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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 1 août 2023 50 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

Darmanin, IGPN, syndicats factieux : Ce policier révolté dénonce

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 44 %Défensif 26 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:02OuverteÉludée

    Mais que veulent vraiment les policiers français ?

  • 2:07FerméeRéponse directe

    Est-ce que vous êtes d'accord avec les termes de ce communiqué, vous, à la CGT ?

  • 2:27OuverteRéponse partielle

    Quelle est l'analyse de la CGT Police sur la place qui a pris justement ces positions ?

  • 4:45OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous pensez de la position du directeur général de la police nationale ?

  • 5:18OuverteRéponse directe

    Cette mise en cause à chaque fois de la justice, est-ce que c'est quelque chose que vous partagez aussi ?

  • 7:18OuverteRéponse directe

    Avez-vous une réaction par rapport à ces propos-là ? Surtout la dernière phrase qui a beaucoup fait parler sur un policier n'est pas un délinquant ordinaire.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:48PrésentateurFait
    « « Avant un éventuel procès, un policier n'a pas sa place en prison », a affirmé Frédéric Vaud, directeur général de la police nationale. »
  • 1:35PrésentateurFait
    « « Face à ces hordes sauvages, demander le calme ne suffit plus, il faut l'imposer » »
  • 1:56PrésentateurFait
    « « Aujourd'hui, les policiers sont en combat car nous sommes en guerre. Demain, nous serons en résistance et le gouvernement devra en prendre conscience. » »
  • 2:20InvitéFait
    « « Non. Sur le principe qui est le principe républicain et d'une police républicaine, on ne peut pas accepter un vocable pareil venant de serviteurs de l'État et notamment de ceux à qui on a confié la force publique. » »
  • 5:25InvitéFait
    « « La justice, elle fait son œuvre. Moi, je ne suis pas juge. Je suis policier. Je suis là pour interpeller les gens et je suis là pour les mettre à disposition de la justice. » »
  • 10:58InvitéChiffre
    « « Hier, même si on prend le chiffre du ministre de l'Intérieur qui dit qu'on avait 5% entre guillemets de grévistes, moi, j'en compte bien moins. J'ai en gros un petit millier d'arrêts maladie. » »
  • 18:14InvitéChiffre
    « « Aujourd'hui, les sociétés, les acteurs de la sécurité privée, c'est colossal. C'est un peu plus de 250 000 effectifs qui ont largement repris des missions de la police nationale. » »
  • 21:42InvitéChiffre
    « « Il y a encore plus 30% de démissions dans la police nationale de 2022 comparé à 2021 hors départ en retraite. » »
  • 27:10InvitéChiffre
    « « 2000 homicides en 97, moins de 800 en 2022. » »
  • 28:57InvitéPromesse
    « C'est ça qu'on propose et que ce contrôle pluridisciplinaire puisse rassembler un certain nombre d'acteurs de la société civile, des avocats, des magistrats aussi, un certain nombre de représentants du peuple, des députés, des sénateurs, des élus. »
  • 29:52InvitéFait
    « la police est violente, on est d'accord, mais sauf que quand vous, vous dites ça, quand les médias donnent ça ou quand certains politiques, ils mettent au banc l'ensemble des policiers. »
  • 30:14InvitéFait
    « moi, je peux vous garantir que c'est l'immense majorité des policiers. »
  • 32:12InvitéChiffre
    « Est-ce qu'on peut trouver normal qu'un policier ne fasse que trois tiers par an ? »
  • 32:20InvitéChiffre
    « on serait que 6% à faire les trois tiers par an. »
  • 36:43InvitéChiffre
    « moi je pense que c'est complètement possible quand on a 45 000 policiers qui sont engagés sur des émeutes ou qui ont été engagés quotidiennement sur les gilets jaunes, sur la loi travail et sur la retraite. »
  • 37:22InvitéFait
    « aujourd'hui, on a déshabillé complètement les compagnies républicaines de sécurité pour mettre en place des Bravème, des CSI, des BAC, et bien on arrive, on connaît ce qu'on connaît. »
  • 38:06InvitéFait
    « on n'arrive plus à faire du maintien de l'ordre classique. On n'y arrive plus, pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus suffisamment de monde. »
  • 38:20InvitéFait
    « Elles sont à 3 sections, ce qui fait que je vous passe les schémas tactiques et le langage technique, mais à 3 sections, elles ne peuvent plus opérer de la même façon. »
  • 41:58InvitéFait
    « Faut-il mieux sélectionner les policiers ? Très certainement. »
  • 42:00InvitéFait
    « je constate avec vous, si vous me le permettez, que je suis à la tête d'un ministère où, à part les commissaires de police, ceux que nous recrutons, c'est souvent des enfants, pour reprendre notre mot, de 18, de 19, de 20 ans, qui n'ont pas fait de très grandes études et qui choisissent le service de la nation par la police et le gendarmerie. »
  • 43:11InvitéFait
    « le métier de policier, ça s'apprend. Et ça, c'est hyper important. Et déjà, 12 mois, ce n'était pas suffisant. Quand on est passé de 12 à 8, je pense que là, on court à la catastrophe. »
  • 45:37InvitéFait
    « Il y a certaines populations de la police nationale qui est d'extrême droite. Ce n'est pas nouveau. Ça a toujours existé. »
  • 47:05InvitéFait
    « Oui, c'est extrêmement dangereux. »
  • 48:21InvitéFait
    « Et que le préfet d'État ait le regard sur les affaires de police judiciaire, c'est inquiétant, notamment sur les affaires de probité, les affaires financières, c'est inquiétant, sur les affaires de criminalité organisée et de banditisme. »

Temps de parole

  • Invité62 %
  • Présentateur32 %
  • Invité 22 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Mais que veulent vraiment les policiers français ? De nouvelles lois qui leur accorderait une sorte d'impunité ? Une justice d'exception ? Ou bien leur veulent-ils prendre le pouvoir ? La menace d'un coup d'État policier enfle, c'est ce que nous disions sur cette antenne il y a quelques jours. Pour quelles raisons, après la mort de Naël fin juin, tuée par un policier à Nanterre, des révoltes urbaines ont éclaté, étant une nouvelle fois le théâtre de violences policières. Début juillet, Eddie est passé à tabac par une unité de la BAC à Marseille qui lui a fracassé le crâne et la mâchoire avant de l'abandonner pour mort dans une ruelle miraculée.

Selon les médecins en réanimation, il a survécu avec d'énormes séquelles. Quatre agents de police avaient été placés en garde à vue et mis en examen pour violences volontaires. L'un d'eux est actuellement en détention provisoire, normal, a priori. Mais voilà qu'en sortant de l'IGPN, ces agents ont eu le droit à une haie d'honneur et des applaudissements par leurs collègues. Et cet activisme paie. Avant un éventuel procès, un policier n'a pas sa place en prison, a affirmé Frédéric Vaud, directeur général de la police nationale. Laurent Nunez, le préfet de police de Paris, partage ses propos, même si, quelques jours plus tard, il dit que la police n'est pas au-dessus des lois.

Gérald Darmanin a, quant à lui, réaffirmé son soutien et n'a pas tari des loges Frédéric Vaud. Emmanuel Macron, de son côté, reste prudemment adepte du « en même temps », soutien au principe de séparation des pouvoirs, mais en même temps soutien appuyé aux forces de l'ordre. Tous les syndicats de police pensent-ils pareil ? Pour répondre à cette question, nous recevons Anthony Caillé, policier et syndicaliste CGT Intérieur Police. C'est l'entretien d'actu. Bonjour Anthony Caillé.

1:26
Invité

Bonjour.

