LES PRÉCAIRES ET INTERMITTENTS EN GUERRE CONTRE MACRON
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« Quand on parle d’intermittents, on ne pense qu’à "intermittents du spectacle", alors qu’il y a uniquement 120 000 intermittents du spectacle indemnisés. »
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« Il y a 2,2 millions de chômeurs de catégorie B et C qui sont de fait des intermittents, qu’on appelle "salariés à activité réduite". »
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« En mars notre président s’est adressé à nous, en nous rassurant, qu’il ne laisserait personne au bord de la route. Mensonge. Pur mensonge. »
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« Les annexes 8 et 10 des intermittents du spectacle n’ont pas du tout été imaginées pour l’art et la culture. Pas du tout du tout du tout. »
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« On a un travail précaire. Et aléatoire. On ne sait pas, d’une année sur l’autre si on va travailler ou non. »
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« Tous mes services de 2020 ont été annulés. Il n’y a absolument rien. »
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« L’État a mis des mesures d’urgence pour l’ensemble des autres personnes qui travaillent en CDI, c’est bien, on félicite cette initiative. Mais il a laissé à la marge plus de 2 millions de personnes sans aucune mesure d’urgence. »
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« Pour ma part pas de chômage partiel. Pas d’ARE. J’ai le droit au RSA. »
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« Le RSA, est-ce un plan d’urgence du gouvernement ? »
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« Depuis les années 1960 il y a des annexes au règlement de l’assurance chômage. »
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« Aujourd’hui il n’y a plus ces adaptations et ce que revendiquent les intermittents qu’on a vu ce matin, c’est de revenir à cette logique-là. »
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« Le premier volet de la réforme a durci le rechargement des droits, et donc de 150 heures à 910 heures pour un rechargement. »
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« Au lieu de pouvoir être éligible à l’assurance chômage en 4 mois, il faut désormais 6 mois pour intégrer l’assurance chômage. »
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« Un salarié qui gagnait 1500€ tous les deux mois, son salaire de référence sur lequel était calculée son indemnité, c’était 1500€ jusqu’à présent. »
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« Ce que propose de faire le gouvernement, c’est dire : "Bah non, il travaille un mois sur deux, donc on va prendre pour salaire de référence 750€." »
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Quand on parle d’intermittents, on ne pense qu’à “intermittents du spectacle”, alors qu’il y a uniquement 120 000 intermittents du spectacle indemnisés. Par contre, il y a 2,2 millions de chômeurs de catégorie B et C qui sont de fait des intermittents, qu’on appelle “salariés à activité réduite”, et qui sont aussi l’angle mort des problèmes sociétaux. En mars notre président s’est adressé à nous, en nous rassurant, qu’il ne laisserait personne au bord de la route.
Mensonge. Pur mensonge. Restauration, hôtellerie, évènementiel.
Les intermittents de l’emploi sont cantonnés aux “extras”, aux contrats courts. Mais contrairement à leurs cousins les intermittents du spectacle, ils ne bénéficient d’aucun régime spécial de l’assurance chômage. Les annexes 8 et 10 des intermittents du spectacle n’ont pas du tout été imaginées pour l’art et la culture.
Pas du tout du tout du tout. Ils ont été créés pour répondre à un problème de discontinuité. C’est bien parce que nous avons des activités par nature discontinues, qu’ont été pensées les annexes 8 et 10.
Parce que le régime général de l’assurance chômage ne fonctionne pas pour des gens qui sont en emploi discontinu. Notre activité étant directement liée à des événements touristiques, culturels, protocolaires, sportifs, ou corporate, cette activité est discontinue dans le temps. On a un travail précaire.
Et aléatoire. On ne sait pas, d’une année sur l’autre si on va travailler ou non. Chaque année c’est la surprise.
Il y a un décret qui sort où on voit que les uns sont prolongés uniquement jusqu’au 30 mai 2020 et nous, 31 août 2021. Ça veut dire que très clairement, on a de la considération pour ceux comme moi qui jouent du Tchékhov et qui font des films, c’est romantique, c’est super. Et puis on méprise totalement ceux qui sont au service des autres.
Une situation déjà compliquée en tant normal, elle devient dramatique, dans ce contexte d’épidémie mondiale. C’est une situation catastrophique, désastreuse. Pourquoi ?
Parce que nous, les intermittents de l’emploi, qui travaillons de façon discontinue. On a commencé à ressentir les effets désastreux de la crise du Covid à partir de la mi-février. Nos employeurs habituels nous ont déprogrammés et le confinement a aggravé la chose.
