Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 11 décembre 2021 19 min

Yaël Braun-Pivet : "Il faut réinventer la politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

L'invité du grand entretien ce matin avec Karine Beccariel, Brun Pivet, bonjour.

0:04
Yaël Braun-Pivet

Bonjour.

0:05
Présentateur

Vous êtes députée La République En Marche des Yvelines, présidente de la Commission des Lois de l'Assemblée Nationale. Avant de parler avec vous de la campagne présidentielle, de la présidence française du Conseil de l'Union Européenne qui va débuter le 1er janvier.

0:18
Intervenant

Pas du Conseil, la présidence de l'Union Européenne.

0:20
Présentateur

De l'Union Européenne. Je voudrais qu'on aborde ces 25 propositions que vous faites pour renforcer le Parlement. Vous les avez publiés il y a 10 jours en association avec la Fondation Jean Jaurès. Vous dites que les Français ne se sentent pas représentés, qu'ils voient le Parlement comme une chambre d'enregistrement. C'est un constat qui n'est pas nouveau. Est-ce que vous savez qui a dit ? Le problème principal, celui qui est posé à l'Assemblée Nationale comme au Parlement tout entier et au gouvernement, demeure celui de l'équilibre à établir entre les pouvoirs. L'Assemblée ne saurait se contenter de devenir une simple chambre d'enregistrement. Fin de citation. C'est une petite colle.

0:59
Yaël Braun-Pivet

Dès le matin, ça commence bien. Écoutez, non, mais je crois que j'aurais pu le dire.

1:03
Présentateur

Alors dites-moi tout. Jacques Chabondelmas, alors président de l'Assemblée Nationale en 1961 dans une déclaration prémonitoire. D'où ma question, est-ce que cette République, la Vème, est réformable ? Ne vaut-il pas mieux tout simplement en changer ?

1:16
Yaël Braun-Pivet

Justement, c'est le parti pris de mes propositions et du rapport. C'est que je considère que la Vème République est réformable. Je pense que bien loin, justement, de grandes réformes cataclysmiques dont on ne sait pas bien ce qu'elles donneraient très concrètement, donc une VIème République ou un changement de régime, moi je crois que le cadre que nous avons est le bon, mais qu'il faut le modifier, qu'il faut modifier un certain nombre de règles pour justement renforcer l'équilibre du pouvoir et donner aux Français le Parlement qu'ils attendent et qu'ils méritent.

1:48
Présentateur

On peut changer les règles ? Vous pensez encore qu'une réforme constitutionnelle sera possible un jour ? Un jour, je ne parle même pas de ce quinquennat. Emmanuel Macron a tenté de réformer le Sénat, il a échoué, il a renoncé à introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives et le sort a été le même.

2:03
Yaël Braun-Pivet

Alors une réforme constitutionnelle est toujours possible, nous en avons conduit 24 depuis 1958, donc ce qui montre bien qu'on peut le faire. Maintenant, il n'y a pas que des règles constitutionnelles à changer, il y a aussi une question de pratique. Finalement, on peut s'imposer des règles et le gouvernement pourrait s'imposer un certain nombre de règles pour rééquilibrer ses pouvoirs. On peut penser à la prévisibilité de nos travaux, on peut penser au temps d'examens des textes.

2:30
Présentateur

Ça veut dire quoi, c'est la prévisibilité des travaux ?

2:32
Yaël Braun-Pivet

Eh bien c'est dire, finalement, sur une année, il faudrait que le gouvernement dise au Parlement, mais dise également aux Français, quelles sont les grandes réformes qu'il entend conduire devant le Parlement, de telle sorte que nous puissions faire des débats, faire des conventions citoyennes, saisir le CESE, organiser des débats dans nos circonscriptions sur le territoire, nous parlementaires faire des missions d'information pour essayer de déblayer un petit peu le terrain. Bref, travailler très en amont les sujets pour les faire infuser dans la société, pour essayer de créer des consensus politiques.

