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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 23 septembre 2021 26 minComplaisantActualité / polémiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieInstitutions & électionsImmigration & asile

Élections en Allemagne : "On a l’habitude de s’ennuyer lors des élections allemandes, mais là, tout est fou"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:34OuverteRéponse directe

    Comment expliquer ces mouvements d'opinion ? Le jeu est-il encore aujourd'hui totalement ouvert ?

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Un sondage indique que 87% des Allemands ont la ferme intention d'aller voter, mais que 40% d'entre eux ne savent pas encore pour qui. Voyez-vous une dynamique en cette fin de campagne et si oui, à qui profite-t-elle ?

  • 6:19OuverteRéponse directe

    Sur quel thème ont porté la campagne, les débats entre les prétendants ?

  • 8:18OuverteRéponse directe

    En France, la pré-campagne présidentielle est dominée par des questions identitaires, sécuritaires, par les questions d'immigration. Ça n'a manifestement pas été le cas pendant la campagne allemande. Avez-vous été surpris ?

  • 10:06OuverteRéponse directe

    Venons-en à Angela Merkel. Qu'est-ce qui, selon vous, explique son exceptionnelle longévité ?

  • 14:47OuverteRéponse directe

    Quel bilan faites-vous de l'action européenne d'Angela Merkel ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:27PrésentateurFait
    « Au printemps, c'est au vert, emmené par Annalena Baerbock, qu'on promettait la victoire avant une forte chute dans l'opinion. »
  • 1:31PrésentateurFait
    « Et aujourd'hui, c'est le SPD d'Olaf Scholz qui domine, alors qu'on disait le parti moribond. »
  • 1:48InvitéFait
    « Il y a eu ces mouvements d'opinion liés à des déceptions successives, des mauvaises performances, des deux favoris que vous avez évoqués. »
  • 2:22InvitéFait
    « Armin Laschet s'est très mal comporté lors des inondations qui ont touché l'ouest de l'Allemagne. On l'a vu hilare dans l'arrière-plan d'une cérémonie en mémoire des victimes. »
  • 2:35InvitéFait
    « Il y a eu ce basculement, il a été présenté comme n'ayant pas la carrure d'un chancelier. »
  • 3:05PrésentateurChiffre
    « Un sondage indique que 87% des Allemands ont la ferme intention d'aller voter, mais que 40% d'entre eux ne savent pas encore pour qui. »
  • 3:30InvitéFait
    « Ce qui est intéressant dans cette campagne, c'est que le programme des partis passe en deuxième position. Ce sont les candidats qui ont décidé de l'évolution. »
  • 3:51InvitéFait
    « Les Verts français devraient apprendre la leçon, quand on se trompe de candidat. »
  • 4:23InvitéFait
    « Scholz ne dit rien, absolument rien, et c'est ça qu'il est à l'image d'Angela Merkel, on en parlera tout à l'heure, il ne faut pas dire quelque chose, donc il est rassurant parce qu'il ne dit rien. »
  • 5:10InvitéFait
    « On est plutôt habitué à s'ennuyer avec les élections allemandes, et là, tout est fou. »
  • 8:33InvitéFait
    « 2015 est quand même loin derrière. »

Temps de parole

  • Invité27 %
  • Invité 225 %
  • Présentateur22 %
  • Invité 321 %
  • Invité 44 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

On parle de l'Allemagne ce matin dans le Grand Entretien. L'Allemagne, il y a quelques jours, ce sera dimanche, des élections fédérales. Vos questions, amis auditeurs, à nos trois invités au 01 45 24 7000. Ici, à Paris, en studio, Marion Van Rentergen. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste, auteur d'une biographie d'Angela Merkel intitulée « C'était Merkel » aux éditions Les Arènes. Le 3 octobre prochain, France 5 diffusera votre documentaire « Recherche Merkel désespérément ». On en dira un mot tout à l'heure. À Francfort, en duplex avec nous, Daniel Cohn-Bendit. Bonjour. Bonjour.

