Fin du droit du sol à Mayotte : "Mayotte, c’est la France", réagit le socialiste Boris Vallaud
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La gauche partie en ordre dispersé aux européennes, peut-elle se retrouver après les élections de juin ? Le PS lui-même sait-il quelle est sa ligne alors que les divergences internes se font entendre ? Le changement de gouvernement change-t-il la donne pour les oppositions ? Au contraire, est-il la confirmation d'un paysage politique paralysé ? Boris Vallaud est avec nous pour en parler, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes. Merci d'être l'invité du grand entretien de la matinale ce matin. Bonjour à vous. Vos questions au 01 45 24 7000 sur franceinter.fr et sur l'application France Inter. On va venir à tous ces sujets Boris Vallaud.
Mais d'abord question sur l'actualité du week-end. La fin du droit du sol à Mayotte annoncée hier par Gérald Darmanin et que le gouvernement entend faire adopter dans une future réforme constitutionnelle. C'est la bonne solution pour lutter contre l'immigration illégale ?
Écoutez, je ne le crois pas. Je ne le crois pas. D'abord parce que le droit du sol est déjà plus dur à Mayotte que dans le reste du territoire français et que ça n'a pas produit les effets escomptés. Il y a une question migratoire mais qui me paraît être abordée de la façon la plus démagogique qui soit et probablement la plus inefficace. Vous savez, c'est un territoire qui est imbriqué avec des trois îles voisines des Comores, avec des liens historiques, culturels, sociaux, familiaux. C'est un territoire dans lequel la dépense par habitant est inférieure à ce qu'elle est ailleurs en France et en particulier dans l'Hexagone. 60% de la population a moins de 30 ans.
Il y a des enjeux qui sont des enjeux sociaux considérables. Pensez à la question du logement, la question de l'eau. Il y a eu une crise de l'eau qui n'a rien à voir avec la question migratoire et qui a exaspéré à juste raison celles et ceux qui n'avaient plus la possibilité d'accéder à une eau potable.
Mais il y a une question d'immigration illégale qui asphyxie aujourd'hui le territoire. Ce sont les habitants et les élus qui le disent. Eux sont favorables à ce que vient d'annoncer Gérald Darmanin.
Et il y a aussi 10 000 enfants qui ne sont pas scolarisés. Il y a des questions de protection judiciaire de la jeunesse, il y a des questions d'aide sociale à l'enfance, de protection de l'enfance qui ne doivent pas être esquivées. Ensuite, la question qui se pose, au fond, c'est de quelle manière on travaille avec les Comores et avec, au fond, toute cette région pour avoir une politique migratoire qui se préoccupe de co-développement. Il y a cette proximité, il faut en faire quelque chose de positif. Depuis 1995, vous savez, il y a des visas entre les îles. C'est ce qu'on appelait le visa baladure. Ça n'a pas réglé la difficulté, réglé la question.
Le co-développement, le travail avec les pays de départ, une réflexion sur une intégration économique, peut-être... Mais ça, c'est du temps long, il y a l'urgence. Oui, mais le temps long, il y a l'urgence, l'urgence, elle ne va pas être réglée de cette manière-là. L'urgence, on peut le donner sur la question de l'école, sur la question de la sécurité du quotidien à Mayotte, sur la question de la scolarisation, de l'action sociale. L'accès aux soins est une grande, grande difficulté là-bas. L'urgence, c'est celle-là. Je ne crois pas, par ailleurs, qu'au fond, il s'agisse autre chose que d'ouvrir un nouveau débat qui sera stérile en France.
J'ai vu à la fois l'extrême droite et la droite se réjouir et se dire « Mais pourquoi seulement Mayotte ? » Eh bien, c'est bien ce principe-là, qui est en vigueur en France depuis 1804, qui est aujourd'hui percuté.
Vous craignez que cette rupture entre les territoires français soit une brèche dans laquelle s'engouffrent la droite et l'extrême droite ?