1:26
Présentateur

Alors, j'ai déroulé un peu les derniers événements en introduction. On se souvient aussi du communiqué du 30 juin d'Alliance Police Nationale et UNSA Police, deux syndicats policiers, intitulés « Face à ces hordes sauvages, demander le calme ne suffit plus, il faut l'imposer » où on peut lire dedans, je cite, « que ces syndicats prendront leurs responsabilités et préviennent dès à présent le gouvernement qu'à l'issue, nous serons, je cite, dans l'action et sans mesure concrète de protection juridique du policier, de réponse pénale adaptée, de moyens conséquents apportés. Les policiers jugeront de la hauteur, de la considération portée.

Aujourd'hui, les policiers sont en combat car nous sommes en guerre. Demain, nous serons en résistance et le gouvernement devra en prendre conscience. » C'est un communiqué qui a fait beaucoup parler, qui a inquiété aussi. Anthony Caillé, je vous pose la question. Est-ce que vous êtes d'accord avec les termes de ce communiqué, vous, à la CGT ?

2:11
Invité

— Non. Sur le principe qui est le principe républicain et d'une police républicaine, on ne peut pas accepter un vocable pareil venant de serviteurs de l'État et notamment de ceux à qui on a confié la force publique.

2:25
Présentateur

— Quelle est l'analyse de la CGT Police sur la place qui a pris justement ces positions ?

2:32
Invité

— On peut peut-être revenir brièvement sur les émeutes qu'ont touchées le pays il y a quelques semaines. Ce communiqué, il est sorti après une prise de parole de la puissance publique où on nous a dit qu'en gros, c'était l'insurrection dans le pays, que ça allait être la guerre, avec un tout petit peu de recul. Mais je pense qu'on aura beaucoup plus d'éléments dans plusieurs mois. Si on fait un comparatif aux émeutes de 2005 qui ont duré 3 semaines et demie, près de 4 semaines, on voit bien qu'on n'a pas du tout été sur le même degré d'engagement de violence et sur la même durée, puisque là, on est resté sur quelques jours.

Certains nous rétorqueront « Bah oui, mais en 2005, on a mis l'état d'urgence en place sur certains départements. » Là, on l'a pas fait. Oui, on l'a pas fait. Sauf que l'état d'urgence, elle a été quasiment intégrée dans le droit commun à la suite des émeutes de 2005. Donc en fait, on n'a plus vraiment besoin d'invoquer cet état d'urgence. Moi, je pense qu'il y a un moment, il faut un peu d'apaisement, il faut un peu de recul. Et je pense que ça, c'est le rôle du politique. Je peux comprendre que sur le terrain, les policiers, eux qui sont confrontés à ça et qui prennent tout dans la figure en longueur de journée, c'est extrêmement compliqué et on a du mal à avoir du recul.

Il n'empêche que ça, c'est le rôle du politique.

3:53
Présentateur

Justement, on va revenir sur la responsabilité de l'État dans tout ça un petit peu après. Il y a eu aussi cette phrase, toujours dans ces événements, de Frédéric Vaud. « Avant un éventuel procès, un policier n'a pas sa place en prison. » Je le disais en introduction, où le directeur général de la police nationale remet en cause donc une décision de justice indépendante à la suite de la presque mise à mort dédie, touchée par un tir de LBD puis tabassée par des membres de la VAC. Frédéric Vaud a reçu un énorme soutien de la part de policiers, de Laurent Nunez, de Gérald Darmanin et le policier lui-même en cause dans l'affaire dédiée aussi avec une cagnotte, des applaudissements, je le disais.

Et ce n'est pas la première fois que la justice est dans le viseur de la police comme lors de la manifestation policière en 2021 où Alliance prononce cette fameuse phrase « Le problème de la police, c'est la justice » et rebelote en 2022 où le syndicat Alliance a manifesté contre la mise en examen du policier qui avait tué deux personnes au Pont-Neuf à Paris après un refus d'obtempérer. Qu'est-ce que vous pensez de la position du directeur général de la police nationale ?

4:50
Invité

C'est difficile de la commenter. Moi, je ne la comprends pas. Je ne comprends pas que le premier policier de France puisse avoir ce genre d'explications dans un média d'importance. Il remet en cause la neutralité que doit avoir chaque fonctionnaire. C'est vraiment quelque chose que je ne comprends pas si ce n'est d'attiser les tensions qui existaient déjà.

5:17
Présentateur

Et donc, du coup, cette mise en cause à chaque fois de la justice, est-ce que c'est quelque chose que vous partagez aussi ?

5:23
Invité

Non, non, on ne la partage pas. La justice, elle fait son œuvre. Moi, je ne suis pas juge. Je suis policier. Je suis là pour interpeller les gens et je suis là pour les mettre à disposition de la justice. Je veux dire, il y a un moment, chacun a son rôle. Ça s'appelle la séparation des pouvoirs. Et si certains estiment que les magistrats font mal leur boulot, je les invite à passer le concours et puis aller faire le boulot des magistrats. Mais enfin bon, la justice, en France, on est quand même un des pays où on emprisonne le plus, en Europe. Donc on ne peut pas dire aujourd'hui que la justice, elle est laxiste.

5:58
Présentateur

C'est quelque chose que vous regrettez, ça, ou pas du tout ?

6:00
Invité

C'est-à-dire qu'on est

6:02
Présentateur

un des pays qui met le plus en prison ?

6:05
Invité

Très honnêtement, je ne pousse pas mon analyse au-delà de mon champ professionnel. Est-ce qu'on peut le regretter ? Oui, on peut toujours le regretter quand on est citoyen. Ça veut dire que si effectivement, on emprisonne plus qu'ailleurs, c'est qu'il y a un échec. Il y a un échec dans l'apprentissage de notre jeunesse. Il y a un échec sur le fait que les gens n'ont pas de boulot, on précarise tout le monde. Donc évidemment, il y a un moment, si on veut créer des fractures sociales, on crée de la délinquance.

6:35
Présentateur

Donc du coup, après cette phrase de Frédéric Vaud et la mise en détention provisoire du policier, il y a eu une sorte de grève mise en place par des policiers, surtout à Marseille. Et il y a David Lebar, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, qui s'est exprimé sur cette grève des policiers. On va l'écouter.

6:51
Invité

Ce n'est pas une fronde parce que ce n'est pas contre qui que ce soit, ni contre la justice, ni contre la police. C'est une contestation du fait qu'un policier, quand il est en exercice de sa mission, même s'il a commis des fautes, il faut le considérer comme un policier qui a commis une faute dans le cadre d'une mission. Ce n'est pas un voyou qui est sorti de chez lui pour aller commettre des infractions. Et c'est ce process de détention provisoire pour lequel le DGP ne s'est exprimé. On y reviendra. Mais voilà, c'est cet aspect-là. Il ne s'agit pas de contester que la justice passe. Il s'agit de considérer qu'un policier en fonction, ce n'est pas un délinquant ordinaire.

7:18
Présentateur

Avez-vous une réaction par rapport à ces propos-là ? Surtout la dernière phrase qui, pareil, a beaucoup fait parler sur un policier n'est pas un délinquant ordinaire.

7:26
Invité

Je ferais regarder la définition dans le dictionnaire du mot délinquant. Mais pour moi, il n'y a pas plusieurs sortes de délinquants. Il y a quelqu'un qui a commis des actes répréhensibles et il y a celui qui n'en a pas commis. Moi, je suis pour la séparation des pouvoirs. Je suis pour que la justice puisse œuvrer en pleine sérénité, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui puisque quand on a effectivement un certain nombre de policiers qui mettent la pression sur la justice avec en filigrane et en arrière-plan une absence de réaction du politique, je pense qu'aujourd'hui, la justice, elle ne fait pas sereinement son œuvre. Et ça, c'est dommageable.

