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interviewRMC — Face à Face· 24 mai 2021 20 min

L'invité de Bourdin Direct : Clément Beaune - 24/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Apolline de Valherbe. Bonjour Clément Beaune, merci d'être mon invité ce matin sur RMC et BFM TV. Vous êtes secrétaire d'état aux affaires européennes, on va bien sûr parler du pass sanitaire, des vaccins, de la reprise des voyages. Mais d'abord cette affaire, un Boeing 737 de la compagnie Ryanair qui faisait Athènes-Vilnus, qui a été détourné vers Minsk, accompagné ou plutôt escorté par un avion chasseur biélorusse vers l'aéroport de Minsk. Et là, atterrissage forcé donc, le militant d'opposition Roman Protasevitch, qui était à bord, a été sorti de l'avion et arrêté. L'Europe condamne et promet des sanctions.

Est-ce qu'on en sait un peu plus sur ces sanctions ?

0:47
Christine Pirès Beaune

D'abord c'est une affaire sidérante et scandaleuse. Pour bien expliquer, on parle d'un avion européen, d'une compagnie de l'Union Européenne, qui voyageait entre deux capitales de l'Union Européenne. Et donc c'est un acte de piraterie d'état, qui ne peut pas rester impuni. Nous avons déjà, depuis les événements électoraux, les fraudes et les répressions très brutales depuis l'été dernier, pris des sanctions à plusieurs reprises contre la Biélorussie. Aujourd'hui, le président biélorusse lui-même est sous sanctions européennes, il ne peut plus voyager, ses avoirs sont gelés, et il y a une centaine de responsables politiques biélorusses qui sont déjà sous sanctions.

Nous pourrions accroître effectivement ces sanctions à d'autres responsables. Ce sera discuté ce soir au sommet européen les chefs d'État et le gouvernement. Il pourrait y avoir aussi d'autres mesures que nous regardons. Je pense à une mesure qui doit se discuter au niveau européen et international. C'est par exemple l'interdiction de l'espace aérien biélorusse, qui est une mesure de sanctions. Vous le souhaitez ? Je souhaite qu'on le regarde le plus rapidement possible, et je pense que c'est une des mesures raisonnables pour nous protéger, parce qu'on a mis en danger l'avis de ressortissants européens, au-delà de cet opposant.

Nous nous condamnons évidemment l'arrestation, mais il y avait 9 passagers français à bord. Il y avait beaucoup de passagers européens, de passagers tout court, qui ont été mis en danger, avec un chasseur biélorusse qui a escorté l'avion et forcé à atterrir. C'est de la piraterie. Donc, on peut imaginer ce type de mesures. Et en plus, je le signale, ça fait aussi des recettes en moins pour le régime biélorusse, parce que tout survol d'un espace aérien, ce sont une partie de taxes aériennes qui reviennent au pays.

2:21
Présentateur

Donc, non seulement ce serait pour la sécurité, mais ça aurait aussi des conséquences économiques.

2:25
Christine Pirès Beaune

C'est une des options que nous regardons pour les gens qui viennent.

2:26
Présentateur

Dites quand même, Clément Bonnet, des sanctions contre la Biélorussie. Vous en avez mis en place au niveau européen. Depuis la reconduction au pouvoir d'Alexandre Loukachenko, ça ne lui fait donc visiblement pas peur du tout.

2:40
Christine Pirès Beaune

C'est quand même un régime aux abois qui utilise ce genre de procédés. Et on voit d'ailleurs, je veux rendre hommage d'abord...

2:46
Présentateur

C'est surtout un régime qui n'a plus peur de personne.

2:48
Christine Pirès Beaune

Oui, c'est possible, on le voit, qui dérive complètement. Mais il faut avoir, je crois, la fermeté nécessaire des mesures de sanctions, ce type de mesures sur l'espace aérien que nous regarderons au niveau européen et international. Et puis continuer, malgré tout, je sais que ça peut paraître paradoxal, mais c'est nécessaire, une discussion, notamment avec la Russie, dans le cadre de l'OSCE, qui est l'Organisation de Sécurité Européenne, pour essayer de trouver des solutions de dialogue politique. Et que M. Loukachenko parte le plus vite possible. J'y crois, ça ne se décide pas. Malheureusement, on ne va pas faire une opération militaire. Contre Minsk.