Mayotte, c'est le 101ème département français. Mayotte, c'est la France. Et les habitants de Mayotte ont droit au même service public, la même qualité de prestation, de service public que partout en France. Il faut que la République, là aussi, soit au rendez-vous. Et ensuite, on ne peut pas dire que la loi immigration ait été une grande réussite du point de vue des principes. Et je crois que là, à nouveau, le gouvernement et le président de la République, son ministre de l'Intérieur se perdent.
Et ils risquent de nous perdre avec eux. Donc, si Emmanuel Macron vous réunit en Congrès pour voter cette réforme constitutionnelle, qui contiendrait la fin du droit du sol à Mayotte ? Vous ne la voteriez pas, quels que soient les autres dispositifs.
Vous avez raison de dire que, à partir du moment où le gouvernement déposerait une loi constitutionnelle, vous y retrouverez tout ce que le Conseil constitutionnel a annulé sur des motifs de forme plus que de fond. En réalité, le gouvernement a ouvert une boîte de pendant, alors que ce sujet est un sujet qui préoccupe les Français et qu'on doit pouvoir lui apporter des réponses efficaces en matière d'intégration par le travail, d'intégration tout court, remettre en marche cette machine, puis remettre en bon ordre ce grand bazar.
Hier, dans le Parisien, Gabriel Attal a donc présenté sa feuille de route pour l'année à venir. Vous l'avez lu, j'imagine. Emmanuel Macron, d'ailleurs, l'avait déjà dit. Pas beaucoup de grands projets de loi dans les tuyaux, moins de lois, plus de réglementaires. Le gouvernement veut passer le moins possible, en fait, par le Parlement. À quoi vous servez, vous députés ?
Je dois vous dire que, de temps en temps, on se pose la question. En tout cas, moi, ce que je constate, deux choses. D'abord, sur la forme. Le gouvernement, à la fois prétend qu'il travaillera avec tout le monde, et s'il peut ne travailler avec personne, eh bien, il s'en accamodera. C'est le contournement du Parlement et la voie réglementaire que vous évoquez. Je pense que ce n'est pas de bonne pratique. Et puis, il ne sait toujours pas quoi faire, au fond, de ce que les électeurs ont décidé. C'est-à-dire une majorité relative, ce que moi, j'ai appelé un parlementarisme de fait, qui amènerait à se poser la question d'une autre façon de travailler.
Ils ne l'ont pas fait parce que ça suppose que le gouvernement soit capable de compromis. Il n'en a fait aucun depuis presque un an et demi, que cette majorité a été portée à l'Assemblée.
Mais il y a une responsabilité des oppositions aussi dans cette situation.
Mais la responsabilité des oppositions, c'est non seulement de s'opposer lorsque c'est nécessaire, mais c'est aussi de proposer un autre chemin. Vous savez, j'aurais aimé dans la feuille de route du Premier ministre, qui au fond ne dit pas grand-chose, il y a des intitulés de grands chapitres, il y a l'été du social, la rentrée de je ne sais pas quoi, le printemps de la sécurité, enfin, je n'ai pas bien compris ce qui m'était derrière. J'aurais aimé que l'on puisse parler, par exemple, de pouvoir d'achat. Parce que ce que nous disent les Françaises et les Français, c'est qu'ils n'arrivent plus à remplir leur réfrigérateur.
Que la fin du mois, ce n'est pas le 30, mais c'est le 20, le 15, qu'il est de plus en plus difficile de se loger, parce qu'il y a une crise du logement absolument considérable, qu'on n'a jamais aussi peu construit en France, aussi peu construit de logements sociaux. J'entends le Premier ministre dire dans son discours, je veux dismicardiser la France, mais qu'est-ce à dire ? Est-ce que c'est, comme le proposent un certain nombre de députés de la majorité, désindexer de l'inflation le SMIC ? Est-ce que c'est, au contraire, mieux partager la richesse créée par les entreprises, entre le travail et le capital, entre les travailleurs, entre eux ?
