☠️ Quand le Moyen Âge craignait et étudiait les POISONS
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Entre science naturell, médecine et occultisme, les poisons font depuis l'antiquité l'objet d'un attrait particulier allant de la curiosité au fantasme. À partir du Moyen-Âge, une littérature médicale et vénéneuse d'un genre nouveau s'est développée avec la parution de traités des poisons. Parmi ces traités, celui d'un médecin philosophe italien nommé Pietro Dabano a connu un succès notable au tournant du 14e siècle.
Science Chrono se demande aujourd'hui comment la médecine vénénologique s'est développée pour répondre à certaines angoisses d'empoisonnement. Bonjour Franc Colin. Bonjour.
Vous êtes professeur d'histoire médiévale à l'université Parisanter et vous êtes l'auteur du livre Les écrits sur les poisons parus aux éditions Breul en 2016. Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui pour nous raconter cette histoire vénéneuse des poisons au Moyen-Âge et du lien entre ces poisons et la médecine. Alors avant de nous y plonger, je vous donne le programme de la deuxième partie de l'émission où là aussi, il sera question d'une plongée mais d'un autre genre dans l'entretien archéologique, on embarquera à bord d'un bateau d'archéologie sous-marine où j'ai eu la chance d'accompagner une équipe d'archéologues qui plonge sur les épaves de l'opération Dynamo qui a permis au début de la Seconde Guerre mondiale de sauver plusieurs centaines de milliers de soldats alliés par voie de mer.
Restez donc à l'écoute pour cette sortie en pleine mer du Nord. Ce sera dans la deuxème partie. Mais avant cela, on revient à notre histoire médiévale des poisons.
Franck Collard, on va retourner ensemble au Moyen-Âge et j'aimerais comprendre la place qu'occupaient les poisons dans la littérature médicale avant cette période médiévale. Mais déjà, on parle de quoi quand on parle de poison quand on est médecin antique ? Alors, quand on parle de poison quand on est médecin dans l'antiquité, on parle d'une substance he qui est contraire au corps humain, qui agit sur le corps humain, qui le transforme jusqu'à le le transformer en lui-même, c'est-à-dire en une substance mortelle.
Euh les Grecs appellent ça des pharmacas, les latins appellent ça des venenas. C'est une substance de la même nature qu'un médicament. Simplement le médicament transforme le corps jusqu'à un certain point en apportant un remède à à un mâle alors que le poison lui submerge le corps et finit par le faire disparaître.
On a déjà ce terme de pharmaca pharmacon qui est un terme assez ambigu finalement qui est entre le remède et le poison. Oui. Oui.
Absolument. C'est un terme ambigu et ce qui fait le remède ou le poison. Bon, c'est la célèbre formule de Paracels au 16e siècle, hein, mais qui est valable de des avants.
Euh, c'est la dose, comme on dit, l'important, c'est la dose. Alors, quelle place occupent ces poisons dans les écrits médicaux antiques ? On pense bien sûr à à Galien, à Hippocrate.
Est-ce que c'est une place centrale ou bien est-ce que c'est une place plutôt parallèle, marginale ? Alors, il a été démontré notamment par notre collègue belge Alain Touved qui a eu un un corpus, donc un ensemble de textes toxicologiques ou vénénologiques. pourra peut-être revenir sur la différence entre les deux termes euh à l'époque de la Grèce antique à travers Nicandre, à travers effectivement Dioscoride ou à travers galien et une étude qui était menée pour comprendre comment agissaient ces substances et comment leur apporter des remèdes à travers notamment des médicaments, des antidotaires qu'on appelait des terriques, pas la terria avec un grand thé, on y reviendra peut-être tout à l'heure, mais des terriiaques et des moyens pour s'immuniser contre le poison.
Notamment, il y a le le cas célèbre de du mitridat qui est une terriaque qui porte le nom de ce roi du pont qui craignait qu'on l'empoisonna et donc qui s'est immunisé en prenant des petites doses de poison. Donc mitridatisation, la mitridatisation et donc c'est un sujet qui effectivement intéresse beaucoup les Grecs. Alors à cette époque-là, on parle bien sûr de la théorie des humeurs.
