BANLIEUES : DES TERRITOIRES À L’ABANDON
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Faut-il soutenir économiquement et socialement les banlieues suite aux violences urbaines de ces derniers jours ? Faut-il mettre en place un nouveau plan banlieue ? Selon le gouvernement, non.
Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a déclaré "Je ne crois absolument pas qu'un nouveau plan banlieue soit la solution. Beaucoup a été fait pour ces quartiers en termes d'emplois, d'attractivité, de soutien social." Des déclarations qui font suite aux nombreuses prises de parole ces derniers jours, déplorant les milliards d'euros investis dans les banlieues sans résultat significatif.
On donne des subventions à des gens, des allocations, qui vont casser et piller. On ne donnera plus un euro pour reconstruire tout ce qui a été cassé et pillé. Rien ne serait pire que de lancer un plan de reconstruction sans rien changer par ailleurs.
Je ne suis pas certain qu'un nouveau plan banlieue décidé depuis Paris permettra de redonner du sens à ces jeunes. Écoutez monsieur, si la réponse à une tentative d'assassinat contre un maire, sa femme et ses enfants est un énième plan banlieue et des dizaines de millions d'euros déversés sur des quartiers qui sont déjà en réalité soutenus par l'État, par les régions, par le département, c'est qu'on n'a rien compris. Des déclarations qui ne font pas l'unanimité et qui ont déclenché des débats houleux.
Le sujet c'est les ghettos de pauvres, on va se le dire simplement. Alors oui on peut mettre des milliards, on peut rénover la façade, mettre un coup de peinture, on le fait tous. Mais pourquoi les pauvres restent entre eux ?
Parce que les riches restent entre eux. Ça veut dire qu'on dépense mal, tout simplement. Alors, ça veut dire qu'on dépense mal et ça veut dire aussi qu'on dépense trop peu.
Alors que moi je dis qu'il faut plus d'animateurs, plus de médiateurs, plus d'éducateurs dans les quartiers. On met beaucoup d'argent dans la sécurité au détriment de la prévention. Mais qu'en est-il réellement de la situation économique dans les banlieues ?
Les aides sociales, y sont-elles plus importantes ? Quelle est la situation en termes d'emploi, d'éducation, de santé, de services publics de manière plus générale ? Quelles ont réellement été les politiques publiques à destination de ces quartiers ces dernières années ?
Qu'est-ce qui aurait pu être fait différemment ? Quel avenir économique peut-on espérer avec des politiques adaptées ? C'est ce qu'on va voir tout de suite dans cette nouvelle émission économique pour Blast.
Avant d'aller plus loin, encore faut-il se mettre d'accord sur ce que l'on entend par banlieue. À la fin des années 50, Des habitats collectifs sont massivement construits à la périphérie des centres urbains. L'objectif est à l'époque de lutter contre l'insalubrité et de loger les classes moyennes.
On a des logements plus grands, plus aérés, plus lumineux, la vie est plus saine. De 1946 à 1975, le parc immobilier français passe de 12,7 millions de logements à 21 millions. Près de 80% des 8 millions de logements construits durant cette période le sont grâce à une aide publique.
Petit à petit, ces quartiers deviennent l'endroit où les plus pauvres s'installent, notamment des personnes issues de l'immigration. Et les conditions de vie s'y dégradent à cause des crises économiques. Aujourd'hui, c'est une partie de ces habitats que l'on appelle communément les banlieues.
Les quartiers dits « prioritaires » sont généralement définis par le niveau de revenu de la population, moins de 11 250 euros annuels par habitant. Si on suit cette définition, on dénombre 1514 quartiers prioritaires répartis sur 859 communes, et ils concernent environ 5,4 millions d'habitants, soit 8% de la population française. Ces quartiers sont situés au marge des villes et concentrent les populations qui ont le plus de difficultés économiques et sociales.
Ce sont bien eux qui sont au cœur de tous les débats depuis une dizaine de jours, et qui sont accusés de coûter très cher à la société. car depuis des décennies, les plans banlieues se succèdent et font l'objet de discussions politiques. Il faudra bien retirer quelque chose à ceux qui ont beaucoup, pour donner davantage à ceux qui n'ont rien.
Sans quoi les communes les plus pauvres ne s'en tireront pas. C'est dans ces quartiers qu'on devrait mettre les meilleurs professeurs, les meilleurs policiers, les meilleurs postiers, etc. Ce n'est pas ce qui se passe.
