Pénurie de carburant : "On est à un niveau d'approvisionnement très très bas", affirme l'économiste Anna Créti
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Questions et réponses
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Quel en est l'impact ? Est-ce que c'est vraiment de nature à améliorer la situation ?
- 1:16OuverteRéponse directe
Ça veut dire que ça va améliorer la situation dans toute la région ou même au-delà ?
- 1:49OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il prend du temps, c'est l'acheminement après ou expliquez-nous de redémarrer l'activité ? C'est rapide ?
- 2:42OuverteRéponse directe
Actuellement il y a six raffineries touchées par ce mouvement de grève. C'est quasiment tout le parc qui est à l'arrêt ?
- 3:12OuverteRéponse directe
Pourquoi l'ouest de la France semble relativement épargné ? Comment ça s'explique ?
- 3:50OuverteRéponse directe
Les stocks stratégiques, de quoi s'agit-il également ? Il y a quoi à l'intérieur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On est à un niveau d'approvisionnement régulier qui est très très bas. »
- 4:08InvitéChiffre
« Il s'agit d'un stock qui couvre trois mois de consommation de l'intégralité des produits pétroliers. »
- 5:47InvitéChiffre
« 8 aujourd'hui ? Oui, absolument. »
- 6:09InvitéChiffre
« La France, en temps normal, importe presque la moitié des produits raffinés. »
- 6:28InvitéFait
« Le principal pays duquel on importe, c'est la Russie. »
- 6:57InvitéFait
« Concernant en particulier les flux à destination de la France, oui, il s'agit effectivement d'une fermeture totale de l'approvisionnement russe. »
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Emmanuel Macron promet un retour à la normale dans les stations-service dans le courant de la semaine prochaine. Mais pour l'instant, la grève se poursuit dans six raffineries. Bonjour Anne Créty. Bonjour. Vous êtes économiste, professeur titulaire à l'université Paris-Dauphine. Le conflit s'enlise, mais les premiers salariés réquisitionnés ont commencé à rouvrir les vannes hier soir dans le dépôt Esso de Port-Jérôme. Quel en est l'impact ? Est-ce que c'est vraiment de nature à améliorer la situation ?
Ça va avoir un impact parce qu'il s'agit d'une des plus grandes raffineries en termes de capacité de raffinage. Ce que les salariés vont devoir faire, c'est d'acheminer les stocks bloqués jusqu'à présent dans les raffineries, dans les réseaux de commercialisation et de distribution. Donc l'opération en soi va prendre du temps parce que ce sont des flux qui sont transportés après par des camions-citernes. Donc il faut après organiser toute la logistique d'approvisionnement, les remplissages des cuves et aussi les tournées, si vous voulez, de ces camions-citernes. Donc ce n'est pas quelque chose qui peut s'améliorer vraiment dans les prochaines heures.
Il faudra attendre que la normale revienne tout au long de la chaîne, donc il faut encore attendre.
Et là, ce dépôt de Port-Jérôme se trouve en Normandie. Ça veut dire que ça va améliorer la situation dans toute la région ou même au-delà ?
La distribution de carburant est essentiellement un marché régional. C'est d'ailleurs ce qui explique aussi le fait qu'il y a parfois des différences dans les prix des produits d'essence ou de gasoil en France. Donc il s'agit à nouveau d'une amélioration qui va toucher essentiellement la région à côté de la raffinerie qui redevient opérationnelle.
Emmanuel Macron, vous l'avez sans doute entendu hier soir, il promet un retour à la normale pour la semaine prochaine. On vient de l'évoquer avec vous, mais c'est globalement rapide de relancer une raffinerie. Est-ce qu'il prend du temps, c'est l'acheminement après ou expliquez-nous de redémarrer l'activité ? C'est rapide ?
Il y a deux éléments qui doivent être pris en compte. D'abord, le fait que les raffineries soient bloquées, ça veut dire que déjà les cycles du raffinage doivent reprendre. Donc à nouveau, c'est une opération qui est relativement lente parce que monter en puissance également pour des contraintes de sûreté ne peut pas se faire de façon immédiate. Et ensuite, oui, relancer la logistique. Donc étant donné la situation actuelle, la reprise à la normale va être échelonnée sur un pas de temps qui peut être estimé au moins de 4-5 jours. Et plus on tarde à remettre tout en circulation, plus le retour à la normale sera long.
Alors faisons le point, actuellement il y a six raffineries, c'est ça qui sont touchées par ce mouvement de grève. C'est quasiment tout le parc qui est à l'arrêt ?
