'a pas les capacités de différencier les deux. Il va donc produire des émotions, des hauts stress, de la peur, de la colère, qui va entretenir finalement ce terreau qui va être extrêmement propice au fil des mois et des années à la dépression.

14:36
Présentateur

Cela dit, il me semble que l'anxiété est aussi un mal nécessaire, indispensable au bon fonctionnement de notre cerveau.

14:43
Invité

Alors le stress, pas l'anxiété. Il y a une petite nuance à avoir, mais qui est importante.

14:48
Présentateur

Nous allons au standard. Marie nous appelle de Vendée. Bonsoir Marie. Oui, bonsoir. Vous êtes à l'antenne. Vous êtes à l'antenne. Oui, merci. Je voulais vous remercier déjà pour votre émission et remercier vos intervenants également. Je vous en prie. Je voulais justement rebondir sur ce que disait Madame et ce qu'on a pu dire Thierry avant. En effet, désormais, on est sur un flux continu d'informations. On étouffe littéralement. On est dans l'anxiété. Et l'anxiété, ça amène à quoi ? À l'agressivité aussi. À la colère, l'agressivité et la peur. Et ça participe en fait à se monter un petit peu les uns contre les autres.

J'ai l'impression, moi personnellement, j'ai arrêté de regarder les médias mainstream, comme on dit, donc TF1, etc. Justement à cause de ce flux permanent. Voilà, tout à fait, exactement. On a pu aussi voir le danger et le côté... Voilà, c'est ça, le danger apporté par le côté matuvu, le côté sensationnaliste, le côté entertainment. Notamment, je repense à chaque fois à BFM qui avait filmé les attentats, les interventions des forces. Voilà, c'est ça. On était effarés avec ma famille devant la télé. C'était pas possible. Et depuis, j'ai l'impression que depuis cette époque-là, ça n'a fait qu'empirer. Aujourd'hui, on est sur l'émotion, non plus sur l'information. Ça ne fait que confirmer...

Les médias classiques ne sont que confirmés des biais. On n'est plus sur des médias d'information, comme je le disais, mais sur des médias d'opinion. Je vois CNews, BFM, enseignement à FCI, etc. C'est que ça. Moi, je ne vois que ça. C'est des opinions. Du coup, ça n'apporte rien. Ça n'apporte ni réflexion, ni culture. Ça ne fait que confirmer des opinions, des a priori sur des gens et nous monter les uns contre les autres. Merci beaucoup de ce témoignage sur les médias d'opinion et aussi sur une information qui en chasse une autre. Edgar Morin l'avait théorisé dans ce qu'il appelait le nuage informationnel quand une information chasse l'autre.

Aujourd'hui, nous serions trop informés au point d'avoir perdu la notion d'utilité de l'information. Je vous pose la question, Sébastien Boulogne.

17:20
Invité

Oui, tout à fait. Ça fait partie de ce qu'on a pu analyser dans notre étude. C'est une des causes de la fatigue informationnelle. C'est notamment l'utilité de l'information, la nature même de l'information, en dehors de la manière dont on va la consommer.

17:35
Présentateur

Je précise juste un fait. C'est qu'avant, auparavant, l'information avait vocation à développer la connaissance. Aujourd'hui, comment son utilisation s'est-elle dévoyée, si je peux me permettre ?

17:46
Invité

Alors, en fait, c'est plutôt dans l'offre de médias qu'on va avoir une piste de réponse ici. C'est ce qu'on appelle l'économie de l'attention.

En fait, on est aujourd'hui dans une société de l'hyper-information où en fait, tous les médias, que ce soit les médias d'information, mais aussi les médias de divertissement, donc ça peut être les plateformes de streaming, ça peut être la télé, les films, sont dans une économie de l'attention où l'objectif, c'est d'accaparer l'audience et ça va avoir des répercussions puisque pour avoir plus rapidement une masse d'audience qui va s'intéresser à son contenu, on va jouer sur les émotions parce que ça fait partie des comportements humains un peu plus facilement atteignables.

18:34
Présentateur

C'est plus facile de regarder un programme que de comprendre un documentaire sur l'information.

18:39
Invité

C'est plus facile d'attirer avec l'émotion qu'avec l'information. C'est plus facile d'interpeller que d'informer.

18:45
Présentateur

D'ailleurs, en juin 2024, je crois que vous aviez, donc ça dédié à avant les élections européennes, vous aviez demandé aux Français si l'information avait pu éclairer leur choix. Quelles réponses aviez-vous eues à l'époque ?

