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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 8 juillet 2023 18 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationÉconomie & entreprises

Pierre Jolivet : "Il ne fallait surtout pas qu'on dise que les algues vertes peuvent tuer"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Défensif 90 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:42OuverteRéponse directe

    Comprendre la fabrique du silence en Bretagne autour des algues vertes.

  • 1:03OuverteRéponse directe

    Avec quelles conséquences ?

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Qui ont été les premiers lanceurs d'alerte de ces algues vertes ?

  • 2:21OuverteRéponse partielle

    Elles ressemblent à quoi cette année, ces algues vertes ?

  • 3:33OuverteRéponse directe

    Comment est née l'idée de ce film ?

  • 4:08OuverteRéponse directe

    Avant cette BD, avant ce roman graphique, vous étiez déjà sensibilisé à ce phénomène des algues vertes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:10Invité politiqueFait
    « Si vous restez au milieu de ces algues que vous piétinez, elles dégagent énormément de gaz et vous pouvez mourir en quelques minutes. »
  • 2:05Invité politiqueFait
    « Il ne fallait surtout pas qu'on dise que les algues vertes puissent tuer. »
  • 3:00Invité politiqueChiffre
    « Le ramassage des algues vertes, c'est 500 000 euros par an. »
  • 3:23Invité politiqueFait
    « Son camion était vide au moment où il est mort, les autorités ont dit que ce n'est pas les algues. »
  • 10:20Locuteur non identifiéChiffre
    « 78% de ce bassin d'emploi vit grâce à l'industrie agroalimentaire. »
  • 10:40Invité politiqueChiffre
    « L'exportation de poulets au Moyen-Orient, de poulets bretons uniquement, au Moyen-Orient, c'est plus que les ventes d'armes au Moyen-Orient. »
  • 12:50Invité politiqueFait
    « Dans cette guerre, vous avez perdu quelqu'un du glyphosate, vous avez perdu quelqu'un des algues vertes, vous êtes considéré comme un disparu de la guerre. »

Temps de parole

  • Invité politique70 %
  • Présentateur17 %
  • Locuteur non identifié13 %

5,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Comprendre la fabrique du silence en Bretagne autour des algues vertes, ça a été l'objet d'un roman graphique journalistique qui a connu un beau succès il y a 4 ans. Un long travail d'investigation mené par la journaliste Inès Léraud avec Pierre Vanhove au dessin. Cette fabrique du silence est devenue un film intitulé « Les algues vertes ». Le film sortira mercredi prochain, signé Pierre Jolivet, avec Inès Léraud à la co-scénarisation. Inès Léraud et Pierre Jolivet sont nos invités. Enfin, on attend Inès Léraud dans un instant ou deux, en duplex. On espère qu'elle va nous entendre et nous répondre. On est sur le répondeur. Si elle nous écoute, qu'elle décroche son répondeur.

Inès Léraud, Pierre Jolivet, bonjour.

0:44
Invité politique

Bonjour. Pas toujours facile à joindre Inès au fin fond de la Bretagne. Au fin fond de la Bretagne.

0:48
Présentateur

Ça ne passe pas toujours comme on veut. Juste pour comprendre, et à ceux qui l'ignoreraient encore, le phénomène des algues vertes sur les plages bretonnes. Ce sont des algues qui, quand elles se décomposent, dégagent de l'hydrogène sulfurique. Avec quelles conséquences ?

1:04
Invité politique

Avec la conséquence que si vous restez au milieu de ces algues que vous piétinez, elles dégagent énormément de gaz et vous pouvez mourir en quelques minutes. Alors la plupart du temps, quand on marche dans les algues vertes, on ne s'en rend pas compte. Parce que quand on marche, le gaz est derrière vous. Mais de l'hydrogène sulfuré. De l'hydrogène sulfuré, il suffit qu'on piétine, qu'on se casse une jambe. Et là, évidemment, ça peut aller très vite.

1:27
Présentateur

Votre film commence en 2014. Qui ont été les premiers lanceurs d'alerte de ces algues vertes ?