On a, en France métropolitaine, huit raffineries. Donc il y en a deux qui sont opérationnelles. Une qui appartient à la société Petroïneos et une autre raffinerie qui est du réseau Total Energy mais qui produit du biodiesel. Donc c'est vrai qu'on est à un niveau d'approvisionnement régulier qui est très très bas. Et pourquoi l'ouest de la France semble relativement épargné ? Comment ça s'explique ? D'une part parce que justement c'est là où se trouve la région d'approvisionnement de la raffinerie qui n'est pas touchée par ces mouvements de grève. Et donc cette raffinerie ne peut que servir cette région.
Et après il y a des spécificités également du marché local qui sont probablement en fait une densité d'habitation plus élevée. Donc un besoin peut-être plus concentré également autour de la raffinerie. Et les stocks stratégiques, on en parle beaucoup en ce moment. De quoi s'agit-il également ? Il y a quoi à l'intérieur ? Les stocks stratégiques sont une obligation que la France, comme tout pays qui adhère à l'Agence Internationale de l'Énergie, a désormais fixé depuis les années 80 et a augmenté dans les années 90. Il s'agit d'un stock qui couvre trois mois de consommation de l'intégralité des produits pétroliers. Donc pas que des carburants ?
Là-dedans il y a du pétrole brut et aussi des carburants. Il y a plusieurs sites qui conservent un peu ces stocks stratégiques qui sont un peu partout en France. Et ils sont vraiment en priorité dédiés à des situations où on a plutôt des ruptures d'approvisionnement en amont de la chaîne pétrolière.
Et qui les gère ? Qui s'en occupe de ces stocks ? Ils ne peuvent absolument pas être touchés par la grève ?
C'est impossible ? Non, absolument pas. En fait, l'obligation des stocks stratégiques concerne les opérateurs de commercialisation et distribution. Donc effectivement les mêmes sociétés qui sont touchées par la grève. Mais les stocks stratégiques sont gérés à 60% par une société tierce qui reçoit ces stocks et qui ne peut pas les mobiliser à son gré. C'est une décision du gouvernement qui fait que ces stocks sont mobilisés, ils sont sanctuarisés en fait dans des sites dédiés.
Anna Créty, la France est-elle autosuffisante en temps normal ? Bien sûr pas en ce moment en période de grève. Est-ce que la production de nos raffineries suffit à assurer nos besoins ?
Non, parce que, et c'est le cas de la plupart des pays européens, progressivement depuis 2008-2009, on a fermé les raffineries. En France, il y en avait 24.
24 en 2008 ?
Oui. 8 aujourd'hui ? Oui, absolument. Et donc la raison première, c'est le manque de profitabilité du raffinage dans la mesure où on ne produit pas de pétrole. Donc le fait de devoir de toute façon importer déjà le pétrole brut fait qu'il est économiquement plus intéressant d'importer également des produits raffinés. Et donc la France, en temps normal, importe presque la moitié des produits raffinés, avec quelques exceptions. Par exemple, en temps normal, on exporte un tout petit peu d'essence. Donc ça dépend vraiment de la localisation aussi des raffineries. Et encore une fois, le principal pays duquel on importe, c'est la Russie.
C'est ce que j'allais vous demander, ils viennent d'où nos carburants, les carburants qu'on importe ? Ils viennent d'où et justement, je pense que c'est l'une des raisons pour lesquelles il est vraiment très important de ne pas toucher aux stocks stratégiques. Parce que la perspective d'avoir un embargo qui va commencer bientôt, en décembre, fait que ces stocks stratégiques sont particulièrement importants. Ça veut dire que la France et plus globalement l'Europe vont devoir apprendre à se passer des raffineries russes ? C'est le cas. Donc pour l'instant, on aura un embargo un peu partiel.
Mais concernant en particulier les flux à destination de la France, oui, il s'agit effectivement d'une fermeture totale de l'approvisionnement russe.
Ce que cette crise nous montre, c'est l'immense dépendance qu'on a encore aux énergies fossiles pour nous déplacer. On n'en est pas encore à la transition.
Absolument. Cela nous montre, je pense, deux éléments. D'une part, la violence à laquelle les manifestations se font chez les consommateurs qui ne peuvent pas s'approvisionner, montre aussi à quel point nos vies sont liées, de façon presque toxique, je dirais, au secteur du transport, à la mobilité très diffuse. Et d'autre part, le fait qu'il s'agit quand même d'une chaîne qui est relativement fragile parce qu'exposée encore à l'importation. Donc deux bonnes raisons d'accélérer là aussi sur la transition.
Merci Anna Créty, professeure d'économie titulaire à l'université Paris-Dauphine. Vous étiez l'invité du 5-7.