18:57
Invité

Alors, sur ce sujet, on avait proposé en fait plusieurs réponses. Les répondants avaient l'opportunité de dire de quelle manière l'information les avait impactées. Donc on avait par exemple le fait de se faire une opinion personnelle. Donc là, c'était 34% des répondants qui avaient utilisé cette option. Mais on avait aussi 30% de personnes qui nous ont dit que ça les avait énervés. Et 27%. Qu'est-ce qui les avait énervés précisément ? L'information. Le traitement de l'information par les journalistes ? Le traitement de l'information, tout à fait. Bien, on en prend notre part. Et puis ensuite, c'est l'angoisse et le stress.

19:36
Présentateur

L'angoisse et le stress. On parlait des chaînes d'infos en continu. Je me retourne encore vers vous, docteur Marine Colombel. Est-ce que c'est bien la répétition des épisodes dépressifs qui peut entraîner des maladies ? Le côté répétitif est important ?

19:52
Invité

La dépression, c'est déjà une maladie. Oui, bien sûr.

19:55
Présentateur

Mais je veux dire, d'autres pathologies de la dépression peuvent surgir d'autres pathologies ?

20:00
Invité

Alors même avant ça, ce n'est pas forcément l'information qui va créer de la dépression, mais on est vraiment sur, par contre, une dysrégulation des émotions. C'est évident. Parce que si on est soumis sans arrêt dans un bain, on en a parlé un petit peu tout à l'heure, de peur, de colère, notre fonctionnement va s'ancrer finalement avec ce qu'on appelle ces fameux schémas cognitifs qui vont déborder en dehors de simplement la lecture des médias. Mais il suffit de voir une journée.

Vous apprenez une mauvaise nouvelle dans la journée, il y a de très grandes chances que votre émotion va courir tout au long de la journée et il y aura des conséquences dans vos interactions sociales, au travail, peut-être avec vos enfants.

C'est exactement ce que font finalement ces médias de consommation rapide, notamment, je pense, effectivement, l'ex-Twitter, par exemple, où on va manger énormément d'informations très émotionnellement codées et c'est fait exprès, justement, pour qu'on puisse scroller ces informations-là, qui vont nous mettre dans un certain mode de cerveau, dans une certaine tonalité émotionnelle, qui, si on n'en prend pas garde et qu'on ne se recentre pas, comme nous avait dit, d'ailleurs, le premier témoignage en disant, je sors, je vais voir la nature, je change de façon d'être, si on reste dans la même façon qu'on a été le matin, on va avoir ces émotions qui vont traîner et qui, petit à petit, vont attaquer la santé mentale.

21:21
Présentateur

Donc, il faut apprendre à se désaxer et réduire un peu sa consommation. Et vous, comment gérez-vous le caractère anxiogène de l'information ? On en parle jusqu'à 20h.

21:32
Invité

France Inter,

21:35
Présentateur

le téléphone son. Martine est en ligne de Nantes. Bonsoir, Martine.

21:39
Auditeur

Oui, bonsoir. Donc, je disais à votre standard que je ne comprends pas pourquoi les gens sont aussi mazachistes. J'écoute les titres le matin à 7h, à 13h, à 20h. Si vraiment, il y a un événement sensationnel dans le mauvais sens du terme, comme les attentats, d'accord, je vais regarder, mais une fois, là, j'ai regardé sur Venezuela parce que j'ai des amis vénézuéliens. Et d'autre part, donc, la télé, je ne la mets pratiquement pas pour regarder des documentaires. Je lis 80 à 100 livres par an et je suis abonnée à une salle de sport qui nous offre l'Ouest de France. Donc, je vais trois fois par semaine et je prends Ouest de France qui est un très bon journal.

Et là, je lis des articles de fond dans la prêche locale.

22:28
Présentateur

Très bien. Ça semble parfaitement correspondre à cet exode informationnel que met en évidence l'Obsoco et son représentant ce soir, Sébastien Boulogne. Finalement, lire factuellement ou écouter ou regarder juste les titres trois fois par jour et aller chercher l'analyse volontairement dans un journal, lire, écouter ou voir l'information, il y a une hiérarchie du caractère anxiogène. L'image, j'imagine, le flux d'images peut-être plus important ?

