Anne Hidalgo : "Je suis atterrée par la façon dont la présidentielle s'engage"
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France Inter, point fr, le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Anne Hidalgo. Bonjour. Emmanuel Macron, ce n'était pas votre copain, vous vous êtes affronté à lui sur l'ouverture des grands magasins, des magasins le dimanche. Quel regard avez-vous sur ce coup politique, ce départ du gouvernement à 8 mois de la présidentielle ?
C'est un grand classique de la comédie politique. Donc un grand classique comme il y en a eu avant, il y en aurait eu après.
Ah bon, vous trouvez qu'il y a des précédents à cela ?
Il y a eu des tas de démissions dans la Vème République, je ne vais pas toutes les mentionner ici, mais Tuer le Père c'est un grand classique du jeu politique. Donc voilà, je n'y vois pas une originalité particulière.
C'est de la pure ambition personnelle ?
Je pense qu'il y a une grande ambition personnelle. Mais après, vous savez, moi ça ne m'a jamais beaucoup inspirée et je continue à ne pas être très inspirée.
A vos yeux, il avait sa place au gouvernement ?
Je n'ai pas à en juger. Celui qui décide du gouvernement, c'est celui qu'il constitue.
Pour la présidentielle, vous avez déjà votre champion Anne Hidalgo ?
Non, je pense que j'ai besoin, comme beaucoup de Français, vous savez, je suis assez atterrée par la façon dont cette présidentielle s'engage. On voit les primaires, les primaires sont plutôt une bonne chose, à gauche comme à droite. On voit cette hystérie, cette surenchère, cette façon d'être dans un jeu très politicien, avec des sujets. On s'est tapé 15 jours de burkini sur tous les médias, avec une surenchère qui était vraiment insupportable.
Ça vaut pour la gauche aussi ? Parce que là, je vous parlais de la gauche.
Ça vaut pour la gauche et pour la droite. Et donc, aujourd'hui, moi, je ne trouve pas du tout mon compte là-dedans. D'accord. Je pense qu'il faut poser les sujets, qui sont les sujets des grandes évolutions que notre société, notre pays doit affronter, les grands défis. Il y a des sujets qui sont complètement passés à la trappe, on se demande pourquoi. Mais quand même, le changement climatique, l'accord de Paris, l'urgence qu'il y a à opérer une transition écologique et énergétique dans notre pays, tout ça, plus personne n'en parle.
La question de l'Europe, des réfugiés, c'est quand même un sujet que, par exemple, les maires, mais que les citoyens voient tous les jours, on n'en parle pas, ou alors en des termes qui sont tellement catastrophiques que ça ne peut pas éclairer le débat public.
Donc, cette pré-campagne ne vous satisfait pas, malgré la profusion de candidatures, comme disait Coluche. Il y a l'embarras du choix, mais vous n'avez que l'embarras.
Je pense que c'est surtout le symptôme de quelque chose qui ne va pas. Et comme beaucoup de Français, je suis embarrassée.
Les dossiers parisiens à présent, Anne Hidalgo, avec une décision qui aura peut-être un impact à moyen terme sur la qualité de l'air, à Paris, peut-être, mais qui, dans l'immédiat, va pourrir la vie de dizaines de milliers d'automobilistes, et pas seulement des Parisiens, c'est la fermeture des voies sur berge rive droite. Qu'est-ce qui, à rebours des critiques et des avis défavorables, vous rend si sûr de votre choix ?
D'abord, c'est l'ouverture aux piétons des voies sur berge, c'est-à-dire une grande avenue, un espace magnifique en bord de Seine, qui est un espace où on respire mieux, parce que le fleuve permet aussi une circulation de l'air, et ça permet aussi un espace plus apaisé. Vous savez, comme toutes les grandes villes du monde, que ce soit d'ailleurs à l'étranger ou même en France, je prends Bordeaux, je prends Lyon, beaucoup de villes, ont transformé leur centre-ville en supprimant les autoroutes urbaines.