C'est même généralement le contraire. On va refaire de fond en comble 165 quartiers et dépanner, aider, 600 autres. Donc on va les refaire.
C'est une idée reçue que l'on a beaucoup entendue récemment à la télévision. Les banlieues coûteraient extrêmement cher à l'État chaque année. Tout le monde sait que, quels que soient les gouvernements qui se sont succédés, on a mis beaucoup d'argent public, beaucoup d'intensité à l'action publique de Jean-Louis Borloo avec des résultats mitigés.
On a donné depuis des années 90 milliards d'euros au titre de la politique de la ville dans ces quartiers qui sont arrosés d'argent public. Ils sont gorgés, je dis bien gorgés, d'allocations sociales et de privilèges de toutes sortes. Pourtant, les budgets alloués récemment ne sont pas si importants.
Comme le souligne cet article de The Conversation, Les crédits de l'État du programme 147 « politique de la Ville » s'élèvent à 498 millions d'euros dans la loi de finances pour 2020, soit 0,13% du budget total de l'État. Si on divise ça par le nombre d'habitants concernés par cette politique, soit 5 millions de personnes, cette dotation représente 8 euros mensuels par habitant. L'article est catégorique.
Si l'on ajoute à cela les dotations de péréquation, c'est-à-dire les mécanismes de redistribution au bénéfice des communes défavorisées, les dépenses fiscales associées à la politique de la ville, ainsi que les contributions à la rénovation urbaine, l'effort est déjà plus conséquent, mais il reste inférieur à 1% du budget de l'État. En tout, 48 milliards d'euros ont été investis dans la politique de la ville depuis 2003, c'est-à-dire au moment où l'Agence nationale de rénovation urbaine a été créée. Alors on peut se dire que oui, 48 milliards c'est beaucoup, mais en même temps ça a été dépensé sur 20 ans.
Et pour vous donner un ordre de grandeur, 45 milliards d'euros, c'est par exemple le budget voté en 2023, juste pour couvrir les frais du bouclier tarifaire. Après de nombreuses études allant dans le même sens, un récent rapport parlementaire a montré que les budgets de la politique de la ville étaient de toute façon bien trop limités pour compenser les inégalités de traitement résultant des autres politiques publiques. Et oui, ces fameuses politiques de la ville essaient surtout de corriger un système d'allocation des ressources publiques structurellement défavorable aux banlieues populaires.
Jean-Louis Borloo, ancien ministre spécialiste de ces questions et auteur d'un rapport sur les banlieues, sur lequel nous allons revenir un peu plus tard, l'expliquait déjà dans un entretien sur France Inter il y a quelques années. La douzième idée reçue, c'est qu'on aurait mis beaucoup d'argent dans les quartiers. En gros, si ce n'est pas toujours aussi extraordinairement bien, c'est que c'est un peu de leur faute.
Il y a cette idée, j'allais dire presque ce relent. La vérité, ce n'est pas celle-là. La vérité, c'est par la création de ces quartiers, il y a 40 ans, il y a 50 ans, le résultat, c'est qu'il y a moins d'efforts de la nation dans ces quartiers qu'ailleurs.
Moins au titre de l'éducation, de l'accès à la culture, de l'accès au sport, à la formation, à la sécurité, accès à la justice, accès à la santé. Les habitants des banlieues ne reçoivent pas plus de transferts sociaux que les autres. En France métropolitaine, ils touchent en moyenne 6100 euros par an contre 6800 euros par an par personne pour le reste du pays.
Il y a quelques jours, même Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique à BFM TV, normalement très libéral, faisait ce constat des inégalités dans l'attribution des ressources. Est-ce que ces territoires plus pauvres reçoivent beaucoup plus de la solidarité nationale qu'il ne contribue, ce n'est pas vrai. Si vous prenez la Seine-Saint-Denis par exemple, c'est le troisième département le plus pauvre de France et pourtant c'est le huitième contributeur en termes de cotisation sociale.
Est-ce que les quartiers pauvres sont mieux traités par l'État que la France périphérique ? Ben non, puisque si on regarde les chiffres en matière de santé, les quartiers prioritaires comptent moins de 250 professionnels offrant des soins de proximité, c'est 400 en moyenne en France. Malgré des décennies de plans banlieue et la création d'institutions comme l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, il y a 20 ans, la fracture sociale entre ville et banlieue reste toujours particulièrement prégnante.
