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interviewBFMTV· 1 octobre 2024 18 min

Le discours intégral de Marine Le Pen à l'Assemblée nationale

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Marine Le Pen

Nous vivons une période que rien ne pouvait laisser prévoir, ni la logique des institutions solides de la Vème République, ni la hauteur supposée du président de la France, ni la simple intelligence politique. Comme des millions de Français constatant le bourbier politique et même institutionnel dans lequel notre pays se trouve enlisé, j'éprouve en prenant la parole devant vous aujourd'hui des sentiments mêlés. Les dernières élections législatives ont donné à voir le pire de la politique dont nous croyions avoir été débarrassée depuis 1958. Arrangements, désistements, combines, rien ne nous a été épargné au cours de ces trois derniers mois.

La classe politicienne, regroupée dans une sorte de parti unique, a réussi à transformer la Vème République en quatrième, une construction constitutionnelle solide en un régime chancelant et presque grotesque. Le président de la République, censément au-dessus des partis et des factions, d'abord le chef vibrillonnant et partisan de la majorité, puis le chef discrédité d'une minorité en déroute. Le seul objectif de cette coalition du vide et du cynisme ne fut pas de donner à la France un projet commun positif, mais de briser un élan démocratique qui se faisait jour, d'interdire l'alternance, l'alternance qui est pourtant la marque et la mesure de la bonne santé d'un système démocratique.

Or, mes chers collègues, pendant ces trois mois de pantalonnade, la Terre ne s'est pas arrêtée de tourner. Et la situation de notre pays ne s'est pas améliorée par magie. Immigration et insécurité ont atteint des niveaux records, malgré un niveau de pression fiscale sans équivalent au monde. Nos services publics sont en état d'urgence. Et après sept ans de quoi qu'il en coûte, qui ressemble de plus en plus à une vaste opération de falsification des comptes de l'État, nos finances publiques sont en crise. C'est avec amusement, j'avoue, que nous entendons se multiplier les appels à une bonne gestion des finances publiques.

Admettez que nous nous demandions où est-ce que nous déposions au printemps dernier une motion de censure pour dénoncer les mensonges sur l'État des finances publiques et de voter. Nous avions, sous les colibets, souligné l'urgence de faire un audit précis des comptes publics. Manifestement, au vu des derniers chiffres émanant de Bercy, cette demande n'était pas superfétatoire. De tous côtés, le château de cartes édifié par Emmanuel Macron depuis 2017 vacille. Pour autant, par patriotisme, par égard pour nos compatriotes qui souffrent, par respect de nos institutions.

Et compte tenu de la tâche ingrate qui vous incombe en ces circonstances de ramasser l'action publique que certains ont laissé chouard, je vous le dis, monsieur le Premier ministre, le mouvement national n'entend pas entraîner le pays vers le chaos, vers cette politique du pire, qui est la pire des politiques. Voilà pourquoi le rassemblement responsable refusait de censurer a priori votre gouvernement pour lui donner une chance aussi infime soit-elle d'engager enfin les mesures de redressement nécessaires.

Nous tiendrons strictement à cette feuille de ni manigance, ni arrogance, mais avec le souci pragmatique du bien commun et une volonté inflexible de préserver notre pays des terribles errements du passé dont il a aujourd'hui à subir les conséquences. J'ai entendu votre timide souhait de tourner la page de sept ans de macronisme et du tristement célèbre « en même temps » devenu au fil du temps la devise de l'impuissance régalienne, de la course à l'abîme des comptes publics et des trahisons sociales. Mais il ne faudra pas pour cela vous contenter, comme aujourd'hui, de déclarations d'intention ou de diagnostics éculés assortis de quelques gadgets consultatifs.

L'État de la France ne nous permet plus de tolérer les demi-mesures. Nous n'en avons tout simplement plus le temps. Chaque mois, chaque année d'inaction supplémentaire se payera par un effort plus dur à fournir pour vos successeurs et pour les générations futures. La première force parlementaire que nous formons sera donc à l'égard de votre gouvernement exigeante, c'est-à-dire attentive au respect des orientations politiques qui se sont dégagées du scrutin de juillet dernier, mais aussi soucieuses de la méthode. Certes, les uns et les autres, comme nous-mêmes, avons pu mesurer votre sens de la courtoisie assez naturel et le donne, y compris à vos adversaires.

C'est là une qualité qui vous honore et qui est d'autant plus appréciable qu'elle tente à se raréfier. Je veux dire ici, et de manière solennelle, à l'attention de tous les tenteurs de l'autorité publique issus de ce gouvernement, nous entendons que les 11 millions de patriotes qui ont voté pour notre coalition d'Union nationale soient respectés. Que cessent ces attaques inutiles et injustes, qui procèdent tant du mépris de classe que de l'intolérance caractéristique des totalitarismes. Ces attitudes n'honorent pas, mais surtout ne servent pas le pays, son unité, ni son modèle démocratique. Ceci étant dit, ma première demande, M. le Premier ministre, est simple.

