Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 9 mars 2025 17 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & élections

Benjamin Stora décrypte les accords France – Algérie

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:52OuverteRéponse directe

    Comment qualifier l'état des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie aujourd'hui ?

  • 0:57OuverteRéponse directe

    Glacial, tendu, enflammable ?

  • 2:25OuverteRéponse directe

    Pour comprendre les dissensions entre Paris et Alger, faut-il regarder vers le Maroc ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    N'y a-t-il pas un choix à faire entre le Maroc et l'Algérie ?

  • 3:44OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce soutien explicite au Maroc alors que les relations avec l'Algérie sont plus anciennes ?

  • 4:35OuverteRéponse directe

    Les relations s'étaient apaisées avant l'été 2024, pourquoi cette crise ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24PrésentateurFait
    « Jamais les relations n'ont été aussi tendues entre la France et l'Algérie depuis l'indépendance de 1962. »
  • 2:02PrésentateurFait
    « Le début de la crise date de l'été 2024, au moment où Emmanuel Macron, par un communiqué qu'il a fait à cette époque-là, en juillet 2024, puis ensuite son discours à Rabat, devant l'Assemblée nationale marocaine, où il a expliqué que le Sahara occidental devait maintenant être sous souveraineté marocaine. »
  • 5:06PrésentateurFait
    « La reconnaissance par la France des assassinats de Maurice Audin, d'Ali Boumangel. Mais aussi, de ce qui est des massacres de pieds noirs le 26 mars 1962, rue Disly à Alger. Mais aussi, la reconnaissance par la France de l'abandon des harkis de leur famille, etc. »
  • 7:50PrésentateurChiffre
    « Un million, cinq cent mille jeunes français sont partis en Algérie entre 1955 et 1962. »
  • 11:38InvitéFait
    « Pourquoi, en 1968, on a besoin d'un accord ? »
  • 11:51PrésentateurFait
    « On a besoin d'un accord parce que, pendant quelques années auparavant, en 1962, c'était l'indépendance de l'Algérie. Et il y avait une libre circulation entre la France et l'Algérie pour permettre aux Européens d'Algérie, ce qu'on va appeler plus tard les pieds noirs, mais aussi les Algériens immigrés qui ont continué à venir en France, les Harkis, leurs familles, etc., de pouvoir circuler librement d'une rive à l'autre de la Méditerranée. »
  • 13:53InvitéFait
    « Cette génération, ma génération, n'a pas vécu l'Algérie française, la guerre d'Algérie ou la décolonisation. C'est une opportunité historique pour établir une relation normale, dépassionnée. »
  • 14:31PrésentateurChiffre
    « La France est restée 132 ans en Algérie. Et l'Algérie, c'était trois départements français. »
  • 16:37PrésentateurChiffre
    « Pratiquement un million d'Algériens sont venus en France entre 1955 et 1968. »

Temps de parole

  • Présentateur79 %
  • Invité21 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. C'est une dissension au plus haut sommet de l'État, autour des relations entre la France et l'Algérie. Bruno Retailleau, soutenu par François Bayrou, plaide pour réexaminer l'accord bilatéral qui régit les conditions d'immigration d'Algériens en France. Bras de fer refusé par Emmanuel Macron qui privilégie le dialogue diplomatique. L'accord en jeu date de 1968 et nous allons le décrypter ce matin avec notre invité. Bonjour Benjamin Stora. Bonjour. Historien, vous êtes spécialiste de l'Algérie. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.

Vous avez notamment publié L'Algérie en guerre, un historien face au torrent des images, c'est aux éditions de l'Archipel. Comment qualifier Benjamin Stora l'état des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie aujourd'hui ? Glacial, tendu, enflammable ?

0:59
Présentateur

C'est un petit peu tout cela à la fois. C'est-à-dire que jamais les relations n'ont été aussi tendues entre la France et l'Algérie depuis l'indépendance de 1962. Il y a eu des moments très difficiles. En 1973 par exemple, lorsqu'il y a eu des attentats à Marseille ou la nationalisation des hydrocarbures en 1971. Je pourrais comme ça signaler d'autres épisodes de refroidissement entre les deux pays. Mais là, cette fois-ci, nous sommes dans une phase un peu inédite dans la mesure où il n'y a plus de représentants, d'ambassadeurs d'Algérie en France depuis maintenant huit mois.

1:34
Invité

Ce qui est très rare. Il y a peu de pays qui sont dans ce cas-là.

