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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 25 décembre 2025 41 minComplaisantMixte

Un Noël avec Vanessa Wagner, une pianiste hors tempo

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Invité

Pianiste classique de formation, Vanessa Wagner s'est toujours sentie décalée par la carrière de soliste qu'il attendait à la sortie du conservatoire. Admiratrice de l'oeuvre de Philippe Glass, dont elle a interprété l'intégrale des études, elle conçoit la musique comme une toile de peinture où chaque note composée pourrait être associée à une couleur. Sa formation d'excellence fait d'elle une fine connaisseuse de l'oeuvre des grands maîtres comme Liszt et Chopin, mais chez Wagner, excellence ne rime pas avec élitisme. En créant des ponts entre l'oeuvre de Schubert et les musiques minimalistes, elle décloisonne des frontières et rapproche les publics.

Et c'est pour ça qu'on est très heureux de vous avoir ce matin sur France Culture. Bonjour Vanessa Wagner. Bonjour. Et joyeux Noël. A vous aussi et à tous les auditeurs. Merci, merci pour eux. Comment ça se passe un Noël quand on est une pianiste comme vous ? Qu'est-ce qu'on a comme son dans la tête, dans l'imaginaire ? C'est un moment où je mets un petit peu mes obligations professionnelles de côté parce que c'est un moment où il n'y a pas de concert. On n'est pas sur scène à ce moment-là. C'est uniquement les concerts, les messes ou les grands concerts de Nouvel An. Et en fait, je reste dans un environnement très familial et je me détache un peu.

Alors la musique, c'est comme de dire que c'est un métier d'être pianiste. La musique fait partie de ma vie, mon environnement quotidien, que je sois en période de concert ou que je sois vraiment en famille. C'est vraiment un environnement, j'allais dire, de mon intimité. Alors votre vie de pianiste, c'est aussi une histoire familiale, une histoire de femme puisque tout commence avec un piano, un gavot de votre arrière-grand-mère. Absolument, c'est un piano que j'ai toujours dans la maison de vacances familiale qui est arrivé chez moi, un beau piano droit avec des chandeliers en marqueterie.

Et voilà, tout à fait, presque par hasard, mes parents, ma sœur faisaient déjà de la guitare et mes parents m'ont mis au piano. Et je n'avais pas du tout de, et eux non plus je crois, d'idées préconçues de je vais devenir soliste, je vais faire de ma vie, j'étais d'une famille de littéraires et la musique est arrivée comme ça et je trouve ça, alors ça m'a questionnée un petit peu parce qu'il y a eu cette question du choix, de ce vers quoi on s'oriente. Mais une fois que ces questions-là ont été résolues intérieurement, je trouve ça très beau que ça soit arrivé comme ça par une porte qui n'était pas un destin. Quelle était cette porte Vanessa Wagner ?

C'était, comme je l'ai dit, un petit peu le hasard. Et puis ce meuble, cet objet, ce compagnon, c'est devenu de plus en plus, c'est devenu une passion, à certains moments un rapport très conflictuel parce que c'est aussi un instrument qui m'a demandé beaucoup, qui m'a pris une partie de mon enfance, de ma jeunesse, qui m'a demandé de me responsabiliser très tôt, de passer des heures et des heures et des heures au travail et qui m'a donc, entre guillemets, peut-être, je l'ai ressenti comme ça à un moment, voler une partie de ma vie. Et en même temps, qui m'a immensément nourrie, qui m'a donné une partie d'une raison d'être.

Oui, parce que vous racontez souvent, Vanessa Wagner, à quel point c'est exigeant, forcément, cette discipline. Le Conservatoire de Rennes à 12 ans, le Conservatoire de Paris à 14 ans, les prix que vous remportez jusqu'en 1999, la victoire de la musique classique dans la catégorie révélation soliste instrumentale, avec une forme d'exigence, parfois peut-être un peu de snobisme. En tout cas, vous, il y a quelque chose d'autre qui vous attire. Alors, en fait, déjà, il faut se resituer cette jeunesse et ce parcours il y a 30 ans, où les choses étaient quand même beaucoup plus contraintes et beaucoup plus formatées qu'aujourd'hui.