8:01
Présentateur

Et entre les propos de Frédéric Vaud, les propos de David Lebar et aussi le soutien de Gérald Darmanin et Laurent Nunez, est-ce que ça ne peut pas encore continuer de créer ce fossé, en fait ?

8:11
Invité

Évidemment. Là, clairement, on crée une situation qui creuse encore plus le fossé entre la police et les citoyens. Le service public de police, il est en train clairement d'exploser.

8:24
Présentateur

Après, on constate aussi, il y a quand même le président de la République qui existe, Emmanuel Macron, qui est là ou pas, parce qu'on constate la non-action du président de la République qui ne veut pas commenter, qui se porte garant des institutions, on va aussi regarder.

8:34
Invité

Je ne vais pas commenter les propos du directeur général qui s'exprime sur une série d'affaires, parce que de là où je suis, en tant que garant des institutions et aussi de l'indépendance de l'autorité judiciaire, c'est une décision qui a été prise par un magistrat. Et donc, je ne me prononcerai pas sur celle-ci. Et dans notre pays, les policiers servent la bonne application de la loi, l'ordre républicain. Et l'État de droit suppose d'abord la présomption d'innocence et pour tout le monde et le respect de la loi pour chacun.

Mais je veux quand même ici dire, puisqu'on parle des émeutes, nos policiers, nos gendarmes, ils ont été présents durant ces nuits face à un déferlement de violence inédit. Je rappelais les chiffres tout à l'heure. 900 d'entre eux ont été blessés durant ces nuits. 900. Et je regarde les chiffres aussi. Il y a 28 enquêtes lancées par l'inspection générale de la police nationale et l'inspection générale de la gendarmerie nationale. Donc, il faut remettre les choses à leur juste place. Il faut être absolument intraitable quand il y a des débordements qui sont faits, que la déontologie n'est pas respectée. Tout le monde doit respecter la loi.

Mais je ne voudrais pas qu'en quelque sorte, on se trompe de débat.

9:45
Présentateur

Et d'ailleurs, d'après l'avocat d'Eddie blessée à BFM, Eddie se dit très affectée par le fait que le chef de l'État et le Premier ministre et la Première ministre disent comprendre l'émotion des policiers sans avoir un seul mot pour lui ou les autres. Il se dit bouleversé par cette indifférence des plus hautes autorités du pays à son égard. Et un petit rappel historique, en 1983, quand la grogne des policiers avait poussé plusieurs milliers d'entre eux à se livrer à une manifestation de nature séditieuse, François Mitterrand avait limogé le directeur général de la police nationale ainsi que le préfet de police de Paris et des leaders syndicaux de la police.

Certains proches de l'extrême droite aussi ont été sanctionnés. C'est ce que rappelle Gérard Miller, d'ailleurs, qui est professeur psychanalyste et crimain. Qu'est-ce que vous pensez de cette position d'Emmanuel Macron à ce moment-là ?

10:29
Invité

Je pense qu'il est très embêté par la situation. J'ai cru comprendre par voie de presse qu'effectivement, il n'avait pas été consulté sur la sortie du directeur général de la police nationale. Donc aujourd'hui, c'est en même temps. Là où je ne partage pas votre constat, c'est sur la possible insurrection policière. On n'est pas du tout... En tout cas, sur les chiffres. Hier, même si on prend le chiffre du ministre de l'Intérieur qui dit qu'on avait 5% entre guillemets de grévistes, moi, j'en compte bien moins. J'ai en gros un petit millier d'arrêts maladie. Je pense que c'est ce qui correspond à la moyenne nationale en règle générale.

Or, ce contexte, ça fait à peine 0,5% d'absents et un code 562 qui a peut-être pu être enregistré sur les mains courantes des commissariats. Mais en tout cas, moi, je peux vous dire que aussi bien dans le Nord, en Bretagne, dans le Sud, les commissariats fonctionnaient parfaitement. Donc, je ne sais pas qui a intérêt à jouer ce jeu de dire les commissariats sont à l'arrêt parce que ce n'était pas vrai. Et je pense que d'ailleurs, les chefs de service auraient des comptes à rendre si ça avait été le cas. Et je pense que ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Je pense qu'on a un peu grossi le trait là-dessus. Si on fait une comparaison avec 83, c'est deux salles, deux ambiances.

J'ai envie de dire un. Mais en 83, on n'était pas quand même là-dessus. En 83, on parle quand même de plusieurs milliers de policiers qui étaient rassemblés dans la cour de la préfecture de police à l'initiative de la droite et de l'extrême droite, à l'initiative de l'AFPI Police qui est un syndicat qui se revendique à l'extrême droite et qui sont allés marcher place Vendôme. On n'est quand même pas sur le même contexte. Aujourd'hui, on ne vit pas ça.

12:22
Présentateur

Oui. Il y a quand même eu des manifestations en 2021, en 2022. Et là, en effet, la grève, les chiffres, le montrent, qu'il a eu une petite part. Qu'est-ce que vous pensez de la position d'Emmanuel Macron de réaffirmer son soutien aux policiers et de ne pas avoir de mots pour les manifestants blessés ?

12:43
Invité

Qu'ils soutiennent les policiers, moi, je trouve ça normal. Je ne vois pas pourquoi, à cause d'un ou deux ou trois policiers qui commettent des fautes, on serait tous sacrifiés sur l'hôtel. Ce n'est pas possible non plus. Tout n'est pas noir et tout n'est pas blanc. Maintenant, il l'a dit, il est là pour garantir les institutions. Il a un devoir d'exemplarité là-dessus. Je ne comprends pas non plus qu'il n'y ait pas de mots à l'endroit des victimes. Mais en même temps, on est un peu habitué à ça. Depuis le premier quinquennat, même sous la gauche, sous le précédent gouvernement, on vit quand même sous des gouvernements qui sont assez durs là-dessus.

13:33
Présentateur

Est-ce que l'exécutif a peur entre guillemets de sa police ou plutôt de ses syndicats très droitiers qui sont le plus présents auprès du ministère comme Allianz UNSA ?

13:42
Invité

Alors là, c'est un vrai mystère. Je ne peux pas vous dire qui entraîne qui. Est-ce que c'est un effet d'entraînement de l'un et l'autre ? Très honnêtement, je ne sais pas. D'ailleurs, les revendications qui ont été posées par les deux gros syndicats de la police nationale, je ne connais pas autour de moi quasiment pas un policier qui m'a expliqué que ces revendications étaient légitimes et qu'il était d'accord avec ça. Donc ça pose quand même des questions. Moi, je ne sais pas d'où ces syndicats tirent leurs revendications. A priori, ils lisent les tirés de la base. Enfin, je ne sais pas. On fait le même métier, on côtoie les mêmes policiers. Je n'ai pas les mêmes retours.

Je ne sais pas d'où ça vient. Très honnêtement, surtout qu'en plus, très honnêtement, ce qui a été demandé est très peu réalisable. Je pense que le ministre de l'Intérieur le sait. hier, il a dit qu'il était d'accord avec une grosse majorité des revendications et qu'il verrait ce qu'il peut faire. Enfin bon, on a quand même une constitution en France. L'article 144, ça me paraît peu probable de le réformer. Une justice d'exception, ça me paraît peu probable de la mettre en place. Donc il y a un engagement politique qui n'est pas très fort.

14:51
Présentateur

Justement, vous parlez de cette fameuse rencontre entre le bloc syndical comme il s'appelle, donc Alliance, syndicats indépendants des commissaires de police, syndicats des commissaires de la police nationale, Synergie officier et une sa police, donc qui ont rencontré Gérald Darmanin jeudi soir dernier où ils avancent à se communiquer avec leurs revendications qui apparemment ont été reçues favorablement par le ministre Gérald Darmanin. Ma première question, c'est, vous êtes un syndicat policier, pourquoi vous n'y étiez pas ?