1:36
Présentateur

Absolument, il y a très peu de pays dans ce cas-là. Et donc, nous, disons que la plus importante communauté d'immigrés en France que sont les Algériens n'ont pas d'ambassade. Alors, il y a des consulats, bien entendu, mais l'ambassadeur d'Algérie en France, il n'y en a pas. Il a été rappelé. Il a été rappelé suite, disons, à ce qui s'est passé dans la position française essentiellement sur ce qu'on appelle le Sahara occidental.

Le début de la crise date de l'été 2024, au moment où Emmanuel Macron, par un communiqué qu'il a fait à cette époque-là, en juillet 2024, puis ensuite son discours à Rabat, devant l'Assemblée nationale marocaine, où il a expliqué que le Sahara occidental devait maintenant être sous souveraineté marocaine.

2:25
Invité

C'est-à-dire que pour comprendre les dissensions aujourd'hui entre Paris et Algérie, il faut aller tout à l'ouest du Maghreb et comprendre ce qui se passe avec le Maroc.

2:33
Présentateur

Oui, il y a de cela, bien sûr, parce que cette question des frontières, la question du Sahara, est une question, j'allais presque dire, névralgique, entre les deux pays principaux du Maghreb, que sont le Maroc et l'Algérie, bien entendu.

2:46
Invité

Mais est-ce qu'il n'y a pas un choix à faire ? Soit on est ami avec le Maroc, soit on est ami avec l'Algérie, on ne peut pas être ami avec les deux. Donc il y a un choix un peu simple qui a été fait.

2:54
Présentateur

C'est précisément ce qu'a tenté de faire pendant de très nombreuses années la diplomatie française, c'est-à-dire d'essayer de tenir une position d'équilibre, même si, de manière implicite, la position française avait plutôt tendance à soutenir le Maroc. Mais il y avait quand même une position officielle française d'équilibre qui était celle, disons, du référendum d'autodétermination des populations sahariennes, des populations saharauées qui devaient se prononcer. Ce référendum n'a jamais eu lieu. Il y a une sorte de guérilla qui s'était installé.

Ce conflit est l'un des plus vieux conflits de la planète, puisqu'il a commencé en 1976 avec ce qu'on appelle la marche verte, lorsque le royaume shérifien a décidé, disons, d'occuper, de s'approprier cette partie du territoire qu'elle considérait comme lui appartenant en rapport avec une histoire très ancienne, une histoire très longue.

3:44
Invité

Mais Benjamin Stora, pourquoi ce soutien implicite et maintenant explicite au Maroc, alors même que les relations entre la France et l'Algérie sont bien plus anciennes ? On aurait pu croire que la France privilégiait l'Algérie à tout moment.

3:54
Présentateur

Oui, alors là, ça, ça fait partie, disons, des énigmes et des explications qu'on saura plus tard, quand on saura plus tard les raisons profondes. Est-ce qu'il y a, disons, un changement politique en rapport avec la géopolitique mondiale, la géopolitique méditerranéenne ? Il y a différentes hypothèses, disons, qui peuvent être avancées, bien entendu. Peut-être qu'il y avait eu une sorte d'avancée trop franche en direction de l'Algérie. Il fallait peut-être, dans l'esprit du président de la République, rééquilibrer, disons, davantage les relations. Mais bref, on est arrivé à un point, effectivement, où il y a cette sorte de déséquilibre qui est apparu aux yeux des autorités algériennes.

4:35
Invité

Et pour autant, juste avant l'été 2024, les relations s'étaient plutôt apaisées. Il y avait notamment un rapport que vous aviez écrit et qu'Emmanuel Macron avait pris des engagements très forts. Il avait eu plusieurs prises de parole qui avaient marqué l'opinion. Donc, il y avait eu des relations plutôt apaisées entre l'Algérie et la France.

4:52
Présentateur

Absolument, puisque moi, il m'a contacté en 2020 pour faire un rapport sur la mémoire et l'histoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie. Rapport que j'ai remis en 2021. Et toute une série de préconisations avaient été réalisées. En particulier, la reconnaissance par la France des assassinats de Maurice Audin, d'Ali Boumangel. Mais aussi, de ce qui est des massacres de pieds noirs le 26 mars 1962, rue Disly à Alger. Mais aussi, la reconnaissance par la France de l'abandon des harkis de leur famille, etc. C'est-à-dire qu'il y avait eu toute une série de mesures visant à apaiser le conflit mémoriel. Essentiellement, d'ailleurs, franco-français.