23:03
Invité

C'est plutôt la différence entre le flux et le fait d'avoir quelque chose de fini. C'est là où on va avoir une vraie différence. Mais justement, c'est un très bon exemple d'une manière de recentrer sa consommation. Vous parliez tout à l'heure de l'infobésité. En fait, c'est cette logique de surcharge, de surconsommation qu'on peut retrouver avec l'obésité. le fait de trop consommer et de ne plus pouvoir assimiler. C'est la même chose avec l'information. Si on en consomme trop, on peut avoir des difficultés à l'assimiler. Oui, docteur Colombelle. Ce qui est intéressant, c'est que sur un point de vue purement de neurosciences, on a des explications.

On a très bien dit pourquoi on se fait du mal finalement à aller sans arrêt voir les mêmes informations. Parce que ces informations qui se consomment sous forme d'images vont libérer des petits chutes de dopamine dans le cerveau. c'est le même mécanisme que l'addiction. Ça veut dire qu'on est addict vraiment à l'information non pas parce qu'elle nous fait du bien mais parce qu'elle va libérer des neurotransmetteurs de façon très rapide. Quelque chose que l'on trouve beaucoup moins par exemple dans la lecture.

La lecture donne moins de dopamine mais par contre on a un niveau de réflexion bien supérieur et un niveau de régulation des neurotransmetteurs bien meilleur sur le long terme qui explique aussi pourquoi on va vers un média qui nous fait du mal alors qu'on sait pertinemment que d'autres vont nous faire du bien mais on n'y va pas parce qu'il n'y a pas ce côté addictogène.

24:28
Présentateur

01, 45, 24, 7000 le standard de France Inter Fabrice nous appelle de Lille. Bonsoir Fabrice. Bonsoir. Vous êtes à l'antenne.

24:37
Auditeur

Alors moi je voudrais revenir sur deux petits points. Moi je donne des cours aujourd'hui je suis un ancien journaliste je donne des cours depuis une dizaine d'années dans l'enseignement supérieur ça peut être avec des étudiants en commerce en ingénieur en journalisme ou en communication et je leur apprends justement ce que c'est que l'infobésité et comment s'en débarrasser.

Et d'abord je voudrais revenir sur un point c'est que l'infobésité c'est un terme qui existe non pas depuis les réseaux sociaux mais depuis 1983 et c'est un écrivain américain qui avait déjà sorti cette première phrase et à l'époque il n'y avait pas internet donc c'est pas forcément dû que au réseau ça a forcément été accéléré depuis une dizaine d'années.

Et puis moi ce que j'apprends à mes étudiants puisque vous parliez en début d'émission des notifications c'est moi je leur demande de les désactiver et de garder uniquement celles qui sont prioritaires notamment pour des raisons privées ou familiales par exemple si leur maman a besoin de les joindre ou des choses comme ça mais surtout ne pas prendre les notifications d'actualité parce qu'ils vont en recevoir une cinquantaine par jour ils vont lire un titre et ils ne vont pas s'y intéresser ils vont passer à côté de quelque chose qui est peut-être important et puis surtout parce qu'au moment où ils reçoivent leurs notifications leur cerveau n'est pas prêt à assimiler l'actualité et je leur apprends une deuxième chose c'est d'écouter et je viens d'entendre l'auditrice juste auparavant qui disait qu'elle écoutait le matin, le midi et le soir c'est exactement ça moi je leur apprends à écouter l'actualité quand leur cerveau est prêt et notamment le matin le petit déjeuner et c'est une anecdote mais sous la douche parce que quand on prend une douche on n'a rien d'autre à faire que se laver et se laver les cheveux et on peut écouter via un smartphone ou une enceinte bluetooth l'actualité pendant un quart d'heure et ça suffit et remettre ça un peu plus tard mais au moment où on en est prêt et pas quand on est en cours pas quand on est avec des potes en train de prendre un verre ou discuter avec sa chérie mais au moment où notre cerveau est prêt et c'est comme ça que je leur apprends

26:27
Présentateur

et bien merci merci de nous l'avoir dit ce soir sur France Inter enlevez les notifications la fatigue informationnelle Sébastien Boulogne on en parle ce soir à propos de l'actualité et des journaux d'information mais au bureau au travail aussi quand on reçoit trop d'informations les mêmes causes génèrent les mêmes effets tout à fait c'est ce que vous mettez en évidence dans votre étude aussi