15:19
Invité

C'est une bonne question. Il faudra poser la question au ministre de l'Intérieur qui ne souhaite pas inviter la CGT. Pourquoi ? Je ne sais pas. mais il faudrait lui poser la question.

15:30
Présentateur

Est-ce qu'au sein de votre action syndicale ou même professionnelle, vous vous sentez isolé du coup des autres syndicats ? Comment ça se passe ?

15:37
Invité

Clairement, oui, ça c'est, j'ai envie de dire, mais là on est vraiment sur une situation d'entreprise, c'est-à-dire où le patronat préfère travailler main dans la main avec les syndicats qui vont lui apporter ce dont il a besoin plutôt qu'avec les syndicats qui sont là pour soit contredire, soit pour proposer d'autres projets de police, des réformes essentielles nécessaires pour notre institution.

16:05
Présentateur

On va faire un petit point sur les revendications du bloc syndical donc quand même très à droite. Revoir l'article 144 du CPP, donc la détention provisoire, la protection financière juridictionnelle familiale et l'anonymisation. Le ministre accepte notre demande et lancera très rapidement des travaux sur la généralisation de l'anonymisation des policiers. Du coup, ça c'est des revendications déjà que vous ne partagez pas et que vous n'avez pas entendu autour de vous ?

16:31
Invité

Non. Voir même, je peux même vous dire que sur la partie anonyme, je connais des policiers qui ne comprennent pas pourquoi est-ce qu'on devrait anonymiser leur nom. Ils estiment que ce serait une perte d'humanité quand ils reçoivent les victimes, par exemple, les victimes de violences ou les victimes tout court dans les commissariats à prendre des plaintes. On a besoin d'un contact humain dans ces cas.

Nous, déjà, on a été par exemple contre la pré-plainte en ligne parce qu'on estime qu'il doit y avoir au-delà du métier parce que quand on a quelqu'un sous la main, quand on a une victime, c'est quand même beaucoup plus facile de recueillir la parole qu'à travers un écran et par voie de mail mais que là, en plus, si vous n'avez pas de contact humain et en plus, vous anonymisez les policiers, on rend un service public qui sera complètement dégradé et on va de nouveau accentuer cette fracture. Sur le 144, très honnêtement, il y a un principe d'égalité dans la République. Je pense que ça, là-dessus, ça ne peut souffrir d'aucune exception.

17:32
Présentateur

Vous disiez que Gérald Darmanin, comme dans une entreprise, le patron reçoit les syndicats qui l'arrangent le plus, qui lui proposent le projet qui est le plus d'accord de leur politique. Quel projet, pour les gens qui ne savent pas du tout comment ça se fait dans la police, quel projet est proche de Gérald Darmanin et du coup, les syndicats font qu'ils sont reçus et quel est votre projet qui fait que c'est différent et que ça n'arrange pas l'exécutif ?

17:50
Invité

Le projet que porte le gouvernement, il est le même qu'il peut porter sur l'ensemble des services publics. C'est-à-dire, on dépasse petit à petit la police nationale pour la vendre, en fait, soit aux municipalités, soit aux intercommunalités en mettant en place des polices municipales, soit aux privées. Aujourd'hui, les sociétés, les acteurs de la sécurité privée, c'est colossal. C'est un peu plus de 250 000 effectifs qui ont largement repris des missions de la police nationale. Et l'idée, c'est ça aujourd'hui. D'ailleurs, il y a beaucoup d'anciens policiers, d'anciens hiérarches policiers qui se sont engouffrés dans cette barèche et qui sont aujourd'hui des acteurs de la sécurité privée.

Et donc, l'idée, c'est ça. L'idée, c'est de filer au privé les missions de sécurité et de tranquillité publique.

18:42
Présentateur

Oui, donc ça, c'est parce que vous disiez que ces syndicats très doigtiers étaient reçus par Gérald Darmanin parce qu'ils proposaient un projet qui plaisait à Gérald Darmanin. Ça, c'est un projet que portent ces syndicats ou c'est plus des visions ? Non,

18:54
Invité

c'est un projet que portent ces syndicats. Oui et non, si vous voulez. Moi, je pense qu'ils ne sont pas en train de porter ce projet-là. En tout cas, en faisant en sorte qu'ils soient d'accord avec la future réforme de la police nationale qui va faire en sorte que, clairement, on va encore perdre des effectifs puisque sur un département, là où il y avait quatre services, il n'y en aura plus qu'un.

il est évident qu'on connaît ça dans tous les services, il est évident qu'on va avoir passé des effectifs à la trappe, il y aura des non-remplacements de départ à la retraite, ça, c'est une certitude et que, ben oui, voilà, quand on est OK, moi, j'aurais préféré qu'hier, à la rencontre, on discute des conditions de travail des policiers, qu'on réfléchisse sur une réforme territoriale de la police, sur quel est l'objet et les missions de la police nationale, sur l'embauche des policiers, sur le fait qu'on ne fasse plus autant d'heures supplémentaires, qu'on ne rappelle plus les policiers comme c'est le cas aujourd'hui, qu'on ait des missions plus centrées sur la nature de notre métier qui est celui d'un vrai service public, de sécurité publique et qu'on aille vers les gens pédestrement plutôt qu'on reste dans nos voitures et qu'on ne soit au contact des gens que quand il y a un truc qui ne va pas.

Voilà, c'est ça les vraies questions qu'on doit se poser et c'est là-dessus qu'on devra engager la discussion là-dessus avec le ministre. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, on réclame... Le seul truc sur lequel je serai à peu près d'accord, enfin, où je suis d'accord, c'est sur la protection fonctionnelle qui est quasi inexistante chez nous. Et l'État se doit de protéger ses fonctionnaires, auteurs, victimes, peu importe, l'État se doit de protéger ses fonctionnaires là-dessus et d'amener l'aide, l'aide financière, le soutien. Ça, aujourd'hui, ça n'existe pas chez nous.

20:37
Présentateur

Est-ce que, si Gérald Darmanin et ses syndicats s'entendent très bien, c'est aussi parce qu'ils partagent la même vision de la police qui serait une mission répressive ? Uniquement.

20:47
Invité

En tout cas, moi, j'ai l'impression puisque c'est le projet que porte le gouvernement et je n'ai jamais entendu encore ces syndicats-là contester le projet gouvernemental là-dessus. Donc, oui.

20:59
Présentateur

Est-ce que vous diriez que c'est un peu son dernier rempart, en fait, d'user de sa police le gouvernement, je parle, l'exécutif ?

21:05
Invité

Oui, non, je ne sais pas si c'est le dernier rempart. Très honnêtement, il y a tellement de lois antisociales qui ont été passées là. Je pense que le gouvernement, peut-être lui, a l'impression qu'il ne pourrait pas gouverner s'il n'avait plus sa police. C'est peut-être, effectivement, une logique gouvernementale et c'est peut-être une crainte du gouvernement.

21:31
Présentateur

Et c'est quelque chose que vous regrettez, ça, le fait qu'aujourd'hui, la police n'a plus qu'une mission répressive ?

21:36
Invité

Complètement. Oui, mais la Cour des comptes a rendu un rapport il y a quelques semaines. Il y a encore plus 30% de démissions dans la police nationale de 2022 comparé à 2021 hors départ en retraite. Donc ça veut dire qu'il y a quand même un malaise profond chez les policiers. Des arrêts maladie en pagaille, mais ça, ce n'est pas qu'en ce moment, c'est tout le temps. Des suicides bien au-dessus de la norme nationale dans les autres professions. Des départs en masse, évidemment, il y a un souci. Je veux dire, si personne, là, aujourd'hui, n'ouvre les yeux et se dit qu'il y a un problème dans l'institution...

