« Le Rassemblement national prétend rassembler la nation mais ne sait que la diviser par la haine »
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Beaucoup. La parole est à M. Jérôme Guelge pour le groupe socialiste. Je vais tenir les 10 minutes et pas le neuf. Il y a une incondurable. Madame la Présidente, Madame la Première Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues, vous comprendrez aisément que mon propos s'inscrive d'abord dans la situation exceptionnelle que nous vivons. Le bureau de l'Assemblée nationale vient de se prononcer sur un événement grave. Hier, en plein milieu des questions au gouvernement, notre collègue de la NUPES, LFI, Carlos Martins Bilongo, a été victime d'une interpellation raciste de la part d'un député du Rassemblement national.
Nous lui adressons à nouveau toute notre sympathie et notre soutien. Et à travers lui, comme il l'a dit avec beaucoup de dignité depuis ce matin, à travers lui, à tous ceux et à toutes celles qui souffrent au quotidien de ces allusions racistes larvées ou de ces insultes frontales. Ces mots sont terribles. Quand on prononce une insulte raciste à l'encontre d'un représentant de la nation, on porte atteinte à la dignité de la nation tout entière. Surtout, vu les bancs d'où ils sont venus et d'où ils ont été soutenus, ces mots nous rappellent que l'histoire de l'extrême droite est un éternel recommencement.
Rappelons-nous du 6 juin 1936, lorsque Xavier Vallat déclarait face à Léon Blum que, je cite, pour gouverner cette nation paysanne qu'est la France, il vaut mieux avoir quelqu'un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, plutôt qu'un talmudiste subtil. Rappelons-nous les mots de Jean-Marie Le Pen le 11 février 1958, quand il apostrophait Pierre Mendès-France sur ses bancs en ces termes. Monsieur Mendès-France, vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques. Ces mots venaient du même endroit que les mots prononcés hier.
Et cette phrase hier vient allonger la trop longue liste des saillis racistes ou antisémites qui ont entaché notre Assemblée nationale à chaque fois que l'extrême droite y a été représentée. Puisse cet événement grave provoquer le sursaut nécessaire. Madame la Présidente, je suis fier de notre Assemblée qui, hier, comme un seul homme ou une seule femme, à l'exception des députés RN, n'a rien laissé passer et qui, à l'instant, vient de prendre une sanction exemplaire.
Puisse cet événement odieux permettre à tous ceux qui ont cru bon, s'il vous plaît, puisse cet événement odieux permettre à tous ceux qui ont cru bon, par tactique ou cynisme, de mettre un signe égal entre le Rassemblement national et la NUPES tout entière ou telle ou telle de ses composantes, puissent-ils mesurer l'indécence de leur démarche de délimitation rabougrie de l'arc républicain ? L'arc républicain, Madame la Première Ministre, il était ici, à 17h15, au pied de cette tribune, autour de notre collègue insoumis, Carlos Martin Bilongo, ne l'oublions pas. Combattez-nous pied à pied, s'il le faut, projet contre projet, nous faisons de même.
Mais ne vous trompez pas quand il s'agit de désigner les adversaires de la République. Le Rassemblement national prétend rassembler la nation, mais ne sait que la diviser par la haine, par l'ignorance et le racisme. Rappelons-nous les républicains conséquents, les patriotes ardents, les antiracistes passionnés, les mots du grand Jules Michelet, la France n'est pas une race, elle est la fille de sa liberté. Le racisme, ce n'est pas l'amour de la nation, c'est sa détestation. C'est le ressentiment qui se manifeste dans toute sa bêtise et son ignorance crasse. Le Rassemblement national, hier, a montré son vrai visage, celui d'un parti xénophobe, haineux et raciste.
Nous n'avons rien à voir et rien à faire avec lui. Nous n'avons voté aucune motion de censure portée par le Rassemblement national et n'appelons jamais ces voix. Nous ne construirons jamais de majorité avec le Rassemblement national. Contrairement, je le dis, Madame la Première ministre, à la mise en cause que vous aviez faite dans cet hémicycle même, en laissant entendre qu'il pourrait un jour avoir un gouvernement rassemblant des acteurs de la NUPES ou du Rassemblement national. Jamais cela n'arrivera, jamais nous ne soutenons un quelconque amendement de l'extrême droite.
Et je le dis, nous, contrairement à d'autres, jamais nous ne prenons un bulletin de vote avec un candidat du Rassemblement national pour le porter à la vice-présidence du perchoir. Depuis quatre mois, nous construisons, nous consolidons avec nos partenaires politiques de la gauche et de l'écologie ce rassemblement pour être à la fois l'alternative à la politique du président de la République et aussi la force de position résolue à l'extrême droite. Construire l'alternative, c'est ce que nous faisons ensemble depuis quatre mois. Sur le budget, comme sur le PLFSS, nous avons tous ensemble travaillé de concert.
En commission, comme en séance, nous défendons les positions à chaque fois que nécessaire, tous ensemble. Nous élaborons des documents de travail en commun. Je pense au contre-budget, sur les enjeux du budget de la nation et du PLFSS que nous avons présentés, car nous sommes convaincus qu'un autre budget est possible. Nous avons écrit des textes en commun, par exemple les deux premières motions de censure sur le PLF et sur le PLFSS.