Nous nous plaidons pour ce juste partage, pour le retour à une forme de décence commune. Songez que dans certaines entreprises, je pense à la grande distribution, puisqu'elle était au cœur de la contestation du monde agricole, le patron de certaines grandes enseignes gagne 300 fois ce que gagne une caissière. J'aurais aimé entendre parler de pouvoir d'achat. J'aurais aimé entendre parler de logements au moment où la seule proposition qui est faite, c'est la remise en cause d'une loi, qui était une forme de consensus républicain, qui est la loi Solidarité et Renouvellement Urbain.
C'est celle qui oblige les communes à construire 25% de logements sociaux, notamment. Vous avez que signé une tribune dans Libération pour dénoncer ou mettre en garde contre sa mise en cause.
Oui, parce que c'était partagé, en réalité, les efforts en tous points du territoire pour construire cette mixité sociale par l'habitat. Eh bien, la façon dont procède le Premier ministre, c'est, au fond, de donner un blanc-seing à ceux qui ne respectent pas la loi. C'est une forme de prime à ceux qui ne respectent pas la loi. Et puis, ça n'est pas une mesure en faveur des classes moyennes, en réalité, puisque même le logement intermédiaire sera trop cher aux moyens d'un certain nombre de ces familles. Donc, ça ne va pas. Et puis, il faut parler de l'école.
En tout cas, les associatifs, les élus qui ont rédigé cette tribune que vous co-signez disent que cela équivaudrait à non-assistance à personne en danger, de remettre en cause cette loi sur les logements sociaux. Vous appelez le nouveau ministre du logement, Guillaume Casbarian, à rétro-pédaler là-dessus ?
Bien sûr qu'il faut rétro-pédaler. Ce n'est pas le bon chemin. Il y a 2 millions de Français qui sont en attente d'un logement social. Il y a parmi ceux-là seulement 4%, je crois 4,5%, qui pourraient prétendre au logement intermédiaire qui viendrait se substituer au logement social dans le projet de réforme du gouvernement. On voit bien que ça ne fonctionne pas, que cette question du logement, la part de dépense de logement dans le budget des ménages, a explosé ces dernières décennies. Ce n'est pas le cas en Allemagne. On a besoin de garanties universelles des loyers. On a besoin de réguler la concurrence des logements, des meublés de tourisme.
On a besoin de maîtrise du foncier, que ce ne soit pas un objet de spéculation. Et puis, il y a beaucoup de sujets orphelins dans le discours du Président, et notamment la question éducative.
Alors justement, l'éducation, on y vient. Nicole Belloubet, nouvelle ministre de l'Éducation nationale, chargée de renouer le dialogue après le fiasco Amélie Oudé-Castera. Elle vient de la gauche. Nicole Belloubet, est-ce que ça peut être de nature à vous rassurer ? Est-ce que vous vous dites qu'elle peut infléchir la ligne d'autorité prônée par Gabriel Attal ?
D'abord, ça fait sept ans qu'on essaie de nous rassurer en nous disant mais tel ou tel ministre vient de la gauche. Enfin, il est venu sans les idées de la gauche, manifestement. Et le premier exemple, on est Gabriel Attal lui-même. Il vient de la gauche, mais enfin, il en est largement revenu, si je crois, ses déclarations. Il en est même de Madame Belloubet. Je rappelle que Madame Belloubet, dont il faudrait désormais espérer, n'est pas sortie sous les ouras du ministère de la Justice. Et elle a été remplacée par M. Dupont-Moretti parce que manifestement, elle ne faisait pas l'affaire. Alors, elle arrive après Mme Castera.
Je dois dire que, là, de ce point de vue-là, ça n'est pas une mauvaise nouvelle. C'était très mal parti.
Est-ce que vous lui laissez au moins le bénéfice du doute pour apaiser les relations avec les syndicats et les enseignants en général ?
Je l'alerte et je l'interpelle sur un certain nombre de sujets. Depuis 2017, il y a 6500 postes qui ont été supprimés dans l'éducation nationale. au moment où s'est posée la question des remplacements des enseignants, au moment où se pose la question de l'accueil des enfants en situation de handicap dans les écoles, où se pose la question partout en France, non pas de groupe de niveau, mais de groupe de besoin. C'était plus de maîtres que de classe, qui est un dispositif qui, notamment dans nos campagnes, je suis élu d'un territoire rural, eh bien, était un dispositif important. Voilà. Ça, c'est la première alerte, les moyens.
