Cristian Mungiu, réalisateur : "Le cinéma doit rester polémique"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:09OuverteRéponse directe
Est-ce que cette histoire a vraiment existé ?
- 2:41OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il est encore possible, aujourd'hui, de bousculer les spectateurs en les faisant douter de leurs opinions ?
- 4:13OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut mettre en miroir un fondamentalisme progressiste et un fondamentalisme conservateur ?
- 6:21OuverteRéponse partielle
L'incompréhension dans ce film est-elle due à la barrière de la langue ?
- 7:38OuverteRéponse directe
Vous parlez de vote, comment sont reçus vos films en Roumanie qui parlent de tolérance ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:58PrésentateurChiffre
« J'ai vu un chiffre que parmi les enfants que la protection des enfants décide en Norvège de prendre de leur famille, plus que 90% étaient des enfants des familles des migrants. »
- 7:51Invité politiqueFait
« Vote qui avait porté au pouvoir le candidat d'extrême droite, Kaline Giorgescu. »
Temps de parole
- Présentateur53 %
- Invité politique37 %
- Locuteur 311 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Et voilà la famille Georgiou qui répète et ressasse sa prière
comme une espèce de dette jamais amortie, mais dans la joie. Cinq enfants, la mère est norvégienne, le père est roumain et quand ils quittent la Roumanie pour s'installer dans ce fjord, leurs voisins norvégiens les accueillent gentiment, mais on sent bien qu'ils jugent cette ère qu'ils ont d'avoir accaparé le bon Dieu. Peu de temps après la rentrée scolaire, la professeure de sport découvre des bleus sur le corps d'Elia, la cadette. Les services sociaux norvégiens sont consultés et très rapidement et sans preuve évidente, la garde des enfants est retirée à ce couple. Bonjour Christiane Mundiou. Bonjour. Votre film Fjord sera aujourd'hui au cinéma, auréolé de sa palme d'or du mois de mai.
Bienvenue dans les matins d'été. Question très basique, est-ce que cette histoire a vraiment existé ?
Oui, c'est une histoire qui a existé. Pas l'histoire que vous allez découvrir dans le film, mais l'histoire originale qui m'a donné cette idée que je dois un peu investiguer les choses là-bas. Parce que pour commencer, j'ai lu beaucoup de choses sur cette histoire dans la presse. L'histoire a fait aussi beaucoup de presse internationale. Ça se passait il y a, disons, dix ans, comme ça. Et après ça, j'ai vu, j'ai découvert que ça fait partie d'un sort de modèle, des histoires qui se passent dans les pays du Nord. Quand cet impact entre la culture locale et les familles des migrants qui décident d'arriver et de vivre là-bas, génère ce sort de malentendus, de conflits. Et j'ai vu un chiffre.
J'ai vu un chiffre que parmi les enfants, que la protection des enfants décide en Norvège de prendre de leur famille, plus que 90% étaient des enfants des familles des migrants. Et ce n'est pas probable que les migrants soient plus violents que les locaux. c'est plutôt, tu te demandes si ce n'est pas une sorte de différence culturelle assez grande entre les valeurs des gens qui viennent et les valeurs des gens qui habitent là-bas depuis des générations.
Là, en l'occurrence, cette famille roumaine, ce sont donc des protestants évangéliques. Et on ne sait pas, nous, spectateurs, on ne sait pas vraiment, en fait, si ces parents ont frappé leurs enfants. Mais est-ce qu'il est encore possible, aujourd'hui, en 2026, Christiane Mounjou, de bousculer les spectateurs en les faisant douter de leurs opinions, de leurs certitudes ? C'est encore possible ?
Je me demande, je crois que c'est ce qu'on doit faire, qu'on réalise à tous, nous, de croire, d'espérer que le cinéma peut encore un peu changer de choses. Pas les vraies choses dans la société, mais les idées que tu as sur toi, sur les valeurs. C'est cette idée de ré-vérifier tes idées sur la société d'aujourd'hui et de chercher des réponses pour les questions les plus pressantes, pas pour le film, mais pour toi-même et pour ton rapport avec la société. Parce que le film, à la fin, il parle d'un fait divers, mais il parle de ce qui se passe dans notre société occidentale d'aujourd'hui, où nous avons ce sort de fractures entre des groupes, des gens, avec des idées très différentes.
Mais qu'est-ce qu'on fait ? On doit trouver une façon de vivre ensemble, à la fin, je crois.
Et puisque Dieu est très présent dans ce film, on peut lui opposer ou citer Umberto Eco dans Le Nom de la Rose, qui dit « Le diable, c'est la foi sans sourire, c'est la vérité qui n'est jamais effleurée par le doute. » Or, les services sociaux en Norvège, dans votre film, jamais ils ne doutent. On a l'impression, en fait, ce qui est très fort dans votre film, c'est que les personnages qui sont censés nous ressembler le plus, défendre des valeurs libérales, humanistes, protéger les enfants, ce sont les plus effrayants.
Ils n'entendent pas les arguments adverses, ils font dire aux parents ce qu'ils n'ont pas dit, ils opposent une grande froideur aux larmes de la maman qui doit se séparer de son tout petit bébé qu'elle allait encore. Est-ce que vous pensez qu'il peut y avoir un fondamentalisme progressiste comme il peut y avoir un fondamentalisme conservateur ? Est-ce qu'on peut les mettre en miroir ?
