Fin d'Erasmus au Royaume-Uni, défense européenne, politique française... Le "8h30 franceinfo" de Michel Barnier
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Questions et réponses
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Qu'est-ce qu'il emporte aujourd'hui ? Le soulagement d'avoir trouvé cet accord ou le fait que ça y est, le divorce est acté ?
- 1:50OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui va changer l'an prochain pour les Français et pour les Européens de manière plus générale ?
- 3:54OuverteRéponse directe
Est-ce que ce qui change réellement demain pour des Français, c'est qu'il y aura des bouchons de camions à caler parce que l'on va vérifier des marchandises ? Qu'est-ce qui change plus profondément pour vous ?
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Est-ce que vous ne considérez pas que c'est un échec, justement, de priver de nombreux étudiants français et européens de la possibilité d'aller étudier au Royaume-Uni ?
- 9:06OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a un manque de solidarité européenne envers la France dans cette région du monde ?
- 10:59RelanceRéponse partielle
Est-ce que la France peut rester seule au Sahel, au Mali, longtemps encore ? Est-ce que les soldats européens, d'autres armées européennes, ne pourraient pas venir en aide, en appui au sol, justement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Dans quelques jours, le Royaume-Uni sera définitivement sorti, définitivement, personne ne peut le dire, en tout cas durablement sorti de l'Union Européenne. »
- 0:58Invité politiqueFait
« Il sortira dans quelques jours du marché unique et de l'union douanière. »
- 1:13Invité politiqueChiffre
« il y a maintenant près de 5 ans, en juin 2016. »
- 2:26Invité politiqueFait
« quand on aura des séjours de plus de 90 jours, on aura besoin d'un visa. »
- 2:32Invité politiqueFait
« les services financiers, Dieu sait si la City est importante, la principale place financière européenne et une des plus grandes places du monde, n'aura plus le passeport financier pour faire du trading ou des échanges financiers dans l'Union Européenne. »
- 4:36Invité politiqueFait
« J'ai eu comme tâche pendant quatre ans et demi de cultiver l'unité des 27 pays européens. »
- 5:11Invité politiqueFait
« C'était le Brexit, une sorte d'électrochoc. »
- 6:40Invité politiqueFait
« Ma réponse est oui, c'est un échec, mais un échec pour les Britanniques, parce que c'est eux qui ont choisi de ne pas participer à ce programme Erasmus. »
- 7:07Invité politiqueFait
« Ils voulaient participer Erasmus à la carte pendant un certain temps qu'ils avaient choisi. Je leur ai proposé de participer pendant sept ans et ils ont refusé. »
- 10:16Invité politiqueChiffre
« Pour la première fois, dans le budget européen, depuis 60 ans, il y aura cette année plusieurs milliards consacrés à des investissements en matière de défense et de stratégie militaire. »
- 12:23Invité politiqueFait
« C'était un enjeu considérable de cette négociation. Pourquoi ? Parce que c'est la première fois depuis 60 ans que nous négocions un accord commercial avec un pays tiers, un pays extérieur à l'Union, dans un contexte de divergence réglementaire et non pas de convergence. »
- 19:16Invité politiqueFait
« derrière cela il y a le vaccin et les commandes de vaccins qui ont été regroupées au niveau européen sous l'impulsion de la Commission et de sa présidente Ursula von der Leyen. »
- 19:31Invité politiqueFait
« Cette commande groupée de vaccins permet d'avoir des vaccins sensiblement moins chers que ceux qu'utilisent les Britanniques qui ont choisi d'être seuls. »
- 21:31Invité politiqueFait
« il faut, maintenant qu'on a suffisamment de tests disponibles, le plus souvent possible, généraliser le dépistage. »
- 23:13Invité politiqueFait
« Oui, il faut être inquiet de ce qui va se passer. Des conséquences enchaînent dans des grandes entreprises ou de plus petites entreprises qui ont souffert. »
Temps de parole
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France Info. Bienvenue sur France Info, le 8.30 avec Cyril Graziani et notre invité. Bonjour Michel Barnier.