Comment se conjugue poison théorie des humeurs ? Quelle question soulève en tout cas ces cette présence des poisons dans dans cette médecine antique ? Alors dans la médecine antique, on parle effectivement de théorie des humeurs et en amont, si je puis dire, de la théorie des humeurs, il y a la théorie des qualités premières des quatre qualité qui provoque ensuite les humeurs qui sont la sécheresse, l'humidité, le froid, enfin le froid oui.
Et la chaleur. Et donc on essaie de de quantifier finalement ces qualités premières et c'est lorsque elles sont en excès et bien que une substance devient une substance nuisible, voire une substance létale. Et tout ça donc entre dans une vision de la nature extrêmement cohérente avec quand même cette difficulté qui restera assez obscure jusqu'à l'époque du Moyen-Âge de la capacité de quantifier les qualités premières, une qualité première au 4e degré par exemple une chaleur au 4e degré comment savoir est au 4e degré et pas au 3e degré mais donc il y a une une approche parfaitement rationnelle à défaut d'être scientifique au sens actuel mais une approche parfaitement rationnelle qui va parcourir les siècles qui séparent l'antiquité du Moyen-Âge, qui va passer aussi dans la la science arabo musulmane qui a aussi des influences du côté de de l'Inde, mais qui va récupérer toute une série de d'idées de la la science grecque et puis qui ensuite par le jeu des traductions, par le jeu des mobilités savantes aussi va venir dans le l'Occident médiéval.
Alors, si on parle de de ces grandes figures finalement de de l'histoire médicale, on pense à Galien, est-ce qu'on peut déjà euh avoir une idée de la présence de ces poisons dans euh les écrits de galien ? Euh dans l'œuvre galénique, euh là où il est question de poison, c'est surtout on les traiter sur les terriaques, hein, la terriaque à Pison par exemple. Alors, il a été prêté à Galien parce qu'on ne prête qu'au riche euh la rédaction d'un traité des poisons.
Euh on trouve ça en particulier dans les les sources musulmanes hein chez sous le la plume des des médecins arabau-musulmans. Euh mais on n' jamais retrouvé en tant que tel un traité des poisons écrits par Galen. Mais d'une autre façon, le poison est très présent dans dans son œuvre parce que finalement tout médecin peut être amené à soigner, à porter remède à un empoisonnement.
Donc Francola, on peut le dire, le poison n'a pas une place particulière en tant que objet d'une œuvre complète de Galien. C'est une présence diffuse dans dans ces œuvres et il faut attendre finalement le les les le canon d'Avisen, ce médecin perçant du 10e siècle pour avoir une partie entière d'une théorie médicale consacrée au poison. Que dit Avisen de ces poisons ?
Alors euh il faut attendre Avisen dans la rédaction de son canon hein parce que on a prêté aussi à Avisen un traité à part mais en réalité c'est une partie plusieurs parties d'ailleurs du canon euh qui traitent des des poisons et Avisen euh à partir de la science grecque et aussi de la science indienne essae d'approfondir cette définition des poisons et essae de comprendre comment les poisons agissent et c'est lui l'introducteur alors d'un concept qui va être beaucoup utilisé parce qu'il est bien pratique et parce que à mon avis c'est il est un peu totologique mais qui consiste à dire que un poison agit parce que c'est un poison par sa sa toute substance par sa forme spécifique par ses qualités occultes c'est-à-dire des vertus qui sont au-delà des qualités premières en excès dont j'ai parlé tout à l'heure et qui sont c'est ce que la médecine notamment occidentale va de plus en plus vouloir prouver qui sont d au aux astres qui sont d à à l'influx céleste comme l'on dit et donc cette notion de toute substance ou de forme spécifique va devenir un outil de d'explication des poisons et également de soins des poisons tout à fait essentiel. Qu'est-ce que ça change par rapport à la conception galénique du poison ? Cette forme spécifique, ce concept qui est bien pratique comme vous le dites.
Ben ça change que comment dire c'est au-delà d'un pharmacone. Le poison est au-delà d'un pharmacone puisqueil n'est plus réductible à la théorie des qualités premières. Donc il y a autre chose caché peut-être derrière les choses.
Et ça regarde aussi la science des poisons regarde aussi vers le secret, vers l'occulte, vers peut-être la magie naturelle hein, vers ces secrets de la nature donc que les médiévaux, les scolastiques notamment essayent de dévoiler. Cette association poison occultisme, elle est constante dans l'histoire de l'humanité, on pourrait dire, ou bien est-ce qu'elle s'intensifie à ce moment-là ? Euh elle est elle est euh constante, elle est déjà présente à l'époque greque ou à l'époque romaine.
