Corinne Imbert : "On constate que beaucoup de médecins formés n'exercent pas la médecine générale"
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Et Corinne Amber, vous êtes sénatrice à l'air de la Charente-Maritime et rapporteur de cette proposition de loi pour lutter contre les déserts médicaux. 76% des Français vivent dans des zones où l'accès aux soins est insuffisant. 6,4 millions sont sans médecins traitants. Et depuis le début des années 2000, la densité de médecins généralistes a diminué de 18% dans notre pays. Des chiffres alarmants qui illustrent une fracture territoriale, voire sociale. On va en parler, un autre chiffre, 73% des Français ont renoncé à au moins un acte médical au cours des cinq dernières années. Avec des délais médicaux, on va le voir, qui deviennent assez alarmants.
42 jours pour avoir un rendez-vous chez un cardiologue, 19 chez un gynécologue, 8 chez un pédiatre. Comment on en est arrivé à de telles situations ?
Un manque d'anticipation certainement sur la démographie médicale. Il y a aussi un changement notamment de la part des professionnels sur leur temps de travail, qui est entendable bien évidemment, mais le manque d'anticipation.
C'est-à-dire qu'il y a plus d'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, et donc des médecins moins disponibles, plus disponibles avant, comme l'était le médecin, 7 jours sur 7, quasiment 24 heures.
Exactement, mais le fait qu'on ait, avec le numerus clausus, limité le nombre de médecins formés chaque année, a bien sûr eu un effet aggravant de la situation actuelle. Les choses ont s'amélioré un petit peu dans le temps, mais ça prend du temps pour former un médecin. Il faut du temps, 10 ans pour former un médecin généraliste. Donc ce manque d'anticipation a été criant. Et puis par rapport aux chiffres que vous donnez, j'allais dire qu'il y a une spécialité qui s'améliore, c'est le délai de rendez-vous chez un ophtalmologiste. Parce que la profession s'est organisée aussi, notamment avec l'aide des orthoptistes. Il y a une filière de prise en charge des patients.
Il faut que les autres professions s'organisent aussi ? Quand c'est possible, bien sûr. Ça ne veut pas dire que ce soit possible partout. Mais je pense qu'il y a aussi, à l'intérieur de chaque spécialité, peut-être des choses à s'améliorer. Mais pour les médecins généralistes, c'est l'assistance médicale, par exemple.
C'est-à-dire apprendre à déléguer certains points à d'autres aussi ?
Oui, alors c'est le partage des compétences, qu'on a déjà vu depuis quelques années. Mais encore une fois, c'est le médecin qui fait le diagnostic. On a besoin de médecins, besoin de spécialistes. Il y a aussi la question de la sur-spécialisation des médecins. Et voilà, on est arrivé là. Peut-être aussi, en face, un vieillissement de la population, un développement des maladies chroniques, un souhait des patients d'être mieux pris en charge, d'avoir plus facilement recours aux médecins. Donc tous ces éléments cumulés font qu'effectivement, l'accès aux soins est compliqué. C'est le moins qu'on puisse dire dans notre pays. Et qu'on avance à petits pas avec différentes propositions de loi.
Un mot sur le numerus clausus. Vous en avez parlé. On va s'y arrêter un petit instant. Il fixe nationalement le nombre de médecins qui est admis en deuxième année. Alors l'objectif, quand il a été instauré, c'était de réguler le nombre de médecins et du coup de contrôler les dépenses de santé. Il a été supprimé sous les quinquennats d'Emmanuel Macron. Mais vous parliez d'un manque d'anticipation. Le problème de cette suppression, c'est que les effets sur le terrain, ils ne vont pas se voir concrètement avant quelques années. Est-ce qu'on a trop tardé à anticiper pour supprimer ce numerus clausus ? Oui, et puis la suppression du numerus clausus, c'est une chose.
Mais la capacité d'accueil des étudiants en médecine, c'en est une autre. Et évidemment, on n'a pas agrandi pour autant les universités, les facultés de médecine, la capacité, le nombre de terrains de stages aussi, qui n'a pas été par un coup de baguette magique augmenté. Donc on voit bien que le nombre…
Parce que là, les quotas sont supprimés, mais on entend effectivement cet argument de dire mais on n'a pas plus de place, nous, pour accueillir les étudiants. Parce qu'en fait, il y a des quotas un peu déguisés.