Ancien président du groupe écologiste au Parlement européen et en duplex de la ville d'Ambourg, Hélène Millard de la Croix. Bonjour à vous aussi. Bonjour. Historienne et professeure à Sorbonne Université. On va évidemment, dans quelques instants, évoquer la figure, le bilan, peut-être l'héritage d'Angela Merkel. Elle quitte le pouvoir, je le rappelle, au terme de son quatrième mandat, après 16 ans au poste de chancelière. Mais d'abord, parlons de cette campagne électorale étonnante, parcourue par de profonds mouvements d'opinion. Les conservateurs CDU, CSU, Darmin Lachette ont amorcé la course largement en tête avant que leur avance ne soit divisée par deux.

Au printemps, c'est au vert, emmené par Annalena Baerbock, qu'on promettait la victoire avant une forte chute dans l'opinion. Et aujourd'hui, c'est le SPD d'Olaf Scholz qui domine, alors qu'on disait le parti moribond. Hélène Millard de la Croix, comment expliquer ces mouvements d'opinion ? Le jeu est-il encore aujourd'hui totalement ouvert ?

1:41
Invité

Alors, le jeu est aujourd'hui encore tout à fait ouvert, parce qu'il y a eu ces mouvements d'opinion liés à des déceptions successives, des mauvaises performances, des deux favoris que vous avez évoqués. D'abord, tout le monde a pensé que le nouveau chef de la CDU était parfaitement dans la continuité d'Angela Merkel et que c'était d'une certaine façon plié. Puis, on s'est enthousiasmé pour l'alternative, donc cette jeune verte, Alain Baerbock, de 40 ans, mais qui a commis des erreurs, un plagiat dans un livre, elle a truqué son CV et finalement, on a trouvé qu'elle n'avait pas d'expérience.

Et puis, le successeur désigné d'Angela Merkel, Armin Laschet, s'est très mal comporté lors des inondations qui ont touché l'ouest de l'Allemagne. On l'a vu hilare dans l'arrière-plan d'une cérémonie en mémoire des victimes. Et donc, il y a eu ce basculement, il a été présenté comme n'ayant pas la carrure d'un chancelier.

Et c'est ainsi que Olaf Scholz, le candidat du SPD, qu'on disait Moribond, qui s'est déclaré il y a déjà un an, est apparu comme finalement à la fois rassurant, assez dans la continuité d'Angela Merkel, puisqu'il gouverne avec elle le gouvernement de grande coalition depuis 4 ans, et qui a, dans les débats télévisés, qui ont été l'essentiel de la campagne électorale, été calme, raisonnable et fait bonne figure.

3:05
Présentateur

Daniel Kohn-Bendit, un sondage indique que 87% des Allemands ont la ferme intention d'aller voter, mais que 40% d'entre eux ne savent pas encore pour qui. Alors, c'est la grande et la belle incertitude de la démocratie, mais voyez-vous tout de même, depuis l'Allemagne, une dynamique en cette fin de campagne, et si oui, à qui profite-t-elle ?

3:25
Invité

Oui, enfin, c'est évident, je crois que ce qui vient d'être dit est tout à fait juste. En fait, ce qui est intéressant dans cette campagne, c'est que le programme des partis passe en deuxième position. Ce sont les candidats qui ont décidé de l'évolution, et c'est vrai, il y a une grande déception, aussi bien du côté du candidat des conservateurs, de la CDU, CSU, Lachette, que chez les Verts.

Et les Verts français devraient apprendre la leçon, quand on se trompe de candidat, ils avaient un très bon candidat qui était l'autre chef de parti, Robert Abbeck, ils ont choisi, enfin, d'une méthode a été choisie, Annalena Baerbock, qui a déçu, elle n'est pas à la hauteur, et donc, il y a une chute terrible, de 10 points, depuis la nomination d'Annalena Baerbock, et voilà, donc, voilà, ça se joue sur la personnalité. Ce qui est intéressant, et je termine par là, c'est que Scholz ne dit rien, absolument rien, et c'est ça qu'il est à l'image d'Angela Merkel, on en parlera tout à l'heure, il ne faut pas dire quelque chose, donc il est rassurant parce qu'il ne dit rien.