22:14
Présentateur

Justement, en parlant de ça, il y a Mathieu Lefebvre, député Renaissance, qui va, en parlant d'Emmanuel Macron, qui va même dire que le président est dans le camp des policiers et des gendarmes. On va écouter. Le président est dans le camp des policiers et des gendarmes qui font un métier extraordinaire, qui risquent leur vie chaque jour pour protéger la nôtre. En revanche, on sait très bien dans quel camp est ce monsieur Guiraud. Monsieur Guiraud parle de policiers factieux, de policiers sédicieux, s'écartant de fait un petit peu plus encore de la République. Il n'y a pas de policiers factieux, il n'y a que des policiers de la République qui servent les lois de ce pays.

Est-ce que c'est responsable, raisonnable aujourd'hui de parler de camp des policiers quand on a vu tout ce qui s'est passé au niveau des violences policières, etc., de commencer à parler de camp ?

22:57
Invité

Non, ce n'est pas responsable de la part de représentants politiques comme ce ne l'est pas de la part de représentants de l'État. Je fais référence à l'ancien préfet de police de Paris. Encore une fois, on ne peut pas raisonner tout noir, tout blanc. Ce n'est pas possible. il y a clairement aujourd'hui un abus de langage. Et en fait, ces gens sont à chaque fois, on est dans un degré, il a dit ça, il faut que je dise ça. Il n'y a plus de dissuasion. On a l'impression que tout est permis. Les barrières, les digues ont complètement sauté. Et d'ailleurs, ces messages-là deviennent de plus en plus inaudibles.

Je pense qu'aujourd'hui, les gens n'écoutent même plus ce type de message tellement en fait, le lundi, on dit ça, le mardi, ça sera pire, le mercredi encore pire. Donc je pense que la parole du politique, en plus, elle n'est plus entendue, de droite comme de gauche, là-dessus.

23:59
Présentateur

Tout ça éclate. Donc tout ce dont on vient de parler a éclaté depuis la mort du jeune Naël qui a été tué par un policier à Nanterre fin juin. Mais avant cela, notamment sur le média, nous documentions déjà les violences policières dans les quartiers, les violences racistes, il y en a eu beaucoup, ou encore dans les diverses manifestations, retraite ou gilets jaunes. Vous, vous parlez d'une crise de l'institution policière et pas que d'ailleurs.

24:24
Invité

Quand il y a une crise politique, ça se ressent dans les services publics et ça se ressent, l'écho et la vague est plus importante, à mon avis, dans l'institution policière que dans une autre institution. pourquoi ? Parce que nous, on est détenteurs de la violence. C'est une délégation du citoyen à notre endroit et qu'effectivement, ce métier, il comporte son lot de répression. Nous, on ne veut pas d'angélisme non plus. Ce n'est pas parce qu'on veut mettre en place une police de proximité qu'on n'arrêtera personne et qu'on verbalisera plus personne. Ce n'est pas ça, le sujet. Le sujet, il est qu'effectivement, c'est un métier de première ligne, de premier de cordée.

C'est un métier extrêmement difficile. C'est un métier qui est là aussi pour rendre une certaine justice de voie publique sur les incivilités, par exemple, et que ça, ce n'est pas toujours facile, mais ça l'est encore beaucoup plus quand on est coupé des citoyens, ce qui ne l'était pas à l'époque de la police de proximité. D'ailleurs, je pense qu'il y avait nettement moins de garde à vue à l'époque de la police de proximité qu'il y en a aujourd'hui. Parce que, clairement, on est coupé de la base. Les institutions, les digues ont sauté et que la politique du chiffre fait qu'aujourd'hui, on est sur une police tout répressive.

25:42
Présentateur

C'est ça qui a expliqué toutes ces... Enfin, depuis... Oui, depuis les révoltes humaines de 2005, on entend ça, mais tout ce qui a explosé dans les violences policières, dans les violences racistes, etc., c'est tout ce contexte qui a autorisé et a augmenté toutes ces violences.

25:59
Invité

Alors là, moi, je ne m'avancerai pas sur ce terrain. Je ne sais pas si elles ont augmenté. Je ne sais pas s'il y en a plus qu'avant. Peut-être qu'on en parle juste plus aujourd'hui. Voilà. Je pense qu'aujourd'hui, en tout cas, médiatiquement, les médias ont changé. Vous avez des chaînes d'info H24 qui font d'un fait divers qui va se passer dans un petit coin de la France. Ça va tourner en boucle pendant 24 heures. Ça fait un effet loupe. Et ce n'est pas le reflet de ce qui se passe dans toute la France. Et je pense que les médias, effectivement, les chaînes d'info ont une lourde responsabilité là-dessus aussi.

26:33
Locuteur non identifié

Sur ?

26:34
Invité

Sur le fait qu'aujourd'hui, on ait des sentiments, en fait. On se base beaucoup... Moi, je ne sais pas. Vous me dites qu'il y a plus, par exemple, de violences policières qu'avant.

26:44
Présentateur

Non, non. On en parle plus parce que nous, c'est vrai qu'aux médias...

26:47
Invité

Moi, je ne pourrais pas vous le dire. Ce qu'il faudrait, c'est inviter des sociologues et leur demander, effectivement, le fruit de leurs travaux. Mais moi, je ne suis pas sûr. Par exemple, on dit, oui, la société est plus violente. Notamment, certains syndicats se mettent derrière ça et invoquent ce truc, mettent ça en avant pour dire, voilà, on a besoin d'un soutien plus fort. 2000 homicides en 97, moins de 800 en 2022. Bon, je n'ai pas l'impression que la société soit plus violente. La société, elle est aussi ce que les médias veulent bien en donner.

27:25
Présentateur

Ce que je dis et d'ailleurs, ce qu'on dit aux médias, c'est que les violences policières existent depuis très longtemps, que c'était d'abord que ça se passait énormément dans les quartiers dits populaires avec notamment des violences racistes et puis que après les mouvements gilets jaunes, mouvements retraites, là, tout le monde a commencé à comprendre ou à se rendre compte qu'il y avait des violences policières mais qu'elles existaient depuis longtemps et qu'elles étaient tuées parce qu'elles touchaient qu'une partie de la population, c'était soit les plus pauvres, soit les personnes racisées.

Et pour vous, justement, on va parler de ça, pour vous, un des éléments de résolution de ces problématiques-là, ce serait une réforme de l'Inspection Générale de la Police Nationale, l'IGPN, qu'on entend beaucoup parler dans ce genre d'histoire et dont on a beaucoup entendu parler à la suite des violences policières, l'organe de contrôle de la police fait partie du ministère de l'Intérieur, l'IGPN, qui a pu être remis en cause notamment sur son indépendance ou son impartialité de remettre en cause finalement des collègues. Qu'est-ce que vous proposez donc, vous, autour de l'IGPN ?

28:19
Invité

Alors, au-delà qu'elle soit sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, elle a un lien hiérarchique avec le directeur général de la Police Nationale. Donc, c'est vraiment une des directions de la Police Nationale. Nous, ce qu'on propose, c'est qu'effectivement, c'est qu'on la rende plus transparente et qu'elle puisse, elle, d'une part, je pense qu'elle pourra travailler plus sereinement parce qu'elle sera moins soumise aux critiques des citoyens qui se posent des questions à savoir comment ça fonctionne et qu'il y ait un contrôle pluridisciplinaire de cette inspection générale de la Police Nationale. Voilà.