Oui et non, il y a quand même une augmentation, on va rester positif, il y a quand même une augmentation du nombre d'étudiants admis en deuxième année. Pour autant, même à la fin de la formation, on constate, si je reprends l'exemple des médecins généralistes, qu'une part non négligeable des médecins généralistes formés n'exerce pas la médecine générale. Donc c'est tout un parcours, je pense qu'il y a beaucoup de choses à revoir et c'est à cela qu'on s'attelle, qu'on essaie de s'atteler.
Et justement, vous allez y travailler cet après-midi, au Sénat pour lutter contre les déserts médicaux. Une proposition de loi transpartisane a été adoptée à l'Assemblée nationale l'an dernier. Elle vise à mieux organiser l'accès aux soins sur notre territoire. Et Audrey, le Sénat l'examine donc tout à l'heure.
Avec un article qui fait déjà couler beaucoup d'encre puisqu'il revient sur la liberté d'installation des médecins généralistes. La version adoptée par l'Assemblée nationale prévoit que les agences régionales de santé, les ARS, délivrent des autorisations d'installation, autorisation délivrée d'office. Si un médecin s'installe dans une zone où l'offre est insuffisante, un fameux désert médical, pour les autres territoires, cette autorisation serait conditionnée au départ d'un médecin de la même spécialité. Une mesure rejetée, vous allez l'entendre, par de nombreux professionnels de santé.
Le problème de notre système de santé, ce n'est pas la répartition des médecins sur le territoire, mais bien le nombre. Là où personne ne veut aller, pourquoi voulez-vous que les jeunes médecins aujourd'hui iraient ? D'abord, il y a une forme d'injustice. Là, ce que l'on dit, c'est que vous avez bénéficié d'une règle pendant 50 ans et maintenant, on l'arrête.
Un texte décrit comme injuste, vous l'avez entendu pour les jeunes médecins, notamment alors la Commission des affaires sociales du Sénat a choisi d'adoucir cet article. La liberté d'installation est maintenue, mais sous condition, cette fois, les généralistes et les spécialistes qui voudront s'établir dans des zones attractives, plutôt vers les littoraux ou dans les grandes métropoles, devront en échange exercer à temps partiel dans des déserts médicaux. Et pour la petite histoire, cette mesure est extraite d'une proposition de loi de votre président, du président de la Commission des affaires sociales, Philippe Mouillet, un texte adopté l'an dernier par le Sénat.
C'est donc une mesure que vous portez de longue date. Pourtant, elle ne fait pas non plus l'unanimé étudié chez les professionnels. L'organisation Jeunes Médecins dénonce une coercition déguisée. Vous leur répondez quoi ?
Plusieurs choses. D'abord, c'est vrai que cette proposition de loi que nous allons examiner cet après-midi, c'est proposition de loi contre les déserts médicaux. C'est une expression que j'essaye de ne plus employer. Parce que, et Frédéric Bizarre disait, pourquoi voulez-vous qu'on demande aux médecins d'aller s'installer là où il n'y a plus personne ? Il y a des populations, il y a des habitants, il y a des patients, il y a d'autres professionnels, y compris des professionnels de santé ou paramédicaux. Donc, il y a une vie dans ces territoires. Donc, c'est un premier point. J'essaye de ne plus employer cette expression. Je l'ai moi aussi employée en réaction à des interventions.
Mais j'essaie de montrer que le pays, il y a les villes, il y a les campagnes, mais il y a des habitants, il y a des patients. La proposition de loi de Philippe Nouillet, le groupe Les Républicains, l'a travaillée en amont, bien évidemment, de son dépôt. Nous l'avons votée il y a un an. Je rappelle que le gouvernement l'avait mis en procédure accélérée, que ça fait un an qu'elle est votée au Sénat, qu'elle n'est toujours pas inscrite à l'Assemblée nationale.
C'est une manière, finalement, de remettre le sujet sur la table ?
C'est une manière de dire, un, toutes les professions de santé pour lesquelles la liberté d'installation a été remise en question, elle s'est faite par voie conventionnelle. Et elle ne s'est pas faite par la loi. Donc, la proposition de loi de M. Garraud et de tous ceux qui l'ont co-signée, elle est assez inédite, parce que là, elle le remet de façon forte en question de la liberté d'installation par le législateur.