Et c'est sûr, je l'ai souvent dit en interview, je me suis sentie, déjà jeune, je me suis sentie un petit peu, pas à l'étroit, mais en tout cas, pas à ma place complètement. Et j'ai passé de nombreuses années à chercher quelle était ma place et à trouver qui j'étais en tant que femme, bien sûr, mais en tant qu'artiste et ce que j'avais envie de dire, ce que j'étais en capacité aussi de dire et quel était le sens vraiment d'une carrière. Parce qu'en fait, une carrière, pour moi, c'est plus un chemin musical. Et c'est vrai que la carrière de pianiste, de soliste, c'est beaucoup l'ont emprunté, ce chemin. Et c'est un chemin qui peut être un peu tracé pour...

Voilà, on a des échéances, des jalons à passer. Pardon, c'est le matin. Et c'est sûr que cette voie toute tracée, je la regardais avec peut-être de l'envie, de l'admiration, mais aussi un peu d'effroi, parce que je ne trouvais pas exactement quelle était ma place. Et c'est ça aussi que je trouve très beau dans une vie d'artiste, c'est qu'on peut la déployer sur de nombreuses années avec des moments de doute, de questionnement, des moments où on est dans l'ombre totalement et où il faut profiter de ce moment pour grandir. Et puis d'autres moments où on arrive à complètement être qui on est et que ça rencontre un public.

Et c'est peut-être ce qui se passe un petit peu pour moi en ce moment, oui. Est-ce qu'on a souvent des chocs esthétiques quand on est une pianiste de votre niveau, Vanessa Wagner ? Ah, des chocs esthétiques, j'en ai eu, bien sûr. Alors, j'en ai aussi dans d'autres formes d'art parce que je me nourris énormément d'aller voir des expositions. J'adore l'art contemporain, j'ai beaucoup, beaucoup lu et compagnonné avec les mots, avec cet héritage familial. Le cinéma est aussi très important. Donc des chocs esthétiques, j'essaye de m'en procurer et de m'en nourrir. Des chocs esthétiques en musique, bien sûr.

J'en ai eu plusieurs et en tout cas, certains ont considérablement donné un tournant à ma vie, oui. On en écoute un, si vous le voulez bien.

7:05
Présentateur

1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

7:15
Locuteur

1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 1, 2, 3, 4, 2, 3, 4, 5, 6, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 1, 2, 3, 4, 2, 3, 4, 5, 6, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

8:08
Invité

Vous avez forcément reconnu ce qu'on est en train d'entendre, Vanessa Wagner.

Alors c'est A In China On The Beach de Philippe Glass et ça je l'ai entendu quand j'étais, je devais avoir une vingtaine d'années et à l'époque on n'écoutait pas du tout, du tout, du tout cette musique en France, en Europe et c'est la musique qu'on appelle pour aller vite musique minimaliste des Steve Rice, John Adams, Meredith Monk et Arvo Part qui est encore un petit peu différent mais c'était, voilà, au conservatoire on n'en avait absolument aucun accès à cette musique c'était pas du tout enseigné, pas mis en avant et même, j'oserais dire que c'était un courant qui était presque méprisé ou en tout cas vraiment ostracisé et donc quand j'ai entendu ça, je crois que j'ai rien compris à ce que j'entendais ça c'est sûr, vous parliez de choc esthétique, c'était sûrement ça c'était une espèce de, vraiment d'incompréhension et d'attirance immense je me suis dit, waouh, qu'est-ce que c'est que ça et donc j'ai été après aussi chercher pas mal dans des labels Nonsuch, ECM et tout ça qui étaient presque les seuls auxquels j'avais accès à l'époque il n'y avait pas ce qu'on appelle les DSP, les plateformes de streaming C'était comment, des vinyles ?

Non, j'avais des... Des disques ? Voilà, et donc j'ai découvert Steve Reich, Steve Life avec les samples, les répétitions j'ai découvert surtout un tout autre langage et c'est comme ça réinterrogeait plein de choses mais c'est vrai qu'à cette époque-là il était même inconcevable pour une jeune pianiste que j'étais de se dire, ah tiens, je vais jouer ça en scène ça ne m'est même pas venu à l'esprit en fait, du tout, du tout C'est-à-dire qu'aux Etats-Unis c'était accepté Philippe Glass était un... Non, pas tant que ça, d'accord Pas tant que ça non plus Parce que vous dites souvent qu'il y avait comme un...

une critique en tout cas très européenne contre ce qu'on a appelé la musique minimaliste et peut-être qu'il faut nous expliquer ce que c'est exactement la musique minimaliste puisque moi j'entends surtout minimal, l'électro Est-ce qu'il y a un lien avec la techno ou pas du tout ?

