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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 8 juin 2023 11 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleRetraites

PRENDRE AUX PAUVRES POUR GAVER LES RICHES : LA MÉTHODE E. MACRON

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 90 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Selma MahfouzFait
    « Heureusement qu'on a supprimé cette aberration de taxer la réussite quand elle réinvestit sur notre tissu productif. »
  • 3:30Selma MahfouzFait
    « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, Les gens sont quand même pauvres. »
  • 4:30Selma MahfouzFait
    « Emmanuel Macron a aussi diminué le montant de l'aide personnalisée au logement attribuée à 6 millions de familles modestes. »
  • 5:30Selma MahfouzFait
    « Il a enrichi les riches en supprimant l'impôt de solidarité sur la fortune et en instaurant une flat tax qui limitait la taxation du capital. »
  • 7:30Selma MahfouzChiffre
    « La fraude aux prestations sociales représente en effet 6 à 8 milliards d'euros, alors que le montant soustrait à la collectivité par la fraude fiscale est d'au moins 80 milliards d'euros. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Selma Mahfouz et Jean Pisani-Ferry, qui a été l'un des architectes du programme économique d'Emmanuel Macron en 2017. Les deux auteurs écrivent notamment qu'il va nous falloir faire en 10 ans ce que nous avons du mal à faire en 30 ans pour donner une idée du travail à accomplir et pour tenter d'y arriver, ils préconisent d'utiliser deux leviers. Recourir à la dette publique d'abord et taxer les plus riches.

Que j'ai jamais été moi, j'ai jamais été ça, je sais d'où je viens. Je viens d'une famille à Amiens, justement, de médecins hospitaliers, une grand-mère enseignante, et donc je sais d'où je viens et quelles sont mes valeurs. Mes valeurs ne sont pas celles d'un président des riches.

Heureusement qu'on a supprimé cette aberration de taxer la réussite quand elle réinvestit sur notre tissu productif. Les mesures prises par le gouvernement sont favorables à ceux qui ont le plus. On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, Les gens sont quand même pauvres.

Un impôt exceptionnel et temporaire sur le patrimoine financier des 10% des ménages les plus aisés. C'est une mesure dont on a beaucoup parlé, qui a été critiquée notamment par le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. Est-ce que ça vous semble être une bonne mesure, Vincent Pons ?

Oui, je partage complètement le constat de Jean Pisani-Ferry, le constat de ce rapport, sur le fait qu'il va falloir accélérer nos efforts et que l'État doit jouer un rôle central dans ce projet. Durant le Conseil des ministres du 30 mai dernier, Emmanuel Macron n'a pas seulement réprimandé sa Première ministre, qui avait osé dire publiquement qu'elle pense qu'il ne faut pas banaliser les idées du Rassemblement national, alors même, soit dit en passant, qu'elle participe pleinement à cette banalisation, comme on l'a vu la semaine dernière dans cette chronique, mais les macronistes ne sont plus à une manipulation près. Emmanuel Macron, recadre lui, Elisabeth Borne, après ses propos sur le RN le week-end dernier, la Première ministre avait dit que le parti de Marine Le Pen était héritier de Pétain.

Le président lui a répondu hier qu'il s'agissait de mots des années 90. C'était en Conseil des ministres révélant des tensions. Pendant ce Conseil des ministres, le chef de l'État a aussi expliqué aux membres du gouvernement, comme l'a rapporté le quotidien Libération, qu'il était, je cite, "important de ne pas tomber dans ce qu'il appelle le piège à la con de la fiscalité des riches".

Pourquoi est-ce qu'il s'est énervé comme ça ? Parce que l'économiste Jean Pisani-Ferry venait de proposer, dans un rapport qui lui avait été commandé par Elisabeth Borne, une taxation temporaire et exceptionnelle des plus aisées pour financer la transition écologique. Car cette transition nécessite selon lui, et selon tous les spécialistes des questions climatiques, une véritable révolution industrielle qui doit être menée sans perdre une minute.

En clair, cet économiste propose d'instaurer un impôt qui s'appliquerait très ponctuellement aux 10% de Français les plus riches. Il ne précise pas qu'il s'agirait en réalité d'un rééquilibrage, puisque comme vient encore de le confirmer une étude réalisée par l'Institut des politiques publiques et publiée le 6 juin, les ultra-riches contribuent moins à l'impôt. Mais il prend bien soin de préciser dans son rapport que la taxation ponctuelle qu'il propose ne constitue pas du tout un rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune ou de la fiscalité du capital.