Donc, effectivement, alors, je ne sais pas si nous, on l'a adouci, on a voulu, parce que c'est notre façon de voir les choses, préserver la liberté d'installation, mais de dire aux médecins, bon, vous vous installez où vous voulez, mais vous venez donner un coup de main là où il y en a besoin. En fait, c'est ça l'idée de la proposition de loi de Philippe Nouillet. Je rappelle qu'elle a été votée il y a un an et que c'est pour ça qu'en travaillant le texte qui est arrivé en commission des affaires sociales, j'ai proposé de réécrire l'article premier en remettant les dispositions de la proposition de loi que nous avions votée il y a un an, tout simplement.
L'un des arguments des opposants à cette mesure dit que de toute façon, des médecins, il y a pénurie sur tout le territoire. Donc, ça veut dire qu'on essaierait de mieux dispatcher des médecins qu'on n'a pas ?
Alors, je suis la première à dire qu'on ne régule pas la pénurie. C'est pour ça aussi que je suis opposée au texte qui nous arrive de l'Assemblée nationale. On ne peut pas réguler une pénurie. Quand vous montez le professionnel, vous manquez le professionnel. Il y a la question du temps médical et ça, elle appartient aux médecins et à eux seuls. Pour autant, il y a des patients. Et quand on constate qu'il y a des pertes de chance pour les patients qui habitent dans ces territoires, on ne peut pas s'en satisfaire non plus. Regardez l'initiative de médecins solidaires. Elle s'est faite sur la base du volontariat. Elle se fait toujours sur la base du volontariat.
Cette association qui a été créée par Masséard Jardel, c'est bien des médecins qui sont installés dans un endroit de France et qui, pendant une semaine, vont exercer dans un centre de santé qui a été impulsé par l'association. C'est ça donner un coup de main aussi ? Ils le font de la façon volontaire. Donc, j'aimerais que ce dispositif soit plus large, mais on n'aura pas assez de médecins. Inertial est le premier à dire que le temps médical consacré et exercé dans ces centres de santé, il est surtout par des médecins retraités. Mais tant mieux. Mais il y a aussi des médecins de plein exercice qui vont exercer pendant quelques jours dans un centre de santé.
C'est ça aussi donner un coup de main et c'est ça être à l'écoute des patients aussi. On ne peut pas fermer les yeux sur tous ces patients qui habitent dans ces territoires.
Et Audrey, le texte, il propose aussi une mesure de justice pour les habitants de ces déserts médicaux. Oui, car depuis 2004, chaque Français, on le sait, chaque Français de plus de 16 ans doit déclarer un médecin traitant, un chef d'orchestre qui permet d'éviter les consultations multiples ou les recours inutiles à des spécialistes. Si on ne le fait pas, la consultation est moins bien remboursée. Sauf que pour près de 6 millions et demi de Français, c'est le parcours du combattant. Malgré leur bonne foi, ils ne trouvent pas de médecin traitant. C'est donc la double peine. Ils n'ont pas de médecin, mais en plus, ils doivent aussi payer plus. Certains renoncent même à se soigner.
Alors, le texte prévoit une dérogation pour ces habitants des déserts médicaux ou des zones sous-denses. Dérogation, vous avez choisi de limiter à 5 ans. Pourquoi ?
Tout simplement parce que je suis favorable au parcours de soins coordonnés. On ne voulait pas que ce soit une disposition pérenne. C'est-à-dire qu'à la limite, le patient disait qu'il n'avait pas de médecin traitant, il en avait cherché un ou pas, et puis il n'avait pas cette pénalité. Donc, tout à fait d'accord parce que cette mesure, nous l'avions aussi votée dans la proposition de loi de Philippe Mouillet, mais on donne une clause de revoyure dans 5 ans. Si dans 5 ans, on a les mêmes problèmes d'accès aux soins, ce que je n'espère pas, j'espère qu'avec le temps, on améliorera les choses.
Si toutefois, ça pourra toujours être prolongé, mais de ne pas en faire une disposition pérenne pour quand même inciter les patients à avoir un médecin traitant et rentrer dans un parcours de soins coordonnés.
Vous parliez des médecins retraités. Le cumul emploi retraite pour les médecins, il a été favorisé par Emmanuel Macron il y a déjà plusieurs mois. Environ un quart des généralistes ont plus de 60 ans. Emmanuel Macron a dit, c'était en 2022, tous les médecins qui arrivent à la retraite, on va leur permettre de prendre leur retraite, mais au premier jour de leur retraite, continuer leur activité et garder tous les revenus qui sont les leurs sans payer de cotisations retraite nouvelle. Ça a marché, ce système ? Ça contribue ? Oui, je pense. Je pense. Et puis,
je ne suis pas médecin, mais c'est un métier passionnant et je crois que les médecins qui peuvent faire valoir leur droit à la retraite sont très heureux aussi de pouvoir continuer à exercer. Donc oui, je pense que c'est une bonne disposition.