4:36
Présentateur

Scholz, que le Spiegel a présenté comme l'incarnation de l'ennui en politique, il a été obligé de répondre et d'assurer qu'il riait plus souvent que les gens ne le pensent, Marion Van Rentergeam, en tout cas, passer après Angela Merkel n'est visiblement pas une sinecure, vous dites que Armin Lachette a le même calme et le même manque de charisme que Merkel.

5:03
Invité

Oui, mais c'est ça qui est, vous le rappeliez, en général, on est plutôt habitué à s'ennuyer avec les élections allemandes, et là, tout est fou. Et tout est fou, pourquoi ? Parce que le mammouth s'en va, Merkel s'en va, donc c'est la fin de 16 années Merkel et qu'en plus, c'est la première fois qu'un candidat décide de son propre chef de ne pas se représenter. Elle a dit clairement « Nine », on l'avait déjà prise à un troisième mandat, elle ne veut pas de quatrième. Et donc, on arrive aussi à cette situation très paradoxale qui est qu'elle est si populaire que tout le monde veut lui ressembler.

Donc Lachette a cru que c'était lui, naturellement, parce qu'il est le successeur désigné, mais Scholz, le social-démocrate, il se prend pour elle. Donc il fait même le petit signe du losange avec les mains, qui est le signe iconique d'Angela Merkel. Il a fait une campagne électorale très provocatrice et avec pas mal d'humour d'ailleurs en disant qu'il pouvait être la cancellerine, je peux être chancelière, a-t-il dit. Et Alena Baerbock, finalement, elle n'était pas contre le fait d'être aussi un peu assimilée à Merkel parce qu'elle est une femme, parce qu'elle est jeune, parce qu'elle vient de l'Est, et que les similitudes se faisaient naturellement. Donc c'est tout à fait fou.

Et puis pour la première fois, on va avoir une élection où il y aura possiblement une coalition à trois parties, ce qui sera une première aussi et qui compliquera les choses.

6:19
Présentateur

Hélène Myard de la Croix, sur quel thème ont porté la campagne, les débats entre les prétendants ? Daniel Cohn-Bendit disait qu'Olaf Scholz, pour le SPD, s'ingénierait à ne surtout rien dire. Le correspondant du Monde, Thomas Vider, notait que l'Europe, la politique étrangère, la place de l'Allemagne dans le monde, n'avait pas été abordée au cours de cette campagne. Donc on s'est concentré sur quoi ? Sur des enjeux intérieurs ? Sur l'écologie ?

6:45
Invité

Alors, on s'est concentré déjà sur les personnes. Et on s'est concentré sur la façon dont les personnes faisaient campagne. Donc au lieu de parler des vrais sujets, une grande partie des commentaires a été en effet comme l'un apparaît ou comme l'autre finalement ne fait pas bonne figure. Alors après, sur les thèmes, en effet, il est tout à fait frappant qu'aucun thème de politique étrangère et ni même de politique européenne soit arrivé. Alors, est-ce que c'est l'idée que ça n'intéresserait pas les gens ? Est-ce qu'on anticipe peut-être à tort l'idée que ça n'intéresserait pas les électeurs ?

Alors, les sujets ont été énormément le climat avec une opposition sur la façon de financer ou de continuer à financer ou de mieux financer ce qu'on appelle le virage, la énergie vende, le virage. Les uns, disons, les plus conservateurs et les libéraux étant plus pour favoriser des méthodes axées sur le marché avec des incitations tandis que les sociodémocrates du SPD, d'Olaf Scholz et les Verts étant plus interventionnistes si l'on veut étant soit entre guillemets punitifs soit jouant sur des hausses d'impôts notamment sur les salaires les plus élevés sur les impôts sur les successions pour financer des investissements communs.