Et peut-être nous parler aussi de Pierre Boulez cette école française qui peut-être n'acceptait pas ce que vous, vous perceviez comme extrêmement moderne Alors à l'époque, encore une fois j'ai eu ce choc et cette attirance mais je n'aurais pas pu mettre des mots sur pourquoi j'aimais, pourquoi il fallait le défendre et puis je n'avais pas non plus la stature je n'avais pas fait mes preuves de pianiste qui joue le grand répertoire, etc. Oui, c'est sûr que...

Alors c'est un mouvement qui est né dans les années 70 en réponse probablement aussi à un mouvement très radical qui était en place en Europe l'école de Darmstadt et puis effectivement le discours boulésien avec une esthétique à la fois radicale qui se coupait d'une certaine émotivité qui était une musique extrêmement intellectuelle et magnifique mais presque en regard, en réponse, en résonance ou en cassure avec ça aux Etats-Unis a émergé ce courant de musiciens qui ont d'une certaine façon aboli certaines frontières qui ont travaillé beaucoup avec la danse avec les arts visuels le cinéma le théâtre, la pub même alors oui, la pub a beaucoup récupéré les codes mais il faut lire, je le dis souvent il faut lire l'autobiographie de Philippe Glace Paroles sans musique c'est assez passionnant sur ce qu'était cette espèce d'émulation entre différents types d'art oui, Philippe Glace il a rencontré Patti Smith David Bowie il était attiré par les musiques indiennes donc il a beaucoup travaillé avec Ravi Shankar il a été évidemment vers le monde du cinéma et beaucoup avec Bob Wilson aussi on a vu des sublimes productions donc voilà et puis il y avait ce langage purement le langage purement musical qui réinventait aussi ce que c'est que d'écouter un morceau de musique qui peut durer 5h30 comme c'est le cas d'Einstein on the Beach donc c'est notre rapport au temps qui était modifié notre rapport à l'harmonie puisqu'on dit que c'est une musique minimaliste aussi parce qu'elle est plus minimale bien sûr que la grande musique européenne dans un matériau harmoniquement parfois très sobre très pur très répétitif parce que c'est aussi une musique qu'on appelle répétitive et Philippe Glace il appelle sa musique additive ou additionnelle parce qu'il y a des micro changements de choses qui s'additionnent et qui donnent une espèce de tension que moi je trouve incroyablement vibratoire et très forte et en ça le terme de minimalisme il a à la fois mis un peu dans une case tout un courant qui quand on creuse un peu dans ce courant est très varié et il est évidemment comme tout terme assez réducteur puisque aussi ces grands noms que ce sont Philippe Glace ou Steve Reich ou John Adams ou Méréditement que je cite aussi souvent qui est très importante eux-mêmes ne sont pas trop d'accord avec cette terminologie parce que derrière minimal il y a ce qu'on m'a beaucoup dit quand j'ai commencé à jouer cette musique c'est ah bah oui c'est tout le temps pareil ou c'est bah oui il n'y a rien à jouer c'est facile donc c'est pas intéressant ça ne module jamais donc en fait ça n'est pas une musique importante enfin voilà et ça a été facile avec ce terme d'attaquer un courant comme ça on vous disait vous êtes la pianiste techno ce qui n'est pas forcément un complément à l'époque vous avez même un agent qui vous a dit arrête tes bêtises à parler de musique électro ça te porte préjudice alors ça c'était quand j'avais effectivement quand j'avais parce que quand j'ai découvert la musique minimale c'était aussi le moment où j'ai découvert la musique électronique et je l'ai beaucoup dit ça a été une découverte très importante dans ma vie dans ce que j'écoute mais aussi dans ce que j'ai pris comme chemin en tant que pianiste classique puisqu'aujourd'hui je fais aussi des collaborations notamment ce disque Statéa avec Murkoff ou une collaboration avec Rhone avec Molécule la découverte de la musique électronique a été oui assez décisive pour moi et oui il y a 30 ans une jeune pianiste qui disait qu'elle aimait la musique électronique c'était obligatoirement aimer un rythme binaire de boum boum les choses heureusement en tout cas Philippe Glass dont on a entendu tout à l'heure Einstein on the beach aujourd'hui et c'est pour ça qu'on vous reçoit Vanessa Wagner j'aimerais qu'on écoute un petit peu quand même cette intégrale des études pour piano de Philippe Glass que vous interprétez que toute l'intégrale est parue en octobre chez Infine il sera bientôt 8h sur France Culture on va se quitter avec ça pour que les auditeurs et les auditrices entendent ces études pour piano de Philippe Glass que vous interprétez Vanessa Wagner et puis juste après le journal vous nous direz peut-être le temps que ça vous a pris aussi d'assumer ou d'interpréter ces études merci d'avoir choisi France Culture en ce matin de Noël et nous on passe Noël avec vous et avec Vanessa Wagner une pianiste hors du temps qui vient d'interpréter cette intégrale pour piano de Philippe Glass