Alors, autre solution, c'est le recours aux médecins étrangers. Il y a environ 18% aujourd'hui des médecins qui exergent sur notre territoire et 6% des infirmiers et infirmières qui sont des médecins ou infirmières étrangers. 90 000 professionnels de santé sur notre territoire sont étrangers. Est-ce que c'est un recours qui est appelé à augmenter encore ? Est-ce que c'est la solution aussi pour lutter contre les déserts médicaux ?
Nous avons souhaité dans la proposition de loi l'année dernière faire que les praticiens diplômés hors Union européenne parce que ce sont ceux dont on parle puissent aussi exercer en ville et avoir un exercice libéral. Nous venons de terminer, nous n'avons pas encore présenté notre rapport, une mission d'information sur ces fameux padus. Ils contribuent, ils contribuent bien sûr à faire fonctionner nos hôpitaux, notamment les hôpitaux de proximité. Ils s'installent aussi quand ils ont une attestation de plein exercice à s'installer dans les territoires. Donc bien sûr qu'ils sont importants pour notre système de soins.
Nous pensons peut-être dans l'avenir qu'ils seront moins nombreux, mais je ne sais pas, j'avoue que je ne suis pas encore dans le marre de café, même à 8h moins le quart le matin. Mais il faut les prendre en considération. Ils ont un sentiment… Ils sont suffisamment
pris en considération aujourd'hui ?
Bien sûr qu'eux ne le trouvent que non, bien évidemment. Et c'est pour ça que cette mission d'information, une mission courte, a été mise en place. Je travaille avec deux de mes collègues, Nadia Sologoub et Annie Le Werou. Nous avons fait nos arbitrages pas plus tard qu'hier midi. Donc il y a un sujet et leur engagement au service des patients doit être pris en compte. Ils pensent qu'ils sont moins bien considérés. Et d'un autre côté, il faut entendre, dans la mesure où la formation dans leur pays n'est pas forcément du même niveau, qu'il faut au moins être le garant d'une qualité de soins, une qualité de prise en charge des patients.
Voilà, nous y travaillons pour essayer d'apporter de meilleures réponses.
Alors, nos élus locaux aussi travaillent pour améliorer justement la lutte contre ces déserts médicaux. On va aller dans les Côtes d'Armor. Bonjour Thierry Simolière, merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes maire de Saint-Quay-Port-Trieux et vice-président de Saint-Brieuc-Armor-Agglomération en charge des questions de santé. Et vous êtes un élu en pointe en matière de lutte contre les déserts médicaux. Dès 2018, vous avez inauguré un premier centre municipal de santé. Est-ce que c'est pour vous la manière la plus efficace, du moins à votre échelle, de lutter contre ces déserts médicaux ?
La plus efficace, je ne sais pas, mais c'est en tout cas une des solutions qu'on a été amené à proposer. Je vous remercie d'ailleurs de ce débat, d'avoir organisé ce débat pour apporter le témoignage effectivement d'un maire d'une collectivité et d'une commune de 3 500 habitants. Et souvent, dans les communes, les habitants et les habitantes, quand il y a un problème d'accès aux soins, ils se tournent évidemment vers le maire ou vers les adjoints pour trouver des solutions. Et dès janvier 2018, on avait pris la décision de créer un centre de santé avec des médecins salariés.
Il est vrai que j'ai un parcours particulier puisque je suis moi-même médecin et j'avais dirigé un établissement de santé privée. Et ça me paraissait une solution intéressante. Et dès qu'on en a parlé, qu'on a proposé cette solution, on a eu des candidatures spontanées, ce qui signifie que le mode d'exercice salarié répond aussi à un nouveau mode d'exercice des médecins qui se concentre vers le soin qui souhaitait être déchargé des tâches administratives. Pour qu'on comprenne bien,
juste, monsieur le maire, ça veut dire que dans ce centre médical, tout ce qui est administratif est géré par une autre personne que le médecin et le médecin se concentre uniquement sur les actes médicaux et sur le temps médical.
Oui, dans le centre de santé de 5e Portrieux, on a inauguré un nouveau bâtiment. Il y a 5 médecins, 4,8 qui l'avent en plein, 2 secrétaires, un post-assistante médicale qui vont accompagner, effectivement, le parcours du patient avant la prise en charge par le praticien et l'ensemble de l'équipe, que ce soit médicale et paramédicale, effectivement, salariés de la collectivité, donc de la commune.