Bonjour et bonjour aux auditeurs de France Info.
En duplex avec nous depuis les studios de France 3, centre Val-de-Loire à Orléans. Vous aviez un drôle de cadeau sous le sapin de Noël, cet accord arraché avec le Royaume-Uni après des mois de discussions, de négociations entre Bruxelles et Londres, des négociations que vous avez menées. Qu'est-ce qu'il emporte aujourd'hui ? Le soulagement d'avoir trouvé cet accord ou le fait que ça y est, le divorce est acté et que le Royaume-Uni ne fera plus partie de l'Europe à partir de vendredi ?
C'est le cas. Dans quelques jours, le Royaume-Uni sera définitivement sorti, définitivement, personne ne peut le dire, en tout cas durablement sorti de l'Union Européenne. C'était déjà fait le 1er février dernier. Il sortira dans quelques jours du marché unique et de l'union douanière. C'est un divorce. Personne ne peut se réjouir d'un divorce. Ça a été douloureux. Je l'ai regretté. Nous l'avons tous regretté. Mais c'est une décision démocratique prise par une majorité de citoyens britanniques il y a maintenant près de 5 ans, en juin 2016. Et nous avons délivré un Brexit ordonné. Vous me disiez le soulagement.
Oui, parce qu'à la veille de Noël, c'était une forme de soulagement que d'apporter un peu de sérénité ou de stabilité à tant d'entreprises, à tant de citoyens qui étaient inquiets, ceux qui vivent au Royaume-Uni ou des Britanniques qui vivent chez nous, des entreprises qui commercent, des agriculteurs qui exportent. Donc nous avons apporté un peu de stabilité avec cet accord. Mais c'est un grand changement. Vous allez le voir le 1er février à partir du contrôle des frontières et dans beaucoup d'autres domaines.
Justement, Michel Barnier, qu'est-ce qui va changer l'an prochain pour les Français et pour les Européens de manière plus générale ?
Il y a beaucoup de choses qui changent parce que c'est très différent d'être membre de l'Union Européenne, de faire partie du club ou d'être en dehors comme les Britanniques l'ont choisi. Par exemple, toutes les marchandises qui arriveront du Royaume-Uni chez nous seront contrôlées. Ce qui n'est pas le cas actuellement entre les pays du marché unique ou de l'Union Européenne. Tous les animaux, les végétaux vont être l'objet de contrôles sanitaires et phytosanitaires. Ce qui va changer, c'est que quand on aura des séjours de plus de 90 jours, on aura besoin d'un visa.
Ce qui va changer, c'est que les services financiers, Dieu sait si la City est importante, la principale place financière européenne et une des plus grandes places du monde, n'aura plus le passeport financier pour faire du trading ou des échanges financiers dans l'Union Européenne. Il y a beaucoup de choses qui changent et malheureusement, on va le voir parce qu'il y a de vrais avantages à être membre du marché unique de l'Union douanière. Les Britanniques ont choisi d'être dehors au nom de leur souveraineté. Nous la respectons, d'ailleurs, elle n'a jamais été mise en cause. Je pense même que les pays européens, comme le nôtre, sont souverains.
Simplement, souverainement, nous avons choisi de faire partie d'une Union pour être plus forts ensemble. Et quand vous regardez, j'entendais votre reportage sur ces trois jeunes chasseurs qui ont été tués dans l'opération Barkhane, quand vous regardez le monde tel qu'il est aujourd'hui, c'est un monde dangereux, instable, injuste. Moi, je pense, mais de manière définitive, qu'il vaut mieux être ensemble, avec nos voisins, dans une Union, dans un marché unique, plutôt que d'être chacun chez soi et chacun pour soi. Mais c'est le choix des Britanniques, nous l'avons respecté. Et ma tâche a été de mettre le Brexit derrière nous, de délivrer un Brexit ordonné en deux étapes, je le rappelle.
D'abord, le divorce, le 1er février dernier. Ils sont sortis de l'Union Européenne, c'était le Brexit politique et institutionnel. Aujourd'hui, c'est le Brexit économique et commercial qui a été ordonné également.