La deuxième chose, c'est la question, justement, du dialogue avec les personnels. Il y a le Conseil supérieur de l'éducation qui s'est réuni il y a quelques jours et qui s'est opposé, j'allais dire, sans nuance, de façon extrêmement majoritaire, au projet du gouvernement, au fond, de remise en question du collège unique, du retour, du redoublement, dont toutes les études scientifiques partout dans le monde montrent l'inefficacité contre le choc des savoirs. J'ai la crainte, en réalité, qu'il y ait dans le projet d'Emmanuel Macron, depuis sept ans, la critique en creux de la démocratisation scolaire. Et moi, je ne sais pas quel est le modèle qui y oppose.
Je ne connais pas d'autre modèle que, dans ce cas-là, l'aristocratie scolaire. C'est un peu aussi ce qu'a révélé, j'allais dire, la polémique autour de Mme Castera et de l'école privée qui, pour une part d'entre elles, fait sécession avec le reste du pays.
Mais la ligne du PS, c'est quoi ? Parce qu'effectivement, l'école publique, aujourd'hui, est dans une situation très compliquée. C'est quoi ? Au-delà des moyens, qu'est-ce que vous proposez ?
D'abord, parce que je l'évoque et ça me paraît être un nœud extrêmement important. Nous sommes en train de construire, nous avons tous l'aspiration de construire une nation d'égo, de renforcer la cohésion, de donner à chacune et à chacun la possibilité de s'arracher au déterminisme social, aux conditions finalement de sa naissance, à toutes les féodalités, notamment territoriales, sociales, religieuses, etc. Eh bien, moi, je crois à la mixité sociale à l'école. Je crois que le grand combat, le grand chantier, c'est celui-là. C'est grandir ensemble pour vivre ensemble. Il y a eu des expérimentations à partir des années 2016 avec des résultats considérables, extrêmement enthousiasmants.
Je pense à Toulouse avec ce qui s'est passé dans le quartier du Guirail, avec des collégiens qui vont dans les collèges de centre-ville. C'est positif en termes de résultats scolaires, c'est positif en termes de cohésion, c'est positif en termes d'estime de soi, en termes de connaissance des autres, en termes d'empathie. Moi, je trouve ça extraordinaire. Et donc, dans notre rapport à la question, y compris de l'école privée, l'école privée, comme les écoles publiques qui, parfois, n'accueillent aucune difficulté, eh bien, tous doivent rentrer en réalité dans ce travail de mixité sociale.
Avant de parler des tiraillements qui traversent la gauche, Boris Vallaud, je voudrais que l'on s'arrête sur la situation à Gaza. Situation injustifiable, dit le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, alors que l'armée israélienne bombarde désormais la ville de Rafa où sont regroupés dans une situation humanitaire catastrophique. Aujourd'hui, la plupart des réfugiés, est-ce que les mots suffisent ?
Ce qu'il faut dire, c'est que ce qui se passe à Gaza depuis des semaines est épouvantable. C'est des milliers et des milliers de morts. C'est des enfants, des femmes. Vous savez qu'il y a des dizaines de milliers de femmes enceintes qui ne sont pas prises en charge. On manque de tout. On manque d'eau, on manque de vivres, on manque de médicaments. La scolarisation n'est évidemment plus assurée. Et c'est la raison pour laquelle on demande un cessez-le-feu. Et l'opération Arafa, j'allais dire, elle va être absolument catastrophique sur le plan humain, sur le plan humanitaire. Il y aura des morts encore.
Il y en a déjà eu cette nuit. Il y en a encore,
il y en a déjà eu cette nuit.
D'après le Hamas.
