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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 11 septembre 2018 9 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéSantéTravail & emploi

Jérôme François : "On est là pour sauver la vie, pas pour être auxiliaire de justice"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Qu'allez-vous demander au service de Gérard Collomb ?

  • 1:31OuverteRéponse partielle

    Alors quelles solutions, selon vous ?

  • 2:06RelanceRéponse directe

    Mais le dépôt de plainte n'empêche pas l'agression ?

  • 2:24ComplaisanteRéponse directe

    Je précise, je vous interroge juste pour préciser que c'est sa mère, la mère de cet homme, qui avait appelé les pompiers pour une crise de démence.

  • 2:52OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes formé pour ce genre de problème ?

  • 3:11FerméeRéponse partielle

    Donc, ça veut dire que vous demandez à ce que les pompiers soient accompagnés des forces de l'ordre, policiers ou gendarmes, selon le titre d'intervention ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:55InvitéFait
    « Les secours qui sont agressés sont mis dans le pot commun et puis doivent attendre des heures au commissariat. »
  • 2:55InvitéFait
    « Non. Alors, on est trop peu formé. »
  • 3:23InvitéFait
    « Sauf que souvent, on est face à des difficultés d'effectifs dans la police et dans la gendarmerie. »
  • 4:49InvitéFait
    « les sapeurs-pompiers font partie des professions où il y a le plus de formation »
  • 6:12InvitéFait
    « Non. Très clairement, il n'y a aucune évolution de ce côté-là. »
  • 6:24InvitéChiffre
    « Les pompiers, c'est une intervention toutes les 7 secondes en France. »
  • 8:01InvitéFait
    « un sapeur-pompier n'est pas là pour mourir »

Temps de parole

  • Invité80 %
  • Présentateur20 %

5,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

Il est 6h19, les syndicats de pompiers sont reçus cet après-midi au ministère de l'Intérieur. Une réunion prévue depuis longtemps, mais qui prend une autre dimension depuis l'agression qui a eu lieu lors d'une intervention mardi dernier à Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne. Un pompier a été tué, un autre grièvement blessé. Ils ont été poignardés par un homme atteint de troubles mentaux. Bonjour Jérôme François. Bonjour. Vous êtes sapeur-pompier dans le Val-d'Oise, secrétaire général de l'UNSAS-10. Qu'allez-vous demander au service de Gérard Collomb ? Car ce n'est pas le ministre personnellement qui va vous recevoir.

0:38
Invité

Absolument. Nous sommes reçus tous les syndicats reprises cet après-midi au ministère de l'Intérieur. Et effectivement, ce n'était pas à l'ordre du jour, mais est venu s'inviter ce drame qui s'est déroulé mardi dernier dans le 1994, avec ce jeune sapeur-pompier de 27 ans qui a été poignardé lors d'une intervention. Alors là, effectivement, ça fait longtemps que l'UNSAS dénonce les agressions envers les sapeurs-pompiers, puisqu'elles augmentent chaque année et à chaque fois c'est une augmentation à deux chiffres. Donc c'est vraiment un problème qu'il faut traiter.

Là, nous sommes dans une situation un petit peu différente, puisque nous ne sommes pas face à des voyous qui attaquent les services de secours. Nous sommes face à quelqu'un qui a une pathologie et qui est en rupture de traitement. Il n'en déborde au moins qu'un jeune sapeur-pompier est décédé, 27 ans, père de famille, et que ça reste un drame et qu'il faut trouver des solutions.

1:31
Présentateur

Alors quelles solutions, selon vous ?

1:33
Invité

Alors il y a plusieurs pistes qui sont développées. Tout d'abord, il doit y avoir des protocoles signés entre les services d'incendie de secours et les forces de l'ordre. Alors, dans certains départements, ce n'est toujours pas fait. C'est-à-dire que ces protocoles permettent derrière d'avoir un dépôt de plainte qui est traité de manière optimum. C'est loin d'être le cas dans certains départements. Les secours qui sont agressés sont mis dans le pot commun et puis doivent attendre des heures au commissariat. Et puis, très honnêtement, la justice... Bon, je ne veux pas parler de laxisme, mais très honnêtement...

2:06
Présentateur

Mais le dépôt de plainte n'empêche pas l'agression ?