26:53
Invité

également oui en fait dans cette nouvelle édition de la fatigue informationnelle on a fait une partie sur le travail puisqu'on s'est rendu compte qu'évidemment l'information ne se limite pas à l'actualité mais aussi à toute forme d'information qui peuvent nous arriver et au travail on observe aussi une forme de fatigue informationnelle qui est moindre là on est plutôt dans les ordres de 30% de personnes qui sont surchargées au travail mais qui vont avoir les mêmes conséquences notamment avec le burn-out qui est un peu l'apogée du stress de l'anxiété au sein du monde professionnel mais on voit aussi en fait que cette surabondance d'informations elle arrive dans le cadre professionnel avec en moyenne un mail sur deux qui ne trouve pas son utilité donc des actifs qui nous disent que la moitié de leur boîte mail est composée de mails qui n'ont pas ouvert ou qui ne les intéressent pas même qui ne les concernent pas

27:49
Présentateur

Docteur Marine Colombelle vous consultez vous recevez beaucoup autour des questions du burn-out est-ce que les patients qui viennent vous voir en cabinet ont conscience toujours de cette surabondance d'informations ils en ont conscience

28:03
Invité

ils en ont conscience et ils en souffrent et ils le disent clairement pourquoi ? parce que évidemment je sélectionne j'ai un biais de sélection les gens qui viennent me voir sont déjà au minimum anxieux voire anxieux dépressifs voire en burn-out donc ils ont déjà un terrain on va dire fragilisé de grandes fatigues

28:19
Présentateur

ils ont conscience que la fatigue informationnelle serait aussi une forme de pénibilité au travail

28:24
Invité

c'est pour le travail vous voulez dire en tout cas c'est un poids cette fatigue liée aux informations est un poids en plus pour eux c'est évident évidemment c'est pas forcément ça la principale cause de burn-out mais elle va se surajouter tout simplement parce qu'elle va contribuer à un gros problème et pour le coup à une grosse cause du burn-out qui est la disparition des espaces actuellement on vit dans un monde où la frontière disparaît

28:52
Présentateur

notamment dans l'information entre l'infontainment ou l'émotion

28:55
Invité

et les faits tout finalement se chevauche quand on est au travail on pense à sa famille on va avoir des notifications sur l'actualité qui viennent quand on est avec sa famille on va penser à la prochaine réunion on va avoir un mail qui va nous rappeler qu'on doit faire telle tâche ou telle tâche finalement tout se superpose et les espaces n'existent plus c'est extrêmement épuisant et évidemment les notifications font partie du problème

29:19
Présentateur

Sébastien Boulogne quand l'information n'est plus éclairante quand elle se vautre dans le divertissement avec quelles conséquences en termes d'enjeux démocratiques

29:31
Invité

alors c'est un lien que nous avons fait entre l'information et le rapport général au monde en fait comment avoir les français en fait on se rend compte qu'il y a une envie générale d'un ralentissement l'envie de se recentrer autour de son sa personnalité son individu quand on est trop surchargé par l'information et donc on a ce premier phénomène qui est l'exode informationnel on va se retirer de l'information

30:04
Présentateur

on va se replier c'est un repli c'est un choix de nos sources d'informations

30:09
Invité

on va choisir davantage son information voire on va complètement arrêter de consommer l'information soit pour un petit temps soit pour un temps un peu plus long mais c'est c'est une situation qui peut avoir un impact direct sur la manière dont on va se former une opinion puisque si elle n'est pas confrontée avec des opinions différentes qui peuvent être entendues par exemple à la radio ou à la télé on peut rester dans une bulle une bulle cognitive dans laquelle on a du mal à s'en sortir en particulier quand on consomme des réseaux sociaux puisque aujourd'hui avec les métadonnées et le fait que les bulles sont hyper personnalisées pour les individus on va rester dans une bulle qui nous convient et qui à la fois nous rassure mais ne va pas nous éduquer ou nous confronter à d'autres réalités

30:53
Présentateur

c'est un peu le risque d'ailleurs de l'exode informationnel c'est de contribuer à faire des communautés

30:58
Invité

qui ne se croisent pas toujours on parle parfois justement d'îlots d'informations dans lesquels on va avoir des gens qui vont sur d'autres territoires

31:07
Présentateur

il nous reste quelques minutes on va retourner au standard pour donner la parole aux auditeurs de France Inter David est à Saint-Tropez bonsoir David bonsoir l'équipe nous vous écoutons

31:15
Auditeur

alors je voulais vous dire que je fais une petite chaîne tiktok qui s'appelle le tropésien sur Saint-Tropez pour justement un petit peu évacuer le stress des gens qui ont une vie infernale avec des informations qui sont anxiogènes et ça fait que du coup je me mise à faire des petites films sur la mer sur les activités et les actualités à Saint-Tropez comme par exemple les voiles de Saint-Tropez je me base sur le soleil je me base un petit peu sur les images positives ce qui permet aux gens un petit peu de se décontracter et d'ailleurs je commence à avoir pas mal d'abonnés c'est très sympa et ça plaît à plein de gens

31:48
Présentateur

et bien bravo pour le petit coup de pub merci de nous avoir appelé de Saint-Tropez David je reviens peut-être vers vous Sébastien Boulogne pour le travail des journalistes nous devons y prendre aussi notre part quand je lis que les français nous reprochent de ne pas transmettre correctement l'information précisément que nous reprochent-ils ?