Non seulement c'est le feu partout à Gaza, mais c'est surtout pas cette opération dont on a raison de dire qu'elle est injustifiable et elle sera catastrophique. Vous savez, dans cette espèce de nuit, d'abord, je veux le dire parce que j'ai eu des mots qui n'ont pas toujours compris, je ne distingue pas entre les victimes. Vous savez, je reprends cette phrase de Barbara. Les enfants, ce sont les mêmes à Gaza et en Israël. Et dans cette nuit noire, moi, je m'accroche à ce que je peux trouver de lumière.
J'ai, il y a quelques jours, reçu à l'Assemblée nationale des femmes palestiniennes et des femmes israéliennes qui, depuis plusieurs années, ont manifesté ensemble pour la paix parce qu'elles veulent pour leurs enfants un avenir de paix et pas un avenir de guerre. Elles étaient encore là. Eh bien, nous devons penser à cela. En tout cas, stop là, ça n'est pas possible.
Alors justement, à ce sujet, Marc, qui nous appelle au Standard Inter, a une question pour vous, Boris Vallaud. Bonjour Marc, vous nous appelez du Nord, on vous écoute.
Bonjour Simon Le Baron, bonjour M. Vallaud. Bon, je partage ce que vous venez de dire et donc concrètement, et donc concrètement, je me demande s'il ne faut pas obtenir actuellement un embargo sur les armes à destination d'Israël et demander que Netanyahou et son gouvernement soient traduits devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, voire pour génocide. et enfin, la semaine dernière, on a rendu hommage aux doubles nationaux qui ont été victimes du Hamas dans l'attaque terroriste du 7 octobre.
Je pense que la justice française devrait s'intéresser aux doubles nationaux qui servent dans l'armée israélienne pour vérifier qu'ils ne se rendent pas coupables de crimes de guerre ou de complicité de crimes de guerre.
Merci Marc. Beaucoup de questions. Boris Vallaud, d'abord sur la question d'éventuelles sanctions, d'abord d'un embargo sur les armes et d'une traduction éventuelle du Premier ministre israélien devant la Cour pénale.
Je crois que la France ne livre pas d'armes. Ce qu'il faut faire dans l'urgence, ce que le gouvernement en tout cas doit faire, il est membre du Conseil de sécurité. Au fond, une partie de la solution et de la clé, elle est entre les mains des Américains. Et tout à l'heure était évoquée la perspective de Donald Trump. J'ai entendu Joe Biden bouger. Il faut qu'il bouge encore. dire que ce qui se passe n'est plus admissible et ne se justifie pas. Mais très concrètement,
est-ce qu'il faut menacer ? Est-ce que les Occidentaux doivent menacer, voire prendre des sanctions ?
Écoutez, je ne suis pas capable de vous le dire. En tout cas, il faut que la pression diplomatique soit, j'allais dire, sans nuance, au sein de l'Europe, au sein des Nations Unies et à l'égard non seulement d'Israël, évidemment, mais aussi des États-Unis qui ont la clé. En tout cas, moi, je veux dire, c'est la seule perspective qui doit être immédiate, c'est le cessez-le-feu parce qu'on ne peut pas construire des générations irréconciliables. Et je le dis, les enfants de demain, il faut qu'ils soient les acteurs de la paix.
Un mot sur ce que disait Marc, dernière question de Marc, c'était sur les binationaux, les franco-israéliens qui servent dans l'armée israélienne. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, ils sont binationaux, soumis aux services militaires. il y a des règles du droit de la guerre et elle s'impose, j'allais dire, à toutes les armées et en particulier à l'armée israélienne aujourd'hui. Les militaires doivent évidemment avoir cela en tête.
J'en viens donc à votre actualité, au PS et à gauche. La composition de votre liste, liste PS, place publique pour les européennes, se fait dans la douleur. Raphaël Glucksmann, tête de liste, aimerait avoir plus de place pour sa formation politique. Vous allez y arriver ?
Bien sûr qu'on va y arriver. Bon, j'ai rarement été témoin de listes qui se déploient dans la simplicité et dans la bonne humeur. Pas fou. C'est toujours un exercice qui est un exercice compliqué et je n'ai pas de doute que Raphaël Glucksmann, que les socialistes ont choisi pour être leur tête de liste à plus de 80%, évidemment, sera totalement mobilisé et nous derrière lui. Vous savez, moi ce qui m'importe, il y a la composition de la liste, bien sûr.