2:09
Invité

Non, ces dépôts de plainte n'empêchent pas l'agression. Là, si vous voulez, dans le cas qui nous... dans le drame qui s'est noué à Villeneuve-Saint-Georges, il n'y a pas vraiment de solution, si ce n'est une, quand même. C'est qu'à partir du moment où, à l'appel, on a conscience qu'on est face à quelqu'un qui a une pathologie mentale et qui est violente.

2:24
Présentateur

Je précise, je vous interroge juste pour préciser que c'est sa mère, la mère de cet homme, qui avait appelé les pompiers pour une crise de démence. C'est pour ça que les pompiers sont déplacés.

2:32
Invité

Voilà. Alors, je n'ai pas le détail de cette intervention, mais globalement, quand on est à l'appel, on a la connaissance, on sait que ce jeune homme est violent et qu'il est malade. Donc, la procédure voudrait que ce soit... Si vous voulez, les pompiers ne sont pas là pour maîtriser quelqu'un. Nous, on est là pour soigner, maîtriser quelqu'un.

2:52
Présentateur

Est-ce que vous êtes formé pour ce genre de problème ?

2:55
Invité

Non. Alors, on est trop peu formé. Et puis surtout, ce n'est pas notre travail de maîtriser quelqu'un. On est là pour apporter des soins. Donc, dans un cas comme ça, il appartient aux forces de l'ordre de maîtriser l'individu avant que nous, nous puissions intervenir dessus et éventuellement le soigner.

3:11
Présentateur

Donc, ça veut dire que vous demandez à ce que les pompiers soient accompagnés des forces de l'ordre, policiers ou gendarmes, selon le titre d'intervention ?

3:18
Invité

Alors, oui. C'est déjà le cas, normalement. Sur un cas comme ça, c'est le cas. Sauf que souvent, on est face à des difficultés d'effectifs dans la police et dans la gendarmerie. Et quand vous arrivez devant avec une ambulance, et puis que vous entendez du bruit, peut-être des hurlements, et que la police met un quart d'heure à arriver, et ce n'est pas leur faute, c'est juste qu'ils sont en manque d'effectifs constamment, qu'ils sont pris sur d'autres interventions, et bien forcément, à un moment donné, vous êtes quand même obligés d'intervenir. Ce qui n'est pas forcément le cas de cette intervention.

Mais par contre, ce qui est le lot quotidien des sapins-pompiers, il y a des tas d'interventions où on n'est pas censés arriver en première intention, mais on est obligés de le faire parce qu'on est tout seul pendant nos longues minutes. Et ça, c'est un problème d'effectifs des forces de l'ordre. qui sont toujours les premiers sur place ? Non, ça dépend d'où on se situe, il y a des endroits, mais globalement, sur le territoire français, les sapeurs-pompiers ont un très bon maillage. Où qu'on soit en France, il y a toujours une petite caverne à proximité. Donc, on a un maillage qui est inégalé sur le territoire français, donc c'est vrai que très souvent, on arrive avant.

Mais, ce qui n'est pas systématique, mais très souvent, on arrive avant. Et très souvent, quand on est face à des personnes violentes, eh bien, on n'a pas le concours de forces de l'ordre qui sont sous-effectifs.

4:32
Présentateur

Et pour revenir à la formation, quand on devient pompier, est-ce que ça fait partie des choses qu'on apprend ? Est-ce qu'on a des cours ou des expériences pour apprendre à gérer ce genre de personnes ?

4:45
Invité

Alors, les sapeurs-pompiers font partie des professions où il y a le plus de formation, parce que vous avez déjà la formation initiale quand vous rentrez, quand vous passez les grades, mais vous avez également, quotidiennement, ce que l'on appelle la manœuvre ou l'instruction. Donc, tous les jours, les sapeurs-pompiers ont deux heures de formation. Je parle des sapeurs-pompiers professionnels, qui travaillent, dont c'est le métier. Donc, la formation, les temps de formation existent. Après, il faut reconnaître que sur tout ce qui est pathologie, comme la schizophrénie, le problème psychologique, oui. Le problème psychologique, non. La formation est très faible chez les sapeurs-pompiers.

C'est un sujet qu'on n'aborde pas. On n'est plus sur de l'urgence. Si vous voulez, on s'intéresse aux mots du corps et moins aux mots à la partie mentale.

5:28
Présentateur

Et donc, ça, c'est quelque chose qu'il faut changer ?