Le constat est indéniable. Lorsqu'on vit en banlieue, on a moins de possibilités que le reste des Français d'accéder à l'emploi, à l'éducation, aux transports ou à la santé. Dans les banlieues françaises, le taux de chômage est 2,5 fois plus élevé que la moyenne nationale, et un quart des jeunes de 16 à 25 ans sont non scolarisés et sans emploi, contre 13% seulement pour l'ensemble de la population.
Dans ces territoires, l'accès aux études supérieures est plus difficile. Deux fois moins de personnes ont un niveau d'études supérieur au bac que dans l'ensemble du pays. À l'inverse, ils sont deux fois plus à avoir un niveau inférieur au BEP-CAP, comme le montrait il y a quelques années ce graphique réalisé par France Culture.
Cet article de Statista en fait un résumé détaillé et illustré. La moitié des habitants des quartiers prioritaires vit avec moins de 1168 euros par mois contre 1822 euros par mois pour la moitié de l'ensemble des Français. Si on fait le calcul, ça implique que les habitants de ces quartiers ont en moyenne 650 euros par mois en moins pour vivre.
Les chiffres concernant le taux de pauvreté sont encore plus accablants. Ils dépassent 40% dans les quartiers prioritaires, soit trois fois plus que la moyenne nationale. La pauvreté dans les quartiers populaires, il y a une double peine.
C'est-à-dire que les services publics sont moins efficaces, en fait moins présents même, il y a moins de police, il y a moins de justice, il y a moins d'écoles, il y a moins de santé, il y a moins de droits aux vacances, il y a moins de tout dans nos quartiers. Et donc il y a une double peine qui se fait. La France a organisé ce que certains appellent aujourd'hui pour la première fois un apartheid social et territorial.
Plus de la moitié des enfants, 6 sur 10, sont confrontés à la grande pauvreté, alors que la moyenne nationale est plutôt de 2 enfants sur 10 dans cette situation de détresse. On le voit très clairement sur ce graphique qui compare ces quartiers au reste de la France. Parts d'ouvriers, taux de chômage, parts des jeunes non scolarisés et sans emploi, revenus médians, taux de pauvreté, personnes vivant dans des ménages surpeuplés, Les inégalités sont criantes dans tous les domaines, notamment l'accès aux services publics, au logement et au travail.
L'exclusion, ça commence par ne pas avoir de travail, ça commence par ne pas avoir d'accès aux transports, c'est aussi ne pas pouvoir jouir de ses droits. Ces inégalités se traduisent dans tous les aspects du quotidien. Le sport par exemple est beaucoup moins accessible dans ces territoires.
Il compte deux fois moins de licenciés et trois fois moins d'équipements que le reste du pays. Il y a un mois, autre exemple, un long reportage était consacré dans le journal Le Monde aux inégalités d'accès en banlieue aux démarches administratives. Moins équipés et formés, les habitants des quartiers populaires sont en effet plus susceptibles de rencontrer des difficultés dans leur usage des outils informatiques.
Le journaliste Robin Richardot montre comment les démarches administratives peuvent se transformer en parcours du combattant. Dans son livre Les Abandonnés, le journaliste Xavier de Jarcy explique que ces inégalités structurelles et qui touchent tous les aspects de la vie ne sont pas nouvelles. Dès leur construction, ces quartiers ont selon lui été des lieux de ségrégation spatiale et sociale qui se sont perpétués et intensifiés jusqu'à aujourd'hui.
L'inflation récente n'a fait qu'accentuer ce phénomène dans des quartiers déjà en proie à de grandes difficultés depuis des décennies. Au point qu'il y a un mois de cela, les maires de banlieues ont tiré la sonnette d'alarme dans une tribune parue dans Le Monde. Ils évoquaient déjà des territoires au bord de l'asphyxie et un sentiment d'abandon de la République.
Un cri de désespoir resté sans réponse politique. Une réponse politique globalement loin d'être à la hauteur justement, et ce depuis des années. Ça a été évoqué.
Les plans banlieues se succèdent depuis des décennies sans résultat spectaculaire. On ne va pas revenir en détail sur les dizaines de mesures prises pendant cette période, mais plutôt se concentrer sur la politique récente, puisque c'est bien Emmanuel Macron qui est en charge de cette question depuis plus de six ans. En 2017, lors de sa campagne, il a su reprendre au sérieux la question des inégalités sociales en banlieue et veut montrer une certaine proximité avec ces territoires.