Euh pas seulement dans les écrits scientifiques, mais euh lorsqu'on parle de crime de poison, c'est un crime caché avec une arme cachée euh qu'on administre de manière dissimulée. Donc euh l'occulte a une très grande part dans la réflexion sur les usages criminels mais aussi sur la les la nature du poison lui-même. Quand on parle de poison, on pense bien sûr à son corollaire l'antidote.
Là aussi, euh comment ce rapport à l'antidote évolue-t-il entre galien et avicè ? Est-ce que la forme spécifique permet de mieux trouver, de mieux déterminer, définir des antidotes au poison ? Alors, l'antidote euh au poison compris comme euh pharmacon euh avec un excès de qualité première euh est assez simple à mettre en place.
Euh doit avoir des qualités premières opposées. Par exemple, pour un poison chaud au 4e degré, ben on va prendre un remède d'une substance qui sera froide. Alors, 1 degré pas trop élevé non plus parce que 4e degré de froid, ça peut précipiter aussi dans dans la mort. euh avec la forme spécifique donc qui est une sorte de d'approche globale euh et bien l'idée c'est que face à des poisons qui agissent de toute substance, il va falloir réagir avec un un composé qu'on appelle la terriaque, la grande terrique dont les modalités d'action euh sont liées à la fois à ces ingrédients, plus d'une soixantaine, dont de la chair de vipère qu'qu on a ou préalablement coupé la tête et mais aussi des vertus qui viennent de l'influence céleste.
Donc en gros à la forme spécifique du poison répond un remède la terria dans lequel joue aussi cette idée de forme spécifique. Et cette terriaque, on va la retrouver bien sûr dans ce traité de venin. On en arrive à présent au Moyen-Âge et à ce traité écrit entre la fin du 13e siècle et le début du 14e siècle par un médecin astrologue philosophe italien Pietro Dabano.
Pour plonger dans le cœur de cette fascination répulsion médiévale pour les poisons, je vous propose d'écouter un extrait du chapitre 2 traité des venins. La lecture vous est faite par Laurent Blancpin. C'est l'archive de Science Chrono. [Applaudissements] [Musique] Les venins se divisent en trois manières comme le genre se divise en espèce.
Avisen et Aero en font de trois sortes. L'une minérale, l'autre végétale et la dernière animale. Sous la minérale sont comprises toutes choses engendrées sous terre, contraire et pernicieuse à la nature humaine comme le mercure, le plâtre, le cuivre et quelques pierres comme l'aiment, la pierre arménique non lavée, le plomb brûlé, l'arsenique réalgar et plusieurs autres choses.
Sous l'espèce végétale sont comprises toutes sortes de plantes de contraire nature à notre alimentation, lesquelles changent notre nature et ne peuvent être changer comme sont l'ébor, le turbite noir, le napel et la gomme ainsi que quelques champignons ou petits ronds. Mais des animaux, tous ceux sont vénéneux dont la nature est contraire à la complexion humaine et ennemi de son espèce tel que sont les serpents, dragons, tir ou vipè, lièvres de mer, poisson froids, chair pourri et animaux tués par la foudre ou mort d'eux même, enragés et plusieurs autres que nous citerons plus tard. [Musique] Voilà Fran Colard, un aperçu de ce mode d'emploi des venins par Pietro Dabano.
Avant qu'on fasse une petite explication de texte, j'aimerais que vous nous présentiez ce personnage. Que peut-on en dire ? Alors, Pietro Dabano, c'est un personnage majeur de l'histoire des sciences, de l'histoire de la pensée, de la philosophie, de la médecine, hein.
Il a une existence tout à fait fascinante puisque italien d'origine, il a voyagé beaucoup. Il est allé à Constantinople, il connaissait le Grec, il avait des des contacts directs avec les manuscrits grecs. Il est venu à Paris aussi où il a eu quelques mailles à partir avec l'Inquisition parce que c'est un un esprit fort.
Euh il est ensuite revenu en Italie notamment à Padou où il est enseigné. C'est une grande université de pour des études médicales. Euh il a écrit toute une série de d'ouvrages.