Justement, Michel Barnier, derrière tous les très nombreux détails qui figurent dans ces 1200 pages de l'accord commercial que vous avez signé, que l'on aura le temps d'éplucher dans les prochaines semaines, les prochains mois, la leçon presque cinq ans après le vote des Britanniques. Est-ce que ce qui change réellement demain pour des Français, c'est qu'il y aura des bouchons de camions à caler parce que l'on va vérifier des marchandises ? Qu'est-ce qui change plus profondément pour vous ?
Ce qui change, c'est que le pays qui nous quitte va être seul dans le monde global et que nous, nous restons ensemble. J'ai eu comme tâche pendant quatre ans et demi de cultiver l'unité des 27 pays européens. C'est peut-être ça le principal mérite de cette négociation, qui est d'ailleurs un vrai travail collectif. J'ai été à la tête d'une équipe formidable, mais avec la Commission européenne, aujourd'hui présidée par Ursula von der Leyen et plutôt par Jean-Claude Juncker, avec le Conseil des ministres, les 27 gouvernements, avec le Parlement européen, nous avons préservé l'unité. Vous savez ce que j'ai ressenti quand j'ai été nommé en octobre 2016 ?
J'ai pris la décision de visiter chacune des 27 capitales, de rencontrer chacun des premiers ministres ou des chefs d'État. Et qu'est-ce que j'ai ressenti en les rencontrant ? Un sentiment de très grande gravité, de grande responsabilité. C'était le Brexit, une sorte d'électrochoc. C'était l'élection de Trump aux États-Unis avec, pour la première fois, de la part d'un président américain, un discours anti-européen. C'était la situation géopolitique en Méditerranée, la Syrie, la Libye. C'était le terrorisme. Et donc un sentiment que l'Europe, même le projet européen, était en cause, qu'il pouvait exploser.
Et à partir de ce sentiment de gravité des 27 dirigeants, à l'époque, pour notre pays, c'était François Hollande, puis Emmanuel Macron, on a eu le sentiment qu'il fallait mieux être ensemble. Et c'était le sentiment de ces dirigeants. Et moi, j'ai cultivé cette unité par un dialogue, par de la transparence. C'est ça que je retiens de cette longue période de négociation. Michel Barnier ?
Moi, je pense franchement que pour négocier avec le président américain, quel qu'il soit, pour négocier avec le président chinois, sur le plan commercial, sur le plan des grandes entreprises de communication, il vaut mieux être ensemble, appuyé sur ce marché unique de 450 millions de consommateurs et de citoyens, qui est un véritable écosystème et qui est notre principal atout aujourd'hui.
Michel Barnier, dans ces 1200 pages, il y a un grand absent. C'est le programme Erasmus, puisque le Royaume-Uni a décidé de se retirer de ce programme d'échange universitaire. Est-ce que vous ne considérez pas que c'est un échec, justement, de priver de nombreux étudiants français et européens de la possibilité d'aller étudier au Royaume-Uni ?
Ma réponse est oui, c'est un échec, mais un échec pour les Britanniques, parce que c'est eux qui ont choisi de ne pas participer à ce programme Erasmus. Oui, mais nous avons proposé ce programme aux Britanniques. Et pour le mettre en œuvre, il faut être deux. Pour faire un accord, il faut être deux. Ils n'ont pas voulu participer à ce programme pour une raison très précise, c'est qu'ils ont l'idée de bâtir un programme concurrent dans un ou deux ou trois ans. Ils voulaient participer Erasmus à la carte pendant un certain temps qu'ils avaient choisi. Je leur ai proposé de participer pendant sept ans et ils ont refusé. C'est un programme formidable, Erasmus.
C'était 9 millions de jeunes européens pendant 30 ans. Sans doute une des plus belles réussites citoyennes du projet européen. Ce n'est pas le seul absent de cet accord. Par exemple, il n'y a rien dans cet accord. Je parlais de la situation en Afrique ou géopolitique. Pour l'instant, nous n'avons pas de coopération organisée avec les Britanniques sur la défense, la politique étrangère ou la coopération. C'est aussi un élément qui manque et qui sera négocié plus tard.