5:30
Invité

Oui, je pense qu'effectivement, moi, je suis pompier dans le Val-d'Oise, vous l'avez dit tout à l'heure. Et les jours qui ont suivi ce drame à Vigneuse-Saint-Georges, deux équipages, un à Villiers-le-Bel et l'autre à Ony, se sont trouvés face à la même situation. C'est-à-dire qu'il y a quelqu'un qui a été armé pour l'un d'un couteau, pour l'autre d'un marteau, en rupture de traitement extrêmement agressif. Donc, ce n'est pas rare. Donc, effectivement, c'est une piste à creuser, la formation des sapeurs-pompiers sur ce domaine-là très précis.

6:01
Présentateur

Jérôme François, il y a un an, vous avez déjà été reçu, et là, c'était par le ministre de l'Intérieur directement. Vous aviez déjà soulevé ce genre de problème que rencontre votre profession. Les choses ont changé en un an ?

6:12
Invité

Non. Très clairement, il n'y a aucune évolution de ce côté-là. Alors après, il y a toujours un peu de démagogie. On dit qu'il faut qu'ils soient accompagnés par la police en permanence. Les pompiers, c'est une intervention toutes les 7 secondes en France. On ne peut pas imaginer qu'il y ait un policier sur chaque intervention. Ce n'est pas possible. On a parlé de caméras piétons. Bon, caméras piétons, nous, on trouve que c'est quand même une certaine confusion des genres. Et puis, on ne veut pas devenir auxiliaire de justice. Si on veut avoir la confiance des gens, on n'est pas là pour être auxiliaire de justice, si vous voulez.

Il y a quelques pistes qui sont ce qu'on appelle des fausses bonnes idées.

6:50
Présentateur

Et donc, les bonnes idées, selon vous, c'est quoi ?

6:52
Invité

Les bonnes idées, déjà, c'est de pouvoir avoir le concours de force de l'ordre rapidement quand on est face à ce type de situation. Ça peut être également, ce que je vous disais tout à l'heure, obliger les départements qui ne l'ont pas fait à passer ce protocole avec les forces de l'ordre pour le dépôt de plainte, obliger les collègues à porter plainte, parce que c'est la face visible de l'Isberg, parce que beaucoup de collègues ne vont pas porter plainte, parce qu'ils savent qu'ils vont passer 4 heures à faire une déposition, à attendre, et puis que ce ne sera pas suivi d'une décision de justice qui tient la route. Donc, beaucoup renoncent.

Je vous disais, moi, je travaille dans une grande agglomération. Il y a des tas de faits qui sont délictueux, sur lesquels on n'y va pas, parce que ça fait partie du bruit de fond, si vous voulez se faire insulter, se faire menacer de mort, bon, voilà, il va encore menacer de mort. On ne va pas porter plainte, alors que, pour moi, c'est une erreur, mais je comprends le collègue qui se dit, je vais passer 4 heures à déposer plainte, et puis in-finé.

7:53
Présentateur

Jérôme François, quand il y a un appel, est-ce que vous avez le droit de dire, non, j'y vais pas, si vous pensez que c'est trop dangereux ? Vous êtes obligé d'y aller ?

8:01
Invité

Alors, oui, il y a la notion de droit de retrait, effectivement, un sapeur-pompier n'est pas là pour mourir, il y a certains corps de sapeur-pompier dont elle le visait, sauver ou périr, bon, effectivement, on est là pour prendre des risques, pour sauver la vie, mais on peut avoir aussi un droit de retrait quand on considère que c'est trop dangereux. Malgré tout, c'est quand même difficile, quand un équipage arrive sur place, et qu'il y a une situation où ils peuvent apporter leur concours, de ne pas y aller. Moi, je prends l'exemple des attaques terroristes, par exemple. On a une procédure où on doit attendre... Exemple extrême.

Alors, exemple extrême, mais qui est révélateur, on doit attendre que la police est sécurisée. Vous arrivez avec une ambulance sur un parking où il y a trois personnes en train de se vider d'or sang, qu'est-ce que vous faites ? Est-ce que vous attendez franchement que la police arrive, sécurise tous les... Forcément, voilà, après, chacun fera son âme de conscience, mais si vous n'entendez pas de bruit, si la menace n'est pas directement visible, vous allez y aller, vous n'allez pas attendre que le périmètre soit sécurisé. C'est ça la réalité de terrain.

8:57
Présentateur

Merci beaucoup, Jérôme François. Je rappelle que vous êtes sapeur-pompier dans le Val-d'Oise également, secrétaire général de l'UNSAS10.