Faire preuve dans tous les domaines, et non pas seulement dans celui des finances, de volontarisme. Dans le souci, non pas de concilier votre aile gauche, votre aile droite, ou vos partenaires exigeants. Bref, toutes ces périphrases qui vous permettraient de vous parer pour justifier l'inaction du respect de médiocres équilibres partisans, mais dans le but d'avoir un impact rapidement perceptible pour tous les Français. J'entends des constats, mais tout de même bien peu de solutions. Face à la flambée de l'insécurité avec la multiplication des faits divers et la prolifération d'enclaves mafieuses où les forces de l'ordre ne vont plus, qu'allez-vous faire vraiment ?

Face à nos déficits de conversion record, avec une part de l'industrie inférieure à 10% du PIB, un autre de nos points communs avec la Grèce, qu'allez-vous faire vraiment ? Face à l'effondrement des services publics, de santé et d'éducation en particulier, malgré une pression fiscale sans équivalent dans le monde, qu'allez-vous faire vraiment ?

Face à l'explosion de l'immigration légale et illégale, qui fragilise la cohésion nationale et contribue à la dégradation de nos comptes sociaux, dont vous n'avez quasiment rien dit d'autre que votre volonté de confier à l'Union Européenne, qui en veut plus, la maîtrise de nos frontières et le soin d'installer les migrants dans nos campagnes, qu'allez-vous faire de sérieux ? Face à l'affaissement continu du pouvoir d'achat des Français, dont là encore vous avez dit si peu, conséquence directe du déclassement de la France dans la compétition internationale, qu'allez-vous faire ?

Face à la stagnation des salaires et à la smicardisation des travailleurs français pour lesquels nous avions fait des propositions durant la campagne présidentielle, qu'allez-vous faire ? Actes que nous vous jugerons, jamais sur la base de posture purile, avec construction et le plus tôt possible d'alternance. Ces suffrages qui font de notre mouvement la première force politique du pays ne sont pas notre propriété, mais ils constituent en revanche un contrat moral qui nous lie à nos électeurs et que nous respecterons à la lettre. Ces 11 millions de suffrages, ce sont 11 millions d'espoir, après 40 années de recul constant de la France dans tous les classements internationaux.

Car cet effondrement, nos électeurs et une majorité de Français ne le fantasment pas. Ils le vivent dans leur chair. Lorsqu'ils cherchent à obtenir un rendez-vous avec un médecin, lorsqu'ils cherchent une école pour leurs enfants, lorsqu'ils cherchent un emploi digne et bien payé, lorsqu'ils cherchent un logement adapté à leurs besoins ou lorsqu'ils changent leurs habitudes face à l'insécurité qui règne dans nos villes et nos campagnes. Vous le savez, nous avons trois priorités sur lesquelles s'exercera de manière accrue notre vigilance le pouvoir d'achat, l'immigration et la sécurité.

Ce faisant, nous vous rendons service, puisque ces thèmes correspondent aux exigences des Français et sont de nature peut-être à vous rendre populaires. La France aussi y a intérêt, puisque ces urgences ont trop longtemps été néglisées et qu'elles ne peuvent plus être différées. Permettez-moi donc de vous dire ici avec clarté les lignes rouges sur lesquelles notre groupe pourrait fonder demain une censure. La première d'entre elles, ce sera l'évolution de la pression fiscale déjà insupportable qui pèse sur les Français et en particulier sur les classes populaires et les classes moyennes.

Les fortunés que l'on parle d'entreprise ou de ménage devraient être compensés par du pouvoir d'achat rendu à nos concitoyens modestes qui travaillent et ont vu leur reste à vivre fondre depuis trois ans. Vous avez sur ce sujet, M. le Premier ministre, une opportunité majeure. Sans mandat électif à défendre, ni aujourd'hui ni demain, vous pouvez faire preuve de courage en réalisant les économies qui, de la Cour des comptes aux différents rapports publics sur le sujet, sont identifiées depuis des années. D'ailleurs, publiée fin 2023, une étude américaine évalue à 4 points de PIB les pertes causées par la suradministration en France.

Nous le répétons depuis des années, vous avez l'occasion de le faire en un mot, déburocratiser. A l'hôpital, suradministré depuis des années, dans le portefeuille territorial où intercommunalités et régions entraînent gaspillage massif et perte d'efficacité. Dans l'éducation nationale, alourdie par une bureaucratie surnuméraire et dépassée qui empêche les enseignants de faire leur travail. Au système public, sans objet réel, vous savez faire preuve de courage. Ce serait l'absence du sursaut migratoire, sécuritaire et pénal qu'attendent des millions de Français.