Et c'est un sujet dont on parlera dans un instant. D'ailleurs, Michel Barnier, on fait un passage par le Filinfo à 8h40, l'essentiel ce matin avec Mélanie Delonay.
Ils appartenaient au 1er régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse. Trois militaires français tués par une bombe artisanale au Mali. Ils étaient en mission pour la France, pour le Sahel, contre le terrorisme. Leur rend hommage la ministre de la Défense, Florence Parly. Alors que des élus du Grand Est réclament un reconfinement local, nouveau conseil de défense sanitaire ce matin présenté comme un point d'étape entre les fêtes. La piste du règlement de comptes privilégiée dans les Bouches-du-Rhône, deux corps découverts au petit matin dans une voiture carbonisée au bord de l'autoroute A55 au Pen Mirabeau, près de Marseille.
Marseille où plus de 900 tonnes de déchets n'ont pas pu être collectées à cause de la grève des éboueurs. Au 12e jour de ce mouvement, pour réclamer le départ d'un directeur, les CRS ont été déployés devant un entrepôt bloqué. Une semaine après sa mort à l'âge de 84 ans, les obsèques de Claude Brasseur en fin de matinée en l'église Saint-Roch à Paris. L'acteur sera ensuite inhumé au cimetière du Père Lachaise.
France Info
Le 8.30 France Info, Cyril Graziani, Nicolas Teilhard. Et Michel Barnier qui est toujours notre invité négociateur en chef de l'Union Européenne dans les négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit et cet accord commercial trouvé à partir du 1er janvier. Michel Barnier, vous évoquiez à l'instant la question d'une défense européenne. Vous l'avez dit aussi, trois soldats français sont morts hier au Mali. La France est bien seule dans ce combat au Sahel, seule en tout cas parmi les Européens. Il y a une part de soutien logistique qui est apportée, mais les militaires français sont les seuls sur le terrain.
Au-delà de la question du Royaume-Uni, est-ce qu'il y a un manque de solidarité européenne envers la France dans cette région du monde ?
La défense des Européens entre eux et l'organisation d'une défense européenne est d'abord d'une politique européenne de défense. C'est une idée assez neuve. Et pourquoi est-elle neuve et pourquoi est-elle difficile ? C'est qu'elle touche en effet à la souveraineté de chaque pays. C'est la souveraineté d'un président de la République française ou d'un Premier ministre dans d'autres pays d'envoyer des soldats défendre nos libertés, maintenir la stabilité de telle ou telle partie de l'Afrique parce que ça nous concerne. On sait bien que ce terrorisme s'exporte, qu'il est même au sein de nos sociétés.
Et donc, avec les risques que ces soldats soient tués, comme on vient de le voir tragiquement, c'est une question qui touche au cœur de la souveraineté de chaque pays. Donc, mettre cette souveraineté ensemble, c'est compliqué. Mais pourtant, il y a de vrais progrès. Pour la première fois, dans le budget européen, depuis 60 ans, il y aura cette année plusieurs milliards consacrés à des investissements en matière de défense et de stratégie militaire. Il y a des opérations militaires, une coopération structurée qui vient de se mettre en place. Et j'ai pas mal travaillé à une époque comme ministre des Affaires étrangères, mais aussi comme conseiller du président Juncker sur ces questions.
Objectivement, cette idée d'être solidaire aussi en matière de défense, pas seulement pour l'économie, le commerce et d'autres sujets d'économie. Je trouve que c'est une idée qui fait son chemin. Je sais aussi que le commissaire Thierry Breton est en charge de la défense sur le plan des opérations industrielles. Il y a derrière les questions de défense des matériels, de la technologie, de la recherche.
Mais vous, l'européen convaincu que vous êtes, Michel Barnier, est-ce que vous pensez que la France peut rester seule au Sahel, au Mali, puisque c'est là que les soldats ont été tués hier, longtemps encore ? Est-ce que les soldats européens, d'autres armées européennes, ne pourraient pas venir en aide, en appui au sol, justement ?