C'est-à-dire qu'en fait, la guerre d'Algérie a été une énorme fracture franco-française qui ne s'est véritablement jamais refermée. Et donc, l'objectif, l'ambition qu'avait le président de la République était précisément d'essayer d'affronter cette question qu'aucun autre président avant lui avait osé aborder de front et de cette manière-là. C'est ce qu'il a essayé de faire. Et là, effectivement, j'en ai parlé rapidement, il y a eu des préconisations importantes. Aussi, par exemple, l'ouverture plus grande des archives sur la période de la colonisation et de la guerre d'Algérie. Qu'est-ce qu'on y a trouvé dans ces archives ? Attendez, elles viennent juste d'être ouvertes.

Il faut que les historiens fassent leur travail. Les historiens travaillent et ils ne sont pas comme les journalistes immédiatement en train de mettre sur le net et les archives qu'ils ont découvertes, disons, c'est un travail un peu plus distancié qui doit se faire en croisement de sources, disons, un peu plus long que le travail journalistique mais qui s'apparente aussi au travail de journaliste.

6:32
Invité

Il y a quelque chose qui peut paraître étonnant, Benjamin Stora, c'est qu'on a l'impression que c'est deux générations plus tard que les problèmes ressurgissent aussi en France, que c'est des personnes dont les grands-parents sont venus en France qui aujourd'hui ont du mal à avoir une appartenance française lorsqu'elles viennent d'Algérie. Pourquoi ?

6:47
Présentateur

Ben oui, on a le sentiment que plus on s'éloigne de cette histoire et plus on s'en rapproche. C'est un paradoxe assez étonnant parce qu'on a cru pendant tout un temps, c'est ce que j'avais expliqué dans un livre, il y a déjà ancien, qui s'appelait La gangrène et l'oubli, où j'avais déjà expliqué ce problème, disons, du déni qui risquait, disons, de nous revenir en pleine figure, pourrait-on dire, dans la mesure où on avait essayé de mettre la poussière sous le tapis. Vous savez, le général de Gaulle avait utilisé cette formule à propos de l'Algérie, il faut refermer la boîte à chagrin.

Or, cette boîte à chagrin n'avait jamais été véritablement refermée et toute une série de groupes porteurs de cette mémoire, en fait, cheminaient souterrainement dans la société française en portant leurs blessures, en portant du ressentiment aussi, bien sûr. Et donc, il y a eu, par conséquent, dans les années 2000, une sorte de réveil des mémoires douloureuses sur chacun de ces groupes, ou à l'intérieur de ces groupes, porteurs de mémoire, bien sûr les Européens, bien sûr les immigrés, leurs enfants, bien sûr les harkis, leurs familles, et puis les soldats, les appelés. Un million, cinq cent mille jeunes français sont partis en Algérie entre 1955 et 1962. C'est colossal, c'est considérable.

Et qui ont, à leur tour, bien sûr, eu des enfants, des petits-enfants, et qui, en vieillissant, bien sûr, demandaient à leur père ou leur grand-père de s'exprimer et de raconter ce qu'ils avaient vu ou ce qu'ils avaient fait en Algérie.

8:10
Invité

Est-ce que vous pensez vraiment que les petits-enfants d'immigrés algériens connaissent si bien l'histoire ? Est-ce que le ressentiment, il n'est pas un peu aussi de surface, en oubliant parfois les causes profondes ?

8:20
Présentateur

Mais moi, je pense effectivement que l'histoire s'est peu transmise d'abord, et quand ça a été le cas, elle a été mal transmise. Comment ça ? Mal, dans la mesure où l'éducation nationale a mis beaucoup, beaucoup de temps à prendre en charge la transmission réelle de cette histoire, par croisement des sources, essayer de parvenir à un maximum d'objectivité historique, etc. Et donc, le retard pris par la transmission mémorielle fait qu'effectivement, cette histoire a été reconstruite de manière quelquefois fantasmée. C'est-à-dire qu'elle ne correspondait pas forcément à la réalité historique. Sur quel point ? Sur toute une série de points.

Par exemple, le fait qu'il y ait une sorte d'héroïsation de la guerre d'indépendance qui a permis, disons, de remporter exclusivement sur le plan militaire cette guerre, du point de vue des Algériens, alors qu'on sait que cette guerre a été surtout gagnée sur le plan politique et pas simplement sur le plan militaire. Je prends cet exemple parce qu'il y avait une conception militaire de la guerre, paradoxalement, et non pas politique.