Ça, il faudrait une réforme constitutionnelle, mais finalement, il suffit aussi que le gouvernement se l'astreigne et décide de se fixer lui-même un certain nombre de règles dans un dialogue constructif entre le Parlement et le gouvernement.

3:18
Intervenant

Mais Yael Brune-Pivet, c'est un peu ce que vous aviez promis quand même. Les députés macronistes, ces novices de la vie politique, on les appelait comme ça au tout début en 2017, devaient tout changer quand même en arrivant à l'Assemblée, pas simplement les visages, on devait changer aussi le fonctionnement. Quatre ans et demi après, est-ce que vous avez réussi un petit peu à modifier les choses ? Qu'est-ce qui restera du macronisme, en tout cas du macronisme premier mandat, à l'Assemblée nationale ?

3:42
Yaël Braun-Pivet

On a changé beaucoup tout de suite en arrivant. Nous avons adopté une grande loi qui s'appelle la loi confiance dans la vie publique, dans laquelle nous avons interdit les emplois familiaux. C'était la suite de l'affaire Fillon. Nous avons réformé les conflits d'intérêts. Nous avons supprimé la réserve parlementaire. Les députés aujourd'hui n'arrosent plus leur territoire d'argent qui vient de l'État et donc de l'impôt des Français. Nous avons pris des mesures très fortes pour justement changer la façon dont les députés exerçaient leur mandat. Mais dans la fabrication de la loi ? Et dans la fabrication de la loi, nous avons effectivement, les règles n'ont pas changé.

Moi, j'ai adopté un certain nombre de nouvelles façons de faire à la Commission des lois, notamment en essayant de me saisir des sujets en amont pour créer des consensus, et nous y avons réussi. Moi, j'ai emmené la Commission des lois sur le terrain. Ça ne se faisait pas. La Commission des lois s'est réunie à la maison d'arrêt de Freyne, a visité ensemble des commissariats, des centres de rétention, a été à la Cour européenne des droits de l'homme. Donc le terrain, plus de terrain, plus de concertation. Mais je pense qu'il faut aller encore plus loin. Mais la révolution promise, vous avez le sentiment que les Français l'ont perçue ? La révolution, malheureusement, ne se fait pas en un jour.

Moi, je sens effectivement qu'il y a toujours cette défiance des Français vis-à-vis de leurs représentants. Et donc, il faut inlassablement chercher à renouer ce lien. Ça passe par la loi, ça passe par des pratiques, ça passe par un contact direct avec eux. Il y a beaucoup à faire. Beaucoup à faire aussi sur le plan de la participation citoyenne, baisser les seuils de référendum, etc. Donc, encore, vraiment, moi, je crois fondamentalement que l'attente de nos concitoyens est très forte et que nous devons être à la hauteur. Et donc, sans cesse, essayer de réformer pour répondre au mieux à leur attente.

5:23
Présentateur

Est-ce que ça passe aussi par une meilleure représentation des Français d'un point de vue sociologique ? Seulement deux députés de l'Assemblée nationale se disent ouvriers. Il y a une poignée d'employés seulement. Est-ce que ça va changer, notamment dans les investitures pour les prochaines élections législatives ? Est-ce que vous allez en tenir compte ?

5:38
Yaël Braun-Pivet

Vous avez raison. L'Assemblée doit représenter au mieux la nation. Grâce à nous, nous avons fait rentrer beaucoup de jeunes à l'Assemblée. Nous avons fait rentrer beaucoup de femmes à l'Assemblée, ce qui n'était pas le cas. Donc, nous avons une meilleure représentation. Mais effectivement, le point noir reste cette représentation ouvrière parce que nous avons autrement des agriculteurs, des enseignants, etc. Alors, c'est une question d'investiture. Pour le coup, c'est vraiment une question d'investiture. Non, mais c'est une question de casting. Il faut aller chercher des gens. Est-ce que vous êtes en train de chercher des gens ?