Je crois que ça ne serait pas sérieux et protecteur. Mais nous continuerons à soutenir l'opposition politique. Nous continuerons à prendre des mesures de sanctions. Nous les renforcerons. Et nous continuerons aussi le dialogue politique avec la Russie, avec cette position de fermeté, pour faire en sorte que la Biélorussie, qui est la dernière dictature d'Europe, bascule, j'espère le plus vite possible, enfin dans la démocratie.

3:42
Présentateur

Est-ce qu'à l'instant où on se parle, Clément Beaune, vous pouvez assurer à tous ceux qui nous écoutent, aux voyageurs français, aux voyageurs européens, qu'ils sont en sécurité dans l'espace aérien ?

3:52
Christine Pirès Beaune

Bien sûr. Et un épisode comme celui-là, qui paraissait dire, si ça n'était pas si grave, digne d'un roman d'espionnage. Même au cœur de la guerre froide, on ne l'imaginait pas vraiment. Ça s'est passé. Et donc, on doit prendre des mesures de sanctions, mais aussi, effectivement, assurer d'abord la sécurité de nos propres ressortissants. J'ai été en contact hier, comme Jean-Yves Le Drian, avec les autorités de Lituanie. C'était la destination pour qu'ils s'assurent que tout le monde revienne, malheureusement pas l'opposant, et que nos ressortissants soient accueillis hier soir à Vilnius. Je les en remercie.

Et bien sûr, nous prendrons toutes les mesures de sécurité pour qu'il n'y ait aucun danger en Europe ou ailleurs quand on prend l'avion.

4:26
Présentateur

Vous ajoutiez, malheureusement pas l'opposant. C'est ce que n'a pas ajouté la commissaire au transport, qui hier tweetait, et a surpris, en tweetant, qu'elle se réjouissait de savoir que tout le monde rentrait sain et sain.

4:36
Christine Pirès Beaune

Oui, c'était sans doute un peu rapide. Elle se réjouissait que les passagers puissent être pris en charge et soient sains et saufs, en effet. Mais évidemment, on ne peut pas être soulagé tant que l'opposant et sa compagne soient aujourd'hui arrêtés dans des conditions qu'on ne connaît pas exactement, mais extrêmement graves, peut-être violentes. Et donc, nous veillerons aussi à cela en soutenant l'opposition encore.

4:57
Présentateur

L'Europe demandera à ce qu'il soit libéré ?

4:59
Christine Pirès Beaune

Bien sûr, l'Europe a déjà demandé hier soir, unanimement, sa libération immédiate. Les États-Unis aussi, je m'en réjouis. Il y aura des mesures internationales dans les prochains jours.

5:08
Présentateur

Clément Beaune, vous qui êtes secrétaire d'État aux affaires européennes, ce qui est évidemment aussi au menu des discussions européennes, c'est la question du pass sanitaire. On a bien compris que l'Europe s'était mise d'accord sur un pass sanitaire, mais pas forcément exactement ensuite sur le fait qu'il exemptera de quatorzaine ou non. Est-ce que vous pouvez nous assurer d'abord qu'il y aura vaccins ou tests, ou est-ce que pour certains pays, il faudra et vaccins et tests ?

5:34
Christine Pirès Beaune

Non, je veux être très clair là-dessus. C'est un vrai progrès de coordination. On n'a pas toujours été bien coordonné au niveau européen. Là, c'est un outil très utile. Il sera mis en place complètement le 1er juillet. Donc, toute fin du mois de juin, le 1er juillet sera complètement opérationnel dans les 27 pays de l'Union européenne. Je veux être très clair aussi, parce qu'il y a eu de la confusion, ce sera vaccins ou tests. Pourquoi il y a un peu de confusion, de débat aujourd'hui ? Parce qu'il n'est pas encore en place. Et donc, y compris la France, aujourd'hui, on exige toujours un test, même pour un voyage au sein de l'Union européenne.

