Kneecap : ce groupe de rap irlandais que Retailleau, le CRIF, Caroline Yadan et les pro-Israël veulent interdire
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Chapitres
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« Lors de leurs prestations au festival Coachella le 18 avril dernier, les membres de Nikap se sont produits sur scène accompagnés de visuels affirmant que l'État d'Israël commet un génocide et affichant des messages particulièrement virulents du type « Fuck Israel, free Palestine ». »
- 7:53InvitéFait
« Dans un contexte de déferlante antisémite en France, la participation du groupe Nikap au festival Rock en Seine pourrait entraîner des troubles à l'ordre public, favoriser la propagation de propos haineux en faisant l'apologie du terrorisme, voire encourager la commission d'actes à caractère antisémite. »
- 9:29InvitéPromesse
« J'ai chargé mes services d'être très attentifs à leur expression lors de ce concert. Tout débordement sera immédiatement judiciarisé et, en lien avec le préfet de Paris qui suit de très près cette situation, tout élément susceptible de constituer un trouble à l'ordre public qui sera identifié donnera lieu à une interdiction de leur concert lors du festival Rock-en-Seine. »
- 11:22PrésentateurFait
« Motif, la programmation de Médine. »
- 11:14PrésentateurChiffre
« Le département de l'ISER supprime une subvention de 4 000 euros au festival Bien le Bourgeon organisé par l'association Mixart. »
Temps de parole
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Pour ne rien rater de nos programmes, n'oubliez pas de vous abonner à nos deux chaînes YouTube, le Média TV et le Média 24-7, et d'activer la cloche. Bonjour tout le monde, j'espère que votre été se passe bien. Peut-être êtes-vous en vacances à l'heure où je vous parle, enfin, pour les plus chanceux du moins. Et oui, tout le monde ne peut pas s'offrir le luxe de partir à la plage ou s'accorder un peu de fraîcheur à la montagne dans la France d'Emmanuel Macron. En tout cas, pour le couple présidentiel, tout semble aller pour le mieux. A l'heure où je vous parle, Brigitte et Emmanuel Macron se sont réfugiés derrière les murs épais du fort de Brégançon.
Officiellement, le président travaille depuis ce bastion transformé en QG diplomatique, téléphone vissé à l'oreille. Officieusement, il profite d'un été discret, comprenez, peu de bain de foule, mais quelques apparitions savamment dosées, comme au spectacle de Danny Boone à Ramatuel. Rien de mieux qu'une sortie surprise devant un public conquis pour rappeler que le chef reste proche des gens. A défaut de pizza au feu de bois ou de glace arrosée de vodka, cette année, Macron mise sur la retenue. Une façon d'esquiver l'image du président fêtard, mais sûrement pas celle du président en villégiature, loin du quotidien des Français qui, eux, comptent leur ticket resto.
Mais que serait un été en macroniste en polémique ? Si le couple présidentiel est loin de toute l'agitation parisienne, ce n'est pas le cas de deux de ses fidèles soldats, la députée de la huitième circonscription des Français à l'étranger, la fameuse et très controversée Caroline Yadant, et notre très chère ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. Bon, désolé de vous gâcher votre journée comme ça, peut-être n'avez-vous pas envie d'entendre parler d'une femme niant l'existence du génocide en cours à Gaza, ou d'un ministre que l'on pourrait qualifier facilement d'islamophobe, avare d'expulsion d'étrangers à ses heures perdues.
Et pourtant, c'est ce que je vais faire, mais promis, j'ai de bonnes raisons de vous parler d'eux aujourd'hui. En effet, les deux comparses sont en colère, très en colère même, contre Nikap, un groupe de rap nord-irlandais à l'affiche du célèbre festival Rock en Seine. Mais alors pourquoi ? Eh bien, pour comprendre, je pense qu'il vous faut un peu de contexte. Nikap, ce n'est vraiment pas un groupe comme les autres. Ce sont trois jeunes de Belfast, Mochara, Moglaibap et DJ Provaille, qui viennent des quartiers ouvriers encore marqués par les stigmates du conflit nord-irlandais.
Ils rappent en anglais, mais aussi en gaélique, pour revendiquer une culture longtemps marginalisée par la domination britannique. Osons la comparaison, Nikap, c'est le groupe le plus sulfureux qui connut le pays depuis les Sex Pistols. En témoigne leur nom, en français, cela veut dire Rotule, Un sobriquet qui fait directement référence au knee-caping, une des méthodes employées par l'IRA, l'armée républicaine irlandaise. Rien que ça, ça donne le ton. Leur musique mélange humour provocateur, récits de rue et rébellions politiques. Ils parlent un peu d'alcool, de drogue, mais surtout de liberté et d'émancipation. Le succès a été immédiat.