Souvent, ce sont des personnes qui peuvent s'investir plus dans le monde syndical que dans le monde politique. Il faut favoriser les ponts. Il faut aller chercher les gens comme on a été chercher la société civile en 2017. Et moi, c'est ainsi que cela s'est fait. Donc, continuons pour avoir une Assemblée

6:22
Intervenant

qui représente au mieux les Français. Alors, vous parliez à l'instant de la parité. Vous disiez, voilà, il y a beaucoup plus de femmes à l'Assemblée. Ce qui est juste. En même temps, je reste dans mon idée de grande promesse de départ. La grande promesse de la transformation de la vie politique n'a pas été complètement tenue, en tout cas complètement perçue peut-être. Il y a donc cette autre promesse qui a été partiellement respectée, me semble-t-il, celle de la parité. Parce que, bah, pas de femmes à l'Elysée, pas de femmes à Matignon, pas de femmes à la présidence de l'Assemblée nationale.

Dès qu'il s'agit de postes à très haute responsabilité, vous avez fonctionné finalement comme un vieux parti. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ?

6:57
Yaël Braun-Pivet

Alors, je vous arrête. Moi, j'exerce, en tout cas, j'ai le sentiment d'exercer un poste à haute responsabilité à l'Assemblée nationale en président de la Commission des lois. Et je suis seulement la deuxième femme présidente de la Commission des lois dans toute l'histoire de la Vème République. Et c'est sous notre mandature que cela arrive. La présidente de la Commission de la Défense est également une femme à l'Assemblée. Donc vous êtes satisfaite ? Nous avons fait beaucoup. Il faut le reconnaître parce que c'est important. Et ça n'était pas facile parce que, justement, les femmes s'engagent moins, elles viennent moins aux responsabilités.

Vous savez, aujourd'hui, en 2020, nous n'avons toujours que 20% de femmes mères. Et donc, ça veut dire que la route n'est pas finie, même si on a fait beaucoup. Mais il y a encore cette fameuse derrière-marche à franchir. Et donc, je ne me satisfais pas de ce que nous avons fait parce qu'il faut aller plus loin. Mais il faut aller plus loin dans tous les domaines. Dans le monde économique, nous n'avons encore qu'une seule entreprise dirigée par une femme dans le CAC 40. Nous venons de faire une loi sur l'égalité professionnelle homme-femme parce qu'il fallait aller plus loin. Il faut aller plus loin dans le monde politique, évidemment. Il faut aller plus loin dans nos institutions.

Nous avons commencé, le président de la République, à nommer une femme défenseur des droits. C'était la première fois. Maintenant, il nous faut des femmes. Présidente du Conseil constitutionnel, présidente de la Cour des comptes, présidente du Conseil d'État. Première ministre, présidente de l'Assemblée, du Sénat. Donc, nous avons encore cette fameuse marche à franchir. Et donc, c'est pour ça que nous, les femmes, qui sommes aujourd'hui aux responsabilités, notre rôle, finalement, c'est de garder la porte grande ouverte pour toutes les autres, pour leur dire rentrer, venez, on a encore un bout de chemin à parcourir ensemble.

8:31
Présentateur

Vous parliez de la présidence de l'Assemblée nationale. Vous avez été candidate en 2018 à cette présidence. Ça a duré deux jours face à Richard Ferrand qui, finalement, a été élu. À ce moment-là, vous avez touché le plafond de verre ?

8:44
Yaël Braun-Pivet

Moi, je crois qu'à ce moment-là, personnellement, c'était une mission qui m'intéressait. Maintenant, j'ai considéré... Elle vous intéresse plus ? Alors, si, elle m'intéresse toujours, parce que les institutions m'intéressent. Mais c'est vrai qu'à l'époque, j'ai considéré que Richard Ferrand était le mieux placé pour exercer cette mission. Et l'histoire m'a donné raison, puisqu'il a été un formidable président de l'Assemblée nationale.