Nous vous demandons, vous qui portiez un discours si ferme sur le sujet, il y a quelques années, de remettre à l'agenda, dès le premier trimestre 2025, une loi immigration restrictive, reprenant à minima les dispositions censurées par le Conseil constitutionnel en janvier dernier. Et puisqu'encore une fois, la tragique actualité a mis en lumière la question des OQTF et des laissés-passés consulaires, je vous suggère de mettre en place une règle simple de laisser passer zéro visa. C'est l'ancien, notamment, totalement, pardon, injustifié, qui nous lie à certains pays, à commencer par l'Algérie. Il n'y a même pas besoin pour cela de voter une loi.

Ces mesures n'auront pas qu'un impact sur les flux migratoires. Elles auront également, vous le savez, des effets bénéfiques sur nos finances publiques et sur nos finances sociales en particulier. En effet, le compte ne devra en aucun cas être porté exclusivement par nos entreprises et nos ménages. Aussi, vous qui avez choisi, en M. Retailleau, un ministre de l'Intérieur adepte des envolées lyriques sur le rétablissement de l'ordre et dont les propositions ne sont pas, sans me rappeler un certain programme présidentiel, d'engager un changement profond de notre doctrine pénale.

Lancer la construction des places de prison qui nous manquent en mettant un terme à l'hypocrisie qui permet à l'État depuis des années de renvoyer la responsabilité de son inaction aux élus locaux. Le foncier public ne manque pas et vous le savez. Rétablissez les peines planchées et la double peine pour effacer d'un même geste la culture de l'excuse, le règne de la récidive et les tragédies suscitées chaque semaine par l'impunité dont bénéficient les criminels étrangers. Nous le devons aujourd'hui plus que jamais à Philippines comme nous le devons aux dizaines de femmes assassinées l'an dernier par des étrangers sous le QTF.

Enfin, notre troisième lit de mettre en œuvre au plus tôt une réforme institutionnelle permettant de rendre justice aux nouveaux équilibres politiques du pays. Notre mouvement réclame depuis des années que soit instauré, comme chez tous nos voisins européens, un scrutin proportionnel. Par ces manœuvres peu reluisantes de juin-juillet, la classe politique a retiré au mode de scrutin majoritaire à deux tours actuels le seul argument qui justifiait abusivement son maintien, celui de dégager des majorités de gouvernement.

Cette démonstration par l'exemple ouvre désormais obligatoirement la voie à la réforme du mode de scrutin et j'ai entendu votre engagement de vous atteler à cette réforme essentielle. Le nouveau mode de scrutin devra allier transparence, représentativité et capacité de dégager une majorité. Je pense évidemment au scrutin proportionnel à un tour avec une prime majoritaire. Voilà, Monsieur le Premier ministre, la réponse que je souhaitais vous apporter aujourd'hui leur tourne et la patience des Français face au petit théâtre des partis ne sera pas infini. Soyez donc l'acteur courageux après ces trois interminables mois de gabegie du retour de la rationalité dans la vie politique nationale.

Leur tourne et des dizaines de millions de Français, fonctionnaires, artisans, chefs d'entreprise, employés, ouvriers, agriculteurs ont les yeux tournés vers la représentation nationale. Leur tourne, Monsieur le Premier ministre, et chaque seconde d'immobilisme se traduira par une aggravation du décrochage de la France, car les compteurs de la dette publique, de l'immigration, de l'insécurité, eux, continuent de s'égrener implacablement.

Si je prends l'engagement aujourd'hui de ne jamais, à un seul instant, céder aux médiocres sirène de la comédie des menaces de censure qui seraient fondés sur autre chose que l'observation impartiale de vos actes, c'est parce que c'est à vous et à vous seuls qu'il appartient par la juste prise en compte des mesures que je viens d'évoquer de faire de cette période un temps de construction et de service autant que possible de l'intérêt général. Cet esprit d'ouverture ne doit pas s'interpréter comme un blanc-seing.

Notre esprit républicain comme de la faiblesse, de l'irrésolution et encore moins une forme d'allégeance à un gouvernement que nous considérons plus de circonstance que de convenance. L'absence de direction gouvernementale signifierait mécaniquement pour notre pays et pour les Français une double servitude technocratique française et surtout bruxelloise. Or, le pays a besoin de décisions politiques, de décisions politiques parfois fortes et exigeantes qui ne peuvent émaner que de politiques soient-ils supranationales acquises à d'autres intérêts.

Les Français en l'Union Européenne aux élections européennes de juin dernier et manifestement ils ont exigé une réorientation drastique de la construction européenne ne commettaient pas la même erreur qu'en 2005 quand vous avez ignoré le vote des peuples. Le retour du politique que nous appelons de nos voeux c'est aussi la condition nécessaire de la mise en oeuvre de la volonté populaire. Il est la condition de la légitimité et donc de l'adhésion de l'unité et donc de l'action. Il est la seule voie pour sortir notre pays des multiples crises graves qui le rongent pour répondre aux graves défis que nous devons dès aujourd'hui collectivement relever.

En attendant la grande alternance, nous resterons inlassablement les gardiens vigilants de l'intérêt de la France et des Français. Je vous remercie. Merci.

17:47
Locuteur

Merci. Merci.