32:08
Invité

alors précisément on se rend compte qu'en fait il y a une forme de coup d'entrée assez difficile dans l'information quand on en est éloigné ou quand justement on s'en est retiré pour un peu se soigner en fait il y a un feuilletonnage de l'actualité qui fait qu'il faut avoir les codes donc quand on revient et qu'on n'a pas tout suivi de bout en bout ça peut être difficile de raccrocher et on a l'impression d'être justement noyé sous trop d'informations on a aussi un discours des journalistes directement qui est parfois jugé comme trop complexe donc c'est 57% des français qui nous disent que généralement ils trouvent que la façon dont s'expriment les journalistes rendent les choses plus complexes donc c'est à la fois une manière de peut-être recontextualiser l'information la remettre dans une globalité dans une histoire une chronologie et à la fois la simplifier c'est aussi pour ça qu'il y a beaucoup sur les réseaux sociaux de chaînes qui veulent vulgariser l'information repartir sur les sources les sources d'un conflit par exemple

33:12
Présentateur

Docteur Colombelle beaucoup de questions encore Maryse Aucer nous demande à quel point la lecture serait moins anxiogène que les flux d'images négatives ça paraît une évidence mais il faut peut-être expliquer encore par rapport au cerveau

33:25
Invité

alors parce que pour lire en fait on va mobiliser différentes parties du cerveau qui ne sont pas liées aussi directement au système limbique au système de traitement des émotions ça veut dire qu'il va y avoir un travail cognitif beaucoup plus important pourquoi ?

parce qu'il faut lire il faut se concentrer il faut comprendre l'information ça va solliciter beaucoup aussi l'imaginaire la presse papier avant il n'y avait vraiment aucune photo les gens avaient une représentation mentale du monde qui était peut-être plus fausse en images mais plus vraie dans le fond parce que ça faisait appel à leur monde intérieur à leurs images et ça permettait de nourrir ce monde intérieur c'est pour ça que c'est beaucoup moins délétère de lire une information que de la voir directement

34:06
Présentateur

Sébastien Boulogne de l'OBSOCO en deux ans entre vos différentes études 2022 et 2024 comment ont évolué les commentaires de l'actualité sur les réseaux sociaux la tendance

34:19
Invité

est justement à la baisse à la fois

34:21
Présentateur

on commente moins l'actualité sur les réseaux sociaux

34:23
Invité

depuis deux ans on discute et on commente moins l'actualité que ce soit par exemple le fait d'appeler des émissions radio c'est un pourcentage qui déjà était très faible et qui a tendance à diminuer donc c'est 5% donc voilà on est quand même dans un peu ici une exception les personnes qui vont discuter et commenter en public sur les réseaux sociaux ont aussi tendance à diminuer mais ça fait partie du retrait de l'information plus générale en revanche ce qui va se stabiliser c'est la discussion et le fait de partager l'information entre proches donc ça c'est aussi une bonne manière de pouvoir se délaisser de cette surcharge si on communique avec ses proches

35:02
Présentateur

il nous reste quelques secondes je voulais vous demander on a un peu abordé tout à l'heure cette disparition de l'information en tant que vecteur éclairant de l'actualité est-ce que vous la jugez cette disparition inquiétante à l'Obsoco

35:14
Invité

alors la disparition de l'information

35:18
Présentateur

en tant que vecteur éclairant on parlait de danger pour la démocratie faire le lien est-ce que vous faites bien le lien oui tout à fait

35:26
Invité

alors ça peut être assez inquiétant notamment parce que en fait pour une partie des personnes qui sortent de l'information il faut savoir où ils vont et ces personnes il peut y avoir une partie qui va avoir tendance à aller sur une information alternative c'est-à-dire les complotistes

35:42
Présentateur

ceux qui sont estampillés complotistes merci beaucoup à tous les deux d'avoir répondu aux auditeurs de France Inter le téléphone sonne c'est terminé c'est-à-dire