Mais si vous regardez bien dans le détail, il y a en appui des forces françaises, il y a un certain nombre de pays européens qui ont d'ores et déjà pris l'engagement d'envoyer des soldats avec nous, avec les nôtres, dans telle ou telle opération en Afrique. Et c'est un début. Je pense qu'il ne faut pas décréter ça d'en haut. Il faut qu'il y ait une volonté qui vienne de chacun des pays. Et moi, j'observe simplement qu'il y a des progrès que nous ne sommes pas seuls aujourd'hui en Afrique.
Vous évoquez ces questions européennes de défense. Parlons du social et des questions fiscales aussi. C'est au cœur de cet accord commercial, l'une des grandes inquiétudes après le départ du Royaume-Uni. C'est un éventuel dumping fiscal. C'est le fait que le Royaume-Uni attire comme ça des entreprises à Londres ou ailleurs en profitant encore du marché européen. Qu'est-ce qui protège aujourd'hui l'Europe, la France, de ce dumping social ou fiscal ?
D'abord, vous avez raison de dire que c'était un enjeu considérable de cette négociation. Pourquoi ? Parce que c'est la première fois depuis 60 ans que nous négocions un accord commercial avec un pays tiers, un pays extérieur à l'Union, dans un contexte de divergence réglementaire et non pas de convergence. Les Britanniques quittent l'Union européenne pour retrouver leur autonomie législative et réglementaire. Qu'est-ce qu'ils en font ? Est-ce qu'ils l'utilisent avec modération ? Ou est-ce qu'ils en font un outil de dumping social, environnemental, fiscal ou même sur le droit des consommateurs ?
Notre précaution a été de dire aux Britanniques, parce qu'ils sont là, à côté de nous, en Irlande. Il y a zéro kilomètre entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Nous prendrons des précautions. Vous retrouvez votre liberté, l'utiliser aura des conséquences, mais si vous voulez commercer avec nous, envoyer vos produits sans tarifs et sans quotas, ce qui est l'objet de cet accord, alors nous veillerons à ce que cette concurrence réglementaire ne se trouve pas en dumping contre nous.
Et donc nous avons des outils dans ce traité qui prévoient que dans deux cas, des aides d'État massives sur un secteur au Royaume-Uni qui viendraient détruire des emplois chez nous, ou dans une divergence réglementaire pour l'environnement, les droits sociaux. Nous pourrons constater, si c'est le cas, je ne veux pas faire de procès d'attention, des divergences qui créent des dommages importants pour l'emploi, pour l'industrie chez nous, pour l'agriculture.
Et dans ce cas-là, nous pourrons prendre des mesures compensatoires, rétablir les tarifs ou même faire tomber telle ou telle partie de l'accord, ce qu'on appelle la cross-suspension en anglais, à l'intérieur de l'accord, il y a une possibilité d'agir sur telle ou telle partie de l'accord.
Vous raconterez, vous l'avez annoncé au printemps, ces quatre années dans un livre journal, Michel Barnier. Après, que va-t-il se passer pour l'ex-futur négociateur en chef ?
C'est une question différente du Brexit, mais j'aurais gagné cette expérience-là, l'unité des Européens, la défense des citoyens, des consommateurs, des entreprises, des pêcheurs aussi. Je vais utiliser l'énergie qui reste la mienne pour travailler pour mon pays, mais d'ailleurs, en travaillant pour le projet européen, comme je l'ai souvent fait, j'ai souvent dit que j'étais patriote européen, je n'ai jamais cessé d'être engagé dans le débat politique français. Ça veut dire quoi, mobiliser son énergie pour son pays ? Je verrai bien où je peux être utile.
Mon seul souci, je n'ai pas de fébrilité pour tout vous dire, mon seul souci, c'est d'être utile à mon pays qui a besoin de davantage d'unité, de solidarité, de justice, de respect aussi. Et je vais essayer d'apporter ma pierre dans ma famille politique, qui a aussi besoin d'être reconstruite au débat politique français. Vous savez, on me dit quelquefois, vous avez un certain âge, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle mon âge. Je dis aussi qu'il y a des gens qui ont des cheveux blancs, qui ont des idées neuves, et puis des gens très jeunes qui ont de vieilles idées.
