Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 7 décembre 2016 8 min

François Bayrou: "On ne peut pas s'habituer à l'idée que la France, dans l'Europe, accepte l'abandon d'Alep"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour François Bayrou, si on classe les sujets par importance décroissante, vous serez sûrement d'accord pour placer en haut de la pile la situation à Alep et le massacre des civils syriens que Bernard Guetta vient d'évoquer, il y a encore quelque chose à faire ?

0:12
François Bayrou

Il y a toujours quelque chose à faire. L'idée que l'Europe est ainsi paralysée, bloquée dans son action est une idée qui pour beaucoup d'entre nous est insupportable et le sentiment qu'en effet sont abandonnés des gens dans une situation qui est une situation absolument tragique devrait nous faire bouger. Et c'est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas s'habituer à l'idée que l'Europe est l'Europe, la France est l'Europe, la France en Europe est désormais dans une situation d'abandon, accepte d'abandon.

0:53
Présentateur

Et donc ?

0:54
François Bayrou

Et donc, je trouve que ce que Bernard Guetta vient de dire à l'instant, non pas le côté symbolique du geste, mais la décision d'action en commun de la France et de l'Allemagne, d'intervention en commun, d'expression en commun, est aujourd'hui absolument fondamentale. Mais vous avez vu qu'hier, on a eu un veto de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité ensemble. Et tout ça dit l'extrême, comment dirais-je, dégradation de la situation que nous vivons.

1:28
Présentateur

La Syrie, la relation avec la Russie de Poutine, c'était aussi l'un des points de clivage, de désaccord les plus saillants entre François Fillon et Alain Juppé que vous souteniez. Est-ce que ça reste un sujet d'interrogation ou d'inquiétude pour vous à l'égard de François Fillon ?

1:43
François Bayrou

C'est un sujet d'interrogation pour lui. Le président de la République française ne peut pas être en situation d'allégeance à l'égard d'un dirigeant étranger. Allégeance ? Il ne peut pas être en situation de relation privilégiée avec une de ces puissances qui dans le monde, et je dirais la même chose s'il s'agissait des Etats-Unis. Si on avait un président de la République française qui soit aussi proche, couvre de louanges, un président des Etats-Unis, discuter comme Donald Trump va l'être, je dirais exactement la même chose. La ligne de la France, elle est très simple et elle est fixée depuis longtemps. Ça ne peut être qu'une ligne d'indépendance qui résiste à toutes les puissances.

La France est un pays qui refuse la loi du plus fort. Et ce pays-là ne peut donc pas accepter de se plier à des situations qui sont des situations inquiétantes pour les unes, intolérables pour les autres. L'indépendance de la France, c'est la force de sa voix.

2:45
Présentateur

Est-ce que c'est l'un des sujets, ce désaccord que vous venez d'afficher avec François Fillon, qui pourrait vous décider de faire entendre votre voix dans la campagne présidentielle et de vous porter candidat ?

2:57
François Bayrou

Il faut voir la situation où nous en sommes. Je suis pour l'alternance. Je pense qu'il faut une alternance à la France. Je pense qu'après les cinq années que nous venons de vivre, il faut une alternance comme je pensais qu'il en fallait une en 2012. Il faut l'alternance à la France. Deuxièmement, j'ai avec François Fillon depuis longtemps des relations qui sont amicales, excellentes, de respect et d'estime réciproque. Je crois qu'il l'a dit et je le dis. Mais nous sommes devant un projet.

Et ce projet-là pose pour moi des questions qui ne sont pas des questions d'étiquette politique, qui ne sont pas des questions de la droite au centre ou réciproquement, qui sont des questions pour les Français. Peut-être ce projet lui a-t-il permis de gagner la primaire. Mais ce que je sens et ce que je vois aujourd'hui, c'est que ce projet n'est pas au point d'équilibre des attentes de la France. Et pour des raisons, celle-là en est une, mais il y a des raisons internes, sociales, économiques, qui sont des raisons fortes à mes yeux. Décider en même temps qu'on va autoritairement faire passer les fonctionnaires de 35 à 39 heures sans les payer.

Décider qu'on va autoritairement faire qu'on supprime la barre des 35 heures, qui est la barre, il faut le rappeler, de déclenchement des heures supplémentaires. Qu'on va supprimer le même jour l'ISF et introduire deux points de TVA. Vous voyez bien que tout ça, sans compter la sécurité sociale et le fait qu'on va se trouver avec des mutuelles qui vont prendre le petit risque, celui qui par définition ne fait pas, ne déséquilibre pas, permet de faire des profits et qu'on va laisser à la sécurité sociale le très grand risque.

