Jean-Baptiste Marteau : "Dire ouvertement 'je suis homosexuel' quand on est un élu, c'est prendre un risque"
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Il est 6h22, on remonte le temps. Janvier 2024, Gabriel Attal, nouveau chef du gouvernement, est à la tribune de l'Assemblée nationale.
Être français en 2024, c'est pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité. Bonjour Jean-Baptiste Marteau.
Bonjour Mathilde Munoz.
Cette phrase, c'est ce qui vous a donné envie de réaliser un documentaire sur l'homosexualité en politique. Il sera diffusé ce soir sur France 5. Vous êtes journaliste à France Télévisions, vous présentez la matinale de France Info. En ce moment, vous êtes le tout nouveau joker du journal de 20h de France 2. Pourquoi c'est cette séquence avec Gabriel Attal qui a créé le déclic ?
Quand je l'ai entendue devant ma télévision, je me suis dit que cette phrase, il y avait quelque chose qui avait changé. Il y a 10 ans, on n'aurait pas pu la prononcer. On était en plein débat du mariage pour tous, avec beaucoup de violence de part et d'autre. Là, je dis qu'un Premier ministre dans ce cadre extrêmement solennel de la déclaration de politique générale puisse dire en France en 2024, on peut être Premier ministre et ouvertement homosexuel. Là, je me dis qu'il y a quelque chose qui a changé. Et donc, j'ai voulu aller creuser avec Renaud Saint-Créic, avec Katia Maxime, notre productrice pour France Téléstudio, et d'essayer de voir si les choses avaient vraiment changé.
Oui et non.
Et ce qui est bien, c'est que vous n'avez pas que des personnalités politiques de premier plan, des gens connus comme Gabriel Attal, comme Bertrand Delanoé aussi, l'ancien maire de Paris. Non, vous avez interrogé plusieurs élus de tous bords politiques. D'ailleurs, des hommes, des femmes, parfois maires de petits villages. Est-ce qu'ils vous en parlaient facilement ?
Non, il a fallu les convaincre. Ça a pris parfois du temps parce que c'est quelque chose d'extrêmement personnel. Et puis, ce n'est pas facile. En 2025 encore, dire ouvertement, je suis homosexuel quand on est un élu de la République ou quand on est candidat à quelque chose, c'est prendre un risque. Parce qu'il y a encore aujourd'hui, selon un sondage, un peu plus de 34% des Français qui se diraient gênés de voter pour un candidat ouvertement homosexuel à la présidentielle. Donc, c'est un risque pour eux. Ils n'ont pas grand-chose à gagner. Ils ont des coûts supplémentaires à prendre.
Et pourtant, ce sont tous des élus qui avaient déjà fait part de l'hormosexualité. Ils ne l'ont pas fait dans votre documentaire.
Oui, mais en parler, même pour Gabriel Attal et pour d'autres, le dire à la télévision dans ce cadre d'un documentaire, c'est quelque chose de encore difficile, puisque sur lequel, évidemment, ils vont revenir longuement. Il y en a aussi beaucoup qui nous ont dit non. Il faut le dire parce qu'ils n'étaient pas prêts, tout simplement. Et je le respecte complètement, je le comprends. Des hommes, des femmes de premier plan ou des élus ruraux, comme vous le disiez, qui nous disent non, là, c'est bien, mais je ne suis pas prêt, je ne peux pas.
Et donc, ça montre en fait que votre mère a tort, puisqu'elle dit qu'un coming-out politique, c'est un non-événement. Non, ce n'est pas anodin.
Non, d'ailleurs, même Gabriel Attal pensait... Pour l'avouer votre mère dans le documentaire. Exactement, c'est un film assez personnel, où je reviens moi aussi sur mon coming-out il y a 20 ans, et le regard du passionné de politique que j'étais, que je suis toujours, quand je voyais la classe politique à l'époque, où je me disais non, mais j'adore ça, mais je ne m'y retrouve pas dedans. Non, je n'ai que des élus hétérosexuels, plutôt hommes, où moi, je ne peux pas...
Il y en a d'autres, d'ailleurs, qui le disent dans votre documentaire, je n'avais pas de modèle, il n'y avait personne...
Mais c'est là où c'est très important que des hommes politiques, femmes et hommes, bien sûr, prennent la parole publiquement, pour dire aux jeunes et aux moins jeunes, vous pouvez vous aussi prétendre à une carrière politique, ou dans le journalisme, les médias, le cinéma, le sport, je ne sais pas, quel que soit le domaine, on a besoin de modèles, de référents pour se construire. Et en politique, il y en avait très peu.
Et celui qui a ouvert la voie, c'est Bertrand Delanoé.
Ah oui, je pense que lui, ça a été... Je me souviens que j'avais 15 ans à l'époque, je le regarde, alors il n'est que numéro 3 du PS à l'époque.