Tant que j'ai la même capacité d'enthousiasme, d'indignation qui était la mienne au moment de la toute première élection, en Savoie, en haute parenthèse, comme conseiller général, je serai disponible et mobilisé. Non, 73, pour être précis. 73, c'est le département d'ailleurs. C'est un peu plus tôt encore, vous voyez, donc. Mais je viens de vous le dire, ce n'est pas une question d'âge. J'entendais sur votre antenne Henri Leclerc tout à l'heure, formidable défenseur des droits de l'homme, expliquer qu'il avait aussi de l'énergie, qu'il continuerait à s'engager. Donc c'est mon cas. Mais franchement, sans fébrilité, je vais voir, ce n'est pas non plus...
On ne vous imagine pas forcément fébrile, Michel Barnier.
Une démarche individuelle et personnelle. On ne vous imagine pas forcément fébrile. On vous imagine aussi avoir vu Joe Biden être élu, alors qu'il a quelques années, quelques printemps de plus que vous, aux Etats-Unis. Sans parler de la question de l'âge, qu'est-ce qui vous donne envie ? Est-ce que c'est d'avoir un destin national aujourd'hui ? Que faire au bout d'une carrière qui a déjà été marquée par de nombreuses étapes, quand on veut être utile à son pays, après avoir eu un rôle aussi important pour l'Europe ces derniers mois ?
Mais précisément, j'ai besoin de réfléchir, d'abord de me reposer avec ma famille, ici même, où je me trouve dans le centre de la France, et puis ensuite de travailler. Ce n'est pas une démarche individuelle et personnelle. Le moment n'est pas celui-là. Le moment est celui d'un jeu collectif. Qu'est-ce que c'est que la politique, si vous me permettez de le dire, comme je la comprends moi depuis que je suis engagé très jeune dans le parti gaulliste ? La politique, ça consiste à avoir des valeurs et des convictions. Évidemment, c'est la principale condition préalable.
Mais aussi avec des lois que vous pouvez faire à l'Assemblée nationale ou au Sénat ou à Bruxelles des directives, avec un budget qu'on vous confie pendant un certain temps, l'argent de tous les citoyens. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'avec tout ça, vous faites du progrès. Vous créez du progrès collectif. J'ai envie de participer au progrès collectif de mon pays, comme je l'ai fait en Savoie, comme je l'ai fait dans différents ministères, comme j'ai pu le faire à Bruxelles. Ne m'en demandez pas plus aujourd'hui. J'ai besoin de réfléchir, de rencontrer, de retrouver mes amis, d'écouter.
J'ai envie de retrouver les Français parce que ça m'a manqué pendant ces quelques années à Bruxelles.
On ne vous en demandera pas plus, mais on a quand même encore quelques questions à vous poser, Michel Barnier, jusqu'à 9h. On va faire un passage par le fil info, l'essentiel à 8h50. Mélanie Delaunay.
Des élus du Grand Est espèrent de nouvelles mesures de restriction pour freiner l'épidémie de Covid dans leur région. Nouveau conseil de défense sanitaire ce matin, une réunion par visioconférence que l'exécutif qualifie de point d'étape. Dans les Ardennes, 18 000 tests réalisés lors de l'opération de dépistage massif qui s'achève demain. À Charleville-Mézières et Sedans, cela représente 15% de la population du territoire. L'objectif fixé était de 15 à 20%. Ils sont morts pour la France. Dans l'accomplissement de leur mission, Emmanuel Macron salue la mémoire des 3 soldats français tués en opération au Mali hier. Tous avaient moins de 30 ans. Ils étaient arrivés le mois dernier au Sahel.
Leur véhicule a roulé sur une bombe artisanale dans le centre du pays. 8 départements restent en vigilance orange ce matin, dont 5 dans le massif central. À cause de la neige, elle a bloqué plusieurs centaines d'automobilistes hier sur l'autoroute A75, dans le Cantal et l'Aveyron. Mais tous ont pu repartir. 10 000 foyers restent sans électricité à cause de la tempête Bella dans le centre et le sud-ouest du pays.