6:04
Présentateur

Et même pour ceux qui sont vaccinés ?

6:05
Christine Pirès Beaune

À ce stade, oui. À ce stade, oui. Mais l'idée du PES sanitaire européen, c'est de faire en même temps, ensemble, cette harmonisation pour que ça soit vaccin ou test, et pas les deux. Et nous prendrons nos propres décisions nationales pour peut-être anticiper un peu, commencer à avoir des voyages plus faciles. Dans le courant du mois de juin, nous prendrons des décisions gouvernementales françaises la première semaine du mois de juin sur la reprise des voyages.

6:30
Présentateur

Qui pourrait permettre de mettre en place ce PES avant le reste de l'Europe ?

6:34
Christine Pirès Beaune

C'est une des possibilités pour des pays dont la situation sanitaire est sûre, parce que nous restons extrêmement prudents vis-à-vis de nos partenaires européens, mais plus encore des pays non-européens.

6:44
Présentateur

Qu'on se comprenne bien,

6:44
Christine Pirès Beaune

en fait, ce PES, c'est une sorte d'outil sur lequel vous vous mettez d'accord,

6:48
Présentateur

mais ensuite, sur les règles, vous n'êtes pas forcément d'accord.

6:50
Christine Pirès Beaune

Non, il y a un cadre précis. Par exemple, je vous donne deux exemples très concrets. Les tests, tous les tests PCR seront reconnus dans ce PES. Il peut y avoir une petite flexibilité pour la durée de validité du test, entre 24 et 72 heures, pour être très concret. On continue des efforts pour essayer que même dans ce cadre européen, on ait le plus d'harmonie, d'harmonisation possible. Cet après-midi, avec Olivier Véran, nous réunissons nos homologues de 7 pays européens, les plus proches de nous, et ceux avec lesquels il y a le plus de flux touristiques, je pense à l'Espagne, je pense au Portugal, par exemple, en essayant d'avoir exactement les mêmes règles.

Donc, on continue ce travail d'harmonisation. Les vaccins, c'est très important, ce seront tous les vaccins autorisés par l'Agence européenne du médicament. Il y en a quatre aujourd'hui. Et là, je veux être précis aussi, nous serons très prudents. Il n'est pas question pour nous d'accepter qu'on arrive en France avec un vaccin dont on n'est pas sûr de la protection.

7:40
Présentateur

Est-ce que ça veut dire que des Hongrois qui auraient été, par exemple, vaccinés avec le vaccin russe Spoutnik, n'auraient pas l'autorisation de rentrer en France ? Absolument.

7:49
Christine Pirès Beaune

Absolument. Il peut faire un test, bien sûr. Mais le vaccin, dans ce cas précis, ne suffira pas qu'on vienne de Chine, du Chili, d'Hongrie même, au sein de l'Europe, parce que nous voulons être sûrs que les gens qui sont en France, pour la saison touristique, soient bien protégés.

8:04
Présentateur

Le pass sanitaire ne voudra pas dire qu'il n'y aura pas de quatorzaine ?

8:08
Christine Pirès Beaune

Alors, nous souhaitons que ce soit comme ça. C'est-à-dire que ce soit pass sanitaire, il est sûr, vaccin ou test, point barre. C'est juridiquement possible que quelques pays rajoutent une quatorzaine. Mais c'est pour ça qu'on fait cette coordination avec Olivier Véran ces jours-ci, cet après-midi et dans les prochains jours, pour s'assurer qu'on ne rajoute pas des mesures supplémentaires. Je crois que quand on a la sécurité sanitaire d'un côté et la simplicité du pass, il ne faut pas en rajouter. Il faut qu'on respire, qu'on soit prudent. Mais ce pass sanitaire, il est prudent.

8:37
Présentateur

Est-ce que vous pourriez mettre en garde des pays qui seraient tentés de mettre, par exemple, les Français qui viennent voyager chez eux en quatorzaine à l'arrivée, leur dire que dans ces cas-là, ce sera la réciproque ?