17:00
Présentateur

C'est vous qu'on entend

17:40
Invité

au piano Vanessa Wagner merci d'être sur France Culture en ce matin de Noël on vient d'entendre un extrait on entend toujours un extrait de l'étude numéro 3 composée par Philippe Glass dont on parlait en première partie que vous interprétez donc et qui est parue en octobre chez Infine et non pas Infine comme je l'ai dit tout à l'heure j'en suis désolée est-ce que vous pouvez nous expliquer comment vous avez travaillé sur ces 20 études on lit parfois que c'est un chemin comme vous aimez bien ce mot qui a été long progressif vous avez mis une dizaine d'années c'est ça à enregistrer alors j'ai commencé en fait j'ai commencé à jouer la musique donc minimaliste il y a une dizaine d'années sur scène je suis venue à presque oser la jouer par le biais de ce projet avec le producteur Murkoff dans le disque Stathea on a beaucoup tourné dans le monde entier avec ce projet et donc je jouais la musique de Cage de Adams de Hervo Part et de Philippe Glass et j'ai fait ensuite trois albums toujours sur ce label in fine autour de ce répertoire que j'étais une des seules françaises et presque européennes à jouer puisque c'est un répertoire qu'on joue très peu et qu'on connaît assez peu aussi et donc j'ai été défricher tout un répertoire des pièces très rares voire inédites de Moondog de Meredith Monk de Gavin Bryars et puis la nouvelle vague Bryce Dessner Nico Mully Caroline Shaw et ces trois albums m'ont permis de faire beaucoup de concerts et de me rendre compte surtout que je trouvais dans cette musique une musique de l'épure une musique de l'intimité de l'intériorité je trouvais et une musique du silence aussi parce qu'il y a beaucoup ça aussi dans la musique de Sakamoto par exemple j'y trouvais un terrain d'expression très intense très fort et j'avais vraiment très envie de continuer et puis une découverte aussi une rencontre avec le public qui découvrait cette musique et de là j'ai enregistré quelques études de façon éparse dans ces trois albums et en fait je me suis dit il faut que je il faut que je rentre dans ce cycle qui dure 2h30 et qui est un cycle il me semble fondamental de l'écriture pour piano de cette fin du 20ème siècle début 21ème c'est deux livres de 10 et 10 études qu'il a écrits en deux parties la première les 10 premières ont été écrites pour lui-même parce qu'en fait il s'était rendu compte qu'il avait besoin un peu de travailler son piano et puis que comme il ne gagnait pas beaucoup d'argent quand il composait il se rendait compte qu'en faisant des concerts c'était mieux et donc au départ il les a écrits sous forme de préludes parce que ça accompagnait un spectacle de danse et puis finalement il s'est rendu compte que ça le faisait travailler et que il a écrit ça pour lui-même ces 10 études et les 10 suivantes qui sont écrites 10 ans après ont été jamais jouées par lui-même et écrites pour un pianiste imaginaire on va dire et moi depuis que je les joue dans leur intégralité je les pense vraiment comme un arc tendu entre cette première étude et la sublimissime 20ème et c'est aussi je parlais de temporalité tout à l'heure mais quand on rentre dans ce dans ce monde et qu'on se laisse qu'on s'abandonne au discours à la poésie à la vibration à l'émotivité à ce monde aussi plein de couleurs en fait encore une fois ce terme minimal c'est minimal dans le matériau qu'ils utilisent pour composer mais dans l'émotivité l'intériorité c'est c'est totalement maximal et et c'est vrai que pour moi sur scène et je crois d'après les les retours que j'ai pour les auditeurs faire ce chemin ce cheminement qui passe on l'a entendu dans cette troisième étude quelque chose de très très volubile et un petit peu avec une certaine forme d'espièglerie de quelque chose qui fourmille qui voilà qui qui rombille parfois et puis d'autres fois des plages comme dans la cinquième étude d'une grande immobilité et là ce chemin nous fait perdre un peu nos repères spatio-temporels nous fait perdre un peu la notion de là où on se trouve et en même temps c'est un chemin très très construit et on s'en va dans l'immatérialité de la vingtième étude à la fin et c'est juste stupéfiant comme voyage on en réécoute un extrait c'est toujours l'étude numéro 3 on a entendu peut-être on a entendu peut-être la numéro 8 en début d'émission