France Info
Le 8.30 France Info, Cyril Graziani, Nicolas Teilhard. Et Michel Barnier, négociateur européen sur le dossier du Brexit qui est toujours avec nous. Michel Barnier, si l'Europe et le Royaume-Uni partagent bien quelque chose encore en cette période, c'est la crainte de la pandémie, de ses effets dévastateurs à la fois au niveau sanitaire et économique. Quel regard aujourd'hui vous avez sur la réponse européenne notamment qui a été faite ces derniers jours avec le lancement d'une campagne de vaccination par la plupart des pays européens le même jour dimanche ?
Oui, au-delà du symbole qui est de commencer une campagne de vaccination le même jour, derrière cela il y a le vaccin et les commandes de vaccins qui ont été regroupées au niveau européen sous l'impulsion de la Commission et de sa présidente Ursula von der Leyen. Et on voit que cette commande groupée de vaccins permet d'avoir des vaccins sensiblement moins chers que ceux qu'utilisent les Britanniques qui ont choisi d'être seuls. C'est aussi un symbole. Moi je trouve très important qu'avec toutes les précautions nécessaires, les vaccins soient maintenant disponibles, que cette campagne commande, qu'on se vaccine.
Je vais d'ailleurs le faire dès que je le pourrai, bien que j'ai été moi-même touché par le Covid il y a quelques mois. Et je trouve très important que l'on fasse attention aux autres en même temps qu'à soi-même. J'ai publié un livre il y a quelques années, il y a même assez longtemps, sur l'écologie et le défi écologique d'entreprise. J'avais donné à ce livre le titre de « Chacun pour tous ». Je crois franchement que c'est une forme de devise qu'il faut s'appliquer à soi-même en ce moment, se protéger et protéger les autres.
Quand vous disiez tout à l'heure que vous vouliez être utile à votre pays, aujourd'hui de plus en plus, on entend parler d'un reconfinement national, peut-être local, Michel Barnier, qu'est-ce que vous en pensez aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Que devrait faire le gouvernement si vous étiez à sa place ?
Moi je fais confiance au gouvernement sur cette question. J'ai entendu tellement sur toutes les antennes depuis des mois et des mois, des gens qui en savaient plus que les autres, qui s'improvisaient, médecins ou chercheurs. Il faut faire preuve de beaucoup d'humilité. Et je ne vais pas prétendre savoir ce qu'il faut faire, je ne vais pas dire tous les éléments pour savoir ce qu'il faut faire, donc je fais confiance au gouvernement. Même quand les mesures sont très difficiles, comme je le vois dans la région natale, qui est celle des Alpes, où les stations sont actuellement fermées.
Je pense qu'il faut faire confiance au gouvernement pour prendre les bonnes mesures et faire appel aux réactions de civilité et de solidarité entre nous.
Un dépistage massif comme le préconise Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, est-ce que vous pensez que c'est la bonne solution ?
Je pense qu'il faut, maintenant qu'on a suffisamment de tests disponibles, le plus souvent possible, généraliser le dépistage. Maintenant, le dépistage, il dépiste une situation donnée à un moment donné. La vraie réponse sera la vaccination générale, dont il ne faut pas avoir peur. dès l'instant où les précautions ont été prises. C'est aussi un sujet sur lequel, puisque nous reparlions du Brexit, on a des champs de coopération avec le Royaume-Uni, même s'ils sont en dehors.
Charles Michel, le président du Conseil européen, évoquait le sujet sanitaire, où évidemment il faut être ensemble, puisque ces virus, et on pourrait aussi parler d'autres dangers, notamment sur la santé animale que j'ai vécu lorsque j'étais ministre de l'Agriculture, ces virus ne connaissent pas les frontières. Donc, la coopération en matière sanitaire est évidemment nécessaire. La coopération en matière de lutte contre le changement climatique, voilà un autre sujet de coopération avec les Britanniques. Et enfin, la coopération en matière de défense de politiques étrangères.