8:47
Christine Pirès Beaune

Je préfère que pour l'instant, on soit dans la coordination plutôt que dans la menace. Donc, on a encore quelques jours pour préparer, quelques semaines pour préparer notre saison touristique. C'est ce qu'on fait très concrètement. Et puis, je veux le dire aussi, parce qu'on ouvre quand c'est possible, on ferme quand c'est nécessaire. Et donc, les pays où il y a une forte circulation du variant, Brésil, Inde, aujourd'hui, c'est le cas et ça durera tant que c'est nécessaire. Vous avez des mesures très strictes de quarantaine, par exemple, à l'arrivée. Et ça, ça demeurera parce qu'on doit se protéger.

9:11
Présentateur

Est-ce que vous nous confirmez qu'à partir du 9 juin, les Américains pourront revenir en Europe, les Américains vaccinés ?

9:17
Christine Pirès Beaune

Alors, je ne peux pas vous confirmer que ce sera pour les Américains partir du 9 juin. On prendra nos décisions la première semaine de juin. On définira une liste de pays verts, peut-être les États-Unis, dans lesquels la situation sanitaire critères européens, pour les laisser rentrer en France ou ailleurs en Europe. Je pense que les États-Unis pourraient en faire partie, mais nous devrons examiner la situation sanitaire début juin.

9:39
Présentateur

Si les États-Unis font partie de ces pays, ce qui, visiblement, à ce stade, est en train de se dessiner et que donc les Américains vaccinés pouvaient venir sur le sol européen, est-ce que vous vous attendez à ce que les Américains fassent de même et que les Européens puissent retourner aux États-Unis ?

9:51
Christine Pirès Beaune

Oui, nous le demandons. Et il y a en ce moment des négociations entre l'Union européenne, la Commission, pour les 27 pays, et des grands partenaires économiques, touristiques, les États-Unis, bien sûr, mais aussi le Royaume-Uni, par exemple, ou la Suisse, qui sont des flux touristiques importants, des flux économiques importants, pour qu'on ait l'ouverture quand c'est sûr, le plus vite possible, et la réciprocité, si possible, c'est évidemment ce que nous souhaitons.

10:16
Présentateur

Clément Beaune, est-ce que vous pouvez dire aux Français qu'au fond, ça y est, ils peuvent commencer à prendre des billets pour cet été, en toute sérénité, pour l'Europe et peut-être même, par exemple, pour les États-Unis ?

10:25
Christine Pirès Beaune

Alors, je souhaite que les Français le plus possible puissent être en vacances en France, mais on se met en situation, oui, que les voyages au sein de l'Europe puissent reprendre à partir de la fin du mois de juin, du tout début du mois de juillet.

10:37
Présentateur

Vous disiez qu'il reste en France, mais en France, il y aura aussi, pour certains endroits, une restriction sanitaire. Le patron du Club Med a annoncé qu'il mettrait en place une nouvelle frontière, en quelque sorte, à l'entrée des clubs avec un pass sanitaire. D'autres, des campings, des hôtels, pourraient le suivre. Est-ce que vous soutenez cette démarche des opérateurs touristiques français ?

10:56
Christine Pirès Beaune

Il faut être prudent, il faut bien qu'on se coordonne, c'est ce que fera mon collègue Jean-Baptiste Lemoyne en charge du tourisme. Attention, on ne peut pas, au-delà de la loi, le pass sanitaire est très encadré, vous avez vu les débats au Parlement, on ne peut pas rajouter chacun, par exemple dans son restaurant ou dans un club, une exigence de pass sanitaire si elle n'est pas prévue par la loi. C'est la loi qui définit les lieux qui sont accessibles sous condition de pass sanitaire. Il y a encore des discussions pour savoir si des grands campings, etc. seront dans ce cas-là. C'est des lieux de rassemblement s'il veut le pass sanitaire pour la vie touristique, sportive, culturelle.

11:32
Présentateur

Quand le club mène en fait pratiquement un argument marketing en disant voilà, chez nous, vous serez complètement pensé. Nous le vérifierons avec eux. Vous dites attention, ce n'est pas à vous de décider.

