L'édito de Bertrand Deckers : «Versailles : la chambre du roi retrouve sa splendeur»
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le château de Versailles. Le château de Versailles qui vient d'achever l'un de ses plus spectaculaires chantiers de restauration. La chambre de l'appartement intérieur du roi restitué dans son état de 1789 juste avant la révolution.
On va en parler avec vous mon cher Bertrand. Lit royal recréé, soirée retissé, dorure refaite à l'identique. Le chantier a duré 40 ans.
À peine croyable. Euh et on va voir avec vous Bertrand que derrière cette pièce intime se cache toute une vision de la monarchie française. Alors tout d'abord, pourquoi cette chambre du roi est-elle si importante à Versailles ?
Bah parce que cette chambre, elle raconte une révolution à l'intérieur même de la monarchie. Quand on pense à Versailles, on imagine immédiatement la grande chambre de Louis XIV, celle du lever et du coucher public. Mais au 18e siècle, Louis X finit par ne plus supporter cette pièce immense, glaciale et constamment exposée au regard en 1738.
Il décide donc de recréer une chambre plus intime, plus discrète, plus confortable, une sorte de refuge royal caché derrière les les fte du château. C'est ce qu'on appelle l'appartement intérieur du roi. Et cette évolution est passionnante parce qu'elle montre qu'à Versailles, même les Souverras commencent à rechercher quelque chose de plus privé, presque moderne.
La pièce est décorée par les plus grands artistes du temps, les architectes Gabriel et le sculpteur Verbercht. Avec un décor recaille extrêmement raffiné, on le voit. Mais attention, ne veut pas dire simple.
Tout ici reste pensé comme une démonstration du pouvoir. Les textiles viennent des manufactures lyonnaises les plus prestigieuses. Les bronzes sont dorées, les membres sont exceptionnels.
À la veille de la révolution, les seuls étoffes de cette chambre valent près de 2600 livres, l'équivalent de plusieurs dizaines de millions d'euros actuels. Et Bertrand, pourquoi cette restauration est-elle considérée comme exceptionnelle ? Bah parce que il ne s'agit pas seulement d'une restauration mais presque d'une enquête historique.
Le château a voulu retrouver l'état exact de la chambre au 6 octobre 17. Il pas de photo à l'époque. Il y a pas de photo à l'époque.
Le jour en effet où la famille royale a quitté définitivement Versailles. Le problème c'est que le lit royal pièce centrale de la chambre [rires] avait totalement disparu à la révolution et là a commencé un travail absolument dingue. Aucun dessin du lit n'a été retrouvé, aucun plan précis.
Les artisans ont donc dû reconstituer l'ensemble à partir de descriptions écrites du 18e siècle comme des archéologues en somme pendant près de 40 ans, histori d'urore, brodor ont travaillé ensemble pour faire renaître un meuble disparu depuis plus de deux siècles. Il a fallu plus de 2500 ors de sculpture sur bois pour recréer les éléments décoratifs du lit. Et ensuite, les doreuses du château ont appliqué à la feuille d'or, selon les techniques du 18e siècle avec une colle en potte lapin, des pierres d'agat et des dorures à l'eau.
On redécouvre au fond des métiers que l'on croyait totalement disparu. On aura mis beaucoup plus de temps que la cathédrale Notredame de Paris. Ce lit du roi, il avait une portée symbolique énorme puisque à Versaill, le lit n'est jamais un simple meuble.
On disait même qu'il était l'autre trône du roi parce que le souverail accomplissait des gestes politiques, le lever, le coucher, certaines audiences, [raclement de gorge] tout cela participait à la représentation monarchique. Et le lit recréé aujourd'hui est fascinant de symboles. Au sommet de ce lit, par exemple, regardez, au sommet du Baldaka, on découvre un pélican sculpté en train de nourrir ses petits avec son propre sang.
Bah, cela peut sembler un peu étrange, mais au 18e siècle, c'est une image forte, celle du souverra qui se sacrifie pour son peuple. Toute la monarchie est résumée dans ce détail. Autre élément incroyable, les étofes.
Les soirées ont été retissées à l'identique par la maison lyonnaise Tazarini et Châtel. Certaines parties ont nécessité des métiers à bras traditionnels capables de produire à peine quelques centimètres de tissu par jour. Et puis il y a la broderie, la maison le Sage a consacré près de 30000 à reproduire les motifs floraux du lit.
On comprend soudain que Versailles n'était pas seulement un palais, c'était aussi une vitrine du génie artisanal français. Mais finalement, Bertrand, cette splendeur, la splendeur de cette chambre raconte aussi la fin d'un monde. Oui, c'est peut-être ce qu'il y a de plus émouvant d'ailleurs, parce que cette chambre reconstituée est celle des derniers jours de Versailles comme résidence royale.
Tout a été pensé pour retrouver l'atmosphère exacte de l'automne 1789 juste avant le départ de Louis X et de Marie-Antoinette pour Paris. On a l'impression qu'il viennent de fuir et ce qui frappe, c'est le contraste. D'un côté, on a un raffinement presque réel. l'or, les sois, les broderies, les horloges scientifiques, les meubles précieux et de l'autre un royaume qui vac déjà.
Cette chambre apparaît presque comme le dernier éclat d'un monde sur le point de disparaître. Mais ce chantier raconte aussi autre chose, la capacité de la France à préserver ne savoir-faire. Car derrière cette restauration, il y a des sculpturs, desor, des passemmenters, des plumaciers, des brodors, des métiers d'art parfois transmis de génération en génération.
Et finalement, c'est peut-être ça le plus beau dans cette chambre retrouvée. Elle ne fait pas revivre uniquement Versailles. Elle fait revivre des gestes français vieux de 3 siècles.
Soyons- en fier.
Xavier Bertrand