Les autoroutes urbaines sont vraiment un héritage d'un passé, d'un passé des Trente Glorieuses, où on pensait que la voiture devait structurer la ville, que la voiture était le seul élément du déplacement urbain. Depuis, heureusement, d'abord l'urgence climatique, l'urgence de répondre aux questions de pollution, ont fait que les maires, les citoyens se sont emparés de cette question, et qu'on a besoin de reconquérir les centres-villes, les espaces urbains très denses comme ce cœur de Paris.
Mais la question c'est jusqu'à quel point ?
Jusqu'à quel point ? Jusqu'au point de poser des vrais actes. C'est-à-dire qu'il y a toujours beaucoup de gens qui sont extrêmement, je le vois, dans l'opposition ou chez des automobilistes, bien sûr, ils reconnaissent que la pollution est grave, vous savez, ça tue 48 000 Français par an, 6 500 morts prématurées liées à la pollution, liées à l'automobile, notamment à Paris et en métropole du Grand Paris. Donc tout le monde s'accorde à le reconnaître, mais ensuite, sur l'action, certains disent, il est urgent d'attendre, c'est pas grave, on verra plus tard.
Ou ils disent que ça va aggraver la pollution, que ça va pas la faire diminuer. C'est ce que disent certains experts, que ça va provoquer des embouteillages considérables dans un premier temps.
Mais non, Patrick Cohen, ce ne sont pas les experts qui disent cela, ce sont des affirmations. Moi, ce que je regarde, ce sont les faits. On a fermé et ouvert aux piétons, donc, les quais sur la rive gauche de la Seine, il y a déjà 3 ans. Et je constate que la pollution a baissé, moins 15% pour les dioxydes d'azote, par exemple. La circulation a baissé aussi, parce que tous les experts s'accordent à dire que lorsque l'on restreint les conditions pour l'arrivée de voitures, par exemple, dans un centre-ville...
Il y a une partie du trafic qui s'évapore, mais au bout d'un certain temps, dans un premier temps, ça provoque des grands embouteillages.
Non, non, assez rapidement, par exemple, sur la rive gauche, l'adaptation a mis à peu près 6 mois, même pas, 3 mois. Et donc, effectivement, ça va très très vite.
Mais le pari, c'est donc de décourager les automobilistes, de prendre leur voiture, mais au profit de quel mode de transport autorique ? Il y a de la place dans les métros et les RER aux heures de pointe ?
D'abord, nous avons beaucoup, beaucoup accru l'offre de transport depuis 2001 à Paris, que ce soit avec les nouveaux tramways, que ce soit, par exemple, l'automatisation de la ligne 1 qu'on a faite dans la perspective, à l'époque, justement, de cette piétonisation des voies sur berge et du cœur de Paris, nous avons mis en place ce qu'on appelle aujourd'hui l'intermodalité. On se déplace différemment. Quand vous avez 3000 véhicules électriques en autopartage, comme Autolib, plus d'autres systèmes d'autopartage qui se sont développés avec des véhicules propres.
Quand vous avez aujourd'hui le vélo qui prend une place dans les déplacements, pas simplement dans les loisirs, et qu'effectivement, dans le plan vélo qu'on a mis en place avec mon équipe, on va accroître cette modalité de transport. Quand on sait qu'aujourd'hui, l'essentiel des déplacements à Paris se fait en métro ou à pied, eh bien, on pousse cela. Toutes les villes du monde vont dans ce sens-là et je ne veux pas que Paris reste une ville à la traîne. Parce que, vous savez, le fait d'innover de cette façon-là, de montrer qu'on a cette conscience écologique, moi, c'est ma responsabilité, elle est à la fois morale, elle est politique et elle est même juridique.
Parce que le jour où on commencera à avoir des actions en justice contre les responsables politiques qui n'auront pas pris leur responsabilité en sachant que la pollution, ça tue, eh bien, ce jour-là, on sera, les uns et les autres, amenés à répondre aussi devant la justice. On y reviendra sûrement. Donc, cette responsabilité, moi, je suis très claire. J'ai été élu pour faire bouger les choses et elles vont bouger.