9:07
Présentateur

Pour venir sur la campagne présidentielle en cours, on parlait des difficultés qu'a eues la République en marche à faire émerger des femmes à des postes à responsabilité, par exemple, la présidence de l'Assemblée nationale. LR a désigné Valérie Pécresse comme candidate pour cette élection présidentielle. Elle a passé cette semaine à rallier ses concurrents battus. Elle était hier dans le Nord avec Xavier Bertrand. Est-ce que c'est un atout pour LR, aujourd'hui, d'avoir une femme comme candidate ?

9:33
Yaël Braun-Pivet

On voit aujourd'hui, effectivement, que c'est... Je viens de dire, cette fameuse marche est à franchir. Eh bien, certains partis l'affranchissent démocratiquement, puisque ce sont des élections au PS, au Rassemblement national, les LR aujourd'hui. Donc, je crois que pour les femmes politiques, en tout cas, ce sont des bonnes nouvelles.

9:53
Intervenant

Mais est-ce que ça complique, du coup, la campagne pour Emmanuel Macron ?

9:57
Yaël Braun-Pivet

Je ne crois pas, parce qu'une campagne présidentielle ne se joue pas sur le sexe du candidat. Elle se joue sur un projet, sur quel avenir on souhaite proposer aux Français. Nous, on attend, bien évidemment, avec un peu d'impatience, le projet que portera Valérie Pécresse pour la France, puisqu'on voit qu'il y a des lignes tellement divergentes qui s'affrontent chez les Républicains. Nous, ce qui est sûr, c'est que chez nous, la ligne est très claire. Elle est limpide, j'allais dire. Nous sommes des démocrates, nous sommes pro-européens. Nous parlerons de la présidence de l'Europe, j'imagine, dans un instant. Et nous sommes surtout rassemblés et unis.

10:37
Intervenant

Et c'est ça qui m'importe aujourd'hui. Bah tiens, parlons de l'Europe. Vous avez raison, Emmanuel Macron a présenté jeudi ses ambitions pour la présidence française de l'Union européenne, qui va durer six mois à partir de janvier prochain. Donc c'est demain. Il a égrené beaucoup de dossiers. Qu'est-ce qu'il aura vraiment le temps de faire d'ici à sa candidature à l'élection présidentielle ? Fin février, mi-mars ? Qu'est-ce qu'il aura vraiment le temps de faire en deux mois et demi ?

11:02
Yaël Braun-Pivet

Alors ça n'est pas en deux mois et demi et il n'est pas tout seul. Il n'est pas tout seul. Chaque ministre va être en charge de ses domaines de compétences. J'ai vu la passation de pouvoir d'Éric Dupond-Moretti récemment. Donc voilà, chacun va se mettre à la tâche. Tout le monde est mobilisé. Le Parlement est mobilisé. Les ministres sont mobilisés.

11:23
Intervenant

On est d'accord que les ministres, à un moment donné, quand il y aura un nouveau président, ou même si Emmanuel Macron était réélu, il va changer probablement de gouvernement, les ministres vont changer aussi. Donc il y a quand même très peu de temps pour être efficace dans cette présidence française. Pourquoi ne pas avoir accepté finalement de la refuser, pour la reporter comme on l'avait proposé à la France, comme notamment la présidente de la Commission européenne l'avait proposé à la France ? Parce qu'une présidence française de l'Union européenne,

11:50
Yaël Braun-Pivet

ça se prépare dans le temps. Le président, lui, était et est toujours le seul à être vraiment européen convaincu et à porter ces sujets au niveau de l'Europe, qu'il n'y a pas une minute à perdre. Et moi, je crois que compte tenu justement des enjeux européens, il faut agir, il faut agir tout de suite. Et c'est le sens de la présidence du Conseil de l'Europe, du président de la République. Moi, je crois qu'il ne faut pas tergiverser, il ne faut pas attendre, il faut avoir une action résolue. Et encore une fois, on sait bien, on a vu pour les vaccins, on voit sur l'écologie, on voit sur l'imposition, le niveau européen est le niveau pertinent pour avoir une action efficace.