Le plus célèbre qui d'ailleurs lui a donné parfois son surnom, c'est celui qu'on appelle le conciliator ou le conciliateur où il essaie de concilier les connaissances en philosophie, en philosophie naturelle et en médecine. Et puis il y a ce traité des poisons qui semble avoir été écrit vraiment au crépuscule de sa vie puisque dans la dédicace, il est question d'un pape qui est sans doute le pape Jean2 qui a été élu un pape d'Avignon en 1316 alors que Pietro d'Abano est mort en 1316. Alors, il a aussi une existence postume un peu agitée puisque il a été euh donc accusé euh postmthème par l'Inquisition qui aurait voulu déterrer son corps et euh lui infliger euh le le supplice finalement des hérétiques ou des sacrilèges.
Il avait une manière rationaliste ou plutôt naturaliste d'expliquer un certain nombre de miracles de la Bible, par exemple la résurrection de de Lazar. Hm hm. Alors là, vous plantez un décor, un cadre euh historique, sociologique, social.
Euh comme souvent, voire toujours dans l'histoire des sciences, euh bah on peut pas se départir de ce cadre-là. Alors, qu'est-ce qui fait qu'au Moyen-Âge, tout d'un coup, euh il y ait une espèce de comme je le disais, de fascination, répulsion pour les poisons ? Alors effectivement le travail de Pietro d'Abano, il part d'un contexte qui est un contexte on va dire socio politique avec des états qui s'affirment, des cours qui se développent, des princes dont le pouvoir est d'autant plus puissant qu'il est aussi considéré comme précaire.
Et donc euh au cours du 13e siècle euh à l'époque de Frédéric II déjà l'empereur germanique et puis ensuite euh se développe une sorte de antise du poison euh poison qui euh risquerait de mettre fin à un règne et de roi par exemple ou de pape et qui plongerait donc la société dans un chaos indescriptible. Et donc euh euh il y a cette premier aspect d'une demande. On demande sociale, c'est un peu exagéré parce que c'est une demande élitaire hein, mais c'est une demande.
C'est le cas d'ailleurs de ce traité qui répond à une commande qui est une demand qui répond à une commande. Pietro Dabano explique effectivement que il a répondu à une commande qui est la commande sans doute de d'un pape Jean- 23 qui par ailleurs on le sait durant son règne a eu affaire à des empoisonneurs. Donc tombait bien, il est mort très vieux d'ailleurs 18 ans après son élection.
Donc il y a une demande sociale, une une peur, on va dire euh obsidionnale euh du poison euh non seulement dans les dans les cours, mais euh également d'une peur collective avec euh des affaires célèbres, notamment euh l'histoire des empoisonneurs de puit, hein, des lépreux empoisonneurs de puit liés aux juifs et aux musulmans, excuser du peu qui en 1321 sont censés mettre des poisons dans les rivières, dans les puits euh dans les cours d'eau euh pour finalement que l'Islam puisse s'emparer de la chrétienté. Donc il y a il y a ce contexte de vive inquiétude, ce contexte qui euh croit que il y a des forces souterraines, hein, qui menace véritablement les pouvoirs établis. Euh et il y a il y a également dans une logique qu'on peut assez comprendre qui est celle de la scolastique qui est celle de Thomas Dakin, une sorte de prétention de l'esprit humain à tout comprendre de la nature.
Alors là, c'est plutôt une raison, on va dire intellectuelle mais aussi socioculturelle. De même que Thomas Aquin pensait qu'avec la raison la foi pourrait être comprise. De la même manière, on pense que on peut dévoiler les secrets de la nature, comprendre la nature.
Et donc il y a également dans ces commandes de traiter des poisons par des des paples, des cardinaux ou des princes intellectuelle qu'il ne faut pas mettre de côté et peut-être aussi euh une envie de se distraire parce que quand vous avez la la description, je sais pas, d'un dragon terrible qui crache du venin, et bien la lecture peut en être agréable à l'écoute he à cette époque-là pour les les princes du du monde. Alors donc il y a plusieurs dimensions dans cet empoisonnement comme on vient de le comprendre avec vous Franck Collard, vous avez d'ailleurs écrit un livre en 2003 qui s'appelait Le crime de poison au Moyen- âge. Alors, je suis curieux comment et pourquoi on s'empoisonnait au Moyen-Âge au-delà justement de ces fantasmes que vous décriviez à l'instant.