1:33
Invité politique

C'est un généraliste qui a découvert un corps dont on a dit il s'est noyé. Et puis, il a demandé une autopsie pour comprendre. Parce qu'il s'est dit, mais on ne meurt pas comme ça. Un mec en pleine forme, jeune, qui fait son jogging le matin, il ne meurt pas comme ça d'un coup. Et il a mis beaucoup, beaucoup de temps à avoir l'autopsie, à avoir la prise de sang. Et puis après, il y a un cheval qui est mort. Il s'est dit, alors un cheval qui meurt au même endroit. Et là, il s'est rendu compte que pour avoir les résultats, ça prenait un an, deux ans, quatre ans, cinq ans. Il ne fallait surtout pas qu'on dise que les algues vertes puissent tuer.

Parce que ce n'était pas bon pour l'image de la Bretagne.

2:11
Locuteur non identifié

Ça, c'est la première scène de votre film. C'est la première scène. Ce jogger qui court.

2:14
Invité politique

Ce jogger qui court.

2:15
Locuteur non identifié

Qui tombe. Et puis, effectivement, qui ne s'en sort pas.

2:18
Invité politique

Exactement.

2:19
Locuteur non identifié

C'est hyper impressionnant. Elles ressemblent à quoi cette année, ces algues vertes ? Est-ce que vous avez eu l'occasion d'aller les voir ?

2:25
Invité politique

Comme d'habitude, je dirais. Terriblement comme d'habitude. Je ne pourrais pas vous dire. Parce que ça, c'est un bilan qu'on fait en fin de saison. Mais elles sont là comme à tous les rendez-vous du printemps. Alors, évidemment, on les voit moins. Parce qu'il y a une sorte de machine infernale ou salvatrice. Ça dépend du point de vue duquel on se place. Mais il y a des tracteurs en permanence. C'est-à-dire qu'elles sont là, vous en ramassez. Le lendemain, il y en a à nouveau. C'est une sorte de course permanente dans un petit village. Un des rares villages où ils nous ont autorisé à tourner. Qui s'appelle Plestin-les-Grèves. Pour un petit village de 2200 habitants.

Le ramassage des algues vertes, c'est 500 000 euros par an. Oui, parce qu'il faut prendre d'énormes précautions. Ben oui, parce que depuis la mort de Thierry Morfois, ce que raconte le film, maintenant, il y a des cabines réfrigérées, filtrées, etc.

3:13
Locuteur non identifié

Lui, c'était un transporteur, effectivement.

3:14
Invité politique

C'est un transporteur d'algues qui est mort au volant de son camion. Après, on va avoir fait 5-6 transports. Et comme son camion était vide au moment où il est mort, les autorités ont dit que ce n'est pas les algues. Comment est née l'idée de ce film, d'ailleurs ? Il est né, pas par moi. Ce sont mes producteurs qui m'ont fait lire cette bande dessinée en me disant « Tu es un écologiste convaincu, tu vas bien avoir envie de faire un film là-dessus ». C'est vrai que c'est passionnant, la bande dessinée, et implacable au niveau des informations. Mais il manquait un héros ou une héroïne, quoi.

3:50
Locuteur non identifié

De la chair, de l'humain, c'est ça ?

3:51
Invité politique

Oui, de l'humain. Enfin, le cinéma, pour moi, c'est une aventure, c'est un thriller. Et donc, il fallait une héroïne, et je suis parvenu à convaincre Inès Léraud d'être cette héroïne et de me raconter, mais alors dans son intimité, les trois ans d'enquête qu'elle avait menée.

4:08
Présentateur

Et avant cette BD, avant ce roman graphique, vous étiez déjà sensibilisé à ce phénomène des algues vertes ? Vous connaissiez ?

4:15
Invité politique

Non. Franchement, je le connaissais comme un des phénomènes écologiques, comme une conséquence. Mais je n'étais pas aussi sensibilisé que la bande dessinée m'a amené à l'être.

4:24
Locuteur non identifié

C'est votre premier film écolo ? Parce qu'on connaît vos films...

4:28
Invité politique

Sociaux, plutôt.

4:28
Locuteur non identifié

Sociaux, voilà. Moi, j'ai l'impression que c'est votre premier film écolo, en tout cas que je vois, c'est sûr.

4:32
Invité politique

Alors, je dirais la moitié, parce que dans un film avec Vincent Lindon, Roche-Dizem et Berléans qui s'appellent Fred, c'est l'histoire d'un ouvrier qui, la nuit, transporte de l'amiante. C'est le sujet du polar. Et l'amiante était déjà interdite depuis 20 ans, dans beaucoup d'autres pays. Et la France continuait à l'exploiter en Lousdes. D'ailleurs, l'amiante, ici, dans le pâtiment, vous avez une petite idée de ce que c'est ? Un petit peu, oui. Juste 20 ans de travaux. Ça a duré de longues années.