C'est ça qu'on propose et que ce contrôle pluridisciplinaire puisse rassembler un certain nombre d'acteurs de la société civile, des avocats, des magistrats aussi, un certain nombre de représentants du peuple, des députés, des sénateurs, des élus. Et ça, je pense que ça, ça participera, cette transparence participera à recréer du lien, à redonner du lien entre sa police et sa population. Mais, il faut quand même le dire, moi, je suis un peu usé des phrases à raccourci qu'on fait quand on parle de violences policières ou quand on parle de violences systémiques. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire, violences systémiques. Très honnêtement, je ne sais pas ce que ça veut dire.

C'est un terme anglo-saxon qui se traduit très mal en français et du coup, on part là-dessus. Moi, ce que j'aimerais dire, c'est que oui, la police est violente, on est d'accord, mais sauf que quand vous, vous dites ça, quand les médias donnent ça ou quand certains politiques, ils mettent au banc l'ensemble des policiers. Et ça, c'est dangereux de faire ça. C'est dangereux parce qu'il va y avoir un réflexe corporatiste qui va se faire, même chez les policiers et surtout chez les policiers qui, eux, font leur boulot tous les jours. Et moi, je peux vous garantir que c'est l'immense majorité des policiers. Sinon, je peux... Enfin, malheureusement, l'effet divers serait beaucoup plus important.

Et en fait, ils ont l'impression de faire l'objet d'un amalgame. Et ça, ça les exaspère et on les pousse comme ça dans ce fameux, ce que vous disiez tout à l'heure, dans ce fameux camp du... Eh bien, ils ne comprennent pas. Ça veut dire qu'ils sont contre nous. Et c'est ça, la difficulté. C'est qu'aujourd'hui, on ne peut pas raisonner comme ça. Ce n'est pas possible. On ne peut pas faire des petites phrases. Et le politique, il a une responsabilité. Et vous, les médias, vous avez aussi une responsabilité là-dessus. On ne peut pas faire des petites phrases et ça jette tout de suite l'amalgame. Soit on pose les sujets et on prend le temps tranquillement d'en discuter.

Mais on ne peut pas traiter de faits divers comme ça en faisant des amalgames. À mon avis, c'est dangereux, ça. Donc, il faut rendre de la transparence à l'institution. Ça, c'est sûr. Il faut redéfinir les missions. Il faut redonner du sens aux policiers. Mais surtout, il faut leur assurer une confiance. Mais il faut leur dire, attention, la confiance qu'on vous donne, elle est là. Mais vous aussi, vous avez des responsabilités. Vous ne pouvez pas échapper à vos responsabilités.

31:14
Présentateur

Quand on parle de système, parce que c'est un mot qu'on a déjà utilisé aux médias. Et donc, voilà. Et c'est pour ça qu'on prend le temps aussi de prendre des émissions où on a le temps de tout décrypter, d'avoir plusieurs points de vue sur ces choses-là. Quand on parle de système, c'était plus ce que vous nous avez dit en début d'interview. En fait, le fait que Gérald Darmanin ne reçoit que certains syndicats, le fait que les GPN, des fois, protègent ses collègues et laissent passer soit des violences policières, soit des violences racistes. Et donc, du coup, c'est pour ça que c'était intéressant de voir quelle réforme de l'IGPN vous vouliez mettre en place.

Est-ce que vous pensez que ça suffira ou alors il faut des choses qui vont à côté de cette réforme de l'IGPN, qui la complètent ?

31:52
Invité

Non, ça, c'est un début. Moi, j'ai fait une tribune sur l'IGPN parce que ça me paraissait important de discuter de cet organe de contrôle. Mais non, il faut revoir la scolarité. Il faut revoir... Déjà, il faut revoir l'embauche. Il faut revoir la scolarité. Il faut revoir les missions. Il faut revoir la formation continue des policiers. Est-ce qu'on peut trouver normal qu'un policier ne fasse que trois tiers par an ? Et en plus, vos confrères de l'IG ont mis en évidence qu'a priori, on serait que 6% à faire les trois tiers par an. Un pompier qui ne fait pas ses exercices au quotidien, on ne laisserait pas partir sur un VSAV. Donc voilà, il y a une vraie réforme de l'institution à faire.

Sauf que l'institution est tellement en crise aujourd'hui. Je vous le dis, 30% d'émissions en plus. On n'a plus de formateurs. On n'a plus de stand de tir. Enfin, on ne peut pas travailler dans des conditions comme ça. Ce n'est pas possible.

32:45
Présentateur

Dans le cadre de l'affaire Naël et des révoltes urbaines qui ont suivi, la CGT Intérieure Police, dont vous faites partie, vous êtes, a écrit ceci. La France fait actuellement face à des mouvements sédicieux touchant plus particulièrement les banlieues populaires, mais toutefois plus axées sur la satisfaction d'un besoin consumériste que sur l'expression de revendications sociales ou judiciaires. Ces mouvements se caractérisent par une particulière violence visant notamment au-delà des symboles même éloignés de la République, les policiers et les gendarmes.

Ceux-ci ont su, lors de l'engagement et alors même qu'ils se trouvaient dans des conditions manifestes de légitime défense, faire preuve d'un sang-froid et d'un professionnalisme sans faille, évitant ainsi des drames. Après, vous parlez aussi de la formation dans ce communiqué, on y reviendra après. Je reviens vers vous sur ces propos, car au Média, vous le savez, on tente d'être au plus près d'élus, des manifestations et nous avons pu livrer une autre analyse que celle que vous nous livrez dans ce communiqué. Vous avez d'ailleurs vous-même plusieurs fois imputé la responsabilité à l'État de ces révoltes. Pourquoi un petit peu les délégitimer dans ce communiqué ?

33:43
Invité

Délégitimer, c'est-à-dire ?

33:45
Présentateur

Les révoltes, quand vous dites des moments sédicieux, plus axées sur la satisfaction d'un besoin consumériste que sur l'expression de revendications sociales ou judiciaires.

33:53
Invité

Parce qu'on a estimé à un moment, au vu de tout ce qui se passait, moi, je ne conçois pas qu'on puisse aller piller les commerces gratuitement sans avoir de revendications derrière. Il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord. Par exemple, les manifestations organisées pour la loi travail où on s'attaque à des reflets du capitalisme, je ne suis pas d'accord avec ça, mais je peux le comprendre. Il y a un message. Là, très honnêtement, je ne vois pas où est le message de faire brûler les voitures de son voisin du 16e étage qui doit se lever à 4h du mat' pour aller nettoyer les chantiers le matin à 6h. Je ne vois pas où est le message politique.

34:45
Présentateur

Il y a Gérard Miller, politologue, écrivain, professeur, on a déjà cité, également, partagé une analyse de la situation. Il dit « D'où cette consécration généralisée de la trouille, de la méfiance et de la haine. Le gouvernement a peur de la police. La police déteste les citoyens et les citoyens se défient du gouvernement comme de la police. Et ça, sauf à être de très mauvaise foi, ce qui reste évidemment une possibilité. On ne saurait l'imputer ni aux jeunes émeutiers ni à leurs parents. » Ça a eu beaucoup de commentaires. Qu'est-ce que vous pensez de ce petit passage de Gérard Miller qui a analysé la situation ?

35:13
Invité

Je ne suis pas sûr parce que la police, elle a traversé de nombreuses périodes et moi, je l'ai vu à l'arrivée, à la mise en place de la police de proximité, les policiers étaient contre. On allait remettre en cause leur légitimité, leur métier. Ce n'était pas normal. On a vécu la même chose à la sortie de la police de proximité. Mais comment ça ? On ne sera plus ilotier, on ne va plus te faire de proximité, on ne sera plus au contact des gens. Donc en fait, là-dessus, je ne partage pas cet avis-là. Moi, je pense que c'est toujours compliqué quand on a affaire face à ce type de réformes, des réformes missionnelles.