Sur ce sujet, simplement, deux questions. D'abord, est-ce que Paris pourra encore être une ville durable et respirable, comme vous le souhaitez, Anne Hidalgo, en accueillant, si elle est choisie, des milliers et davantage de participants et l'énorme infrastructure des Jeux Olympiques de 2024 ?
Mais bien sûr, vous savez, d'ailleurs, aujourd'hui, si Paris est dans cette course et plutôt bien regardée, parce que j'étais avec Tony Estanguet, avec Bernard Lapassé, avec toute l'équipe et avec nos athlètes à Rio, la candidature de Paris marque. C'est une candidature qui est forte, qui est unie, mais c'est aussi une candidature qui est regardée par la capacité d'innovation de cette ville, par la façon dont nous répondons aussi à cet enjeu climatique, par la façon dont nous mettons en place, par exemple, Paris est une ville qui est réputée dans le monde pour son système de transport.
On peut bien sûr l'améliorer, c'est ce qu'on est en train de faire, notamment avec le Grand Paris, et c'est ce que nous demandons aussi à la région Île-de-France, c'est d'accompagner ces transformations en matière de transport. Mais Paris est regardée comme une ville innovante, par exemple, sur l'autopartage et tout ce qu'on vient d'évoquer en lien avec la pollution. Si Paris était une ville qui disait, ok, on laisse les voitures, on laisse les autoroutes urbaines, c'est-à-dire à rebours de tout ce mouvement international qui est en train de se faire, je peux vous dire qu'on ne serait pas qualifié dans la course. Il y aurait moins de chances pour 2024. Bien sûr, évidemment.
Une dernière chose avant la revue de presse, est-ce que, à propos des migrants, est-ce que vous confirmez que deux nouveaux camps de réfugiés ouvriront bientôt à Paris ?
Oui, en fait, je m'y étais engagée, bien sûr, et ce camp verra le jour, j'avais dit, à la fin de l'été, donc à la fin de ce mois. Nous avons préparé, nous travaillons sur deux structures. Une structure au nord de Paris qui va pouvoir accueillir, avoir aussi un espace, d'abord pour savoir quels sont les droits des personnes qui arrivent, est-ce qu'elles ont droit à l'asile, quel est le dispositif qui va leur être proposé, mais aussi un suivi médical, parce que nous avons vu, on a eu des cas de tuberculose sur des campements sauvages qui se sont faits l'année dernière dans Paris. Donc, ce camp verra le jour et accueillera les hommes seuls.
Et puis, il va y avoir un deuxième lieu dans le nord de Paris. Dans le nord de Paris, donc. Pas la guerre du nord, mais dans le nord de Paris. Ensuite, il y aura aussi un lieu pour les femmes et les mineurs isolés, c'est-à-dire les publics fragiles, qu'il nous faut mettre à l'abri, parce qu'il y a aussi, voilà, on sait, des réseaux de prostitution, il y a énormément de...
Celui-là dans le sud-est de Paris.
Plutôt dans le sud-est, oui.
Deux camps qui ouvriront, donc ?
Qui vont... Le premier va ouvrir à la fin du mois de septembre, et le deuxième ouvrira un petit peu plus tard, mais nous sommes dans cette perspective. Je crois que nous devons apporter cette réponse sans aucune naïveté, bien évidemment. Mais il faut apporter cette réponse humanitaire. J'avais posé ce sujet, et on en a discuté avec l'État. L'État m'accompagne, je tiens à le dire, y compris le financement de ce dispositif, et donc qui va être aussi une réponse, qui est la réponse que nous devons apporter pour cette souffrance humaine, pour ce problème, qui ne s'arrêtera pas simplement en se disant on ne veut pas voir que ça existe.
Anne Hidalgo