11:39
Christine Pirès Beaune

Si c'est la loi, c'est possible, mais non, parce que là aussi, c'est quand même un sujet, on l'a vu, de liberté individuelle et c'est normal. Moi, je pense qu'on doit défendre le pass sanitaire pour les voyages, pour les grands rassemblements, mais on ne va pas au restaurant où ils travaillent avec un pass sanitaire. Ce n'est pas une société dans laquelle nous voulons vivre. Et donc, il y a une loi, on vérifiera avec les professionnels au cas par cas qu'ils ont le droit ou pas, ce n'est pas eux qui décident.

11:58
Présentateur

Ce n'est pas eux qui décident. Clément Beaune, vous avez sans doute lu, j'imagine, les propos de Stéphane Bancel qui est le PDG français de Moderna qui donnait une interview au journal du dimanche hier et il a été très critique à l'endroit de l'Europe. Il a raconté comment s'étaient passées notamment les négociations sur les achats de vaccins et il dit « Le dossier s'est enlisé à Bruxelles. J'ai pressé l'Europe de passer commande et de nous verser un incompte pour lancer la production en vain. »

12:23
Christine Pirès Beaune

Oui, alors Stéphane Bancel avait déjà dit ça. Honnêtement, je pense qu'il y a un peu de vrai, un peu d'exagération. Je le dis, on peut sans doute aller plus vite dans nos procédures européennes. Mais une partie du fait qu'on a pris un peu plus de temps, c'est vrai, que les Britanniques ou que les Américains, notamment que les Britanniques, c'est qu'on a suivi des procédures plus rigoureuses. Les Anglais, les Britanniques ont pris un peu plus de risques, je vous l'ai dit dès le départ, dans la procédure de vaccination. Ces risques, pour l'instant, ont été payants.

Mais est-ce que nous, Européens, on était prêts à le faire, au début, prendre des procédures d'urgence pour autoriser certains vaccins, on vérifie moins d'informations ? Je ne le crois pas. Souvenons-nous, parce qu'on peut refaire le film. Mais en novembre, en décembre, quand les vaccins débutaient, quand on les découvrait, on avait des responsables politiques de tout parti, notamment au Rassemblement National, qui nous disaient « L'ARN messager, jamais, vous êtes des fous, n'allez pas trop vite, pas de procédure d'urgence, vérifions bien tout. » On l'a fait, pour être sûr. Et maintenant, on accélère.

Peut-être qu'il faudra qu'on réfléchisse sur notre rapport au risque dans les sociétés européennes. Parce qu'on ne peut pas dire à la fois « C'est formidable, ça va plus vite en Israël, ça va plus vite au Royaume-Uni » et ne pas regarder comment ils font. Ils ont pris plus de risques que nous. Est-ce qu'on était prêts à le faire ? Je ne crois pas. Est-ce que pour la suite, on sera prêts à le faire ? J'ai des regrets sur un certain nombre de points et je vous le dis sur un point. C'est qu'on n'a pas été assez au rendez-vous de l'innovation. On n'a pas sans doute au départ misé assez financièrement sur des grandes innovations comme l'ARN messager qui ont été inventées en Europe.

C'est ça le paradoxe.

13:44
Présentateur

Donc on a été très frileux.

13:45
Christine Pirès Beaune

On a été un peu timide. Mais ce n'est pas d'ailleurs que l'Union Européenne, c'est nous Européens, l'ensemble des pays. Et c'est peut-être un peu notre culture aussi. Donc réfléchissons à ça pour qu'on soit un lieu de risque et d'innovation un peu plus.

13:56
Présentateur

Clément Beaune, la crise migratoire, ces images bouleversantes qu'on a vues depuis une dizaine de jours maintenant de ces jeunes qui risquent tout pour arriver sur la plage espagnole de l'enclave au nord du Maroc. Est-ce que c'est un problème marocain ? Est-ce que c'est un problème espagnol ? Est-ce que c'est un problème européen ?