Donc, plutôt des questions de climat, plutôt des questions de répartition des revenus, hausses du salaire minimum pour la gauche et plus grandes taxations des plus riches pour un peu simplifier les deux fronts.

8:18
Présentateur

En France, la pré-campagne Daniel Cohn-Bendit, la pré-campagne présidentielle est dominée par des questions identitaires, sécuritaires, par les questions d'immigration, ça n'a manifestement pas été le cas pendant la campagne allemande. Avez-vous été surpris ?

8:32
Invité

Non, parce que 2015 est quand même loin derrière. D'abord, je voudrais dire une chose, il faut arrêter de dire que les Verts sont punitifs. Réguler l'économie, ce n'est pas être punitif. Il faut arrêter parce que sinon, on ne comprend pas, on peut être contre la proposition des Verts des écologistes, mais pas parce que c'est punitif, parce que c'est trop régulateur, ce qui n'est pas la même chose. Et donc, deuxièmement, sur les questions identitaires, sur les questions identitaires, oui, c'est l'émigration 2015, si vous voulez, la grande fulgurance de Merkel qui n'a pas fermé les frontières, il faut arrêter, elle n'a pas ouvert les frontières, elle ne les a pas fermées.

Les frontières étaient ouvertes, elle a refusé de mettre des barbelés autour de l'Allemagne. Mais, en fait, depuis 2015, eh bien, la moitié de ceux qui sont arrivés en 2015, aujourd'hui, ont un travail. Donc, l'intégration des migrants, eh bien, fonctionne qu'à un, qu'à un. Ça pourrait être mieux, mais c'est pas mal. Et donc, il faut arrêter aussi avec cette crise. Il n'y a que l'extrême droite qui essaye toujours de faire remonter cette crise identitaire sur l'émigration.

Évidemment, quand il y a des crimes horribles d'islamo-fascistes, la tension monte un peu, mais généralement, ce côté-là, c'est pas vraiment un grand débat, d'autant plus que, ça, il faut le souligner, le candidat CDU, Lachette, a souligné qu'il avait soutenu et qu'il avait soutenu et qu'il avait raison de soutenir Angela Merkel en 2015.

10:06
Présentateur

Alors, venons-en à Angela Merkel. Même si elle a connu quatre présidents de la République en France et que c'est le visage du couple franco-allemand, elle reste, Marion van Rentergem, assez énigmatique. Qu'est-ce qui, selon vous, explique son exceptionnelle longévité, vous qui la comparez à la Reine d'Angleterre ?

10:27
Invité

Je la compare à la Reine d'Angleterre, c'est évidemment une provocation, mais parce qu'elle a un mandat exécutif, ce que n'a pas la Reine d'Angleterre, mais elles sont toutes les deux devenues des symboles et des incarnations de leur pays. Et c'est d'ailleurs un reproche que l'on fait à Angela Merkel qui est de n'avoir rien fait, finalement, ce qui n'est pas totalement faux.

Ça n'est pas une réformatrice, elle a bénéficié des grandes réformes sur la loi du travail de son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder, les lois Hartz, et finalement, tous ces quatre mandats ont été la prolongation de ces réformes qu'elle avait eu l'intelligence de faire voter, d'ailleurs, quand elle était dans l'opposition parce qu'elle avait été fine mouche, elle s'était dit « ça me servira quand je serai au pouvoir », ce sera fait. Et en effet, elle a accompagné un élan de prospérité allemande tout à fait phénoménal. L'Allemagne était considérée comme l'homme malade de l'Europe au sortir de la réunification au début des années 2000.