Je pense que c'est compliqué parce que c'est une vraie remise en question et que si demain, il y a un gouvernement qui serait prêt à remettre une police de proximité, ça serait aussi compliqué. Maintenant, moi qui ai commencé sous l'ère de la police de proximité, c'était en tout cas un travail qui était beaucoup plus apaisé qu'aujourd'hui.

36:10
Présentateur

Est-ce qu'il est possible de parler de sang-froid ou de légitime défense ou d'avoir évité des drames quand on voit qu'il y a quand même eu des violences policières parmi le maintien de l'ordre de ces manifestations, de ces révoltes urbaines qui ont lieu ? On l'a dit à Marseille beaucoup. Il y a eu beaucoup de cas médiatiques à Marseille. Edi, Abdel Karim qui a été éborgné, Mohamed qui a été tué avec un flashball au thorax, Nathaniel aussi à Montreuil qui a été éborgné. Est-ce que c'est possible de maintenir ces propos quand on a vu après ce qui s'est passé ?

36:40
Invité

Oui, moi je pense que c'est complètement possible quand on a 45 000 policiers qui sont engagés sur des émeutes ou qui ont été engagés quotidiennement sur les gilets jaunes, sur la loi travail et sur la retraite. Je pense que c'est possible. Là où ça pose une difficulté et où ça dysfonctionne, c'est sur la doctrine d'emploi des policiers. Et c'est là où effectivement on arrive à ce genre de drame. Mais quand la police elle est employée de façon cohérente, je ne dis pas qu'il n'y a pas de blessés, mais en tout cas, on n'aurait pas vécu ce genre de drame.

Aujourd'hui, on a déshabillé complètement les compagnies républicaines de sécurité pour mettre en place des Bravème, des CSI, des BAC, et bien on arrive, on connaît ce qu'on connaît. C'est-à-dire qu'on arrive sur des drames qu'on a pu voir notamment sous les Gilets jaunes, mais qu'on peut voir encore aujourd'hui, parce qu'il y a un mésusage de la force, de l'armement, ce qui n'est pas le cas quand on emploie des forces qui sont formées à ça, ce qui n'était pas le cas en tout cas il y a encore 10 ans.

37:51
Présentateur

Justement cette doctrine, est-ce que vous pouvez nous en parler ?

37:56
Invité

En fait, on rompt avec la doctrine de maintien de l'ordre, notamment parce qu'on n'arrive plus à faire du maintien de l'ordre classique. On n'y arrive plus, pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus suffisamment de monde. Là où vous aviez des CRS équipées à 6 sections, elles sont descendues à 5, puis à 4. À 4 sections, une CRS peut encore fonctionner. Difficilement, mais elle peut fonctionner. Aujourd'hui, des CRS à 4 sections, c'est l'exception. Elles sont à 3 sections, ce qui fait que je vous passe les schémas tactiques et le langage technique, mais à 3 sections, elles ne peuvent plus opérer de la même façon.

Et donc, elles se mettent elles-mêmes en danger déjà, premièrement, et elles n'arrivent pas, en tout cas, à opérer et à faire du maintien de l'ordre convenable. Et donc, pour pallier ça, le gouvernement a mis en place de nouveaux opérateurs au sein du maintien de l'ordre, des BAC, des CSI, des BRAVEM, qui eux ne sont pas rompus à ça, ne sont pas formés à faire ça, qui n'ont pas forcément le bon équipement et puis qui ne répondent pas à l'autorité civile de la même façon qu'une compagnie républicaine de sécurité va manœuvrer sous l'autorité de l'autorité civile.

39:06
Présentateur

Vous dites qu'il y a un méusage des armes. On arme trop la police, c'est trop dangereux. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce méusage ?

39:14
Invité

On ne l'arme pas de la bonne façon. Faire du maintien de l'ordre avec un LBD, moi, personnellement, ça me pose un sérieux souci. D'ailleurs, on n'a qu'à le voir, les gardes mobiles et les CRS ne servent quasiment pas du LBD en maintien de l'ordre. Quasiment pas. Pourquoi ? Parce qu'ils ont une force d'intervention. Ils sont nombreux. Ils arrivent à faire un maintien de l'ordre opérant à plusieurs niveaux avec des stratégies que quand on est trois sur une foule, ça ne fonctionne pas. C'est toujours la même chose. C'est toujours un problème de rapport de force. À l'époque, les police secours, elles étaient équipées à six.

Quand vous débarquez sur une RICS, au bistrot du coin, vous arrivez à six, c'est quand même plus simple que quand vous arrivez à deux. Et à deux, il est évident qu'à deux, vous allez vous servir. Vous allez faire usage de votre arme. Vous avez des pistolets électriques.

40:12
Présentateur

Est-ce que c'est lié aussi... Toutes ces violences policières sont liées aussi aux ordres répressifs ? C'est-à-dire que le gouvernement, l'exécutif, pas que celui-là, préfère envoyer la police plutôt que de faire un dialogue social ou d'essayer de comprendre ce qui se passe dans le pays ?

40:27
Invité

Je pense que ça, ce n'est plus à démontrer. Je pense que plusieurs semaines de manifestations pour les retraites ont bien montré qu'en tout cas, le gouvernement se refusait à discuter avec les syndicats là-dessus.

40:42
Présentateur

Ça touche aussi les quartiers populaires où il y a de la... On a constaté cette violence policière-là dans les quartiers populaires. Dans les quartiers où il y a beaucoup de personnes racisées aussi. On l'a dit de toute façon qu'il y avait eu des violences racisées, etc. Est-ce que c'est lié aussi au manquement du gouvernement dans...

40:59
Invité

Au-delà de le dire, de toute façon, la France a été condamnée pour ça. Donc là-dessus, je veux dire, maintenant, ça ne souffre plus de discussions. Malheureusement, les quartiers populaires, oui, ça a toujours été... C'est très compliqué. Enfin bon, on sait pourquoi. Après, moi, je ne vais pas faire de sociologie ici. Mais c'est ce que vous disiez tout à l'heure. Ce qui a remis entre guillemets un peu la balle au centre, c'est les manifestations de Gilets jaunes où là, effectivement, les gens ont pris conscience que... Et c'est là aussi où on voit que la police nationale, elle n'a pas, entre guillemets, jeté son dévolu que sur les quartiers populaires.

En fait, elle le faisait parce que c'était une demande du politique. Ça a toujours été la demande du politique. Et qu'aujourd'hui, au travers des Gilets jaunes, les Gilets jaunes n'ont pas eu un droit d'exception, en tout cas, au maintien de l'ordre qu'ils ont pu connaître.

41:49
Présentateur

On parlait formation des policiers. Justement, on va écouter Gérald Darmanin qui s'était exprimé là-dessus et qui lui a valu un tollé dans la profession. On va écouter.

41:58
Invité

Faut-il mieux sélectionner les policiers ? Très certainement. Je constate avec vous, si vous me le permettez, que je suis à la tête d'un ministère où, à part les commissaires de police, ceux que nous recrutons, c'est souvent des enfants, pour reprendre notre mot, de 18, de 19, de 20 ans, qui n'ont pas fait de très grandes études et qui choisissent le service de la nation par la police et le gendarmerie. Je ne suis pas la tête du ministère de la Justice où les gens passent des concours à Bac plus 4, Bac plus 5 ou à l'éducation nationale où les gens sont très mal payés par ailleurs comme les policiers mais enfin, ils ont un capital social très important.

