Enlèvement de Santiago: l'interview de Stéphane Gas, l'avocat de l'oncle du nourrisson
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Alors bonjour, vous l'avez dit, non seulement je suis tenu par le secret de l'instruction, mais je suis encore plus tenu par le secret professionnel, donc j'aurai des difficultés à vous raconter ce que m'a dit mon client, évidemment. En revanche, pourquoi est-ce que j'étais heureux d'accepter votre invitation ce matin ? C'est que je ne peux pas être plus le porte-parole que mon client, en vous disant que précisément je porte sa voix lorsqu'il demande à son frère Kevin et à sa belle-sœur Christina, dans la ligne droitée d'ailleurs de ce qu'a demandé le procureur de la République de Bobigny, de ramener Santiago, de se rendre ou pas, mais en tout cas de déposer Santiago dans un hôpital afin que ce dernier puisse recevoir des soins adaptés et que cette histoire prenne fin au plus vite.
Toute la famille demande aujourd'hui, lance un appel général pour que ses deux parents ramènent Santiago dans un hôpital, quel qu'il soit. Bien sûr, et c'est bien la preuve que les quelques informations qui ont pu circuler ces derniers jours, qui laissaient entendre que c'était une espèce d'enlèvement en bande organisée, avec une préparation, avec un soutien familial, etc., il n'en est absolument rien.
Au-delà des questions juridiques sur la question de l'enlèvement, mais ça on pourra éventuellement y revenir, si vous voulez, c'est un coup de folie parfaitement irrationnel de parents vis-à-vis de leurs enfants, de frères vis-à-vis de leurs frères et de leurs fratries, et qui n'ont absolument pas réalisé, au moment où ils le faisaient, les potentielles conséquences du fait de partir avec cet enfant. Et évidemment qu'il aura fallu très peu de temps pour que mon client, notamment parce que c'est en son nom que je parle ce matin, prenne conscience de la nécessité que tout ça s'arrête au plus vite et que Santiago puisse retrouver un hôpital et des conditions de soins adaptées. – Question de Vincent Lortingan. – Oui, bonjour Maître, vous parlez de coup de folie.
À quel moment concrètement votre client a réalisé que ce voyage en Belgique, au milieu de la nuit, ça avait été vraiment une très mauvaise idée ? Est-ce qu'il s'en est rendu compte en rentrant en région parisienne dans la foulée, le lendemain quand il a été interpellé ? À quel moment il a pris conscience, comme vous dites, que c'était un coup de folie cette histoire ? – Je dois reconnaître qu'un placement en garde à vue pour un enlèvement en bande organisée a pas mal aidé évidemment à sa prise de conscience.
Et c'est pour ça que sans aller avant sur ces déclarations en garde à vue, je peux simplement vous indiquer qu'il a fait de son mieux pour pouvoir concourir à l'enquête et au fait qu'on retrouve Santiago. Ce qui est par définition la démonstration qu'il a réalisé que cette espèce de soutien familial et cette envie d'aider et de ne pas perdre un enfant qui était sur le point d'être placé et qui ne l'avait pas encore été à ce stade, je le rappelle, c'est extrêmement important, était quelque chose d'irrationnel et qu'il était temps d'y mettre fin plus vite. – Ce coup de folie, le déclencheur, c'est quoi ?
C'est la peur, comme vous le disiez à l'instant, que Santiago soit placé ? Il y avait eu des discussions a priori avant entre le personnel de l'hôpital et les parents, il n'y avait pas encore de placement, mais il y avait eu des discussions. Ils ont eu peur qu'on leur enlève leur enfant ? – Évidemment, qui n'aurait pas peur qu'on enlève son enfant ?