Alors le crime de poison, bon c'est un crime que j'ai essayé de quantifier, c'est très difficile parce que comme c'est un crime qui ne se remarque pas forcément, il y a un chiffre noir hein de du crime de de poison, c'est un crime qu'on rencontre évidemment déjà dans l'antiquité grecque et l'antiquité romaine qu'on rencontre aussi au Moyen-Âge chez et Grégoire de Tour, il y a des affaires de d'empoisonnement euh qui a une coloration élitaire quand on ne dispose pas de sources documentaires riches comme à la fin du Moyen-Âge. Et quand on en dispose, je veux dire, des archives judiciaires par exemple, on s'aperçoit que c'est un crime assez commun qui n'est pas forcément féminin, même si les femmes sont réputé plus empoisonneuses que les hommes, qui n'est pas forcément réservé au cours, mais qui que l'on peut trouver chez des artisans, chez des bons bourgeois avec des enjeux qui sont extrêmement triviaux et qu'on rencontre à toutes les périodes, des héritages à anticiper, par exemple, des des jalousies, des haines. Donc c'est c'est un crime non pas ordinaire parce que statistiquement si on peut parler ainsi un peu abusive, il ne représente pas une grande part de la criminalité mais c'est un crime que l'on rencontre et surtout c'est ça l'important à la fin du Moyen-Âge que l'on croit voir de plus en plus hein parce que il y a une perception de la menace vénéneuse qui est qui hypertrophie espèce de biais statistique.
Voilà un biais statistique un ressenti comme on dirait aujourd'hui. Ouais. Alors, il y a aussi cette dimension euh religieuse.
On en parlait, on l'évoquait euh on l'a suggérait tout à l'heure, Franck Collard, mais c'est une anomalie finalement dans cette pensée médiéval qui est très ancrée dans une euh occidentale, du moins très ancrée dans un écrit euh biblique avec une jeunesse. Comment est-ce que cette présence dans la nature de poison crée un problème d'une certaine façon métaphysique ? Alors, le problème métaphysique, bah c'est de comprendre comment Dieu qui est le créateur de toute chose et qui est un Dieu de bonté a pu laisser la nature être rempli de bêtes vénimeuses ou de plantes vénéneuses.
La réponse est donnée alors assez tôt, par exemple par il de garde de Bingun qui n'a pas écrit de traiter des poisons mais qui a réfléchi sur la question. C'est la conséquence du péché originel. la conséquence de la chute hein au paradis terrestre avant que Adam et ne commettent la faute que l'on connaît et bien le serpent n'était pas dangereux le loup non plus le champignon vénéux n'existait pas et donc c'est pour punir les hommes que Dieu a semé dans la nature des substances qui lui sont hostiles mais c'est aussi pour montrer sa miséricorde qu'il a mis des substances qui peuvent servir de remède au poison donc des antidotes et ça c'est une une vision extrêmement intéressante parce que elle s'articule aussi avec au 12e et surtout au 13e siècle l'idée que la création, la nature, la matière est bonne, hein, ce qui n'est pas accepté par tout le monde, notamment les hérésies, les hérésies Qatar, hein, les hérésies antimatérialistes.
Et donc, il n'est pas fortuit que le premier auteur avant Pierre d'aban d'un traité des poisons en latin, ce soit un frère francisquin. ou de Samora Hill de Samora qui écrit un traité pour le ministre général de son ordre hein ministre d'ailleurs qui serait mort empoisonné paraît-il donc c'est pas sûr qu'il ait lu traité qui lui avait été dédié et dont le cœur de la réflexion c'est de montrer que Dieu dans sa bonté offrira toujours à l'homme empoisonné ou au médecin de quoi remédier au mal dont il souffre. Alors Franck Collard, c'est important que vous mentionnez Juan Ril de Samora.
On peut parler aussi de du médecin juif du Ker Maimonide qui au au 12e siècle avait écrit le tout premier euh traité d'hygiène populaire qui lui aussi parlait des poisons. On est donc dans un environnement global où émerge ce forme de traité des poisons. Quels sont les points communs à ces textesl et pourquoi ils se démarquent finalement des autres traités médicaux plus généraux ?
Ils se démarquent des autres traités parce que ils deviennent un genre en eux-même hein. Avant Pietro Dabano, avant Juan Gill de Zamora, les poisons sont abordés dans des sommes de médecine. Euh le canon d'avisen ou parfois dans le en Occident dans des sommes de médecine le long de de chapitres qui sont assez euh assez importants.