Et cette héroïsation, disons, sur le plan strictement militaire, engendre une culture particulière qui est celle d'une culture de guerre, c'est-à-dire d'une culture qui ne vise pas à examiner les choses sur le plan politique, mais sous l'angle exclusif des rapports de force qui peuvent exister. Et ça, ça peut effectivement causer, tout ça, j'ai expliqué très bien dans la grande graine, il oublie, il y a longtemps, et tout cela, effectivement, risque de parvenir et de cheminer jusqu'aux nouvelles générations.

9:51
Invité

Comment l'Algérie et les événements de la guerre d'Algérie est-elle aujourd'hui enseignée à l'école ?

9:57
Présentateur

Elle est très enseignée à l'école en Algérie, contrairement à la France. C'est-à-dire que la guerre d'indépendance algérienne, qu'on l'appelle de l'autre côté de la Méditerranée, eh bien, c'est facteur de légitimation de l'État-nation. C'est-à-dire que l'État-nation existe par la guerre contre la France, bien sûr, la présence coloniale française. C'est la genèse, donc c'est important. C'est très important. Nous avons eu, en France, je le disais, un déni par rapport à cette histoire, alors qu'en Algérie, nous avons eu une survalorisation, pourrait-on dire, de cette histoire.

C'est-à-dire qu'on est entre silence et absence, quoi, et d'autre part, surabondance de récits du côté algérien qui ne correspondaient pas tous, d'ailleurs, à la réalité historique. Il a fallu attendre de très nombreuses années, par exemple, en Algérie, pour reconnaître l'existence de responsables algériens qui avaient été écartés des discours officiels, comme Bessali Hach, comme Ferhat Tabas, comme Krimbel Kassom, dont d'ailleurs, on vient de sortir une biographie. Krimbel Kassom, qui a été le signataire des accords d'évidence et qui a ensuite été assassiné en 1970 à Francfort. On soupçonne les services algériens d'avoir commandité cet assassinat à l'époque. Donc, comment dirais-je ?

Cette histoire avait mis au secret un certain nombre de leaders, de grands responsables, jusqu'à Mohamed Boudiaf, bien sûr. Donc, il a fallu, effectivement, combler ces trous de mémoire, ce qui avait commencé à être fait en Algérie. Il ne faut pas croire que rien n'a été fait. Les historiens algériens avaient commencé à travailler sur cette question-là. Et puis, dans la commission franco-algérienne qui a été mise en place, on avait commencé à aborder, notamment, le problème de la pénétration coloniale au XIXe siècle, avec la question des massacres qui avaient été commis au moment de cette pénétration coloniale.

11:38
Invité

Benjamin Stora, un accord est en jeu en ce moment, l'accord de 68. Bruno Retailleau veut le dénoncer. Et peut-être, pour bien expliquer, commencer par rappeler le contexte de l'époque. Pourquoi, en 1968, on a besoin d'un accord ?

11:51
Présentateur

On a besoin d'un accord parce que, pendant quelques années auparavant, en 1962, c'était l'indépendance de l'Algérie. Et il y avait une libre circulation entre la France et l'Algérie pour permettre aux Européens d'Algérie, ce qu'on va appeler plus tard les pieds noirs, mais aussi les Algériens immigrés qui ont continué à venir en France, les Harkis, leurs familles, etc., de pouvoir circuler librement d'une rive à l'autre de la Méditerranée. Donc, il y avait la libre circulation.

Donc, en 68, le général de Gaulle a décidé de réguler, disons, ces flux migratoires en instituant, disons, une sorte de quota, entre guillemets, migratoire par rapport à l'Algérie, alors qu'il y avait la libre circulation. Et en compensation, disons, de cette restriction, en fait, l'accord de 68 est donc une restriction à la circulation migratoire. Et en compensation de cette restriction, il avait été accordé aux Algériens un certain nombre d'avantages, effectivement, comme le regroupement familial, par exemple, ou la carte de résidence de 10 ans.

12:48
Invité

Mais pourquoi cet accord empêche-t-il aujourd'hui que l'Algérie reprenne des ressortissants jugés dangereux par la France ?

12:54
Présentateur

Très franchement, je ne crois pas que ce soit cet accord qui est brandi, en fait, comme un argument politique et idéologique, accord par parenthèse signé d'État à État, entre chefs d'État, qui ne peut être révoqués, il ne peut pas l'être de manière unilatérale, puisque c'est le général de Gaulle qui l'a signé avec le représentant de l'État algérien à l'époque, en 68. Donc ça ne peut être fait que par un chef d'État. Donc ce n'est pas l'accord de 68, mais c'est plus les conditions strictement politiques, c'est-à-dire la détérioration des rapports entre l'Algérie et la France, qui font qu'un certain nombre de canaux classiques de coopération ont été interrompus.