Mettons-nous quelques instants à la place d'une majorité de jeunes qui choisissent le service de la police et de la gendarmerie que nous devons former, nous.

42:37
Présentateur

Est-ce que vous partagez ou non cette vision de Gérald Darmanin sur la police ?

42:41
Invité

C'est surtout, je ne comprends pas l'intérêt du propos. En fait, moi, je veux dire, peu m'importe que les gens ont fait des études ou ils n'en ont pas fait. Ça ne fera pas d'eux des meilleurs fonctionnaires si on a fait des études et ça ne fera pas d'eux des plus mauvais fonctionnaires s'ils n'en ont pas fait. Par contre, ce qui est évident, c'est qu'il faut mettre une formation en place. Qu'on ait un Bac plus 5 ou qu'on soit juste bachelier, le métier de policier, ça s'apprend. Et ça, c'est hyper important. Et déjà, 12 mois, ce n'était pas suffisant. Quand on est passé de 12 à 8, je pense que là, on court à la catastrophe. Et d'ailleurs, je pense que c'est aussi pour ça.

Je pense que les policiers aujourd'hui démissionnent parce qu'ils n'ont pas un bagage suffisant dans cette formation. Et c'est dur pour eux, en fait, qu'ils prennent la réalité de plein fouet quand ils arrivent sur le terrain. Déjà qu'ils sont dépaysés parce qu'ils partent de chez eux, ils partent à 1 000 km, ils arrivent en banlieue parisienne. Tout ça, c'est très compliqué. Et si on ne les arme pas intellectuellement et si on ne leur donne pas un vrai bagage professionnel, c'est la catastrophe.

43:46
Présentateur

Et vous, je pense qu'à la CLT Police, vous luttez contre ça aussi. Comment vous faites pour lutter contre les biais et les violences racistes qu'on a pu constater dans la police ? De l'intérieur, parce que nous, on ne va pas de l'intérieur.

44:03
Invité

C'est ce que je vous disais tout à l'heure. Le débat au sein de l'institution, il est de plus en plus compliqué parce que tous les policiers ont l'impression qu'ils sont accusés de racisme. Et là, aujourd'hui, c'est là où c'est dangereux et c'est là où moi, j'alerte les politiques qu'on a l'occasion de rencontrer et de leur dire, attention, attention, ne faites arrêter les amalgames, ne faites pas de petites phrases, construisez une pensée, développez quelque chose, mais en tout cas, ne dites pas qu'ils le sont tous parce qu'il y a un moment, je ne dis pas qu'ils le deviendront tous, mais ils ne seront plus à l'écoute et on va avoir une crise sociale complètement.

44:49
Présentateur

Et du coup, de l'intérieur, vu que nous, on ne le voit pas, comment ça se passe pour lutter contre ces... Oui, s'il y a des personnes restées dans l'équipe ou des propos, comment vous faites de l'intérieur pour lutter contre ces violences-là ?

45:04
Invité

Il n'y a que... C'est que individuellement qu'on peut faire ce travail. Moi, je suis de moins en moins en contact de mes collègues puisque je suis quasiment permanent depuis 2-3 ans, mais c'est en allant discuter avec eux. Et il n'y a que... C'est que du cas par cas. Maintenant, la difficulté qu'on a, c'est que tant qu'on aura un gouvernement qui sera permissif et qui ne condamnera pas quand il y a effectivement des exactions de ce type, et bien c'est... Voilà. Moi, j'ai connu une époque où les gens pensaient. Il y a certaines populations de la police nationale qui est d'extrême droite. Ce n'est pas nouveau. Ça a toujours existé.

Bon, on peut le regretter, mais en tout cas, voilà, c'est comme ça. Ces gens-là, ils ne prenaient pas la parole en fait. Voilà. Ou très peu. On le savait, mais voilà. Aujourd'hui, ils ne se cachent plus dans les couloirs. Ils ne se cachent plus. Ils sont décomplexés. Mais c'est toujours pareil. C'est toujours les mêmes. Il n'y en a toujours. C'est toujours qu'un ou deux dans le service. Mais ils ne se cachent plus. Donc on a l'impression qu'ils sont présents partout. Et là, on a une vraie difficulté.

46:08
Présentateur

Mais c'est le contexte politique qui a...

46:09
Invité

Bien sûr. Bien sûr. On libère la parole complètement.

46:13
Présentateur

Et pour terminer, vous alertez, et c'est très peu connu d'ailleurs, sur la réforme, la future réforme de la police judiciaire où Gérald Darmanin parle maintenant de la réforme de la police nationale. Les services de police judiciaire actuels dépendraient d'un directeur local de la police judiciaire placés sous l'autorité du directeur départemental de la police nationale, lui-même placés sous l'autorité du préfet.

Et le Conseil supérieur de la magistrature craint une menace sur l'indépendance de l'autorité judiciaire car, conformément à l'article 12 du Code de procédure pénale, la police judiciaire est exercée sous l'autorité des magistrats, procureurs et juges d'instruction un principe à valeur constitutionnelle. Est-ce que c'est dangereux cette glissade-là ? En plus, qui passe sous silence sur cette réforme ?

46:54
Invité

Alors, sous silence, je ne sais pas, parce qu'elle a quand même été grandement médiatisée à une période, mais encore une fois, il y a eu un passage en force du gouvernement là-dessus et du ministre Darmanin. Oui, c'est extrêmement dangereux. Alors, ce n'est pas la réforme de la police judiciaire, c'est vraiment la réforme de la police nationale, mais qui va placer la police judiciaire sous la coupe d'un directeur départemental et on va la regrouper avec trois autres entités, la police aux frontières, la sécurité publique et les renseignements territoriaux. Et oui, c'est dangereux.

Au-delà de l'aspect matériel, puisque là où on sait où on va faire des fusions, des fusions-absorptions, on va perdre des effectifs, on va perdre du matériel dans les directions de police judiciaire puisqu'on va mutualiser les matériels.

Mais là où c'est dangereux, c'est effectivement le fait qu'aujourd'hui, on soit sous la coupe d'un préfet, que ce préfet, au-delà de la chefferie de la police qu'il peut avoir, il a d'autres casquettes, notamment, c'est lui qui va autoriser les grands travaux sur le département, c'est lui qui va autoriser plein de choses, la mise en place sur les côtes littorales, qui va mettre en œuvre les plans étatiques, la distribution aussi de l'argent public sur son territoire. Donc ça, c'est des missions qui sont confiées au préfet d'État.

Et que le préfet d'État ait le regard sur les affaires de police judiciaire, c'est inquiétant, notamment sur les affaires de probité, les affaires financières, c'est inquiétant, sur les affaires de criminalité organisée et de banditisme, on peut penser, malheureusement, au sud-est de la France avec la brise de mer et ainsi de suite. Voilà. Et ça, c'est inquiétant. On va rendre compte au préfet quasiment en même temps que de rendre compte au magistrat. Oui, nous, ça m'inquiète énormément.

48:59
Présentateur

On suivra ça, évidemment, aux médias et vous reviendrez nous en parler avec plaisir. En tout cas, merci beaucoup, Anthony Caillé. Merci. Je le rappelle, policier et secrétaire général de la Cité Interpolis d'être venu sur notre plateau. Et merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cet entretien d'actu qui entre dans notre programmation d'été comme à chaque fin de saison. Nous réduisons quelque peu la voilure avec notamment la mise en pause de nos directs. Mais l'actualité ne s'arrête pas, alors nous non plus. Nous continuons à vous fournir dans ces moments importants, nos reportages, enquêtes, entretiens, plateaux d'analyse, de débats et de décryptage au quotidien.

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