Mais la la le besoin d'avoir le développement d'un genre particulier répond donc à cette curiosité, à cette demande et produit des œuvres. Alors non pas standardisé parce qu'il y a malgré tout des variantes hein mais qui sont inspirées par la bonne cause c'est-à-dire comment permettre au chrétiens soit d'éviter le poison par une sorte de régime préservatif soit de soigner le poison par une sorte de régime curatif et donc en organisant ces textes de sorte que il ne passe surtout pas comme une sorte de réservoir de recette d'empoisonnement. C'est ça l'ambiguité de ces traiter des poisons, c'est que ça peut être aussi un mode d'emploi parfait pour l'empoisonneur en germain.
Alors pour autant que des recettes soient données, je reprenais le le l'article Real Gar qui est un poison minéral qui était dans la l'archive me semble-t-il tout à l'heure. Pietro d'abano ne dit pas où on trouve du Réalgar et comment on fait pour l'utiliser. Mais dans d'autres traités, on peut avoir quelques détails sur la manière d'obtenir de de l'arsenique sublimé.
Par exemple, les auteurs qui dotent assez souvent, pas toujours, mais assez souvent leur traité de prologue s'explique justement pour que il n'y ait pas de malentendu. C'est pour le bien de l'humanité, le bien de la chrétienté qu'il décrivve les poisons pour mieux en déterminer les remèdes. Si on se plonge, Franck Collard dans les pages de ce traité des venins de Pietro d'Abano, il s'organise comment ?
Quel est justement le déroulé de ce texte à valeur informative, scientifique, on va le dire, avec un terme un peu anachronique pour le coup. Alors, il se déroule d'une manière différente de celui de de Juan Gill de Zamoura. C'est assez intéressant.
En revanche, c'est le traité de Pietro Daban qui va donner en quelque sorte un modèle d'écriture, même si bon, encore une fois, il y a des variantes. Pietro Dabano commence donc par ce prologue où il justifie sa démarche et puis ensuite, il se lance dans des considérations d'ailleurs d'abord sur le poison en général, hein. Qu'est-ce que c'est que le poison ?
Quels sont ses modes d'action ? Comment peut-on diviser les poisons de la création ? Et dans le chapitre dont vous don entendu la lecture, il y a un premier mode de division, c'est la division par règne comme on dirait aujourd'hui.
Règne animal, végétal et et minéral. Voilà. Euh et puis après euh il essaie de les classifier selon les modes de contact avec le corps.
Il y a des poisons qu'on ingre, il y a des poisons que le que l'on touche, il y a des poisons qui sont inoculés par une une piqûe. Et puis dans un dernier temps euh et bien il s'interroge sur euh ce qu'il appelle la force du poison, comment il agit. C'est-à-dire soit par qualité première.
À son époque, on pense qu'il y a des poisons qui agissent par qualité première ou soit par la forme spécifique hein qui l'intéresse beaucoup. Et puis ensuite et bien il passe à une description d'à peu près 70 poisons, hein, en suivant l'ordre des des règne. Et il achève son œuvre par des considérations sur la terria comment est-ce que la terriaque agit à une époque où c'est une grande question scolastique notamment à l'université de Montpellier.
Il y a des questionnaesses de Teraka. Et il annonce, ça c'est très intéressant, un dernier chapitre qui n'a pas écrit mais qui a été écrit par quelqu'un qui avait qui a publié l'œuvre qui l'a fait imprimé à la fin du 15e siècle qui est est-il possible que des poisons puissent agir à terme c'est-à-dire à retardement ? Et si ce chapitre n'a pas été écrit, il m'a toujours semblé que c'était parce que précisément il avait un côté un peu sulfureux parce que décrire des poisons à terme, ça peut être quand même donner à des criminels moyen d'empoisonner un prince ou un pape sans se faire remarquer.
Voilà le crime parfait. On est en plein dans le nom de la rose. Ça nous ça nous fait penser à ce livre d'Umber.
Absolum. Absolument. Alors on parlait aussi tout à l'heure quand j'évoquais la figure de Pietro Daban.
Je te le présent comme un philosophe médecin astrologue. On a fait une émission entière sur l'astrologie médicale au Moyen-Âge et je vous renvoie à son écoute. Mais quelle place occupe dans ce traité des venins l'astrologie dans le dans ce dans ce texte de Pietre Daban ?