Ils remplissent des salles en Irlande, aux Etats-Unis et en Angleterre. Ils attirent l'attention de la presse internationale. Et en 2024, un film inspiré de leur histoire est même sélectionné à Sundance, le principal festival américain de cinéma indépendant. Bref, dans le milieu musical, ce sont des stars, ouvertement anti-système, très, très à gauche, et ils ne s'en cachent pas, anti-coloniaux. Alors, en avril 2024, sur la scène de Coachella, devant des dizaines de milliers de spectateurs, ils ne font pas dans la demi-mesure. A l'écran, on peut lire Fuck Israel et eux scandent Free Palestine.
Free, free ! Quelques mois plus tard,
en novembre, lors d'un concert à Londres, le chanteur Mochara aurait, selon les autorités, brandi un drapeau de la formation libanaise chiite, le Hezbollah. Un prétendu geste qui lui vaut d'être inculpé d'infractions terroristes par la justice britannique. Libéré sous caution, il repassera devant la justice d'ici fin août. Pourtant, le groupe a démenti à plusieurs reprises tout soutien au Hezbollah comme au Hamas. Quelques jours après avoir interpellé l'administration américaine à Coachella, sous les applaudissements et la solidarité du public, il y a une avalanche d'indignation et de condamnation de la part des classes politiques britanniques.
Les vrais crimes ne résident pas dans nos performances. Les vrais crimes sont le silence et la complicité de ceux qui sont au pouvoir. C'est contre cela que la véritable colère et l'indignation devraient être dirigées. Soyons sans équivoque. Nous ne soutenons pas et n'avons jamais soutenu le Hamas ou le Hezbollah. Nous condamnons toutes les attaques contre les civils, toujours. Ce n'est jamais acceptable. Nous le savons mieux que quiconque, compte tenu de l'histoire de notre nation. Ils veulent nous faire croire que les mots sont plus dangereux que le génocide. Cette distorsion n'est pas seulement absurde, c'est une tentative claire de faire dérailler le vrai débat. Mais c'est trop tard.
Depuis, partout où ils passent, leur présence entraîne une levée de boucliers, notamment de la part des défenseurs d'Israël et des soutiens plus ou moins tacites du génocide. Quelques jours festival de Glastonbury, la droite anglaise, des associations et plusieurs personnalités exigent l'interdiction du concert. Le premier ministre britannique, Keir Starmer, lui-même s'oppose à l'événement et déclare au tabloïd conservateur The Sun « Je ne m'étendrai pas trop sur le sujet car une affaire est en cours devant les tribunaux, mais je ne pense pas que cela soit approprié. » Le groupe lui répond « Vous savez ce qui n'est pas approprié, Keir, armer un putain de génocide.
Fuck The Sun et solidarité avec l'action palestinienne. Le concert a bien lieu, mais la BBC, qui devait retransmettre le festival, censurent partiellement leurs prestations en refusant de la diffuser en direct.
La polémique devient alors européenne.
Partout, les conservateurs obtiennent l'annulation de leurs concerts à l'Eden Session en Grande-Bretagne, au Southside Festival ou à l'Hurricane Festival en Allemagne. De l'autre côté de la Manche, dans notre pays des lumières et de la liberté d'expression, Nikap ne trouve pas non plus la paix. Bon, il y a bien les euro-quiènes, un gros festival à Belfort qui les a accueillis le 6 juillet dernier. Nikap y a mis le feu sans aucun incident. Mais c'était sans compter sur notre carreau et notre Bruno.
Caroline Yadant, députée Renaissance, visiblement en mal de polémique médiatique, prend sa plus belle plume le 4 août dernier pour demander aux autorités de censurer une autre date en France de Nikap, celle de Rock en Seine, prévue dimanche 24 août. Dans son message adressé au préfet et au ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, qu'elle publie sur les réseaux sociaux, elle écrit
Lors de leurs prestations au festival Coachella le 18 avril dernier, les membres de Nikap se sont produits sur scène accompagnés de visuels affirmant que l'État d'Israël commet un génocide et affichant des messages particulièrement virulents du type « Fuck Israel, free Palestine ». Dans un contexte de déferlante antisémite en France, la participation du groupe Nikap au festival Rock en Seine pourrait entraîner des troubles à l'ordre public, favoriser la propagation de propos haineux en faisant l'apologie du terrorisme, voire encourager la commission d'actes à caractère antisémite. Mathieu Pigasse, propriétaire du festival, réplique Votre poste est ridicule, mensonger et indigne.