Mais ce n'est pas qu'une question de place, ce n'est pas qu'une négociation, il y a aussi un problème de fonds ou des divergences de fonds. Certains, chez vous, disent que cette liste est trop élitiste, trop parisienne, déconnectée.
Je l'ai entendu. Alors, il y a un rajeunissement de cette liste avec beaucoup de jeunes visages, de talents. Il y a une représentation des territoires qui sont aussi des territoires ruraux. Il y a un candidat de Nouvelle-Aquitaine qui vient des Landes, territoire rural et j'en suis le témoin. Il y a une question qui est posée qu'on ne peut pas esquiver qui est la question de la représentation des catégories populaires et Philippe Brun a raison d'avoir cette interpelle.
Le député socialiste qui a claqué la porte effectivement
en disant
que vous délaissiez les catégories populaires.
D'abord, dans les choix politiques que nous faisons sur le pouvoir d'achat, sur le logement, dans la journée parlementaire qui sera réservée aux propositions socialistes, nous serons vraiment autour de la question de la vie quotidienne.
Ce n'est pas une manière de faire le choix, vous pourriez dire aussi, pour ces Européennes, on fait le choix de se tourner, d'aller chercher l'électorat aisé, urbain, qui se mobilise traditionnellement pour ces élections.
J'ai une conviction, c'est que nous devons retrouver le contact avec les classes populaires, pas pour ne parler qu'elles, mais comme condition pour parler à tous. Parce que le projet d'émancipation des classes populaires, historique, c'est le projet d'émancipation de la société entière. Et nous ne devons jamais oublier pour qui nous nous battons.
Et donc cette question-là, elle est posée, il y a d'autres échéances, c'est la question même des formes de notre militantisme qui doit être posée, la question de la formation des militants, au fond, qu'il n'y ait pas de barrière, parce que ce n'est pas évident de pousser la porte d'un parti politique, on doit s'y attaquer, mais la liste est une belle liste, une liste avec des gens compétents et enthousiastes, et je veux que dans cette élection, nous puissions parler de souveraineté alimentaire, de réforme de la PAC et de l'agriculture, de partage des revenus, de politique industrielle, nous n'imposons pas à nous-mêmes des règles qu'aucun de nos concurrents ne s'impose au monde, je veux que l'on parle de solidarité des grands patrimoines pour payer la transition écologique, et puis évidemment, comme ça a été dit, de défense européenne, parce que, évidemment, l'hypothèse Trump est une hypothèse qui nous plonge, évidemment, dans une grande anxiété.
On parlait d'une liste trop parisienne, selon certains, Jean-Noël, justement, est électeur parisien, il nous appelle. Bonjour Jean-Noël. Oui, bonjour,
merci. Non, je me posais cette question quand on voit la montée quand même de l'extrême droite, est-ce que c'est quand même pas problématique que le Parti Socialiste et même avec Luxman ne soient pas plus haut dans les sondages ? Parce que finalement, on ne fait pas plus, si le PS ne fait pas plus qu'aux dernières élections si on rajoute Amon. Et donc, finalement, est-ce que le fait d'avoir voté une liste qui ne sera même pas la liste par les militants PS, qui ne sera même pas la liste qui sera définie, ne pose pas un problème de méthode ?
Et finalement, il semblerait qu'il y avait eu, on avait testé une autre candidature, celle que vous connaissez bien de Najat, est-ce que finalement, il n'y aurait pas une autre alternative ? Voilà, merci. Najat, Jean-Noël l'appelle
par son prénom, Najat Vallaud-Belkacet.
