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ChroniqueFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 6 mai 2026 3 minAutoproduitDivertissement

La guerre, drogue dure des nations

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Présentateur

6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, Trump est un génie. C'est vous qui le dites ! Non, c'est vrai que l'on ne se rend pas compte à quel point la guerre que Donald Trump a déclenchée contre l'Iran en compagnie de Benjamin Netanyahou est innovante sur le plan stratégique. Innovante au point d'ouvrir une nouvelle page des manuels de stratégie, quelque part entre Carl von Clausewitz, l'art de la guerre, et les poupées russes. Car nous sommes peut-être entrés dans une ère totalement nouvelle, celle de la guerre gigogne, comme le dit très justement l'humoriste israélien Yoaï Sponder.

Nous vivons désormais la première babouchkawar de l'histoire contemporaine. Alors le plus fascinant, c'est qu'on ne sait même plus très bien quelle guerre est censée expliquer l'autre. Alors bien sûr, tout a commencé le 7 octobre 2023, mais le 7 octobre lui-même arrive après les intifadas, après la guerre du Kippour, après la guerre du Sejour, après 1948. Et si vous voulez aussi, on peut poursuivre les ottomans, les croisés, les Omeyades, Abraham lui-même disputant déjà un bout de désert. La nouveauté stratégique, elle est ailleurs.

Alors, jadis, une guerre était censée produire un nouvel ordre, désormais la guerre sert à retrouver la situation qui existait avant le déclenchement de la guerre. Regardez le détroit d'Hormuz, que cherche-t-on aujourd'hui ? Garantir la liberté de circulation maritime, liberté qui existait précisément avant le début de la guerre, de la guerre, de la guerre, parce que désormais, les guerres s'additionnent. C'est tout de même un prodige intellectuel, déclencher un embrasement régional afin de revenir à l'état antérieur à l'embrasement régional. C'est comme essayer de décrocher de la kétamine en prenant de la cocaïne.

Lorsqu'une guerre commence, elle crée immédiatement ses propres raisons de continuer. Très vite, il ne s'agit plus d'atteindre un objectif précis, mais de justifier les morts précédentes, les dépenses précédentes, les humiliations précédentes. La guerre devient alors autonome, elle devient une chose mentale, comme disait Marx au fond. La guerre moderne ressemble désormais à une série dont personne ne connaît la fin, mais dont beaucoup de gens réclament la saison suivante. Et c'est là que l'on redécouvre une vérité très ancienne. La guerre est la drogue dure des nations, elle simplifie le réel, elle donne le sentiment d'un destin collectif.

Mais lorsque l'on entre dans une guerre, dans une guerre, dans une guerre, c'est encore mieux ou encore pire. On ne sait plus très bien ce qui relève de la stratégie, de la fuite en avant ou de la simple addiction. Et l'on découvre qu'il est infiniment plus difficile de sortir d'une guerre gigogne que d'y entrer. Les matins de France Culture