Pendant sa campagne notamment, cette vidéo est postée sur les réseaux sociaux par son équipe. Arrivé au pouvoir, il assure vouloir améliorer la situation dans les banlieues et commande un rapport à Jean-Louis Borloo, leader centriste, qui apparaît alors comme une référence à ses yeux et à qui on prête une influence majeure auprès de lui. Il le charge d'élaborer un plan banlieue efficace, ce que cet ancien ministre du logement, ou encore du travail et de l'économie, va faire.
Un an plus tard, il va remettre à Emmanuel Macron un plan complet. Parmi les mesures, étendre le réseau RER pour désenclaver des communes de l'île-de-France en délaissement, établir un plan de transport individuel dans chaque agglomération, avec des aides au permis de conduire, la location de vélo, le covoiturage, les garages solidaires ou les taxis municipaux, et instaurer des voyages pour les adolescents scolarisés dans les banlieues. Jean-Louis Borloo propose aussi la création d'une fondation pour le logement, pour améliorer les problèmes de gouvernance dans la rénovation urbaine.
Pour les plus jeunes, il demande la création de 30 000 places de crèches et 300 maisons d'assistance maternelle supplémentaires, la relance de classes passerelles et l'élargissement et une meilleure dotation du programme de réussite éducative. Sur le plan du travail, il prévoit le recrutement de 50 000 apprentis en 3 ans, l'inscription de la responsabilité sociale des entreprises dans la loi PACTE ou encore la simplification des aides accordées. En ce qui concerne les discriminations, le rapport recommande de nommer des procureurs supplémentaires spécialisés et de créer un observatoire national des discriminations, ou encore de renforcer le réseau du défenseur des droits.
Et on pourrait citer de nombreuses autres mesures concernant le sport, la justice ou la sécurité par exemple. Bref, un arsenal de mesures économiques et sociales que le rapport chiffre à 50 milliards d'euros et qui va susciter énormément d'espoir du côté des maires de banlieue. Moi j'ai envie d'y croire.
J'ai envie d'y croire pour les habitants, pour mon pays. Je crois en la parole du président de la République. Il faut être ambitieux et j'espère que le président sera ambitieux.
Mais en mai 2018, coup de tonnerre. Emmanuel Macron va mettre ce plan au fond d'un tiroir et refuser de l'appliquer. Premièrement, il avance que l'idée même d'un plan banlieue n'est plus bonne selon lui.
Il a changé d'avis. Le premier plan de la sorte a été présenté en effet, c'était évoqué par Raymond Barre à peu près au moment où je naissais. Mais je crois qu'aujourd'hui poursuivre dans cette logique, c'est vouloir poursuivre dans l'assignation à résidence, la politique spécialisée, une forme de politique de clientèle en quelque sorte qui ne bougerait pas, qui serait allouée à certains quartiers, à certains espaces.
Et pour tout vous dire, je n'y crois pas. Puis, il sort cette phrase, qui avait fait mouche à l'époque, pour justifier l'enterrement définitif du plan Borloo qu'il avait pourtant lui-même commandé. Quelque part, ça n'aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s'échangent l'un un rapport et l'autre disant "on m'a remis un plan, je l'ai découvert".
C'est pas vrai, ça marche plus comme ça. Une réaction qui avait vraiment choqué à ce moment-là et que certains avaient résumé ainsi sur les réseaux sociaux. Tiens !
Tiens ! Allez-vous le faire construire ailleurs, votre petit baigneur ! À la place, il instaurera quelques mesures isolées, totalement insuffisantes pour les observateurs et les élus sur le terrain.
Les mêmes qui avaient cru en lui se diront extrêmement déçus. Nous étions tous cas au debout en sortant. Il nous a fallu la journée pour digérer ce propos.
Il demande un plan, il ne veut pas de plan. Il demande un rapport, il ne veut pas de rapport. Il demande un travail, il nie ce travail.
Je tiens à vous parler du plan Borloo, en tout cas ce qu'il en reste, au vu de ce qui a été annoncé hier par le président de la République à l'Élysée. Ce qui était plus important pour lui que de délivrer un message à la banlieue, c'est de montrer qu'il était moderne. Il a grappillé dans le plan Borloo quelques petites choses, mais toute la cohérence globale du plan Borloo, qui était approuvée par l'ensemble des élus, quelle que soit leur sensibilité, il s'est franchement assis dessus.