Vous n'avez pas le droit de me prendre par les certains de ça ? Non, moi, je veux répondre. D'abord, pour l'instant, ce ne sont que des intentions de vote, elles sont au-dessus des résultats que nous avons eu à connaître, aux présidentielles et aux dernières européennes. La campagne va commencer. Je souhaite que nous portions nos idées, que nous adressions aux électeurs et en particulier aux classes populaires. je veux que l'on fasse la démonstration que ce que les Français ont parfois le sentiment d'avoir perdu au plan national, ils l'ont bien gagné au plan européen. Mais ce que souligne
Jean-Noël, c'est cette longue tradition du Parti Socialiste de passer énormément de temps aux coulisses.
Oui, c'est vrai. Parfois, il y a des traditions qui mériteraient d'être changées. Ça, j'en conviens. Mais écoutez, nous avons une liste avec du renouvellement. Ça n'était pas une évidence. Moi, je prends le point de cette question de la représentation des classes populaires et on a d'autres échéances. On doit interroger, je vous l'ai dit, la façon fonctionnelle de notre parti. Et Raphaël Glucksmann a été un très bon député européen. Il porte un certain nombre de valeurs qui sont les nôtres. Et parfois, on est socialiste sans être au Parti Socialiste.
Et ce n'est pas une candidature anti-Mélenchon ? Pour résumer, ils ont des positions opposées sur pas mal de sujets.
Non, mais qui est des désaccords, ça, personne ne le faint. Ni les uns, ni les autres. Mais je veux dire, résumer cette candidature, grâce à cela, je vous ai dit, en ce moment, on se joue quelque chose de très important au plan européen. C'est une directive autour du devoir de vigilance, c'est-à-dire demander aux multinationales qu'elles vérifient les conditions sociales et écologiques des travaux qu'elles font faire à l'autre bout du monde. Pour pas qu'ils travaillent forcés, pour pas qu'ils travaillent des enfants, pour pas qu'ils travaillent qui abîment la santé, qui provoquent des maladies.
Eh bien, ce combat, qui était un combat national qu'on a porté au plan européen, notamment avec Raphaël Glucksmann, il est susceptible d'être en cause, notamment par un manque de soutien du gouvernement français. Sur l'Europe,
entre Raphaël Glucksmann et la France insoumise, entre le PS, d'ailleurs, et la France insoumise, il y a des positions très différentes. Est-ce que vous plaidez toujours pour vous retrouver après les européennes ?
Bien sûr, parce qu'il y a quelque chose d'extrêmement inquiétant, plus grand que nous, qui nous menace. C'est l'extrême droite. Et puis, si vous pensez que nous avons arrêté totalement de travailler à gauche ensemble, vous vous trompez. J'étais il y a quelques jours encore dans un colloque sur les services publics avec toute la gauche à l'initiative de Clémentine Autain. J'étais avec Julien Bayou parlant de nos institutions, de la pratique démocratique et de la VIème République il y a quelques jours aussi avec toute la gauche. On a des combats communs. Et bien chacun, j'en suis sûr, se retrouvera au lendemain des élections.
Vous serez mercredi, j'imagine, devant le ministère de la Justice pour l'hommage national qui sera rendu à Robert Badinter. Est-ce que sa disparition ne souligne pas d'une certaine manière assez cruellement le manque aujourd'hui de grandes figures à gauche ?
Le Parti Socialiste est resté 23 ans dans l'opposition avant d'accéder au pouvoir en 1981. Et les grands hommes au fond grandissent de leur combat. Robert Badinter fait partie de ces grandes figures. Ça fait partie des gens qui ont pensé immortels. D'une certaine manière, il est immortel par les legs qui sont les siens. Il n'était pas seulement avocat, ministre de la Justice, il était la Justice.
Et donc vous ne désespérez pas de trouver les grandes figures de demain ?
Non, elles se construisent. En tout cas, les combats qui ont été les siens doivent demeurer les nôtres avec la même exigence, avec la même intransigence, avec la même colère, avec le même espoir de faire bouger l'ordre établi dont on ne s'accommode pas.
Merci Boris Vallaud. Merci à vous. Mercredi, donc, hommage à Robert Badinter. Vous étiez l'invité du grand entretien de la matinale ce matin et on vous remercie d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes, je le rappelle, député des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. à l'Assemblée nationale.
Boris Vallaud