14:14
Christine Pirès Beaune

Le problème migratoire, c'est un problème européen qui ne peut se résoudre que de manière européenne. Ces images sont déchirantes. Et ceux qui disent que ce sont des crises migratoires, ce n'est pas vrai. Il y a un phénomène migratoire. Il faut le regarder en face. Il y a une jeunesse, en Afrique notamment, en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne, qui veut venir en Europe parce qu'elle n'a pas de perspective chez elle. A nous de le abandonner aussi par des actions de développement plus fortes. C'est une des raisons pour lesquelles on augmente très fortement, pas qu'en France, mais d'abord en France, notre aide au développement.

Et puis, il faut être sérieux, ferme parfois, dans la gestion de nos frontières. Là, il y a eu un épisode où l'Espagne a été mise en difficulté dans son relation avec le Maroc. Nous soutenons l'Espagne et nous appelons à la reprise de la coopération avec le Maroc. Là, je crois que c'est un épisode spécifique où il y a eu une tension diplomatique entre l'Espagne et le Maroc qui a donné lieu à ce pic migratoire.

15:02
Présentateur

Mais quand vous dites qu'on aide l'Espagne, on l'aide comment ?

15:04
Christine Pirès Beaune

On l'aide d'abord en disant qu'on la soutient. On l'aide en regardant si on peut l'aider à gérer ses frontières. Et puis plus largement, il y a en Espagne aujourd'hui, je ne pense pas seulement au Maroc, mais en mer, des bateaux européens de notre agence de protection des frontières qui s'appelle Frontex qui aide l'Espagne comme elle aide la Grèce à gérer ses frontières. Mais ce n'est pas suffisant. On doit renforcer cette agence pour mieux gérer nos frontières. Et puis on doit avoir une politique migratoire plus européenne quand on voit en Italie des débarquements qui reprennent parfois sur certaines îles.

On doit aider l'Italie à gérer sa frontière, à empêcher un certain nombre d'arrivées, en travaillant avec la Libye par exemple, mais aussi quand ce sont des réfugiés, quand ce sont des gens qui ont droit à l'asile. On doit répartir l'effort. La France prend plus que sa part. Mais d'autres pays européens, je pense à la Hongrie, je pense à la Pologne, je pense à d'autres, ne prennent pas leur part. Ils doivent aider aussi.

15:49
Présentateur

Clément Beaune, vous étiez à Rotterdam en direct pour l'Eurovision samedi soir. On vous a vu vibrer pour Barbara Pravi. Elle est arrivée deuxième derrière l'Italie. Le chanteur a-t-il pris de la cocaïne en direct ? Est-ce que vous avez un doute ? Est-ce que vous avez des informations ?

16:04
Christine Pirès Beaune

Alors moi, je ne sais pas. Je ne vais pas vous révéler le scoop. Je n'étais pas derrière sa table.

16:09
Présentateur

Vous étiez dans la salle,

16:10
Christine Pirès Beaune

mais pas derrière sa table. D'abord, je veux féliciter Barbara Pravi. C'est notre meilleur score depuis 30 ans. Je crois qu'on avait tous besoin, envie de retrouver un événement, même quand j'ai eu la chance de faire partie de ceux qui étaient sur place pour défendre, au nom de la France, Barbara Pravi. Mais tout le monde a vibré. Il n'y a jamais eu autant de gens qui ont regardé depuis 15 ans, je crois, l'Eurovision. Un Européen sur deux regarder l'Eurovision. Et puis, il y a ce doute, oui, sur le groupe italien, le chanteur italien. Il a accepté de se soumettre à un test aujourd'hui ou demain. On aura les résultats dans les 48 heures, je suppose.

Et l'UER, comme ça s'appelle, l'Union Européenne de Radio-Télévision, qui est l'organisme européen qui organise ce grand concours, prendra des mesures si c'est nécessaire. Donc, je crois qu'il ne faut qu'il n'y ait aucun doute et une totale transparence. Test. S'il y a un problème, sanction. Et s'il n'y a pas de problème, tant mieux. Et nous reconnaîtrons cette belle victoire.

17:01
Présentateur

Et s'il est positif, est-ce qu'il doit rendre le titre ?

17:04
Christine Pirès Beaune

Si il est positif, ce n'est pas moi qui le décide. Mais les mesures de sanction sont prévues jusqu'à, effectivement, une disqualification possible en cas de problème. Donc, ce que vous nous dites

17:12
Présentateur

ce matin, c'est que potentiellement, Barbara Pravi pourrait décider de gagner l'envision.