Canaux sécuritaires, d'informations sur les questions migratoires, le problème des OQTF, etc. Donc on est là, dans un registre, disons, strictement politique, beaucoup plus que dans un simple aspect d'aménagement juridique.

13:45
Invité

Il y a quelques semaines, Gabriel Attal a écrit une tribune dans le Figaro pour demander la dénonciation de ces accords de 68. Je cite Gabriel Attal. Cette génération, ma génération, n'a pas vécu l'Algérie française, la guerre d'Algérie ou la décolonisation. C'est une opportunité historique pour établir une relation normale, dépassionnée. Une relation normale, dépassionnée. Est-ce que c'est possible ? Est-ce que ce n'est pas méconnaître l'histoire ?

14:08
Présentateur

Je crois que c'est un peu méconnaître l'histoire, parce que le président de la République, justement, Gabriel Attal était, je crois, Premier ministre. Je vous confirme. Le président de la République a compris quand même l'importance de la dédramatisation de cette histoire en me demandant un rapport. Sinon, pourquoi un rapport ? Pourquoi essayer de traiter, de prendre des mesures symboliques, si les choses sont si simples ? Vous savez, la France est restée 132 ans en Algérie. Et l'Algérie, c'était trois départements français. On ne peut pas démêler les fils comme ça de manière instantanée. On le voit, 60 ans après, il y a des fils qui sont toujours entremêlés les uns par rapport aux autres.

Il y a un espace mixte franco-algérien extrêmement important, de plusieurs millions de personnes du part et d'autres de la Méditerranée. Et les choses ne peuvent pas se faire, disons, par de simples déclarations, mais au contraire, en avançant patiemment, pas à pas.

15:00
Invité

Mais est-ce qu'il n'y a pas justement un schisme générationnel entre ceux qui ont cette mémoire algérienne en eux et ce ressentiment à la guerre de la France, d'une part, et d'autre part, des responsables politiques français qui ne connaissent pas très bien forcément l'histoire et qui voient ce sujet d'assez loin et comme un seul sujet, j'allais dire, administratif ?

15:18
Présentateur

Vous savez, c'est une illusion de croire que par le passage des générations, l'histoire s'efface. Elle ne s'efface pas, elle se transmet. Les enfants et petits-enfants des Européens d'Algérie, des Harkis et leurs enfants, des soldats, du contingent, etc., ou des immigrés, leurs enfants, ce que je raconte dans une bande dessinée parue récemment, eh bien cette histoire, elle fabrique des identités. Un tel se réclamera du fait que son grand-père était né à Alger. En rentrant dans les studios tout à l'heure, j'ai croisé quelqu'un qui m'a salué en me disant « Moi, mon grand-père était originaire d'Alger, c'était un homme de 50 ans ou 40 ans, je ne sais pas.

» Et vous pouvez comme ça multiplier les exemples. Ne croyez pas que l'histoire, par le passage des générations, va disparaître. C'est-à-dire les meurtrissures, les blessures, les ressentiments, les volontés de vengeance, etc. Le temps n'efface rien. Non. Et donc, à partir de là, il faut le traiter. Il faut traiter cette histoire. C'est ce qu'on a essayé de faire, justement. Il faut traiter cette histoire. Il faut expliquer. Il faut transmettre au niveau, disons, des appareils scolaires, etc. Vous savez, l'histoire de la France et d'Algérie, ça concerne des millions de personnes.

Un million et demi de soldats français, un million de rapatriés, des dizaines de milliers de harkis et leurs enfants. Pratiquement un million d'Algériens sont venus en France entre 1955 et 1968. C'est des chiffres très, très importants. Donc, si vous rapportez ça aujourd'hui à leurs enfants et petits-enfants, c'est très important. Donc, c'est un travail de longue haleine. Il avait été créé, d'ailleurs, pour cela, il y a de nombreuses années, une fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie. Parce qu'on avait essayé, on avait cru qu'il fallait commencer ce travail.

17:02
Invité

Donc, c'est un travail de longue haleine. Merci beaucoup, Benjamin Stora, d'être venu ce matin. Je rappelle que vous êtes historien spécialiste de l'Algérie. La bande dessinée dont vous parliez s'appelle « Les Algériens en France ». C'est aux éditions La Découverte. Merci donc d'avoir été l'invité de la matinale. Une interview à retrouver sur toutes les plateformes de podcast. Et évidemment, sur nos sites radio-notre-dame.com et rcf.fr. Dans quelques instants, le journal de Radio Vatican. Ce matin, il vous est présenté par Delphine Allaire.