C'est aujourd'hui la première puissance économique européenne, la quatrième mondiale. Et ça, c'est Merkel qui a accompagné ce mouvement sans faire grand-chose. Mais surtout, en effet, elle a essentiellement incarné son pays, elle a ressemblé à ce que les Allemands attendaient d'elle et essentiellement ce que les Allemands aiment le plus, c'est la sacro-sainte stabilité.

11:37
Présentateur

Et sous l'apparence lisse est-elle l'une de ces grands fauves de la politique ? Parce que rester 16 ans au pouvoir, c'est quand même ça demande quelques qualités.

11:48
Invité

Elle a, alors il y a quelque chose qu'on néglige chez Angela Merkel, c'est la chance. Elle s'est trouvée à tous les moments de sa vie, au bon endroit et au bon moment. Elle vient, donc d'abord, elle avait cette différence absolue, elle vient d'un pays qui n'existe pas, aucun autre dirigeant peut prétendre et surtout de ce calibre ne peut prétendre à avoir passé plus de la moitié de sa vie sous une dictature, c'est déjà une différence fondamentale.

Et venant, arrivant à la politique totalement par hasard, au moment de la chute du mur, elle a décidé de changer de carrière radicalement du jour au lendemain, elle était destinée à être chercheuse en chimie quantique, le mur tombe, un autre monde s'ouvre à elle, totalement différent, elle rentre en politique et du coup, là, elle bénéficie du fait de...

elle remplissait tous les quotas à elle toute seule dans l'Allemagne réunifiée, Helmut Kohl, le chancelier, ex-chancelier d'Allemagne de l'Est, devenu celui de l'Allemagne réunifiée, avait besoin d'une femme, elle était une femme, il avait besoin de quelqu'un de l'Est, elle était de l'Est, elle était en plus protestante, divorcée, sans enfants, enfin, elle détenait dans ce paysage et elle a très très habilement saisi les chances tout au long de sa vie qui lui étaient offertes.

12:51
Présentateur

Hélène Niard de la Croix, est-ce qu'il existe un merkelisme au sens d'une idéologie politique ou est-ce simplement le merkelisme une manière de gérer un pays dont l'économie est florissante ?

13:05
Invité

Je dirais plutôt que le merkelisme c'est une méthode, en effet, alors on peut considérer que c'est une idéologie de chercher toujours le compromis, de chercher à rassembler, de prendre son temps, de faire toujours le plus petit commun dénominateur, lorsqu'on a plusieurs membres dans une coalition, il faut rappeler qu'elle a quand même pendant ces 16 années dû gouverner, alors une fois avec le partenaire favori des conservateurs qui sont les libéraux, mais trois autres fois dans une grande coalition, c'est-à-dire avec elle étant au centre droit, disons, de gérer les affaires avec le centre gauche, donc si on estime que c'est une idéologie de toujours chercher le compromis, oui, je pense plutôt que c'est une méthode, c'est une, il ne faut pas oublier, ça, Marie-Anne-Rieter quand même l'a rappelé, c'est une scientifique, c'est-à-dire qu'elle a toujours cherché à identifier quels étaient les possibles, les atouts, et à trouver des solutions pratiques.

Alors, ça correspond quand même à une époque où l'Allemagne a donné à ses voisins l'impression d'arranger la chèvre, ménager la chèvre et le chou, de chercher à slalomer un peu et de ne jamais s'engager. Alors, c'est une question qui va se poser au successeur ou à la successeur qui sera de, est-ce qu'on peut continuer comme ça ? Est-ce que la plus grande puissance d'Europe, la quatrième puissance mondiale, peut toujours être en retrait de la main, être en retenue et ne pas être une force de proposition et être un moteur, toujours dans le multilatéralisme, on est d'accord, mais être plus force de proposition. On verra dans 30 ans ce qu'il restera du merkelisme.

14:47
Présentateur

Quel bilan faites-vous, Daniel Cohn-Bendit, de l'action européenne d'Angela Merkel qui est très composite ? On pourrait citer beaucoup d'exemples qui peuvent même dire que cet héritage est contradictoire. Vous retenez quoi ? Je retiens l'attentisme.