Je crois qu'il y a ce danger. Je crois que le fondamentalisme, c'est plutôt un état mental. Quand tu arrêtes à douter, quand tu crois que tu as raison et quand tu commences à croire que tu as le droit de faire le bien pour l'autre contre sa volonté, ça devient un peu dangereux. Et bien sûr que nous avons tous encouragé cette idée que, bon, les idées progressistes changent le monde, c'est bien de le faire, mais c'est bien toujours d'avoir ce sort de doute.
Et aujourd'hui, je trouve que c'est plus compliqué de douter, parce que la majorité est pour ces idées progressistes, de douter que nous avons toujours fait dans le bon rythme le changement que de douter, là, une chose qui est beaucoup plus évidente, que beaucoup des idées conservatoires ne s'appliquent pas à la société d'aujourd'hui.
Je ne veux pas dévoiler trop du film, mais plusieurs éléments désarmeront ceux qui viennent juste de prendre en route cet entretien et qui connaissent mal votre cinéma et penseront avoir à faire un film anti-walk, notamment le personnage très toucheur de la jeune ado norvégienne qui se prend d'amitié pour ses enfants, avec qui elle n'a rien en commun. Et il y a tant de signes évidents de cette ouverture d'esprit par ailleurs. Alors, le père de famille est convoqué un jour par la police. Il doit donner sa version des faits et on lui tend le procès verbal tel qu'il est censé avoir exposé les choses.
Alors, le policier lui tend le procès verbal.
Bon, ce n'est pas exactement ce que j'ai dit, là, lui dit le père. J'ai juste dit avoir donné de petites fessées quand ils étaient petits. Petites fessées, ça veut dire que j'ai juste effleuré, comme pour leur faire peur, je n'ai pas frappé de façon répétée. Bon, le policier dit, de toute façon, on vous expliquerait plus tard, mais enfin, tout ça est consigné par écrit. L'incompréhension dans ce film est aussi due à la barrière de la langue, Christiane Mounjou ?
Je crois que c'est une barrière de communication. On peut utiliser la même langue, mais chez nous, dans nos sociétés où on était né, et pas vraiment communiquer, parce que la fracture n'est pas en cause de langue. La fracture est entre des valeurs. Aujourd'hui, c'est presque impossible de communiquer avec des gens qui ne partagent pas du tout les mêmes valeurs. Nous avons cette impression que ces valeurs sont irréconciliables. Parfois, je comprends pourquoi, mais quand même, on doit trouver une solution.
Parce que sinon, on va arriver dans une société où une moitié, disons, une moitié de la société a ses haines formidables contre l'autre, et on considère tous que c'est tout à fait clair que nous avons raison, et que l'autre n'a pas du tout raison. Mais comment on peut résoudre ça ? Et je crois qu'on doit commencer par admettre le problème. Ça, c'est déjà pas si simple aujourd'hui, parce qu'on préfère éviter le problème, on préfère utiliser ce sort de politesse sociale, de dire, je veux pas dire que ça arrive à côté de moi, ça n'existe pas, mais ça ne sert à rien, ça ne change pas les choses. Quand les gens votent, nous avons tous des surprises.
C'est mieux de les écouter, de comprendre leurs arguments, pour essayer de vraiment changer ce qu'ils pensent, pas ce qu'ils disent.
Et justement, vous parlez de vote, il se trouve qu'en Roumanie, votre pays, Christiane Mounjou, l'extrême droite s'est bien installée, même si les élections présidentielles de 2024 ont été annulées, en raison de l'interférence d'un État sur le vote. Ce sont les mots officiels. Vote qui avait porté au pouvoir le candidat d'extrême droite, Kaline Giorgescu. Comment sont reçus vos films en Roumanie, qui parlent de tolérance ? Est-ce qu'ils créent des débats politiques à chaque fois, par exemple ?
J'espère que cela va créer ce sort de débat. En Roumanie, malheureusement, la culture et le cinéma n'ont pas un grand rôle social, parce que, comme partout dans les sociétés un peu moins développées, la culture n'est pas vue, elle n'a pas un impact grand dans la société, les gens ne viennent voir les films. Mais pour une fois, ce film a créé un vrai débat. Et j'espère qu'il va créer ce débat, parce que c'est un film polémique un peu partout. Et je crois que ce qui attire les gens pour voir ces films, et nous avons vu ça depuis Cannes, et avant que le film a sorti, et ce potentiel polémique, parce que les gens se placent d'un côté ou de l'autre de ce débat avec beaucoup d'énergie.
Ils soutiennent leur point de vue, et c'est important pour moi. Ce qui est le plus important, est que les gens ne parlent pas de la salle du cinéma complètement avec les mêmes idées qu'ils avaient quand ils ont entré.
Et on change d'idée en cours de route dans le film. On est toujours mis à l'épreuve dans nos certitudes. Merci beaucoup, Christiane Mounjou. Votre film Fjord sort demain au cinéma, avec dans le rôle du père roumain Sébastien Stan, acteur humano-américain, qu'il a fallu convaincre de retirer ses costumes de super-héros dans Marvel, et la mère Lisbeth, interprétée par Renate Reinsvey. Merci d'avoir été avec nous, et bonne route à Fjord.