Donc il ne faut pas se passer de ce niveau et ne surtout pas botter en touche et essayer de retarder les choses parce que ça serait défavoriser la France et les Français.

12:41
Intervenant

Mais vous ne répondez pas à ma question. Vous avez raison, ça va permettre à Emmanuel Macron de parler d'Europe. Mais qu'est-ce qu'il va pouvoir faire concrètement pendant deux mois et demi ?

12:48
Yaël Braun-Pivet

Il a exposé sa feuille de route européenne qui est extrêmement ambitieuse. Il va agir, il va mettre tous ses chantiers sur la table et ses chantiers vont pouvoir aboutir semaine après semaine. Chaque pas qui est fait sur ces sujets, chaque pas qui est fait en Europe est bon pour nous et bon pour l'Europe. Donc n'attendons pas et ne soyons pas en train de piétiner bêtement. Allons-y franchement. Et c'est ce que fait le Président.

13:15
Présentateur

Yael Broun-Pivet, vous êtes député La République En Marche des Yvelines. Emmanuel Macron était en déplacement dans le Cher, dans l'Allier également cette semaine. Il a fait le constat d'une lassitude démocratique chez les Français. Est-ce que c'est aussi un constat que vous faites et qui peut expliquer notamment l'abstention massive qui a touché les dernières élections départementales et régionales ?

13:36
Yaël Braun-Pivet

Alors une lassitude effectivement qui malheureusement est constante dans le temps et même tend à s'aggraver. Donc c'est pour ça que nous nous en sommes saisis à l'Assemblée nationale à travers une mission qu'a souhaitée Richard Ferrand, son président. Effectivement on le constate, on constate une lassitude, on constate une déception aussi envers les politiques, un fossé qui se creuse.

13:59
Présentateur

C'est un constat d'échec ça que vous faites pour votre action au terme d'un mandat de député ?

14:04
Yaël Braun-Pivet

C'est un constat d'échec que toute la classe politique fait et encore une fois qui ne date malheureusement pas d'hier. Parfois on a le sentiment que nous, hommes et femmes politiques, nous n'existons pas dans le paysage des Français ou dans le paysage de certains Français. Surtout les jeunes. Ils ne nous connaissent pas, c'est ça que vous voulez dire ? Les jeunes, ils ne nous connaissent pas mais ils trouvent qu'en fait on ne sert à rien. Moi c'est beaucoup ça qui ressort des échanges avec les jeunes, 18, 20 ans, 25 ans, dont 80% s'abstient. Ils ne savent même pas parfois qu'il y a des élections. Donc on a un fossé considérable qu'il nous faut combler. Comment on va les chercher ?

14:41
Intervenant

Tous ces jeunes-là ?

14:42
Yaël Braun-Pivet

Les jeunes, c'est ce que l'on propose dans le rapport et c'est ce que j'essaye de faire le plus possible. Il faut aller les chercher, il faut les éduquer à la citoyenneté. Il faut leur dire que la politique, c'est le vivre ensemble et que ce vivre ensemble, il concerne chacun et que chacun doit se prononcer et s'engager et parfois même candidater pour pouvoir tenir les rênes. Et donc il faut leur en parler, c'est les cours d'éducation civile à l'école. Il faut aller les voir. Moi je vais quasiment toutes les semaines dans les collèges, dans les lycées pour parler à nos jeunes. Il faut probablement plus les impliquer à travers les conseils de vie lycéenne, collégienne, etc.

