Condamnation de Nicolas Sarkozy : «Les décisions de justice ne sont commentées que quand elles touchent des politiques» estime Pierre Jouvet
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8h14, l'heure d'accueillir le deuxième invité de cette matinale. Alexis de La Fléchière, vous recevez l'eurodéputé et secrétaire général du Parti Socialiste, Pierre Jouvet. Bonjour Pierre Jouvet. Bonjour. Nicolas Sarkozy a donc été condamné dans l'affaire dite du financement libyen de sa campagne électorale de 2007 à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt, exécution provisoire, on va en parler, c'est un point important. Beaucoup dénoncent une humiliation disproportionnée dans un dossier sans preuves concrètes. Est-ce que vous partagez, Pierre Jouvet, ce sentiment ?
Non, et d'abord moi ce que je veux vous dire c'est que par principe je ne commande pas les décisions judiciaires parce que nous vivons dans un pays qui fait de la liberté et de l'indépendance de la justice un fondement de notre état de droit et ce que je déplore depuis moi maintenant un peu plus de 24 heures c'est de voir à quel point celles et ceux qui, notamment sur la droite et l'extrême droite de l'échec qui est politique dénoncent toute la journée une justice qui serait soi-disant trop laxiste vient là nous expliquer matin, midi et soir que d'un coup la justice est trop dure.
Il y a une décision de justice, elle doit être respectée et elle doit être appliquée quel que soit le justiciable. Et puis je vais même vous dire plus loin, moi je deviens exaspéré de voir que à chaque fois qu'une décision de justice est commentée dans ce pays, c'est quand elle touche un homme ou une femme politique. Les hommes et les femmes politiques sont des justiciables et des citoyens comme les autres et quand ils ont commis un délit, quand ils ont péché, quand ils sont condamnés, ils doivent être condamnés.
Bien sûr, mais Pierre Jouvet, ce qui interroge quand même, vous êtes politique, donc les lois, elles peuvent évoluer, elles peuvent changer quand dans un procès on voit qu'il n'y a pas eu de financement illégal prouvé, qu'il n'y a pas eu de corruption prouvée, pas d'enrichissement personnel et qu'à la fin il y a eu une exécution provisoire prononcée alors que, vous me dites si je me trompe, mais je ne crois pas que l'ancien président de la République est un danger pour la société, il va devoir aller en prison avant le procès en appel. Est-ce qu'on a quand même le droit de s'interroger sur ces décisions de justice ?
Eh bien c'est la loi, et si les parlementaires ne sont pas satisfaits des lois, alors il faut changer les lois. Vous savez, les juges sont là pour appliquer la loi, et vous le disiez à l'instant, pour appliquer les lois que votent les parlementaires. Et je vais vous dire, ce sont ces mêmes parlementaires qui expliquent, en l'occurrence, que les lois ne sont pas assez dures. Tous les jours dans ce pays, tous les jours il y a des exécutions provisoires, tous les jours il y a des gens qui rentrent en prison.
Et oui, et on s'aperçoit que quand c'est Nicolas Sarkozy qui va rentrer en prison, eh bien la prison c'est dur, que parfois la justice est sévère, et même que peut-être on devrait un petit peu reprendre le fonctionnement, notamment de ces règles, pour ne pas mettre en permanence de manière immédiate les gens en prison et attendre des procès en appel. Et vous avez raison. Si ce procès peut faire évoluer ça, peut-être que ça ira dans le bon sens, mais en tout cas une chose est sûre, c'est que les lois elles sont faites par des parlementaires et elles doivent être appliquées.
Et vous avez raison de parler de décision de justice, parce que les Français, ils comparent aussi les choses. Quand ils voient par exemple que Jawad, l'homme qui a logé les terroristes du Bataclan, a été condamné à 4 ans de prison, c'est moins que Nicolas Sarkozy. Quand ils voient par exemple, et beaucoup de Français qu'on rencontre dans la rue nous le disent, quand ils voient un policier, un homme qui fonce en moto sur un policier à Chittilguem, condamné à 4 mois de prison avec sursis, c'est moins que ce que Nicolas Sarkozy a également lu comme peine. Donc c'est vrai que les Français y comparent aussi, ils se disent à un moment donné pourquoi un deux poids deux mesures.
Oui, les Français peuvent comparer, et moi je peux comprendre qu'on puisse aussi s'interroger. Mais vous savez, il faut aussi, et c'est normal d'ailleurs de s'interroger sur le fonctionnement de la justice. Il faut que ce soit dur pour tout le monde. Oui, il faut que ce soit dur pour tout le monde. Mais ce qu'a fait Nicolas Sarkozy dans ce procès, et l'a démontré, et l'a expliqué, c'est extrêmement grave. Quand même, ne le mettons pas sous le tapis comme si rien ne s'était passé.
Enfin, il a deux de ses principaux collaborateurs qui sont allés en Libye devant un régime dictatorial pour essayer de mettre en œuvre, et même s'il n'y a pas eu de financement illégal, même s'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel, puisque Nicolas Sarkozy n'a pas été inculpé, il a été reconnu non coupable sur ces propositions-là, il y a eu quand même des tentatives de montage extrêmement graves. Donc moi, ce que je veux dans notre pays, je vais être très clair, c'est que la justice, elle soit appliquée pour tous, et qu'elle soit ferme avec les mêmes dimensions pour chacun.