Peine perdue, en dépit de cette précaution, cette proposition a profondément irrité le chef de l'État. Est-ce que c'est étonnant ? Non, non, non, non !

Absolument pas, puisque nous savons depuis le tout début de son premier quinquennat qu'Emmanuel Macron est le président des ultra-riches, comme l'indiquait le titre d'un livre des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, paru dès 2019. Rappelons par exemple que l'une de ses premières mesures après son élection a été, en 2018, de réduire d'un milliard d'euros le montant des aides étatiques allouées aux contrats aidés, au motif qu'elles étaient, selon la ministre du Travail de l'époque, Muriel Pénicaud, extrêmement coûteuses pour la nation. Cette mesure a notamment été catastrophique pour le secteur associatif, qui compte nombre d'emplois aidés.

Mais rassurons-nous, les aides aux patronats, infiniment plus coûteuses, ont été maintenues. C'est que, pour que notre société aille mieux, il faut des gens qui réussissent. Et il ne faut pas être jaloux d'eux.

Il faut dire c'est formidable. C'est le fameux ruissellement ? Non, je ne crois pas au ruissellement pour ma part.

Mais je crois à l'accordé. Il y a des femmes et des hommes qui réussissent dans la société. Parce qu'ils ont des talents.

Rappelons aussi, et une fois de plus qu'à la même époque, Emmanuel Macron a aussi diminué le montant de l'aide personnalisée au logement attribuée à 6 millions de familles modestes et qu'il a fièrement déclaré, comme à chaque fois ou presque qu'il prend une mesure antisociale, qu'il assumait complètement cette décision. Et le 12 juin 2018, il a fait cette déclaration devenue légendaire. La politique sociale a-t-il expliqué, ça coûte un pognon de dingue.

Sous-entendu, les pauvres nous appauvrissent. On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens ils sont quand même pauvres. On n'en sort pas.

Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres. Mais au même moment exactement, il a enrichi les riches en supprimant l'impôt de solidarité sur la fortune et en instaurant une flat tax qui limitait la taxation du capital.

En d'autres termes, Macron, dès le début de son premier mandat, a décidé de se comporter un peu comme Robin des Bois, mais à l'envers. Il a pris aux pauvres pour donner aux riches. Les taxes, les taxes, magnifiques taxes.

Sire, vous avez un merveilleux don pour inciter les pauvres à donner leur argent. En termes choisis, mon cher conseiller, je dérobe aux pauvres afin de nourrir les riches. C'est petit, hein ?

Six ans plus tard, rien n'a changé. Les macronistes continuent de se montrer très sévères avec les citoyens et les citoyennes les plus modestes, et très généreux avec celles et ceux qui ont déjà tout. Et même lorsqu'ils font mine de s'en prendre aux riches, ils restent de fait infiniment plus coulants avec ces derniers qu'avec les pauvres, comme on a encore pu le vérifier tout récemment.

Le 9 mai dernier, Gabriel Attal, ministre délégué au compte public, a en effet présenté un plan contre la fraude fiscale, visant selon lui, comme il l'a expliqué dans un entretien publié par le journal Le Monde, à répondre à la demande des manifestants qui, dans les cortèges contre la réforme des retraites, réclament plus de justice sociale. Pris de ce qui ressemblait presque à un accès de bolchevisme, Gabriel Attal a même soutenu que la priorité du gouvernement était de faire payer ce qu'ils doivent aux ultra-riches et aux multinationales qui fraudent. Splendide !

Venant d'un ministre du président des ultra-riches, une telle déclaration était certes très surprenante. Mais pour une fois que le gouvernement ne tapait pas sur les pauvres, on avait presque envie de battre des mains. Mais bien sûr, ça n'a pas duré.

Trois semaines après avoir exposé ce plan, en effet, Gabriel Attal a présenté dans Le Parisien plusieurs mesures destinées cette fois-ci à lutter non plus contre la fraude fiscale pratiquée par les plus riches, mais contre la fraude sociale. C'est-à-dire par exemple la fraude aux prestations sociales versées par les caisses d'allocations familiales, comme le RSA, la prime d'activité ou l'aide personnalisée au logement, qui est pratiquée par les bénéficiaires de ces aides publiques. Salaud de pauvre !