L'astrologie occupe la place qui est celle de la forme spécifique et de la toute substance, c'est-à-dire la croyance he selon laquelle les astres du ciel peuvent transmettre des vertus occultes, des vertus irréductibles aux qualités premières. aux substances et on peut trouver aussi une réflexion astrale ou astrologique à propos de la terria dont comment dire l'effet cocktail he si on parlait comme aujourd'hui serait dû non pas seulement à l'addition des vertus de ces différentes composantes mais aussi à l'action des astres et par ailleurs on peut assez facilement trouver au 16e siècle ça sera encore le cas des correspondances entre des poisons particuliers et des planètes je pense au mercure ça c'est le meilleur exemple on n pas encore l'imprimerie à l'époque de Pietro d'aban Mais on a des copies. Alors est-ce que et c'est comme ça qu'on mesure le succès d'un d'un ouvrage ?
Est-ce que ce livre de Pietre Dabano a connu un grand nombre de copies et a connu un succès, on va dire pas populaire mais dans parmi les gens qui savaient lire un grand succès. Le le D Vénis donc en latin de Pietro d'Apano, c'est le bestseller de la fin du Moyen-Âge, hein. On a enfin j'ai essayé de répertorier 80 à 100 manuscrits.
On en retrouve tous les jours à chaque fois qu'on cherche un petit peu. C'est un traité donc qui a été beaucoup copié, qui a beaucoup circulé, qui a été aussi imprimé. hein, à partir de 1470 à peu près, parfois avec le conciliator hein, parfois à part parce que c'est une œuvre finalement assez brève hein, mais les imprimeurs l'ont beaucoup imprimé.
C'est imprimé encore jusqu'à la fin du 16e siècle et c'est une œuvre qui a été traduite en italien, enfin dans les langues italiennes. Il y a une recherche qui manque qu'il faudrait faire sur la tradition italienne de Pietro Dabano et en français. Et en français, j'avais travaillé en français sur une traduction qui date du début du du 15e siècle.
Destiné à qui ? au maréchal de Bussiko qui va devenir gouverneur de gène parce que les Italiens comme vous savez ont une réputation de maniment du poison facile et donc bah il dit à Bousiko voilà vous allez partir à Genène attention voilà le traité de Pietro d'abano qui n'est pas capable de lire en latin le maréchel de Bousico sans doute je vais le traduire en français en guise de conclusion pour terminer cette première partie de Science Chrono, Franck Collard que nous dit la multiplication de ce genre de traité des poisons sur l'évolution de l'histoire de la médecine au Moyen-Âge ? Est-ce que c'est une anomalie dans cette histoire de la médecine ?
Comment ça s'intègre dans cette histoire de la médecine ? Et voilà, cette multiplication des traités et des poisons illustre effectivement le développement de la pensée médicale, ces ramifications hein parce que il y a d'autres traités thématiques qui sont écrits. Les traités des urines par exemple dont ma collègue de Nanter Laurence Mouiger est la grande spécialiste, voilà, qui est venue à ce micro.
Il y a des traités sur la peste hein, une maladie particulière en rapport d'ailleurs avec le poison. On a pas le temps d'en parler mais c'est intéressant. Donc c'est l'illustration d'une recherche par les les esprits de comprendre la nature en allant de plus en plus sur des secteurs étroits pour les comprendre.
Et la multiplication des traités inspiré souvent par Pietro d'Abano jusque on va dire à la fin du 16e siècle. et bien c'est le le signe que à la fois c'est une matière qui fascine et qui hante les esprits et que en même temps c'est un un domaine où les médecins peuvent déployer une réflexion extrêmement intéressante sur les substances, sur les pharmacas avec donc toute cette culture euh grecoarrabo euh médiévale qui cesse à peu près à la fin du 16e siècle. Il y a un traité de d'Antoine Bouchad en 1592 qui ne fait plus du tout du tout du tout allusion aux écrits qui l'ont précédé.
Merci beaucoup à vous Franc Cola en tout cas d'être venu nous raconter cette histoire vénéneuse des traités des poisons au Moyen-Âge. Je rappelle le titre de votre livre Les écrits sur les poisons séparus aux éditions Breul. Merci encore.
Gilbert Collard