C'est ça que moi je regrette fondamentalement, de ce consensus créé. Le 22 mai a cassé fondamentalement une dynamique dont on savait qu'elle n'était pas la solution miracle. mais franchement, transpartisans, venant du terrain et avec des relais d'opinion, ça ne s'est jamais vu sur les banlieues françaises.
Le plan de Jean-Louis Borloo est jeté à la poubelle et on n'en parlera plus. Pourtant, comme de nombreux autres spécialistes de ces questions, il n'a cessé d'alerter sur les potentielles conséquences de ce désinvestissement de l'État dans ses territoires. Il y a un an encore, Jean-Louis Borloo publie un ouvrage où il appelait à un sursaut immédiat et puissant, estimant urgent de refaire nation parce que cela peut mal finir.
Dans un contexte de violence urbaine, c'est une petite musique qui monte et que l'on ne cesse d'entendre. Il ne faudrait plus donner un euro aux banlieues et au contraire privilégier la répression. La solution à cette crise n'est pas une solution sociale.
En partie elle peut l'être, mais elle ne sera pas que sociale. Elle doit à mon sens d'abord être pénale, avec une véritable politique pénale ferme, avec des peines appliquées, des peines exécutoires, donc des places en prison supplémentaires, Si on me donnait à choisir entre des milliards avec des grands plans et de dire on a les outils pratico-pratiques pour rapidement rétablir l'autorité avec un A majuscule, l'éducation, les parents, je choisis l'autorité. C'est-à-dire quelque chose qui ne coûte pas d'argent.
Vous ne préférez pas de sous, mais une sorte de liberté d'appliquer l'autorité. Oui, parce qu'on le voit bien, il y a eu des milliards de déversés et ça a été utile contrairement à certaines tartes à la crème. Et ça n'a pas empêché en deux nuits des pillards de tout piller.
On donne des subventions à des gens, des allocations, qui vont casser et piller. On ne donnera plus un euro pour reconstruire tout ce qui a été cassé et pillé. Ne comptez pas sur les honnêtes gens pour donner encore un euro dans des plans banlieue.
Faire reposer la responsabilité sur l'autorité dans les familles, c'est pour l'instant la ligne adoptée par le gouvernement. Comme le relève cet article de France Inter, le chef de l'État a glissé lundi soir à des policiers rencontrés à Paris qu'il envisageait de sanctionner financièrement et facilement les parents en mettant en place une sorte de tarif minimum dès la première connerie commise par leur enfant. Mais la police, elle ne peut pas éduquer les enfants à la place des parents.
Une ligne confirmée par le ministre de l'Économie. Je pense qu'il est important dans ces moments troublés de rappeler des choses simples. La responsabilité des parents est d'éduquer et d'élever leurs enfants.
Il y a des conséquences pour les parents. Lorsqu'ils ne respectent pas ce qui est la règle, qui est d'élever et d'éduquer leurs enfants, ça doit avoir des conséquences pour les parents. Est-ce qu'il faut exclure du logement social ?
Est-ce qu'il faut revenir sur les allocations familiales ? Tout ça doit être considéré avec beaucoup d'attention. Pour l'instant, le gouvernement pointe également la responsabilité des jeux vidéo et des réseaux sociaux qu'Emmanuel Macron n'exclut pas de couper en cas de crise.
Mais le gouvernement a-t-il appris de ses erreurs sur le plan économique et social ? Pas vraiment, si on en croit les récentes déclarations de Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, comme le relève le journal Le Monde. Je vous le disais en introduction, il a assuré "Je ne crois absolument pas qu'un nouveau plan banlieue soit la solution.
Beaucoup a été fait pour ces quartiers en termes d'emploi, d'attractivité et de soutien social. Pas de plan banlieue, pas de changement économique et socio-structurel, pas d'investissement supplémentaire dans les services publics. Les grandes lignes du plan promu par Jean-Louis Borloo ont définitivement été abandonnées, au profit de plus de fermeté et d'autorité, évacuant également toute critique ou refonte de la police, pourtant à l'origine d'une grande partie de la colère actuelle.