5:00
Locuteur non identifié

Mais comme vous le suggérez, là, des sujets écolos, il y en a plein. Donc, pourquoi, là, ces algues vertes, elles vous ont attiré particulièrement ? Pourquoi vous aviez envie de raconter cette histoire-là ?

5:07
Invité politique

Parce qu'à travers Inès, j'ai trouvé l'histoire humaine dont j'avais besoin. Je me méfie beaucoup des films trop militants, je dirais. Alors là, on a trouvé un truc, puis alors, il y a les méchants écolos d'un côté, puis les gentils écolos, puis le côté, les méchants agriculteurs. Là, il y avait un biais humain pour traiter le sujet, qui est venu naturellement. Les grands films étendards, comme ça, je ne parle pas de Demain, qui est un formidable documentaire, mais qui est un documentaire. Après, quand on veut faire un film écologique, je crois qu'il faut y aller avec précaution. Je pense à Erin Brokovitch ou Dark Water.

5:38
Locuteur non identifié

Non, mais là, ça fait vraiment penser à ça. Erin Brokovitch, seule contre tous, on est dedans, quoi.

5:43
Invité politique

Oui, alors c'est vrai qu'en France, il n'y avait pas eu de film écologique sur la réalité, je dirais, qui prend un sujet réel. Et c'est vrai que c'est une excitation toujours de faire quelque chose qui ne s'est pas fait.

5:53
Locuteur non identifié

Ce qui est très intéressant, c'est qu'il y a effectivement ce combat écolo, mais derrière, il y a d'autres thèmes qui sont traités, qui sont très beaux. Et en particulier, effectivement, on parlait de chair et d'humanité. La relation de la journaliste en couple est magnifique, en fait. C'est-à-dire qu'on nous raconte ce que c'est qu'une vie à deux réussit. Normalement, on doit s'épauler en permanence. Et ce couple est très beau à regarder.

6:17
Invité politique

Oui, parce que je me suis tout de suite posé la question, mais comment elle a fait pour tenir ces trois années sous autant de pression ? Dans le film, elle regarde trois, quatre textos, mais en règle générale, plusieurs fois par jour, elle recevait des insultes et des menaces. Et donc, je me suis approché d'Inès, puis de sa compagne, et j'ai compris comment ça avait fonctionné. C'est une histoire de couple, mais ce que je trouve... C'est très beau, c'est très très beau. C'est indispensable, je crois, quand on mène ce genre de combat. Je le vois quand je fais les projections avec les présidents d'associations. Tous, ils disent, mais si on n'est pas deux, j'arrête, quoi.

Je ne pourrais pas tenir. Donc, le combat, c'est une histoire de couple. D'ailleurs, c'est assez drôle, parce que des partenaires financiers voulaient que le couple s'engueule dans le scénario. Il fallait qu'il y ait la grande scène. Mais tu ne t'occupes pas de moi, et les enfants, tu... Et j'ai refusé de mettre cette scène, parce que je ne l'ai pas aperçue. Dans les rapports entre Inès et sa compagne. Donc, je me suis dit, mais vous savez, la réalité dépasse souvent la fiction. Là, cette réalité-là, elle me plaît, elle est vraie. Et je crois qu'elle est quand même cinématographique aussi.

7:19
Présentateur

Alors, on l'a dit, il y a des pressions à tous les étages. Il y a cette histoire de couple et des pressions. Que ce soit des pressions administratives, politiques et même judiciaires. Vous-même disiez, ou je l'ai lu, vous allez me le confirmer ou pas. Pourquoi dites-vous que ce tournage en Bretagne a été un parcours du combattant ? Alors, vous êtes bien informé à France Inter, donc visiblement.

7:40
Invité politique

Non, c'est vrai que ça ne m'était jamais arrivé, parce que j'ai voulu tourner dans les lieux où ça s'est passé. Tout simplement. Là où il y a eu les morts, là où on a ramassé les algues. Et là, j'ai eu plein d'intérations de tourner, quoi. De qui ? Ça ne m'était jamais arrivé. Des mairies ? Des mairies. Des mairies, des communes qui disaient, non, non, non, vous ne tournez pas, parce qu'on ne veut plus qu'on parle des algues vertes. Et j'essayais de leur dire, mais... Parce que ça fait fur le tourisme ? Parce que ça fait fur le tourisme, parce qu'ils arrêtaient de parler de ces algues vertes qui, évidemment, plus on les met en exergue, plus on se pose la question de la surproduction.