15:05
Invité

Merkel déteste décider. Et donc, c'est vrai qu'elle recherche le compromis, mais le plus tard possible. Et dans l'action européenne, si vous voulez, elle a eu deux figurances nationales, c'est-à-dire la sortie du nucléaire. 2011. C'est une réaction à Fukushima. Ce n'est pas pensé avant, c'est une réaction. Et puis les migrants en 2015, ce n'est pas pensé avant, c'est une réaction à une situation. Et sur l'Europe, elle a été attentiste, elle a suivi son ministre de l'économie qui était pour la sortie de la Grèce de l'euro. Et c'est qu'au dernier moment, quand François Hollande dit que ce serait une rupture entre la France et l'Allemagne, qu'elle a fait marche arrière, au dernier moment.

Et sur le plan de relance, pendant la pandémie, au début de la pandémie, c'est qu'au dernier moment qu'elle a enfin accepté un emprunt commun des Européens, alors que pendant des années, le président Macron lui disait il faut aller plus loin avec une relance européenne avant la pandémie. Et elle disait oui, je ne peux pas, c'est difficile, mais part de terre, etc. Mais ce qu'il faut rappeler aux Français, une chancelière n'est pas un président de la République. Une chancelière est à la tête d'une coalition. Donc ça ne dépendra pas du prochain chancelier, mais ça dépendra de la prochaine coalition. Quelle politique fera la coalition ?

Un chancelier ou une chancelière n'a pas le pouvoir d'un président de la République et c'est peut-être pas mal.

16:35
Présentateur

Quelle coalition entrevoyez-vous,

16:37
Invité

Daniel Cohn-Bendit ? Moi, je parie sur une coalition sociodémocrate, vert et libéraux. Je sais que beaucoup veulent une coalition de gauche, c'est-à-dire vert, sociodémocrate, vert et délinque, qui est l'équivalent un peu de la France insoumise. Je crois que ça ne fonctionne pas au point de vue de politique étrangère, etc. Et je crois qu'avec les libéraux, les sociodémocrates et les verts feraient une proposition au centre de la société, car les décisions à prendre sur la transition écologique sont très importantes et très dures et il faut rassembler aussi au centre de la société.

17:15
Présentateur

Sur ce thème, Marion Van Rentergen, juste avant d'aller au standard d'Inter, à la fois sur l'Europe et ce qui se profile, sur le bilan européen, pardon, d'Angela Merkel et ce qui se profile là dans les semaines et les mois qui viennent.

17:29
Invité

Oui, pour moi, le merkelysme, c'est surtout qu'Angela Merkel a inventé le « en même temps » avant Emmanuel Macron, à un point d'Annie Cohn-Bendit qui intervient dans mon documentaire, d'ailleurs un mot encore plus fort, il dit qu'elle a anesthésié l'Allemagne.

Et c'est un peu vrai, elle a poussé le « en même temps » à un point tel par un art et une tactique qui lui sont tout à fait propres et ce qui fait que d'ailleurs la fin des années Merkel, comme disait Hélène Mierde-Lacroix, l'Allemagne sera obligée vraiment de s'engager, d'aller vers autre chose parce qu'elle perdra cette espèce d'artiste du « en même temps » qui passe son temps à mettre ensemble les contraires, à concilier, elle a été souvent à la tête de grandes coalitions et donc elle a réussi à dénaturer le parti conservateur, la CDU, en le tirant vers la gauche tout en dénaturant le parti social démocrate en le tirant vers le centre.

Finalement, elle a annulé un peu tout le monde en faisant du merkelisme et je pense que c'est ça qui restera, c'est que maintenant, elle rend l'Allemagne en bon état et l'Europe en bon état aussi. Elle rend les clés de la maison, elle s'en est bien occupée. Bienvenue. Et malgré tout, tout est à recommencer.