Assimiler antisémitisme et islam comme vous le faites est honteux. Prétendre que soutenir la cause palestinienne serait un trouble à l'ordre public est lamentable. Le chant de votre circonscription devrait plutôt vous conduire à vous préoccuper du sort des Palestiniens dans le génocide en cours, qui provoque un drame humanitaire inacceptable, comme le dit lui-même le leader de votre majorité. Vous n'êtes pas intervenu dans la programmation du festival Rock en Seine et vous n'avez pas à le faire. Le seul engagement pris par le groupe Nikap auprès du festival, comme par tous les artistes, et d'en respecter les valeurs que vous ne partagez manifestement pas.
Mais c'est justement cet amalgame, critique d'Israël et dénonciation du génocide égal anti-sénite, qui a dû plaire à Retailleau. Notre ministre de l'Intérieur a répondu à la députée. Favorablement. Ou presque. Voici la réponse du premier flic de France publié par Caroline Yadant.
Le groupe Nikap avait fait l'objet d'une procédure d'interdiction lors de leur venue aux Euro-Kéennes de Belfort le 6 juillet dernier. Dans le cadre du contradictoire de cette procédure, le groupe s'était engagé à respecter un code de bonne conduite, ce qui a mis fin à la procédure d'interdiction. Lors de ce concert, il a été constaté qu'ils avaient respecté leur engagement. Le groupe doit se produire prochainement, le dimanche 17 août au festival Cabaret Vert, où il a pris les mêmes engagements avec le préfet des Ardennes. J'ai chargé mes services d'être très attentifs à leur expression lors de ce concert.
Tout débordement sera immédiatement judiciarisé et, en lien avec le préfet de Paris qui suit de très près cette situation, tout élément susceptible de constituer un trouble à l'ordre public qui sera identifié donnera lieu à une interdiction de leur concert lors du festival Rock-en-Seine. Je vous la fais courte.
Pour résumer, Retailleau choisit de ne pas interdire les concerts de NICAP mais place les trois artistes sous surveillance. Les préfets reçoivent l'ordre « Au moindre mot jugé déplacé, le concert pourra être stoppé ou des poursuites judiciaires pourraient être engagés. Le groupe est ultra-surveillé ni sous tutelle, en quelque sorte. » Autre procédé que la méthode Retailleau, la mairie de Saint-Cloud avait retiré sa subvention à Rock-en-Seine uniquement parce que NICAP y figurait. La mécanique se révèle alors au grand jour. Ce ne sont plus seulement les propos d'un artiste qui sont visés, ce sont les festivals qui l'accueillent qu'on choisit de punir financièrement.
Cette logique de punition ne se limite pas à Rock-en-Seine. On la retrouve ailleurs, en France. Prenez par exemple le rappeur Médine. Il est une cible récurrente. Déjà, en septembre 2023, la mairie de Toulouse avait tenté d'interdire son concert. Et chaque fois, le scénario est identique. Ses positions antiracistes et son soutien au peuple palestinien déclenchent une polémique. Et à chaque fois, la menace de couper les vivres, de sabrer des subventions, de faire reculer les organisateurs. Quel meilleur exemple pour illustrer cette censure que la date du 28 mai 2024 ?
Le département de l'ISER supprime une subvention de 4 000 euros au festival Bien le Bourgeon organisé par l'association Mixart. Motif, la programmation de Médine. La majorité LR pousse l'amendement et une partie de la gauche l'appuie. Résultat, l'association perd ses ressources. De Belfast à Grèce-en-Vercors, la mécanique est la même. On ne censure plus frontalement. On appuie là où ça fait mal, sur les budgets. On retire des subventions. On menace les festivals. On fragilise un secteur culturel déjà asphyxié par l'austérité. Nicap, Médine, ce sont deux trajectoires différentes pour une même réalité.
Une démocratie qui prétend défendre la liberté d'expression tout en punissant celles et ceux qui rappellent sur scène que cette liberté ne s'arrête pas aux frontières de la Palestine. Merci d'avoir suivi cette chronique face aux 105 millions d'euros du milliardaire ultra-conservateur Pierre-Edouard Sterrin qui veut installer l'extrême droite au pouvoir. Le Média lance riposte une contre-offensive vitale et citoyenne. C'est notre unique chance de bâtir une chaîne d'infos populaire et indépendante capable de percer sur les réseaux sociaux et sur la TNT francilienne pour donner enfin la parole à celles et ceux qu'on ignore. Ensemble, reprenons le terrain et protégeons notre démocratie.
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