Pour sanctionner ce gouvernement, sa politique libérale et ses méthodes antidémocratiques, en effet, nous avons déposé et voté une motion de censure le 19 octobre dernier sur le projet de loi de finances et une motion de censure le 20 octobre sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Sur cette nouvelle motion de censure, s'agissant du groupe socialiste, notre opposition était connue, c'est celle d'un groupe souverain attaché au débat. Nous avons une divergence tactique avec les signataires de cette motion, une divergence tactique uniquement sur l'opportunité de multiplier les motions de censure à chacun de vos 49.3. Ni plus, ni moins.
C'est pourquoi nous ne l'avons pas signé et c'est pourquoi nous ne la voterons pas. Mais oui, et c'est l'avis, nous ne votons pas comme un seul homme, surtout, tout le temps. Il n'aura échappé à personne que notre intergroupe tire sa force de sa diversité, de ses complémentarités, pas de son uniformité. Et parfois un groupe fait inéchapper quand les autres préfèrent garder leur force pour le sprint final. D'avance, je dis à tous ceux qui voudraient interpréter notre position, et je suis sûr qu'ils le feront avec gourmandise et une dose de mauvaise foi que j'imagine aisément, je veux leur dire qu'ils se trompent.
Aux belles âmes et donneurs de leçons, nous sommes pleinement partie prenante de la NUPES et solidaires de nos collègues pour les combats communs que nous menons et que nous mènerons demain. Enfin, à vous, Madame la Première Ministre, je vous confirme que nous sommes vos opposants, opposants à votre politique injuste, opposants à votre méthode inefficace. Nous, les socialistes, nous serons toujours en première ligne avec les partenaires de la NUPES pour des moments politiques décisifs. Nous serons là pour les moments les plus cruciaux qui feront reculer ce gouvernement.
C'est la raison pour laquelle nous déposerons, s'ils le souhaitent, avec l'ensemble des groupes de l'intergroupe de la NUPES, deux motions de censure lors des lectures définitives du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la sécurité sociale. A ce moment-là, nous vous confirmerons notre opposition résolue à votre politique. Dans ce budget, vous prévoyez la diminution de la protection du bouclier tarifiaire pour 2023. Dans sa nouvelle version, il laissera à l'électricité le gaz augmenter de 15% en janvier et février 2023. Et cette nouvelle mouture risque de jeter de nombreux ménages dans une précarité encore plus grande en plein milieu de l'hiver.
A ce moment-là, nous nous opposerons catégoriquement à votre budget qui est celui de la brutalité contre les services publics locaux. Votre gouvernement, c'est celui qui esquive les débats sur les recettes publiques et qui prend le risque de déstabiliser les collectivités territoriales avec la suppression de la CVAE à hauteur de 7,6 milliards d'euros. Votre budget, cela a été indiqué, c'est celui de la brutalité contre les Outre-mer. Votre gouvernement, c'est celui qui est revenu sur les 200 millions supplémentaires pour les Outre-mer, voté par cette Assemblée. Mais malheureusement, tant d'amendements qui ont été votés ici sont balayés par votre pratique du 49.3.
Votre brutalité, c'est enfin celle contre l'écologie. C'est votre gouvernement qui revient sur les 12 milliards d'euros supplémentaires, voté là aussi par cette Assemblée pour la rénovation énergétique des bâtiments et qui est revenu sur les 3 milliards d'euros dédiés au développement du fret ferroviaire, des petites lignes et des trains de nuit. A chaque fois, vous nous dites, quand nous votons souverainement, nous dénaturons vos textes. Et ce faisant, vous trahissez votre promesse originelle de chercher du compromis avec toutes celles et ceux qui ont attaché au cœur le service de l'intérêt général.
Oui, l'objectif partagé des socialistes au sein de la NUPES sera de condamner le contenu de ces textes qui ne répondent pas à l'urgence sociale et écologique. Oui, l'objectif des socialistes au sein de la NUPES sera de sanctionner un gouvernement qui ne respecte pas le Parlement et ses oppositions, et donc les Français. Mais à chaque jour suffit sa peine. La nôtre aujourd'hui, dans cet hémicycle, est immense suite à ce que nous avons vécu hier.
Mais notre peine, notre colère, notre indignation n'est face à rien, notre détermination pour proposer, et nous le faisons régulièrement, avec opiniâtreté et parfois avec la frustration, et même, dirais-je, toujours avec la frustration d'être si peu écouté. Nous le ferons donc pour proposer, pour défendre nos convictions et nous opposer, par contre, à chaque fois que ce sera nécessaire. Le président de la République parlait de cynisme et de désordre des oppositions lors des précédentes motions de censure. Force est de constater, Madame la Première Ministre, que le cynisme face aux attentes des Français et le désordre démocratique, c'est vous.
Comptez sur nous, face à vous, pour continuer à porter la nécessité d'une autre politique. Je vous remercie.