Mais restons concentrés sur le plan économique. Le rétablissement de services publics de qualité, par exemple, pourrait être une solution à la crise profonde, comme l'affirmait déjà il y a deux ans le journaliste Patrick Le Hyaric. La question de la rénovation des services publics est une grande question.
Il y a un gros échec quand même de la politique nationale et des précédentes municipalités. Et ça, si aujourd'hui on ne ramène pas des services publics, si on n'aide pas à la vie associative, si on n'aide pas à la vie tout court, on ne résoudra pas les problèmes. Avant que sa famille ne soit victime d'une tentative d'homicide dans le cadre des émeutes, c'est également ce qu'affirmait le maire du parti Les Républicains, Vincent Jeanbrun, qui proposait lui aussi d'investir massivement dans un plan de banlieue.
Grand plan Marshall pour les banlieues, pour qu'on fasse plus que du ripollinage, on reprend les halls d'immeubles, etc. Il faut démolir et reconstruire les quartiers, transformer, ramener de l'emploi, ramener des commerces, ramener… Bref, recréer de la vie là où on n'a que des quartiers dortoirs aujourd'hui. Jean-Louis Borloo affirmait, avant de remettre son rapport il y a 5 ans, qu'il fallait surtout mettre les mêmes moyens dans les quartiers que sur le reste du territoire.
Les mêmes moyens qu'ailleurs. Quand 28% des femmes ont permis de conduire, ce qui n'est pas le taux national qui est pas loin de son 10, c'est un petit sujet. Lorsque c'est compliqué d'avoir des transports publics à proximité, le temps d'accès à un transport public est quatre fois plus long qu'en centre-ville, etc.
Pourquoi il faut ces correctifs ? Parce que c'est la richesse de notre nation cette jeunesse-là. C'est aussi simple que ça.
Ce n'est pas un problème de misérabilisme. On en a absolument besoin. Enfin, comme le relève à juste titre la journaliste économique Dominique Baillard dans cet article publié par RFI, pour améliorer la mixité sociale, il serait sans doute plus efficace d'agir sur tout le territoire et non dans les seuls quartiers défavorisés.
En construisant plus de logements sociaux dans les beaux quartiers, comme la loi le prévoit, et en facilitant l'accès à la propriété dans ces quartiers déshérités pour attirer et fixer une population plus argentée. Le traitement socio-économique du malaise des banlieues peut réduire les inégalités face au logement, modifier la géographie de l'exclusion, mais il ne peut pas tout. Il ne peut pas pallier les carences de l'école.
Il ne peut pas non plus éradiquer la discrimination que ressentent les habitants de ces quartiers, plus souvent qu'ailleurs, issus de l'immigration. Bref, vous l'aurez compris, ces territoires sont soumis à un stress économique extrêmement intense depuis des décennies, et la solution à ces problèmes n'est ni simple ni unilatérale. Il nous semblait pertinent, à Blast, de prendre du recul sur les événements récents et d'apporter d'autres outils à la grille de lecture, notamment économiques.
Pour alimenter notre réflexion collective, il nous a paru intéressant de réécouter l'abbé Pierre, qui a lutté toute sa vie contre la pauvreté. Il établissait un lien direct entre la précarité et les potentielles violences. Voici un extrait du discours qu'il a prononcé au palais des congrès de Paris en 1984.
Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui, ayant tout, disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous, qui avons tout, on est pour la paix. Je sais que je dois leur crier à ceux-là, les premiers violents, les provocateurs de toute violence, c'est vous. Et quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits-enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d'inconscient que n'en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir.
C'est la fin de cette vidéo. j'espère que cet angle économique sur la situation actuelle vous a intéressé. N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé, à partager cette émission avec vos proches si elle vous a plu.
On va continuer à parler inégalités à Blast, puisque dans la prochaine émission économique, on évoquera la question des vacances, qui touche aussi de plein fouet les banlieues. Pourquoi est-ce que les inégalités s'expriment plus fortement en cette période particulière ? Comment pourrait-on faire pour résoudre ce problème ?
On répondra la semaine prochaine à cette interrogation. Je vous rappelle enfin que Blast est un média complètement indépendant, qui ne vit que grâce à vous, son audience. Donc si vous appréciez notre travail, vous pouvez faire un don ou vous abonner sur blast-info.fr.
Et moi je vous dis à très bientôt.
Bruno Le Maire