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interviewLe billet d'humeur de Patrick Kanner· 13 mai 2026 5 min

La chronique de Patrick Kanner du 13/05/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

En France, les sénateurs ont voté contre le droit à l'aide à mourir à l'issue d'une longue après-midi de débats lundi. Pris en étau entre une gauche dénonçant un texte trop restrictif et une droite hostile à toute évolution législative, le compromis proposé par les deux rapporteurs n'a donc pas réussi à s'imposer. Pour en parler, il est avec nous Patrick Cannaire, ancien ministre, sénateur du Nord, président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat. Bonjour Patrick.

0:23
Patrick Kanner

Bonjour Yana.

0:24
Présentateur

Merci d'être avec nous. Le Sénat qui a donc rejeté une nouvelle fois la proposition de loi sur l'aide à mourir. Votre réaction ce matin ?

0:33
Patrick Kanner

C'est d'abord une très grande déception, on ne peut pas dire une forme d'écœurement quand je pense à la très grande majorité de nos concitoyens qui attend une évolution de notre législation sur l'aide à mourir. Car pour moi, ne pas avancer sur ce sujet, c'est vraiment laisser des milliers de Français sans solution, les condamner à des situations souvent très douloureuses, parfois insupportables. C'est pourtant ce qu'a décidé de faire une partie de la droite au Sénat en s'abordant une fois de plus le débat sur le sujet. D'abord, elle a vidé le texte de sa substance.

Plutôt que de créer un droit à l'aide à mourir, comme cela a été prévu à l'Assemblée nationale, elle a introduit une assistance médicale à mourir, limitée à des situations où le pronostic vital est engagé à très court terme, soit dans les tout derniers jours de la vie. Ensuite, elle a finalement supprimé toutes les mesures du texte, les unes après les autres. La vraie raison finalement, il y en a de tout cela, c'est que comme pour les débats sur l'IVG, sur le mariage pour tous, ou encore sur la PMA, la droite sénatoriale, en tout cas une partie de cette droite, refuse de laisser la liberté aux individus de choisir leur vie, car il s'agit bien d'une liberté.

Personne n'oublie de recourir à l'IVG, de se marier avec une personne du même sexe, ou de recourir à la PMA, ou de recourir à l'aide à mourir. Et je déplore, c'est une attitude idéologique que certains cachent sur des prétextes religieux, mais la société doit pouvoir évoluer comme elle le souhaite.

2:04
Présentateur

Alors désormais, la suite de l'examen, Patrick, en seconde lecture de la proposition de loi sur la fin de vie, semble un peu compromise. Qu'est-ce que vous attendez de la suite des débats parlementaires ?

2:14
Patrick Kanner

Il faut que les débats se poursuivent, notamment au travers de ce qu'on appelle chez nous une commission mixte paritaire, avec donc des sénateurs, des députés. Aujourd'hui, la loi ne permet pas de répondre, nous le savons, à toutes les situations de souffrance, je vous l'ai dit. Et donc, nous souhaitons que ça puisse évoluer, notamment pour les maladies incurables, et empêcher des souffrances insupportables. Donc c'est notre responsabilité collective que d'apporter une réponse à ces femmes, ces hommes, qui demandent, dans des conditions strictement encadrées, la possibilité de choisir leur fin de vie, et quand leur fin de vie.

J'espère que la suite du débat parlementaire permettra de retrouver un esprit d'équilibre, celui de l'Assemblée nationale. C'est assez curieux que, eh bien, ce soit à l'Assemblée nationale qu'il y ait un plus d'équilibre qu'au Sénat. La Constitution donne à l'Assemblée donc ce dernier mot sur un texte comme celui-ci. J'aurais préféré que le Sénat prenne toute sa part dans cette évolution majeure. Ce n'est pas le cas, malheureusement, mais le gouvernement s'est engagé à ce que le texte soit définitivement adopté pour l'été, donc je le souhaite. Ceux qui prennent aujourd'hui un référendum ont une position très hypocrite, Eliana.

Ils savent même que les Français sont majoritairement favorables à faire évoluer ce droit, mais un référendum polariserait les débats, attiserait les tensions inutiles dont notre pays n'a pas besoin aujourd'hui.

3:31
Présentateur

Alors, sur un tout autre sujet, 22 Français ont été identifiés comme cas contact de l'antavirus. Patrick, Emmanuel Macron a déclaré que la situation était sous contrôle. Est-ce que vous êtes inquiet malgré tout ?

3:43
Patrick Kanner

Oui, et j'ai une pensée particulière pour notre compatriote qui est aujourd'hui hospitalisé à Bichat, à l'hôpital Bichat à Paris, dans des conditions très, très dures. C'est un état très grave qu'elle subit. Donc, je ne veux pas alimenter les inquiétudes malgré tout des uns des autres, mais bien sûr, c'est une situation qui nous préoccupe. Nous sommes toutes et tous encore marqués par l'épidémie de Covid en 2020, et la résurgence de ce virus nous donne l'impression de revivre un début de scénario bien connu. Pourtant, l'antavirus est très différent. D'abord, ça se transmet moins facilement, manifestement, mais le taux de létalité est beaucoup plus important, atteignant parfois 40%.

Donc, le gouvernement se veut rassurant. Il convoque différentes réunions de crise, de conférences de presse. Je salue ces initiatives de communication, mais j'espère que notre pays est vraiment préparé à une éventuelle épidémie. Je ne parle pas de pandémie, mais une épidémie, si par malheur elle se développait. Le ministère de la Santé a déclaré que nous étions sur la trajectoire prévue, notamment sur le renouvellement des masques. Vous vous rappelez la question des masques pour la Covid-19. Et cet après-midi, mon collègue Bernard Jaumier, médecin, sénateur de Paris, posera une question pour vérifier que le gouvernement est bien à la hauteur de l'enjeu aujourd'hui.

Et je souhaite vraiment que nous puissions en sortir par le haut.

5:03
Présentateur

Eh bien, on suivra évidemment tout cela avec attention et avec vous, Patrick Cannaire. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin et je vous dis à très bientôt.