On en a 98, et c'est à la télé sur M6, en plein débat sur le PAX, avec des luges d'homophobie partout, c'était quelque chose de violent.
Il n'est pas encore maire de Paris, c'est-à-dire qu'il veut devenir maire de Paris 3 ans plus tard, et donc d'ailleurs, quand il fait ce coming-out sur M6 en prime time, tout le monde se dit, c'est sympa, mais il est grillé. Jamais il ne deviendra maire de Paris. Et donc le fait qu'il soit élu 3 ans plus tard, là ça montre que déjà il y avait un premier pas qui a été franchi, et c'était vraiment un événement considérable. Il faut se souvenir qu'il y a 20 ans, quand il fait ce coming-out, Bertrand Delanoé, on en parle le lendemain dans tous les journaux, dans toutes les matinales, c'est un événement.
Et alors dans ce documentaire, vous avez réussi à voir donc des élus de tous bords politiques ?
Oui, c'était effectivement une des particularités du documentaire, on voulait qu'il y ait toutes les sensibilités représentées, alors certains partis plus ou moins facilement que d'autres, parce que ce n'est pas évident d'en parler, y compris, ce n'est pas qu'au RN, c'est difficile d'en parler. Au RN, vous avez Jean-Philippe Tanguy notamment,
qui lui, comme argument, il dit qu'il ne faut pas mentir, pas mentir aux électeurs.
Parce que c'est un fait, maintenant, il y a de plus en plus de responsables, y compris au RN, qui sont ouvertement homosexuels, donc on a voulu interroger ça, l'évolution du parti. On ressort aussi des archives de Jean-Marie Le Pen, qui tenaient des propos clairement homophobes, et donc quand on le confronte à Jean-Philippe Tanguy aujourd'hui, qui a un discours là en disant, bah oui, aujourd'hui, moi je préfère le dire, parce que sinon je mentirais à mes électeurs, on montre qu'y compris au RN, les choses ont évolué depuis 20 ans.
Et on voit qu'à droite, ça a été très compliqué, on voit la solitude de Franck Riester pendant le débat sur le mariage pour tous.
C'est l'un de ceux qui m'a le plus touché, parce qu'il raconte effectivement ce combat en 2013, où il est le seul au sein de ce parti, alors il y a Benoît apparu également, mais quasiment le seul à voter pour le mariage pour tous, il va prendre son bâton de pèlerin, il va aller dans toutes les réunions du parti, partout en France, pour essayer de défendre le mariage pour tous, et il est tout seul. Tous les élus se sont plutôt radicalisés au fur et à mesure du débat, avec la manif pour tous, qui mettait beaucoup de monde dans la rue, il faut le dire, et Franck Riester se retrouve complètement seul.
D'ailleurs au moment du vote, il nous le dit, il y a ce sentiment de solitude, il est seul sur le banc à droite, tout le monde est parti dans sa famille politique, il est heureux, il a envie d'applaudir, et il est aussi un peu effondré de tout ce qu'on vient de vivre, de ces mois de tension et de haine, qui avaient été extrêmement blessantes pour tout le monde en 2013.
Est-ce que vous avez constaté des différences selon d'où on est élu, grande ville ou petit village, selon si on est un homme ou une femme, jeune ou âgé, est-ce qu'il y a des différences ?
Alors il y a des différences, évidemment on le voit de génération, quand on remonte avec Jean-Luc Romero, Michel ou Bertrand Delanoé, qui ont été un peu des pionniers, ce que j'appelle, eux ils en ont vraiment bavé les pionniers, et peut-être qu'aujourd'hui, quand on voit de nouvelles générations, on a une députée européenne écologiste, Mélissa Camara, elle nous dit que c'est plus naturel, ça fait partie de sa construction politique, donc il y a une différence de génération. Deux milieux entre ville et campagne, a priori oui, mais pas forcément, on a le maire d'une toute petite commune, près de Poitiers, Chênevel,
qui organise une marche des fiertés rurales, ça a l'air très joyeux.
Non mais il est incroyable, il a un courage, Cyril Cybert, il est fou, il a pris son bâton de pèlerin, il est dans un village, il a été voir des agriculteurs du coin, les jeunes, les moins jeunes, personne n'avait entendu parler d'un homosexuel, donc il a tenté de faire bouger les mentalités, et il le fait de manière extrêmement joyeuse.
Oui, la discussion avec les jeunes de son village est vraiment très chouette à regarder, merci beaucoup Jean-Baptiste, merci Jean-Baptiste Marteau, Homo en politique, le dire ou pas, c'est donc ce soir sur France 5 à 21h05, ou dès maintenant sur la plateforme france.tv, et vous étiez l'invité du 6h20 de France Inter, merci beaucoup.