18:31
Présentateur

Xavier est au standard. Bonjour et bienvenue.

18:34
Invité

Oui, bonjour. On vous écoute. Bonjour à tous. Alors voilà, en fait, il s'agissait de deux remarques. La première remarque, c'est que la campagne électorale en Allemagne se déroule dans le calme, si vous voulez, avec de grands partis, des partis puissants comme le SPD, la CDU, CSU, les Verts, etc. Sur les extrêmes, on a D-Link et puis l'AFD. Mais malgré tout, cette campagne se déroule, j'ai une admiration, si vous voulez, pour la démocratie allemande. Alors qu'en France, on a véritablement un combat autour des questions identitaires qui paraissent, ça paraît complètement fou, si vous voulez, l'opposition entre les deux pays.

Et vraiment, je suis, pour ma part, assez consterné de voir, par exemple, qu'en France, on a un Éric Grémour qui tourne autour de 11% d'intentions de vote. Bien sûr, ce ne sont que des intentions de vote. Alors qu'en Allemagne, on a encore de grands et puissants partis qui structurent

19:37
Présentateur

la vie politique encore. Merci Xavier pour cette intervention. Hélène Millard de La Croix, à la fois sur le calme et sur la puissance des partis politiques, à la différence de la France, disait notre auditeur. Que lui répondre ?

19:51
Invité

Je pense qu'en effet, la puissance des partis politiques tient aussi au système institutionnel. Ce qui est évoqué, là, avec le cas d'Éric Zemmour, c'est la caractéristique de la campagne d'une élection présidentielle où on focalise énormément sur des personnes et où, d'une certaine façon, c'est l'évolution aussi de la Ve République où le poids de la structure du parti a baissé. En Allemagne, on a bien souligné qu'il y avait, c'était nouveau, cette personnalisation dans la campagne électorale.

Pour autant, on rappelle toujours, les électeurs dimanche vont voter pour élire des députés qui, au Parlement allemand, au Bundestag, vont ensuite élire un chancelier, une chancelière et un gouvernement qui aura, sur la base, deux négociations dont on espère qu'elles ne seront pas trop longues entre les groupes parlementaires qui vont essayer de se mettre d'accord avec un contrat écrit qui sera le texte sur lequel, après, pendant quatre ans, ce Parlement votera les lois. Donc, je crois que les institutions modifient, modifient beaucoup la façon dont on fait la politique. Alors après, c'est la question de la poule et de l'œuf.

Est-ce qu'en France, on a les institutions que l'on a parce qu'on a cette culture politique du conflit et le contraire en Allemagne ou est-ce qu'on peut prendre le problème autrement ? C'est-à-dire que les structures, les institutions, modulent, modifient, façonnent la culture politique qui, en Allemagne, est en effet beaucoup plus apaisée.

21:16
Présentateur

Retour au standard. Benjamin, bonjour. Bonjour. Pourquoi en Allemagne, contrairement à tout le reste de l'Europe, on n'insiste pas à une montée de l'extrême droite ? Parce que même le parti le plus à droite, l'AFD, l'Alternative for Deutschland, est un parti assez droitier, libéral, mais pas d'extrême droite au sens classique. Sa patronne, Alice Wedel, est une lesbienne mariée avec une Somalienne avec laquelle elle a eu deux enfants. Ce n'est pas l'extrême droite classique. Benjamin, merci pour cette question. Daniel Cohn-Bendit, pouvez-vous y répondre ? Oui, deux choses. D'abord, je voudrais juste dire

21:47
Invité

qu'il faut rappeler qu'en Allemagne, il y a la proportionnelle intégrale avec qu'il faut passer la barre des 5%. C'est-à-dire que tous les partis savent, à part avec l'extrême droite, qu'une coalition est toujours possible. C'est-à-dire, il n'y a pas cette haine et ce refus des autres qui existent comme en France parce qu'on sait qu'après les élections, on va se revoir autour d'une table de négociation. Et ça, c'est fondamental. C'est fondamental pour comprendre l'Allemagne et une campagne électorale. Sur l'extrême droite, eh bien, tout simplement parce que l'AFD a des tendances d'extrême droite très dures.