Ces questions-là, ce ne sont pas des questions pour François Bayrou, ce ne sont pas des questions pour le centre en France, ce sont des questions qui s'adressent, enfin, que posent les Français, que vont poser les Français. Et je considère que s'il n'y a pas de mouvement, c'est l'alternance elle-même qui se trouve menacée par un projet qui est, me semble-t-il, décentré. Et voilà ce que je vais, quand je le rencontrerai...

5:11
Présentateur

Pour le coup, ce serait une alternance forte et radicale, puisque le mot a été revendiqué, employé par François Bayrou.

5:17
François Bayrou

Je ne crois absolument pas que la France ait besoin d'un choc de cet ordre. La France ait besoin d'être rassurée, la France a besoin de voir se dégager un certain nombre de chemins qui sont fermés, parce que, par exemple, l'ordre de l'administration bloque un très grand nombre de choses, parce que les chefs d'entreprise ne sont pas en situation d'investir, et il faut débloquer toutes ces choses-là.

5:41
Présentateur

D'accord, mais il y a une partie de la France, et un grand nombre de Français, qui rêvent d'une rupture radicale, et de recettes qui n'ont jamais été mises en œuvre dans ce pays, François Bayrou.

5:49
François Bayrou

Franchement, si l'on pense qu'il faut, aujourd'hui, à la France, dans la situation où elle se trouve, un choc satchérien, alors on ne voit pas le même pays. Je vous rappelle que Mme Satcher, quand elle est arrivée au pouvoir, elle a doublé le nombre de chômeurs, ou presque, on était au-dessous de 2 millions, on est passé à 3 millions d'eux en 2 ans.

6:06
Présentateur

Avant que la corbe ne redescende.

6:07
François Bayrou

En 2 ans, oui, parce que ce n'était pas la même situation du tout à cette époque. A cette époque, on était en hyperinflation. Vous n'allez pas dire que la France... On était en Grande-Bretagne en hyperinflation. Vous n'allez pas dire que la France est aujourd'hui en surchauffe. La France, c'est exactement le contraire. Et donc, j'ai dit dans une formule que je pensais que la France avait aujourd'hui besoin plus d'un Roosevelt que d'une Satcher, et je pense que c'est la vérité profonde du pays, et que ça peut le déstabiliser. Ça peut entraîner un choc récessif.

6:38
Présentateur

Alors, on entend vos réserves à l'égard.

6:40
François Bayrou

Récessif, ça veut dire qu'on fait baisser l'activité au lieu de la faire monter.

6:44
Présentateur

On entend vos réserves à l'égard du projet de François Fillon. Est-ce que la candidature de Manuel Valls change le paysage ? Est-ce qu'on peut dire que c'est quelqu'un que vous voyez, avec qui vous parlez, quelqu'un avec qui vous pourriez vous entendre ? On a entendu dans le passé les regrets de Manuel Valls, du fait que l'Elysée, les socialistes, ne vous aient pas tendu la main après l'élection de François Hollande en 2012 ?

7:04
François Bayrou

Il est tout à fait vrai que je parle avec Manuel Valls depuis longtemps. Il était Premier ministre de la France. Et je parlerai avec Bernard Cazeneuve de la même manière. C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime, et je le dis comme c'est. C'est peut-être pas l'habitude quand on n'est pas du même côté de la barrière de la majorité de l'opposition. Mais moi, je trouve que c'est un homme estimable. Je parlerai avec lui comme je parle avec Manuel Valls, mais je pense qu'il faut une alternance à la France. Je suis du côté de l'alternance. Et je pense que l'alternance est saine, parce qu'elle amènerait à remettre en cause un certain nombre de pensées, de visions.

Manuel Valls est dans un paradoxe que tout le monde voit bien. Il se présente comme le rassembleur du Parti Socialiste, alors qu'il a expliqué au long des mois, à juste titre, que le Parti Socialiste, comme il était, était un frein au changement. Et vous voyez que ça crée un paradoxe, une difficulté d'être, qu'il va peut-être résoudre. On va voir ce que la primaire va être.

8:01
Présentateur

Soutenir Manuel Valls, c'est forcément endosser le bilan du quinquennat. Oui, absolument. François Bayrou, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes, évidemment, avec les questions, les appels, les auditeurs d'Inter. 01, 45, 24, 7000, et dans un instant, la revue de presse.