Et cela appelle deux remarques. Première remarque, quand les macronistes font un magnifique cadeau aux riches, en leur offrant par exemple la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune ou une très considérable réduction de la taxation de leur capitaux, cela est aussitôt compensé, comme on l'a vu, par une mesure d'économie visant les pauvres, comme par exemple la diminution de leur aide personnalisée au logement. Mais à l'inverse, quand les mêmes macronistes annoncent une mesure d'économie visant les riches, comme par exemple une intensification de la lutte contre la fraude fiscale, ce n'est pas du tout compensé par un magnifique cadeau fait aux pauvres, mais par un nouveau durcissement de la lutte contre la fraude sociale.

Deuxième remarque, comme l'a relevé Vincent Drezet, porte-parole d'Attac-France, le programme d'économie que vient de présenter Gabriel Attal, qui nous le vend comme un projet parfaitement juste et équilibré parce qu'il vise à combattre la fraude fiscale et la fraude sociale avec la même énergie, est en réalité profondément injuste et évidemment favorable aux riches. Car l'impact de ces deux catégories de fraude sur les finances publiques n'est pas du tout le même. La fraude aux prestations sociales représente en effet 6 à 8 milliards d'euros, alors que le montant soustrait à la collectivité par la fraude fiscale est d'au moins 80 milliards d'euros.

De sorte qu'en prétendant lutter de la même manière contre la fraude fiscale et la fraude sociale, le gouvernement favorise en réalité les fraudeurs fiscaux, dont les tricheries portent sur des montants infiniment plus importants. On estime que la fraude fiscale c'est 80 milliards d'euros. Donc c'est l'argent qui est planqué dans les paradis offshore.

L'argent qui est optimisé, qui fait l'objet d'évasion fiscale par les grandes fortunes et par les grandes entreprises, ou par les entreprises en général. La fraude sociale c'est 6 à 8 milliards d'euros. Donc c'est la fraude du pauvre. 10 fois moins.

Mais pour Emmanuel Macron, il n'est décidément pas question de s'en prendre aux riches. C'est ce qu'il vient encore de confirmer en attaquant, comme on l'a dit au début de cette chronique, la proposition faite par l'économiste Jean Pisani-Ferry de s'appuyer sur une taxation temporaire et exceptionnelle des plus riches pour financer la transition écologique, et en présentant un éventuel débat sur la fiscalité de ces riches comme un piège à la con. Et cela aussi appelle pour finir une remarque.

Car cette toute dernière déclaration en dit évidemment très long sur le chef de l'État, et en particulier sur sa conception du débat démocratique. On aura en effet remarqué que la proposition d'augmenter ponctuellement la taxation des riches n'est pas le seul sujet dont Emmanuel Macron ne veut surtout pas débattre. Il vient aussi de passer plusieurs mois à entraver le débat parlementaire sur la réforme des retraites et à refuser d'en parler avec les corps intermédiaires qui proposaient, pour pérenniser le système de retraite sans pénaliser les salariés en les obligeant à travailler jusqu'à 64 ans, des solutions tout à fait originales, comme par exemple une très légère augmentation de la taxation des riches.

Le président en fait lui-même de la République qui a remis sur la table ce sujet, vous savez dans son allocution de lundi, en expliquant vouloir renforcer le contrôle de l'immigration illégale. Mais on aura aussi noté qu'il y a des sujets dont Macron veut tout au contraire absolument débattre. Comme par exemple l'immigration.

Il sait que c'est un sujet particulièrement propice à la profération d'horribles dégueulasseries, mais il veut absolument en parler dans les semaines et les mois qui viennent. En somme, si un débat public promet d'être extrêmement pénalisant pour une minorité déjà stigmatisée, comme les migrants, Emmanuel Macron est tout à fait d'accord pour l'organiser. Mais il ne tombera jamais dans le piège à la con tendu par les provocateurs qui osent réclamer un débat sur une éventuelle augmentation des impôts des riches.

Et on le comprend, car après tout, pourquoi prendrait-il le risque de fâcher ses amis quand il est si facile de taxer plutôt les pauvres ? Taxer les riches ! Taxer les riches !

Taxer les riches ! Merci beaucoup d'avoir suivi cette chronique. Rendez-vous jeudi prochain.