voilà bon alors en tout cas je trouvais ça important d'entendre quand même ce que vous venez nous raconter si bien Vanessa Wagner pourquoi faites-vous ce lien très régulièrement comme vous venez de le faire encore aujourd'hui entre la peinture et la musique je fais le lien entre entre la couleur et la musique surtout entre les entre je ne suis pas quelqu'un qui va vous dire ça correspond à tel tableau je n'aime pas trop les choses un petit peu concrètes je me suis inspirée de telle chose en revanche comme je le disais tout à l'heure me nourrir de visions de couleurs de matériaux c'est très enrichissant pour moi et par exemple quand on voit aussi en regard ce qu'ont fait les artistes plasticiens de ce courant d'art minimal c'est aussi des artistes qui ont réinterrogé complètement de ce que c'était qu'une oeuvre d'art ce que c'était que le rapport au matériau qu'ils utilisaient et puis aussi à notre perception de regarder un néon ou une toile entièrement blanche c'est nous obliger à nous réinterroger sur ce qu'on attend de l'esthétique d'être impressionné par quelque chose qui serait très coloré ou techniquement très compliqué et en fait ces artistes ils nous imposent de nous remettre notre perception en question et pour revenir aux couleurs je pense que la vraie technique pianistique et instrumentale elle réside en grande partie pas uniquement mais en grande partie dans la recherche et l'évocation des timbres des couleurs de la richesse de ce qu'on peut tirer de son instrument qui est presque infini et qui est vraiment le toucher et vraiment le révélateur de l'âme on vient d'entendre Poissons d'or composé par Debussy interprété par Claudio Arao parce que pour parler des couleurs des sensations je crois que vous avez eu un enseignant Vanessa Wagner qui parlait des Poissons d'or de Debussy de manière très imagée très colorée Oui, oui, oui j'ai eu la chance de toute jeune enfant d'avoir ce professeur qui m'a tout de suite parlé de la musique comme quelque chose de très littéraire très poétique avec des métaphores avec des mots très sensibles et c'est vrai que ça m'a présenté le monde musical comme un monde d'imagination d'imaginaire de sensations de vibrations de poésie et pas seulement comme un monde d'exigence et de travail et c'est vrai que j'ai j'ai beaucoup utilisé aussi alors j'ai beaucoup joué la musique impressionniste j'ai fait un disque Ravel un disque Debussy aussi et j'ai beaucoup utilisé cette technique et cette recherche des couleurs et des timbres dans mon approche de la musique minimale c'est une musique qui a été longtemps dans les années 80 en tout cas enregistrée et jouée de façon justement assez répétitive et coupée d'une émotion parce que idéologiquement il fallait se dire que c'était répétitif et moi j'ai essayé d'aborder ce répertoire avec tout le bagage musicologique musical et technique bien sûr que j'avais acquis durant cette trentaine d'années de compagnonnage avec les plus grands compositeurs les Schubert les Debussy Rachmaninoff tous ces compositeurs que j'ai joué et enregistré et j'ai gardé exactement la même attitude en face d'une musique très épurée très minimale qu'en face d'une musique de Franz Liszt ce qu'il faut dire aussi pour au-delà bien sûr de cette intégrale des études pour piano de Philippe Klaes que vous interprétez qui est paru en octobre chez Infine Vanessa Wagner c'est que ça va se déployer comme souvent avec vous vous cassez les codes vous allez sur tous les terrains où vous pouvez aller donc il faut signaler peut-être le 7 avril au Châtelet racontez-nous alors j'ai fait un concert à la sortie de mon disque j'ai fait un concert à la Philharmonie où j'ai joué sur scène piano solo ce grand voyage des 2h30 d'études de Philippe Klaes devant une salle pleine qui s'était remplie très très vite et donc on a eu envie de reproduire de revenir sur une grande scène parisienne et le théâtre du Châtelet m'a proposé de venir rejouer ses études alors pas l'intégralité mais une grande partie et j'ai demandé au collectif Scale de m'accompagner justement on parlait des couleurs alors c'est un collectif d'art visuel qui travaille à la fois une installation donc il y a une installation lumineuse autour de mon piano et qui vient colorer accompagner les études et le monde le monde visuel alors c'est aussi j'ai souvent