17:16
Christine Pirès Beaune

Oui, mais je ne veux pas être mauvais joueur. D'abord, je salue l'Italie parce qu'aujourd'hui, c'est le vainqueur. Je salue évidemment Barbara Pravi parce que c'est une excellente performance. Pour moi, elle a quand même gagné, au fond, indépendamment de toute cette affaire. Et puis, il y a un doute par ailleurs. Vérifions qu'il n'y ait aucune suspicion. Et puis, peut-être, de cas parce qu'on ne peut pas même en termes d'image, je crois, laisser penser que ces concours donnent lieu à... On en parle pratiquement

17:42
Présentateur

comme d'une forme de dopage.

17:44
Christine Pirès Beaune

Je ne sais pas si c'est du dopage. Je ne pense pas que ça allait aider à gagner. Je n'en sais rien. Mais en tout cas, en termes d'image, d'exemplarité, beaucoup de jeunes regardent. Je crois qu'on ne peut pas laisser faire ça.

17:55
Présentateur

Clément Beaune, à propos des jeunes, Emmanuel Macron qui s'est prêté au jeu des Youtubers McFly et Carlito. Est-ce que c'était sa place ?

18:02
Christine Pirès Beaune

Mais oui, je crois que c'est sa place. Le président de la République, il ne fait pas ça tous les jours. Mais il doit. Moi, je pense que c'est parfaitement nécessaire. Il s'occupe de grandes crises internationales. Il est président à 200% du temps. Et il fait des blagues. Mais il fait des blagues, heureusement. Et il parle aux jeunes. Mais il y a beaucoup de fond dans cette vidéo aussi. Et on peut s'autoriser, je crois, il n'y a aucun doute sur le fait qu'il est engagé dans sa fonction présidentielle, de communiquer, d'expliquer, de rire parfois à destination des jeunes dans un moment qui était une semaine aussi de réouverture, de respiration pour nous tous.

Je crois que ce soit de l'Eurovision à ces vidéos. On avait besoin aussi de moments comme ça.

18:38
Présentateur

Alors, ce n'est pas tout à fait sans conséquence puisqu'il aura un gage, le président, et qu'il s'est engagé à avoir le portrait de McFly et Carlito dans son bureau pour les voeux du 14 juillet. Sérieusement ?

18:47
Christine Pirès Beaune

On verra.

18:48
Présentateur

Il ne va peut-être pas répondre à son gage.

18:50
Christine Pirès Beaune

Vous avez un petit doute ? Je ne sais pas comment ça se passe le gage avec McFly et Carlito. Je comprends que c'est la pratique. Mais vous trouvez quand même

18:55
Présentateur

que la photo de McFly et Carlito sur son bureau au moment du 14 juillet, ce n'est pas tout à fait...

19:00
Christine Pirès Beaune

On verra.

19:01
Présentateur

Oui, je ne vous sens pas hyper convaincu quand même.

19:03
Christine Pirès Beaune

Écoutez, je ne suis pas sûr que ça soit le centre de cet événement. Et puis, quand bien même ça arriverait, on parle sans doute de quelques secondes. Je ne pense pas que ça remette en cause la solennité du bureau présidentiel, de la fonction présidentielle. Je pense, pour le connaître assez bien, que le président de la République est particulièrement attaché. Je note parfois qu'on lui a reproché le contraire. Trop de raideurs, de verticalité.

Alors qu'il a montré, pour ceux qui avaient un doute, que c'était aussi une personne extrêmement engagée pour les jeunes, très préoccupés, là je le dis sans sourire, dans cette période de crise, par l'ambiance, l'atmosphère, parfois pesante, dans la jeunesse française. C'est ça que je te prends le message.

19:40
Présentateur

Merci Clément Beaune d'être venu dans ce studio répondre à mes questions pour RMC et BFM TV. Clément Beaune, vous êtes secrétaire d'État aux Affaires Européennes.

19:46
Christine Pirès Beaune

Merci.