Et puis il faut aller les toucher sur leur réseau. Il faut communiquer sur les réseaux qu'ils fréquentent. Donc Instagram, Snapchat, TikTok. Moderniser nos outils. C'est vrai que la propagande électorale qui leur arrive dans une enveloppe recyclée, ce n'est pas hyper glamour. Donc communiquer via Internet, peut-être par vidéo plus que par format papier. Bref, il faut réinventer la politique au XXIe siècle dans les modalités, dans les formes d'expression qu'elle peut avoir pour essayer d'aller chercher nos jeunes. Puis chaque parent a un rôle à jouer. Moi quand j'étais petite, mes parents m'ont emmené voter. On allait tous dans l'isoloir.

Moi je vois beaucoup moins d'enfants aujourd'hui quand je tiens les bureaux de vote. C'est dommage, parce que c'est ça aussi l'éducation à la citoyenneté.

16:09
Intervenant

Je reviens rapidement sur la lassitude que le Président a perçue chez les Français. Selon vous, qu'est-ce qui est le plus dangereux démocratiquement ? La lassitude ou la colère ? Comment on répond à la lassitude ?

16:21
Yaël Braun-Pivet

Démocratiquement, moi c'est la lassitude, parce que c'est beaucoup plus facile de discuter, d'échanger avec des personnes qui expriment quelque chose, fût-ce-t-il une colère ou une rancœur ? Parce que là, vous pouvez argumenter, vous pouvez discuter, vous pouvez échanger, mais des gens qui sont lass, qui considèrent que vous n'existez pas et que vous ne servez à rien, c'est beaucoup plus difficile d'aller les chercher. Et donc pour moi, c'est ça démocratiquement qui est plus inquiétant.

16:49
Présentateur

Yael Brown-Pivet, vous vous rendez régulièrement en prison en tant que député. Le confinement a permis en partie de diminuer le nombre de détenus en France. Un peu plus de 58 000 détenus en juillet 2020. Vous vous écriviez alors, ne laissons pas les prisons se remplir à nouveau. On en est au 1er novembre à 69 812 détenus. On est revenu même un peu au-dessus du niveau qui était celui qu'on connaissait en juin 2017 après l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée. On emprisonne toujours trop en France ?

17:18
Yaël Braun-Pivet

On emprisonne beaucoup. On emprisonne plus qu'avant. On a des chiffres justement qui viennent de sortir de l'INSEE qui montrent qu'aujourd'hui, les peines sont plus longues qu'avant et qu'il y en a plus. Donc contrairement à une idée reçue. Maintenant, je pense que surtout, il faut qu'on emprisonne beaucoup mieux, qu'on ait des prisons plus adaptées aux peines, plus adaptées à ce que l'on veut y faire. On a encore aujourd'hui en France trop d'uniformité dans nos modes d'emprisonnement. Et donc, ça gêne l'efficacité.

Il faut bien savoir que lorsque l'on souhaite avoir une réponse pénale, le sujet, c'est évidemment la punition, mais c'est aussi comment on a la réponse pénale la mieux adaptée pour que la personne ne récidive pas derrière. C'est comme ça que vous allez protéger la société. Donc l'enjeu de mieux l'enfermer, Le changement est difficile dans la matière. On a ce sentiment-là. Le changement est difficile. Moi, j'avais mené des groupes de travail avec justement l'opposition pour voir ce qui nous rassemblait.

Et ce qui nous rassemblait, c'était justement au moins cette idée de se dire il faut des centres de détention adaptés, beaucoup plus adaptés à la personnalité des gens, à la durée de la peine, à ce que l'on veut y faire pour travailler sur la désintoxication, sur le travail, sur la formation, etc. Et c'est ce à quoi nous devons nous atteler maintenant, mais tous ensemble.

18:31
Présentateur

Merci à vous, Yael Brown-Pivet, députée La République En Marche des Yvelines, présidente de la Commission des lois de l'Assemblée nationale. Bonne journée à vous.

18:39
Yaël Braun-Pivet

Merci.

Yaël Braun-Pivet : "Il faut réinventer la politique" — Yaël Braun-Pivet · Pourquijevote