Cette sorte de fuite en avant de l'agro-industrie. Et je leur disais, mais je vais faire le film quand même, donc ce serait peut-être bien que vous soyez du bon côté du Manche. Voilà, impossible de les convaincre. Donc on est allé voir la préfecture, qui nous a rappelé ce que je savais, le droit d'usage, caméra sur l'épaule, mais pas le droit de travelling, pas le droit d'arrêter une route, pas le droit de bloquer une plage, pas le droit de garer mes camions.

8:32
Présentateur

Pas le droit de réserver une place pour juste mettre deux voitures. Tiens, je lisais dans le Télégramme l'an dernier que la région Bretagne, région Bretagne, envisageait de vous donner une enveloppe, 250 000 euros, je crois, pour monter votre film. Est-ce que ça s'est concrétisé, ça ? Ça a pris longtemps.

8:47
Invité politique

Non, il faut comprendre que les conseils régionaux, dans des régions aussi dans lesquelles il y a un tel schisme, il faut comprendre que les algues vertes, c'est une ligne de fracture en Bretagne. Il y a ceux qui en souffrent, qui veulent que ça s'arrête, et puis ceux qui vivent de la grande industrie. Donc, il y a une pression terrible sur le conseil régional, mais finalement, ils ont donné l'accord pendant qu'on tournait, et on a eu l'argent après avoir tourné. Donc, tout va bien.

9:08
Locuteur non identifié

Donc, pression sur le tournage, il y a eu aussi des pressions sur la production, les producteurs, sur la distribution ?

9:14
Invité politique

Non, non, vraiment, c'était localement où il y avait beaucoup, beaucoup de réticences. Mais comme c'était une jeune équipe de techniciens bretons, j'ai beaucoup pris de, j'ai pris, c'est plus français, j'ai pris beaucoup de techniciens bretons, jeunes. Évidemment, plus on nous interdisait, plus ils se gigotaient dans tous les sens, ça nous a galvanisés quelque part.

9:31
Présentateur

Pierre Jolivet, est-ce qu'un film, fut-il politique ou écologiste, peut faire changer les choses ?

9:39
Invité politique

Bonne question. Bon, on l'espère toujours. Maintenant, ce n'est pas aussi simple qu'Indigène, le formidable film de Rachid Boucharet, qui a fait que les retraites des combattants d'Afrique du Nord ont été révisées à la hausse. Là, ce que je crois, d'abord, j'espère que le film et la bande dessinée participent à un mouvement profond des citoyens, de prise de conscience, de s'exprimer. Et puis, je me dis, j'ai la faiblesse de croire que si demain, un homme ou une femme, ce que je n'espère pas, meurent dans les algues vertes, on ne pourra pas faire comme on l'a fait jusqu'ici, circuler, il n'y a rien à voir.

10:10
Locuteur non identifié

Sauf que les enjeux économiques, et on le comprend très très bien dans ce film, les algues vertes, les enjeux économiques sont très très importants. Là, on est beaucoup entre Lamballe et Saint-Brieuc. 78% de ce bassin d'emploi vit grâce à l'industrie agroalimentaire. Donc, on a l'impression que se battre contre ça, c'est mission impossible.

10:29
Invité politique

Oui, ça sort le même jour, je crois, d'ailleurs. Mission impossible, vous avez raison, le film sort effectivement. Nous aussi, c'est mission impossible. En fait, on est mission impossible 2, c'est très très compliqué. Quand vous savez que l'exportation de poulets au Moyen-Orient, de poulets bretons uniquement, au Moyen-Orient, c'est plus que les ventes d'armes au Moyen-Orient, vous imaginez le poids que ça a ? C'est bien pour ça qu'il y a beaucoup de violence. Parce que si vous voulez, localement, il y a des combats qui se livrent, mais au-dessus, ça ne passe pas.

10:59
Locuteur non identifié

Il y a une scène extraordinaire avec ce député européen, ancien élu du Conseil Régional de Bretagne, qui dit qu'on est en pleine guerre économique, on est obligé de se battre.