Tous mes services de 2020 ont été annulés. Il n’y a absolument rien. Notre profession est parmi celles qui vont le plus souffrir de cette crise sanitaire sans précédent.
Pour la plupart d’entre nous, le retour à la normal n’est pas envisageable, si tout va bien, avant la saison 2021. Les perspectives de reprise économique sont très très très lointaines. Les lieux où on travaille habituellement ne vont pas reprendre avant le 1er septembre.
Je reviens à la déclaration du Président du GNI-HCR, Groupement National indépendant des hôteliers cafetiers, il a dit textuellement qu’à partir du 1er septembre, ils vont continuer à utiliser le chômage partiel. Sous-entendu qu’on ne fera pas appelle aux extras. Donc nous on n’a pas notre place.
L’État a mis des mesures d’urgence pour l’ensemble des autres personnes qui travaillent en CDI, c’est bien, on félicite cette initiative. Mais il a laissé à la marge plus de 2 millions de personnes sans aucune mesure d’urgence. L’État a aidé les guides conférenciers, les indépendants et les auto-entrepreneurs, qui ont eu accès au fond de solidarité.
D’autres ont touché le chômage partiel, mais de nombreux salariés, on a rien. Absolument rien. Et ceux qui ont eu droit au chômage, sont en train d’épuiser leurs allocations et n’ont aucune chance de les renouveler.
Pour ma part pas de chômage partiel. Pas d’ARE. J’ai le droit au RSA.
Certains n’y ont pas le droit. Mais le RSA, est-ce un plan d’urgence du gouvernement ? Si la précarité frappe d’autant plus ces travailleurs en temps de crise, c’est aussi parce que les réformes successives de l’assurance chômage ont largement contribué à fragiliser leur statut et leurs droits.
Depuis les années 1960 il y a des annexes au règlement de l’assurance chômage. Ces annexes elles visent à couvrir des publics particuliers qui ont des particularités dans leur emploi, donc il y a les intermittents du spectacle, les artistes, les techniciens, il y avait les intérimaires dans l’annexe 4. Mais il y a tout un tas d’autres professions, je pense aux bûcherons, aux dockers, aux VRP, il y a eu tout un tas, historiquement, de cas pour lesquels il fallait adapter la législation sur l’assurance chômage.
Et l’annexe 4 c’était juste ça. C’était juste une adaptation pour les intérimaires des règles de l’assurance chômage. Aujourd’hui il n’y a plus ces adaptations et ce que revendiquent les intermittents qu’on a vu ce matin, c’est de revenir à cette logique-là.
Aujourd’hui dans la situation dans laquelle on est, ces salariés-là vont se retrouver, à cause du Covid, à cause de la situation sanitaire, sans emploi, mais aussi sans chômage. Depuis la réforme de 2017, une réforme en 2017 et aujourd’hui la grosse réforme de 2019-2020, alors là, clairement les salariés à l’emploi discontinu sont dans le viseur et le gouvernement-là en l’occurrence tente de faire des économies sur ces salariés les plus précaires. Le premier volet de la réforme a durci le rechargement des droits, et donc de 150 heures à 910 heures pour un rechargement.
Dans mon cas, j’ai fini mes allocations au mois de décembre 2019, comme maintenant il faut avoir 910 heures, je ne les ai pas. Donc je n’y arrive pas. Je ne perçois aucune aide et aucun revenu.
D’une part ils ont durci les règles d’éligibilité. Au lieu de pouvoir être éligible à l’assurance chômage en 4 mois, il faut désormais 6 mois pour intégrer l’assurance chômage. Ça c’est la première chose.
La deuxième chose qui est très importante, c’est que le calcul du salaire de référence a été modifié. Un salarié qui gagnait 1500€ tous les deux mois, son salaire de référence sur lequel était calculée son indemnité, c’était 1500€ jusqu’à présent. Ce que propose de faire le gouvernement, c’est dire : “Bah non, il travaille un mois sur deux, donc on va prendre pour salaire de référence 750€.
Et s’il travaille un mois sur trois, on prend 500€”. Et à ce rythme-là, vous obtenez des allocations de l’ordre de 300€. Et donc on tombe à des niveaux d’indemnisation du chômage qui sont inférieurs, très souvent, aux minima sociaux, au RSA.
Confrontés à une situation des plus délétères, les revendications des intermittents de l’emploi sont claires. Ils demandent l’annulation pure et simple de la réforme de l’assurance chômage. Ils réclament également le gel du décompte de leurs indemnités journalières et, pour ceux qui les ont épuisés, la reconduction de leurs droits au chômage.
Emmanuel Macron