Alors je ne vous dis pas que ça justifie la réaction, je ne vous dis pas que ça explique absolument l'alpha et l'oméga de la manière dont tout s'est passé, mais ce que je veux dire par là, c'est que le mobile originel, c'est précisément cette peur de perdre son enfant, et c'est d'ailleurs ce qu'expliquait mon client qui lui-même, alors ce n'est pas pour faire pleurer dans les chaumières, mais lui-même a jamais connu ses parents, a été élevé dans des conditions qui sont extrêmement précaires, et si vous voulez, a vu là une opportunité d'aider son frère et sa belle-sœur à conserver leur enfant et à ne pas le perdre au préjudice d'un placement, ce qu'eux ont considéré comme suffisant pour faire ce qu'ils ont fait ce jour-là. – C'est important ce que vous nous dites là, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur cette famille ? – Alors, ce que je peux vous dire simplement sur cette famille, c'est que c'était jusque-là une famille qui avait eu quelques difficultés avec la justice, mais qui n'ont absolument rien à voir avec les choses qu'on lui reproche à ce stade-là, et que sur le reste, c'est une famille qui est précaire, c'est une famille qui a eu énormément de difficultés, qui ont eu des conditions d'existence, si vous voulez, qui sont difficiles, et comme souvent, quand on est dans la précarité, dans des conditions qui sont celles-ci, eh bien, ça développe une forme de solidarité extrêmement forte dans lesquelles les membres se soutiennent les uns les autres et il est bien évident que lorsque son frère est venu le voir en lui demandant de l'aide parce qu'il risquait de perdre, et je mets évidemment des guillemets sur ce terme, son enfant, mon client n'a pas réfléchi très longtemps. – Quelle est la suite de la procédure pour votre client ?
Il a été mis en examen hier soir. Vous m'indiquiez avant ce direct que vous aviez demandé un débat différé devant le juge des libertés et de la détention. On sait que le parquet de Bobigny a requis son placement en détention provisoire.
Pourquoi avoir demandé ce débat différé ? Pourquoi avoir demandé un petit délai pour préparer sa défense ? – Alors, il faut savoir qu'en fait, quand on est présenté devant le JLD, on a effectivement ce droit de demander un délai de 4 jours pour pouvoir préparer la défense de son client.
En l'occurrence, il m'apparaissait pour le moins essentiel, évidemment, de laisser 4 jours de plus aux enquêteurs belges et français, notamment pour essayer de retrouver Kevin et Christina, mettre évidemment toutes les chances de notre côté. Et j'espère que les parents m'entendent ce matin pour qu'eux-mêmes ramènent Santiago et puissent se présenter avec lui. Et vous imaginez bien que les conditions d'un débat qui portera sur le fait de savoir si mon client doit partir en détention ne seront pas tout à fait les mêmes si Santiago est en bonne santé dans les bras d'un médecin ou si on ne l'a toujours pas retrouvé. – On sait évidemment l'urgence dans cette affaire.
Vous le disiez, une fois la prise de conscience des proches, des parents de Santiago, est-ce qu'ils ont collaboré, sans évidemment nous en dire plus, mais est-ce qu'ils ont participé activement à tout faire pour qu'on puisse retrouver cet enfant ? – Alors, vous me parlez des parents de Santiago ? – De l'oncle que vous représentez. – Oui, c'est ce que je vous disais tout à l'heure.
Lui, il n'était pas du tout dans une logique de mettre des bâtons dans les roues de l'enquête, naturellement, loin de là. Et c'est pour ça que lui, précisément, il aimerait qu'on puisse le retrouver. Et c'est pour ça aussi que vous imaginez bien que si aujourd'hui, je parle en son nom devant vous, c'est parce qu'il le cautionne et parce qu'il veut que son frère et sa belle-sœur entendent son appel à rendre Santiago à l'hôpital. – De ce qu'il vous dit, est-ce que vous avez le sentiment que les parents de Santiago sont très déterminés, par amour pour leur enfant, à partir le plus loin possible pour le garder avec eux ? – Je n'en sais rien.
Je ne vais pas partir sur des hypothèses en fondant les reins et les cœurs de ces deux parents. Je n'en ai aucune idée. Je n'ai évidemment pas eu de contact avec eux. et donc j'ignore totalement l'état d'esprit dans lequel ils sont actuellement.
Donc là-dessus, je ne pourrais pas vous répondre. – Pour terminer, peut-être mettre l'essentiel ce matin, c'est le message que vous passez, c'est cet appel des proches, des parents, à rendre Santiago au plus vite dans un hôpital. – Exactement.
C'est exactement ça. Qu'ils comprennent bien que la réponse judiciaire qui leur sera appliquée sera significativement différente selon qu'ils se rendent et que Santiago reçoive les soins adaptés ou selon que l'issue de cette affaire connaisse un dénouement plus dramatique, évidemment. – Sous-titrage Société Radio-Canada –
Isabelle Santiago