Symboliquement, c'est vrai ce que disait l'auditeur sur Weidel, mais elle est quand même très, très, très, très réactionnaire. Très, très réactionnaire d'extrême droite. Mais, aujourd'hui, dans le système allemand, l'extrême droite ne propose rien et c'est pour qu'elle n'a pas de candidats qui puissent, en fait, dynamiser une pensée qui existe dans la population et c'est pour cela que, même s'il y a une tendance, ils resteront allés à 10-12%. la France serait heureuse si l'extrême droite française ne faisait que 10-12 Françaises.

23:07
Présentateur

Allez, il nous reste à peine une minute. Dernière question, pensez-vous, dernière question à chacun et chacune, pensez-vous qu'à l'Élysée, il y ait une préférence pour un des candidats, Marion Van Rentergeam ?

23:18
Invité

On se garde bien de le dire à l'Élysée, mais j'ai ma petite idée là-dessus. Je pense qu'Annalena Baerbock, bizarrement, contrairement à ce qu'on peut croire en France, le parti vert est le plus macronien de tous les partis allemands. Les verts sont très différents des partis écologistes français et ce sont ceux qui lui ressemblent le plus, mais Annalena Baerbock n'aurait pas la préférence. Scholz, s'il a aidé au plan de relance européen sur ce qui est le côté des cordons de la bourse un peu lâche, il serait aussi assez pratique.

Mais à mon avis, c'est Armine Lachette, le conservateur, qui serait le plus adéquat pour l'Elysée, qui serait le moins encombrant, le plus malléable aussi, c'est le plus naturellement franco-allemand. Il habite, en plus, il est dans un land qui est frontalier de la France et je pense qu'en plus, il est très, très favorable à une défense européenne, etc. Donc, à mon avis, c'est lui le candidat préféré de l'Elysée, mais je n'ai pas

24:08
Présentateur

de boucle de cristal. D'accord. Hélène Millard Delacroix, en un mot, qui selon vous ? Alors, je vais, pour dire autre chose,

24:17
Invité

je pourrais peut-être souligner le fait qu'on peut aussi imaginer qu'à l'Elysée, on apprécierait un chancelier Scholz. Ça dépendrait, je crois, comme toujours, de la coalition qui va être formée. C'est-à-dire que si c'est un chancelier Lachette, avec qui ? Si c'est un chancelier Lachette avec des verts, alors, Marion Van Rettagam a raison. Si c'est avec des verts et de toute façon des libéraux et que ça force la ligne du retour à l'austérité et au cordon de la boue serrée, non. Donc, voilà, une fois de plus, nous, Français, allons observer et attendre qu'une coalition soit formée, comme l'a dit Danny Cohn-Bendit.

En effet, il faut qu'on trouve à travailler ensemble entre forces politiques différentes et c'est compliqué.

25:01
Présentateur

Daniel Cohn-Bendit, faites court pour la première fois de votre vie sur cette question. L'Elysée préfère

25:07
Invité

une coalition et devrait préférer une coalition des sociodémocrates, des verts et des libéraux parce que c'est la coalition qui sera plus amène d'accompagner une transformation de l'Europe.

25:19
Présentateur

Merci Daniel Cohn-Bendit d'avoir été avec nous ce matin. Merci Hélène Millard de La Croix en direct de Hambourg et un immense merci à Marion Van Rentergem présent dans le studio de France Inter. C'était Merkel aux éditions Les Arènes, le titre de votre dernier livre et France 5, le documentaire le 3 octobre prochain, recherche Merkel désespérément sur France 5. Merci.

25:46
Invité

France Inter Merci.

25:49
Locuteur

Merci.

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