je me suis souvent dit que mon métier c'était peut-être aussi proposer bien sûr aux auditeurs et aux mélomanes de découvrir des musiques qui ne sont pas forcément très jouées mais c'est aussi leur peut-être montrer un autre chemin pour entendre appréhender la musique différemment et se présenter sur scène peut-être parfois dans quelque chose qui peut dépasser le simple concert qui peut être évidemment une fin en soi et très beau mais là il y a une sorte d'expérience et puis aussi de porosité entre les arts j'ai beaucoup travaillé avec la danse avec des comédiens j'ai joué souvent dans des musées pour s'imprégner un peu de la résonance entre un tableau et la musique et là c'est vrai que sur cette grande scène du théâtre du Châtelet il y aura en plus de cette musique magnifique il y aura cette expérience visuelle on va dire donc ça ce sera le 7 avril les places sont encore disponibles il y aura aussi bien sûr vous venez de me l'apprendre mais un film sur Arte au mois de février qui va être diffusé sur Arte où j'ai justement convoqué ce collectif Scale qui a fait une sorte de scénographie et puis Chloé Moglia et la troupe de Kaderatu donc ça c'est aussi proposer une autre façon d'écouter la musique est-ce que l'objectif derrière tout ça je rappelle que vous êtes également directrice du festival de Chambord du festival de piano de Giverny de démocratiser la musique ou d'atteindre plus de public je vois votre qui détestait cette expression ce que je peux comprendre c'est la seule que vous soyez venue c'est évidemment évidemment qu'il faut démocratiser que la musique dite classique ne fasse pas peur à certaines personnes et que la musique la musique est un monde très vaste je le considère vraiment comme un monde infini dans lequel malheureusement parfois socialement ou par code on a mis certaines barrières entre des publics entre des âges entre et puis entre les arts eux-mêmes donc démocratiser c'est évidemment un très bon un très bon terme après ne pas comment dire c'est un terrain glissant parce que aussi on peut se retrouver à faire un peu il faut quand même garder le sens dans ce qu'on fait et l'exigence et par exemple je trouve qu'une des plus belles façons de démocratiser ou d'ouvrir c'est d'aller que nous les artistes on aille aussi voir d'autres publics ce qu'on appelle des publics empêchés aller rencontrer des gens qui se disent que la musique la grande musique ce qui n'est pas pour eux parce qu'ils n'ont pas eu l'éducation l'école et en fait la musique est juste un un média très très accessible pour peu qu'on s'en octroie cette possibilité c'est à dire qu'il y a des gens parfois qui viennent me voir et qui me disent je suis venue par hasard et je pensais pas du tout que j'allais aimer un concert de piano et en fait j'ai eu les larmes qui sont venues et ça c'est ça c'est la plus belle des récompenses et puis c'est aussi le sens d'une vie d'artiste il me semble un des sens vous dites vous faites aussi parfois des expériences dans le château de Chambord vous mettez des casques aux visiteurs avec votre musique on voit bien que vous essayez quand même d'attraper oui oui oui je cherche parce que aussi c'est mon tempérament d'avoir envie de créer d'imaginer d'inventer de surprendre et puis parce que c'est quelque chose qui me nourrit qui est en adéquation et par exemple au festival de Chambord c'est vrai que depuis 15 ans que je suis directrice de ce festival directrice artistique j'essaye d'emmener les auditeurs vers évidemment des choses qu'ils connaissent déjà et qu'ils ont plaisir à réécouter mais aussi vers des je vais du répertoire de la renaissance jusqu'à la création contemporaine on les a emmenés écouter des concerts dans la forêt sur les terrasses il y a cette expérience du piano silent où j'avais c'est un système breveté par Yamaha où en fait je jouais sur un piano mais qui qui était relié par bluetooth à un casque que les auditeurs avaient ils se promenaient dans les jardins dans le château pendant qu'ils écoutaient mon concert donc ça voilà ça donnait quelque chose de très féérique et je crois d'assez fort et on a les grandes salles de concert pour aller écouter des grands artistes et c'est formidable mais peut-être de temps en temps s'octroyer la possibilité de sortir de ces endroits et d'amener la musique différemment autrement je