11:09
Présentateur

Et c'est vrai. Il est assez lucide, le personnage joué par Jonathan Lambert. Il est complètement lucide, il dit oui, il ne peut pas le dire au micro qu'il est complètement d'accord avec la journaliste, mais c'est une guerre.

11:24
Invité politique

Et c'est vrai que ce n'est pas simple, parce que notre agro-industrie, qui est une agro-industrie issue d'une Europe de droite, on a vu que le dernier pacte vert n'est pas passé à une voie près, cette Europe de droite, elle est quand même une démocratie. Et nous sommes dans cette compétition internationale face à des dictatures, pour qui, évidemment, l'environnement, la vie des hommes, n'ont encore moins d'importance qu'ici. Donc, comment cette Europe, qui est la plus vertueuse mondialement, fait pour se battre en face de tel monstre ? C'est pour ça que j'ai posé cette question de la guerre économique.

Ok, c'est une guerre, mais dans ce cas-là, quand les gens reviennent de la guerre et qu'ils sont morts, on honore leur famille. Donc là, ce que moi j'ai trouvé humainement le plus choquant dans la bande dessinée, ce que j'ai essayé de montrer, c'est qu'on a dit à ces familles, circuler, il n'y a rien à voir.

12:13
Locuteur non identifié

Alors, finalement, ce que vous demandez, c'est ça. Parce qu'on pourrait imaginer que ce que vous demandez, c'est de reconstruire un système économique qui ne soit plus celui-là, qui ne soit plus dans la surproduction. Vous demandez ça ?

12:24
Invité politique

Si on ne parvient pas à avoir un système qui est plus verteux, parce qu'il y a quand même un seuil d'alerte dehors des humains, c'est la Terre qui nous dit qu'elle n'en peut plus. Je veux dire notre Terre qui est un bien commun. Ce bien commun, on voit bien qu'on lui tire sur la gueule, les eaux et les rivières n'en peuvent plus, la mer n'en peut plus. Et pourtant, on continue, on continue, on continue. Donc, si on continue et qu'on est dans cette guerre, il ne faut pas être hypocrite. Il faut dire qu'il y a des morts de la guerre, les pesticides, les algues vertes et bien d'autres.

Dans cette guerre, vous avez perdu quelqu'un du glyphosate, vous avez perdu quelqu'un des algues vertes, vous êtes considéré comme un disparu de la guerre. Et il y a des indemnités. Je ne crois pas que j'arriverai à faire passer, évidemment, cette loi. Mais en tout cas, intellectuellement, pour une démocratie, pour moi, elle a du sens. Mais c'est un film militant. Vous le revendiquez, un film politique ?

13:14
Locuteur non identifié

Ce n'est pas ce qu'on ressent quand on le regarde.

13:16
Invité politique

Non, je crois... Enfin, en tout cas, le militant, il obéit aveuglément à ce que demande le parti. Donc, moi, obéir aveuglément, ça ne marche pas. Mais non, c'est un film politique. Oui, bien sûr, c'est un film qui pose un sujet politique sur la table. Il y a une phrase d'un lanceur d'alerte qui est formidable. Il dit, vous savez, avec qui j'ai fait un débat en Bretagne, devant des salles pleines. Et il dit, vous savez, l'agro-industrie mondiale, c'est comme les Draculas. Ils mettent leurs dents dans le cou de leurs victimes et ils sucent le sang. La seule chose qu'ils n'aiment pas, c'est la lumière. Et le cinéma, c'est mettre en lumière. C'est poser le problème sur la table.

13:53
Locuteur non identifié

Elles se sont passées comment, justement, ces rencontres ? Vous en avez fait beaucoup des avant-peutes en première, notamment en Bretagne. Est-ce qu'il y a des agriculteurs, par exemple, qui sont venus regarder ce film ?

14:02
Invité politique

Oui, il y en a de trois sortes. On a rencontré trois sortes d'agriculteurs et je crois qu'ils sont assez fidèles de la réalité de cette région très déchirée. Il y a ceux qui vous disent, ok, j'ai compris votre film. Je vois un petit peu comme le député. Ok, je vois, j'ai compris. Et je fais comment ?

14:20
Locuteur non identifié

Et voilà.