Le Royaume-Uni reste un grand pays, avec un siège au Conseil de sécurité, une défense crédible, une politique étrangère dynamique. Et puis, la question de la coopération aussi, des Européens ensemble, y inclut les Britanniques, avec les pays les plus pauvres, notamment l'Afrique.
Vous avez parlé des Alpes et de vos origines, Michel Barnier, des stations de ski à l'arrêt. Passer le symbole à Noël, ce sont surtout des dizaines de milliers d'emplois qui sont à l'arrêt aujourd'hui, une activité entière dans ces différentes régions. Est-ce que l'emploi, l'économie et la reprise, ce sera vraiment le grand sujet de l'année qui arrive, de 2021 ? Est-ce que vous craignez un tsunami social après la crise sanitaire ?
Oui, il faut être inquiet de ce qui va se passer. Des conséquences enchaînent dans des grandes entreprises ou de plus petites entreprises qui ont souffert. Je ne parle pas seulement des restaurants ou des remontées mécaniques. Je pense qu'on peut aussi, si ce virus est maîtrisé, trouver des moyens pour permettre à l'économie de repartir, notamment dans les Alpes, mais ce n'est pas le seul sujet. Donc je pense que le gouvernement a mis en place des mécanismes de prêt, de soutien généralisé, très massivement. C'est le travail de Bruno Le Maire. Je lui fais confiance pour être à la hauteur des enjeux, mais ça va être très dur.
Donc il va falloir faire preuve dans ce pays de beaucoup d'imagination et de solidarité.
Vous pensez que le gouvernement a été à la hauteur de la gestion de cette situation sanitaire, que ce soit le premier confinement ou le deuxième ?
Je pense que je vous ai dit qu'il fallait parler avec humilité et j'essaye de le faire. Ce n'est pas le moment de donner des leçons, si je puis me permettre de tirer les leçons sans doute de certaines imperfections, parfois de certaines erreurs, de certaines improvisations, mais sûrement pas de donner des leçons. Donc moi, je fais confiance aux autorités publiques. Et j'observe aussi que dans beaucoup de circonstances, depuis le début de cette crise absolument incroyable, au début de l'année actuelle, les collectivités locales, les acteurs locaux, les communes, les maires auxquelles il faut rendre hommage, les départements, les régions jouent un rôle qu'on a parfois sous-estimé.
Vous avez organisé les Jeux Olympiques, Michel Barnier. C'était en 1992 à Albertville, en Savoie. La France accueillera des JO en 2024 à Paris. Ce sera avec Anne Hidalgo. Est-ce qu'Anne Hidalgo, Michel Barnier, c'est un duel qu'on peut imaginer ailleurs que sur le terrain olympique ?
Je ne savais pas vraiment où vous vouliez en venir en parlant des JO. Parler des JO pour aboutir à Anne Hidalgo, bravo pour le détour. Mais franchement, ce n'est pas le sujet qui m'importe aujourd'hui. Je trouve très bien que mon pays ait eu à nouveau l'ambition d'accueillir les JO. J'ai eu l'honneur et le privilège de conduire cette candidature de la Savoie et d'Albertville. Pas tout seul, c'était aussi un travail collectif avec Jean-Paul de Killy, 8000 volontés.
Mais le montagnard sait qu'il faut un premier de cordée.
Oui, oui, mais ça ne m'a jamais fait peur. Ce que je veux dire, c'est qu'une des leçons que je tire pour mon pays et pour ma propre vie publique, c'est que dans ces JO d'Albertville, des milliers de gens de toute sensibilité politique, de toutes origines, de tout métier ont participé. Et que chacun d'entre eux, en participant au succès d'un projet collectif, a eu le sentiment d'être meilleur personnellement. Et c'est aussi une leçon pour moi depuis cette époque.
Chacun pour tous, ça peut être un slogan, on verra ça dans les prochains mois. Merci Michel Barnier d'avoir été l'invité du 8.30 de France Info. Merci aux équipes de France 3 Centre Val-de-Loire qui vous ont accueilli du côté d'Orléans. L'info revient dans un instant.
Michel Barnier