crois que c'est très beau il y a un chiffre qui m'a beaucoup marqué en préparant cet entretien avec vous Vanessa Wagner c'est qu'en 2024 c'est l'année où on a le plus écouté de musique environ 40 jours et 40 nuits sur une année entière il y a aussi de très bons chiffres pour les radios musicales comme la radio classique nos amis et voisins de France Musique à cet étage de la maison de la radio qui augmente en termes d'auditeurs et puis il y a aussi l'arrivée de l'IA de l'intelligence artificielle comment vous analysez ça en quelques mots le fait que ce regain peut-être est-ce que vous l'observez aussi et en même temps cette machine qui fabrique des sons la musique est tellement un vecteur justement immédiat d'émotions et de vibrations pour lesquelles on n'a pas besoin forcément d'une grande culture ou d'un bagage familial social etc c'est vraiment quelque chose de très direct et très accessible alors c'est vrai que la musique est partout aujourd'hui parfois de façon peut-être même un peu bien de consommation on va dire c'est un peu le danger mais c'est vrai que pour moi la musique est aussi une façon de communiquer et de parler partout dans le monde sans la frontière du langage sans la frontière de justement quel mot je vais utiliser pour exactement décrire ce que je ressens la musique peut être utilisée comme un message et c'est très émouvant de se dire que ce que je vais enregistrer ici va être écouté partout dans le monde entier sans cette frontière alors après la question de l'IA c'est extrêmement angoissant c'est une question qui dépasse qui dépasse comment dire à la fois la production musicale mais aussi les enjeux sur nos métiers sur ce qu'on va ce qu'on va pouvoir je crois qu'il y a à peu près 20 000 titres générés par des IA qui débarquent chaque jour sur les plateformes de streaming c'est juste considérable et ça aussi au-delà de la dangerosité totale ça questionne aussi sur cette musique au kilomètre qu'on nous fait écouter parce que quand je parle d'émotions de vibrations de choses qui nous remuent de choses qui nous questionnent dans l'interprétation dans ce qu'on ressent en écoutant de la musique c'est sûr qu'un titre généré par une IA ça va être un truc un peu easy listening un peu passe-partout où l'aspérité va disparaître où l'âme humaine qui est derrière chaque interprète va être aplanie et j'ai un peu peur que ça a aussi ça modèle ou ça appauvrisse notre écoute et notre justement notre sensibilité notre vibration à la félure une IA va pas pouvoir transmettre l'espèce de questionnement existentiel qu'on peut entendre parfois chez les grands artistes et à force de nous immerger complètement dans cette musique un peu au kilomètre et qui est copié qui se nourrit de jeux humains c'est vraiment c'est un vrai débat et c'est assez vertigineux on vient d'entendre un extrait de la bande annonce de la leçon de piano par Michael Neiman pour le film de Jane Campion je voulais en parler parce que je crois que c'est aussi en jouant du Michael Neiman que vous vous êtes autorisée à faire ce virage du classique c'est une pièce que j'ai enregistrée sur mon disque Inland et que je joue c'est drôle d'ailleurs parce qu'on venait de parler de l'interprétation et de ce que ça pouvait produire et moi je l'ai enregistrée en 2019 et de façon extrêmement différente de ce qu'on vient d'entendre c'est pas du tout celui qu'on vient d'entendre je suis désolée mais c'est pour dire qu'une interprétation c'est aussi c'est aussi en fait une oeuvre ne vit que que par son interprète et elle est terminée par l'interprète et donc cette petite marge qui fait que l'interprète va terminer l'oeuvre ça va lui donner toute sa couleur toute sa coloration tout son tout le et c'est vrai qu'en entendant ce jeu de Michael Neiman lui-même qui est assez intense percussif et en ayant en mémoire ce que moi j'en ai fait c'est quasiment une autre pièce et c'est assez beau ça de se dire que l'interprète va colorer complètement l'oeuvre d'un créateur merci infiniment je suis désolée c'est déjà terminé puisqu'il est bientôt 8h45 Vanessa Wagner le 7 avril donc au Châtelet à Paris et puis bien sûr ses études pour piano du compositeur américain Philippe Glass paru en octobre chez Infine merci à vous

40:56
Locuteur

merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous merci à vous