Corinne Amber, comment vous réagissez à ce témoignage et à cet exemple, à ces réalisations concrètes sur le terrain, là, en Bretagne ?
D'abord, je salue monsieur le maire de Sacré-Portrieux et je félicite pour son initiative. Les élus sont sous pression de la population et ça vient d'être dit, effectivement. Alors, la question du salariat, effectivement, les jeunes médecins peuvent être attirés par le salariat mais je crois qu'il faut le mettre aussi en parallèle, il y a un sujet là-dessus sur l'attractivité, c'est comment donner envie à des médecins de s'installer dans tel ou tel endroit et là, les élus se démanent aussi, les élus locaux, les maires, les adjoints, les élus municipaux, les élus départementaux aussi, souvent, c'est aussi une question à ce sujet d'aménagement du territoire.
Aujourd'hui, quand quelqu'un veut s'installer dans un département, il va regarder Internet, ce n'est plus trop le sujet, il y a pratiquement de la fibre partout mais s'il y a des professionnels de santé. Voilà, donc c'est un vrai sujet d'aménagement du territoire. Le problème des centres de santé, c'est leur coût de fonctionnement. Pour certaines collectivités, ça coûte, ils sont déficitaires.
Je crois que le gros atout de cette belle commune, c'est d'avoir un maire qui est médecin et je te dis toujours que les médecins parlent aux médecins et je suis sûre qu'il a donné envie à ses jeunes confrères de venir s'installer, jeunes ou moins jeunes d'ailleurs, mais de s'installer dans cette commune. Donc oui, c'est une alternative. Oui, les médecins se plaignent de la lourdeur administrative en général qu'à partir du moment où ils sont consacrés pleinement à la prise en charge des patients, à la recherche du diagnostic et du bon diagnostic, évidemment, ce sont des conditions d'exercice très favorables.
Il y a des centres de santé qui ne fonctionnent pas, il y a des centres de santé déficitaires. C'est un outil, c'est une solution, c'est un mode d'exercice et là aussi, ça vient en complément de l'exercice libéral.
Thierry Simelia. Juste, pardon, une petite précision parce que Corinne Imbert soulève un point important. Combien ça vous coûte ce centre de santé ? Combien ça coûte à votre collectivité ? C'est un budget
de 120 000 euros de subvention d'équilibre par an. C'est un choix, c'est un choix, on va dire, politique. Une bibliothèque n'est jamais non plus bénéficiaire et puis sinon plus une école de musique. Donc, c'est des choix affirmés. Souvent, on nous dit que c'est une compétence nationale mais comme je le dis, les gens qui votent et qui sont dans nos territoires se retournent vers les maires et viennent essayer de trouver des solutions auprès des élus locaux. Je crois qu'aujourd'hui, si je peux me permettre, moi je suis chargé de la politique de santé à l'échelle d'une agglomération 32 communes. Il y a plusieurs messages.
Premièrement, c'est qu'il ne peut pas y avoir des médecins dans chaque commune. On a actuellement la nécessité d'organiser le territoire. C'est ce qu'on essaie de faire sur l'agglomération Briochine en travaillant sur des projets portés par plusieurs communes. Par plusieurs communes. Donc plusieurs communes qui vont investir souvent dans un bâtiment, mais ce n'est pas forcément suffisant. Mais c'est de mettre en place, comme l'a dit Madame la Sénatrice, une coordination. On travaille avec les CPTS, les CPTS avec une coordination et surtout ce que cherchent aujourd'hui les médecins.
Ce n'est pas forcément l'attractivité, c'est peut-être le territoire, mais c'est l'organisation entre les professionnels de santé, le partage des dossiers, le partage des connaissances, effectivement un certain nombre de prises de décisions collégiales. Évidemment, une sorte de bien-être, on n'en parle pas assez du bien-être des praticiens. Un médecin qui travaille dans des bonnes conditions, je crois, soigne mieux. Et on ne parle jamais assez aussi des conditions d'accueil des conjoints. Donc, c'est toute cette dynamique qu'on doit mettre en place. Alors, tout à l'heure, on évoquait le déficit des centres de santé. oui, pour équilibrer, il y a besoin d'une subvention d'équilibre.
On attend beaucoup du gouvernement du dispositif France Santé une subvention éventuellement complémentaire, en sachant qu'il y aurait une subvention socle, avec un certain nombre de critères complémentaires. Aujourd'hui, France Santé, comme je le dis souvent, directeur de l'ARS, à part un logo, un autocollant, c'est tout ce que l'on voit venir.