14:20
Invité politique

Et je fais comment ? Je fais comment pour sortir de la coopérative qui me donne mon engrais, mes animaux, ma nourriture, et tout ça, je fais comment pour en sortir ? Ça, c'est une première catégorie. Il y a des gens tendance FNSEA qui disent, mais attendez, qu'est-ce que vous racontez ? Et ils restent sur le même discours depuis 50 ans, c'est l'épuration des villes. Alors qu'on sait que ça joue. Mais à hauteur, je ne sais pas, 10-20%. Et les troisièmes, c'est ceux vraiment que j'ai ressenti les plus heureux, c'est ceux qui s'en sont sortis. Qui disent, non mais moi, je fais autre chose. Je fais autrement. Je suis sorti de tout ça.

Par exemple, le chevrier que vous voyez dans le film, à un moment, le personnage va vivre chez un chevrier. Chez ce chevrier, ou plutôt ce couple qui nous a accueillis, il n'y avait pas de chien de berger. Alors donc, on est en tournage, je dis, mais c'est bizarre, vous n'avez pas de chien de berger ? Il dit, non, non. Les chiens de bergeau, ça aboie après les chèvres. Ça fait du mauvais lait. Non, on a juste le nombre de chèvres pour se passer de chien de berger. Et résultat, on a des fromages magnifiques. Et on vit très bien. Donc, vous voyez, c'est une façon de penser les choses autrement. C'est possible. Ça demande un effort. Les deux, trois premières années sont compliquées.

Mais on y arrive. Plein, plein, plein d'agriculteurs y arrivent.

15:29
Locuteur non identifié

Il n'y a pas eu de comité d'accueil. On ne vous a jamais interdit de dire ?

15:33
Invité politique

Sur une projection, il y a quelques jeunes agriculteurs qui sont venus chercher des noises aux deux lanceurs d'alerte qui ont 70 et 72 ans. Ce n'était pas très élégant. Mais c'est un épiphénomène. Globalement, ça s'est bien passé.

15:45
Locuteur non identifié

Et ça résonne très fort aussi ailleurs. à Strasbourg, en Corse, partout en fait.

15:51
Invité politique

Oui, c'est dans les avant-premières. Je me dis, bon, en dehors de la Bretagne, on va prendre une tôle. Et puis, je suis allé en Corse. Et puis, je suis allé à Lille. Et puis, je suis allé à Strasbourg. Et les salles étaient pleines. Et je me suis dit, bon, à la fin du générique, ils vont se lever, ils ne se lèvent pas. Et puis, il y a le débat qui lui runaire. Et il reste. Parce que chacun a son histoire. En Corse, ils m'ont beaucoup parlé des déchets.

16:10
Locuteur non identifié

Qui polluent aussi atrocement.

16:12
Invité politique

À Strasbourg, du réchauffement climatique. Voilà, c'est tout à fait étonnant de voir. Et moi, c'est ce qui m'a aussi intéressé dans ce sujet. C'est la résonance que ça a sur la France. Mais c'est aussi une métaphore de l'histoire du monde. On est en train de surexploiter. Alors que le grand argument de la FNAS, c'est qu'il faut bien nourrir les gens.

16:32
Locuteur non identifié

Oui, voilà, on nourrit la France.

16:32
Invité politique

Bien sûr que si on répartit bien, on a de quoi nourrir tout le monde sur Terre. Ça, il n'y a pas de problème. Donc, on entend ce discours-là. Moi, ce qui m'intéressait aussi dans ce film, c'est la résonance que ça a sur l'histoire du monde. Il faut qu'on arrête de surproduire parce qu'on court à notre perte. Mais comment on arrête ? Ce n'est pas comme un bouton, là.

16:50
Présentateur

Non, mais parce qu'il y a ces agriculteurs qui sont pris, effectivement, dans la dynamique de la coopérative. Et vous montrez très bien dans votre film comment ces agriculteurs peuvent aussi, parfois, devenir violents parce qu'ils sont pieds et poings liés à cette coopérative. On ira voir donc ce film, Les Algues Vertes, qui sortira mercredi prochain. Je vais vous dire que c'est très réussi. On a passé un très bon moment à voir ce film avec, à la co-scénarisation, Inès Léraud et son nom. Et dans le rôle principal, Céline Salette, magnifique. Merci. Sans qui, rien n'aurait été possible. De rappeler son nom. Et je rappelle la phrase de Voltaire que vous rappelez au début de votre film.

On doit des égards aux vivants. On ne doit aux morts que la vérité. Merci beaucoup, Pierre Jolivet. Merci de m'avoir reçu.

17:34
Locuteur non identifié

Belle journée. Merci.