Mais je veux surtout qu'on arrête, en termes d'exemplarité pour les Français, de se plaindre et de pleurnicher, comme je le vois sur les plateaux télé depuis 24 heures, sur le sort des politiques quand ils sont condamnés par la justice. Un politique a un devoir d'exemplarité, et il doit le démontrer tous les jours.
Pierre Jouvet, je voulais une réaction aussi sur l'affaire Cohen-Legrand. Vous étiez dans le café avec eux. Ce qui choque, ce n'est pas du tout votre présence, c'est de voir deux journalistes du service public payer avec l'argent des contribuables qui sont finalement moins là pour écouter des off que pour parler stratégie électorale à Paris. On les entend même dire, Patrick et moi, on fait ce qu'il faut pour Dati. Est-ce que c'est une faute déontologique pour vous ? Est-ce qu'on peut remettre en question la neutralité du service public ? Se poser au moins la question ?
On peut se poser tous les jours la question, c'est une évidence. En l'occurrence, pas sur cet échange-là. Sur la partie dont vous parlez, à l'instant même, Thomas Legrand a eu l'occasion de s'en expliquer. Il dit lui-même que son propos a été malheureux, donc je lui laisse ce propos. Mais franchement, là aussi qu'on se le dise, tout ça est une hypocrisie immense. Moi, je ne me suis pas exprimé sur l'affaire depuis le début et vous êtes le premier à me poser directement la question, je vais vous répondre. Tout ça est une hypocrisie sans nom.
C'était un rendez-vous entre un politique, en l'occurrence moi-même, et deux éditorialistes politiques, certes l'un qui travaille beaucoup sur le service public, l'autre qui travaille sur le service public et sur Libération. Comme il y a des dizaines de rencontres chaque jour entre des politiques, il y a eu un échange à bâton rompu et on vient là, dans une conversation qui est filmée à notre insu, qui est ensuite diffusée sur les réseaux sociaux. Et ça, c'est assez drôle aussi,
parce que d'autres médias le font. Et dans ce cas-là, on ne les critique jamais. Mais si, je pense qu'ils le font. Quand Élise Gusset le fait sur France 2, on n'entend jamais que ces comportements sont aussi des comportements
qu'on n'apprécie pas forcément. Mais je pense qu'ils peuvent être critiqués. Et moi, je vais vous dire par principe, je pense que filmer des gens à leur insu dans une conversation n'est pas acceptable en l'état. Franchement, si vous pensez que Patrick Cohen...
Je voulais vous poser une question quand même sur Delphine Ernotte, qui a pointé du doigt CNews, mais aussi Europe 1, d'une certaine manière, en les traitant d'extrême droite. C'est aussi un danger. On a vu aux Etats-Unis ce qui s'est passé avec Charlie Kirk. Et on se demande jusqu'où ce genre de discours peut amener certains dans les manifestations quand des journalistes veulent simplement travailler.
Mais je m'excuse de vous dire ça sur l'antenne d'Europe 1. Mais toute la journée, vous avez des journalistes de CNews qui mettent des cibles dans le dos à des centaines de compatriotes. Toute la journée, vous avez sur les émissions de Pascal Praud, sur CNews, une extrême droitisation du débat politique. Et ce n'est pas de notre faute
si la petite Philippine a été violée par un OQTF. Mais ce n'est pas la question
que ce soit de votre faute. Ce n'est pas la question que ce soit de votre faute.
On a le droit de relayer des messages sur l'immigration et la sécurité sans gêner de traités de fachos et de personnes d'extrême droite
toute la journée. Mais la question, je vais vous dire, n'est pas le relais. La question n'est pas le relais d'un point de vue journalistique quand vous relayez des informations, ce que moi je peux entendre. La question, c'est toute la journée, le talk show permanent sur CNews. Le budget 2026,
il ne veut pas de l'ISF, il ne veut pas de l'attaque Zuckman. C'est terminé pour vous,
M. Lecornu ? M. Lecornu est en train de paver son chemin vers une censure, c'est évident. Il n'a rien écouté, rien entendu des propositions qui ont été faites par la gauche et qui sont approuvées par une très grande majorité de Français. Je rappelle que plus de 80% des Français sont pour la mise en place de l'attaque Zuckman qui demande plus d'égalité, plus de justice sociale, plus de justice fiscale dans ce pays. M. Lecornu avait promis des ruptures et en réalité, il est la continuité même du Macronisme. On l'a bien compris. Vous ne le soutiendrez pas. Nous irons rencontrer M.
Lecornu cette semaine une dernière fois, mais si les orientations ne sont pas changées, nous sommes très clairs au Parti Socialiste, M. Lecornu sera immédiatement censuré parce qu'il faut un changement de politique dans ce pays.
Merci Pierre Jouvet. J'aurais aimé poursuivre cette conversation. Malheureusement, on doit conclure cette interview. Quand vous voulez. Merci à vous.
Pierre Jouvet