On attend beaucoup aussi de l'accueil des docteurs juniors, c'est la sixième année de médecine, on doit travailler avec les deux facultés de Brest et de Rennes, et lorsqu'on est dans cette situation des côtes d'Armor, qui est effectivement un territoire un peu sous-doté, il va falloir aller plaider auprès des deux doyens pour que les docteurs juniors de sixième année viennent dans notre territoire, qu'on ait les conditions d'accueil des maîtres de stage, mais aussi des logements, des conditions d'accueil des enfants, et c'est un combat permanent que vont m'envoyer de façon, comme j'ai été dit, le maire, l'agglomération, les élus départementaux, et c'est une mobilisation de tout un territoire pour effectivement trouver des solutions, mais c'est un fériau de très longue galère.
Merci beaucoup, monsieur le maire, un mot de réaction, je précise juste les CPTS qui sont les communautés territoriales de santé.
Tout à fait, un mot peut-être sur les docteurs juniors, c'était une initiative du groupe Les Républicains, une proposition de loi votée ici au Sénat, reprise un mois après par le gouvernement de l'époque, et c'est concrètement, c'est quatre ans après le vote de sa disposition, c'est 3500 médecins généralistes qui vont être sur le territoire pendant un an, prendre des patients en face à face, et ça c'est aussi une amélioration de l'accès aux soins et tant mieux.
Merci beaucoup, Thierry Simolière, d'avoir été avec nous, vice-présidente, Saint-Brieuc, Armour, agglomération, je voulais qu'on termine sur cette alerte de l'assurance maladie, Corinne Imbert, sur les dépassements d'honoraires. Aujourd'hui, il y a 60% des spécialistes qui pratiquent des déplacements et l'assurance maladie dit que si rien ne change, il pourrait être 90% en 2040. Est-ce qu'en plus des difficultés d'accès aux soins, on va vers une fracture sociale avec des Français qui ne pourront plus payer le médecin ?
On y est déjà un petit peu quand même, on y est déjà un petit peu, mais le phénomène s'aggrave. Vous avez, il n'y a pas si longtemps que ça, une remise en cause des prestations et des actes délivrés par les médecins en secteur 3, c'est-à-dire en horaire libre. Il y a un sujet, c'est un sujet qu'on connaît depuis longtemps dans les établissements de santé, l'anesthésiste qui va prendre des dépassements d'honoraires, un chirurgien, etc. Donc oui, il y a un sujet de fracture sociale.
Mais ça veut dire quoi ? Il faut les réguler, les interdire, ces dépassements ?
Je ne sais pas. Il faudrait peut-être les réguler, il faudrait peut-être les plafonner, je ne sais pas. D'un autre côté, on a des chirurgiens excellents, enfin voilà, ce n'est pas aussi simple que ça. Le secteur 2 est un secteur intéressant mais effectivement, la tendance, c'est que de plus en plus de médecins prennent des honoraires et des dépassements.
– Corine, on termine en regardant 3-1 de la presse régionale, on y regarde ensemble la 1 de l'Union, qu'on prenne plus au sérieux la parole des enfants, c'est la mère d'un jeune garçon agressé par un praticien marné en 2024 qui livre un témoignage bouleversant sur la difficulté pour les victimes de se faire entendre. La 2e lune, celle de la Voix du Nord, tout autre sujet, faut-il craindre ? Une sécheresse cet été alors que le retour d'un temps chaud est annoncé pour la 2e quinzaine de juin, le niveau des nappes souterraines et des cours d'eau laisse à penser que la ressource pourrait s'avérer insuffisante.
Et puis la dernière lune, c'est celle de l'Alsace, ce matin, Coupe du Monde, une fête sous surveillance, elle s'ouvre aujourd'hui mais en France, elle sera placée sous surveillance, renforcée surtout après les débordements que vous avez envie de nous parler.
J'adore le sport mais la parole des enfants, c'est majeur.
Trop peu prise en compte ?
On le voit là dans l'affaire Liana, on ne les entend pas assez. C'est tellement, tellement écœurant qu'on puisse agresser des enfants. J'allais envoyer une expression qui n'est pas très... Mais c'est à vomir, excusez-moi, mais c'est... Voilà.
Merci Corinne Imbert. Merci à vous. Merci d'avoir été notre invitée pendant cette première demi-heure.
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Corinne Imbert