Immobilier : la chute... jusqu'à quand ? - Reportage #cdanslair du 16.03.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 4:02OuverteRéponse directe
Sandra Ouabian, on a vu le gouverneur de la Banque de France qui refuse d'assouplir les critères d'éligibilité aux prêts immobiliers. Est-ce que les banques ne pourraient pas faire un effort ?
- 5:36OuverteRéponse directe
Henri Buzikazot, on voit bien, le problème, c'est qu'on ne produit pas assez de logements neufs. Est-ce que, disons-le, ce sont les nouvelles normes environnementales qui, au nom de la préservation des sols, empêchent, enfin, limites, ou mettent des conditions qui font que c'est très compliqué aujourd'hui, très coûteux de construire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:08InvitéChiffre
« On a lancé 30 000 nouveaux logements intermédiaires. »
- 2:11InvitéChiffre
« C'est le double de ce qui avait été fait en 2022. »
- 2:27InvitéChiffre
« Près d'un milliard d'euros mobilisés dans les prochains mois pour la création de 10 000 logements de ce type. »
- 3:34InvitéChiffre
« Son taux d'intérêt directeur historiquement haut depuis septembre dernier, à 4%. »
- 4:36PrésentateurChiffre
« Les durées sur lesquelles les ménages s'endettent aujourd'hui ont été portées jusqu'à 27 ans. »
- 6:15InvitéFait
« Ça fait longtemps qu'on ne le fait pas. Il y a la question de la mobilisation du foncier. Mais ça veut dire énormément artificialiser les sols. On ne veut plus artificialiser les sols. »
- 7:14InvitéChiffre
« Il faut savoir que sur un promoteur qui construit, pèse aujourd'hui, il faut être très clair, 6 000 normes. »
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Nous sommes en plein hiver. Pourtant, au camping du parc de la Garenne, dans l'Oise, les 150 mobilhomes sont tous occupés, non par des vacanciers, mais par des travailleurs et des familles qui vivent ici à l'année. Nous arrivons à la maison. Isabelle et sa fille de 14 ans habitent au numéro 47 depuis décembre. Vous avez une cuisine fonctionnelle et pratique. Vous avez le couloir, ma chambre, avec tous les rangements. Vous avez encore des rangements ici aussi. Un mobilhome de 54 mètres carrés qu'elle loue 740 euros par mois. À 54 ans, Isabelle n'aurait jamais imaginé vivre au camping. 11 ans qu'elle est en attente d'un logement social.
Et les 971 euros d'allocations adultes handicapés qu'elle touche sont bien trop maigres pour se loger dans le parc privé. Il faut faire trois fois le montant du loyer. Donc quand on voit les prix exorbitants des loyers pour un studio ici, c'est 800 euros sur Creil. Donc trois fois le montant, non, c'est pas possible. Est-ce que le camping finalement, ça a été un peu la bouée sauvetage qui vous a évité ? Ah, la rue. Oui, oui, on peut le dire. Oui, carrément, ça a été vraiment mon dernier recours. Dans les allées du camping, il y a aussi des propriétaires de mobilhome comme Sandrine. Agent d'entretien en CDI depuis 25 ans, son salaire a très peu progressé. Voici, voilà. Normalement, 1592.
Grâce à un prêt étalé sur six ans, elle a pu acheter ce mobilhome d'occasion de 40 mètres carrés. Pour devenir propriétaire avec sa rémunération, elle n'avait pas vraiment d'autre choix. Je n'ai pas 15 000 euros. Et une maison, il faut compter 160 000 euros, mais la banque, moi, ne me suivait pas. À me prêter, je crois, 77 000 euros, mais on n'a rien de 77 000 euros. Un camping devenu pour beaucoup le dernier recours. Illustration de la crise que traverse le secteur du logement. Une crise que veut endiguer le gouvernement. Voilà le message du Premier ministre, en visite sur un chantier le mois dernier.
On va se battre centimètre par centimètre, mètre carré par mètre carré, pour aller chercher du logement pour les Français. On a lancé 30 000 nouveaux logements intermédiaires. C'est le double de ce qui avait été fait en 2022. Donc il y a déjà une accélération qui a commencé. Un cap répété cette semaine à l'Assemblée par le ministre du Logement. De l'offre, de l'offre et encore de l'offre. Construire de l'habitat intermédiaire destiné aux classes moyennes, c'est le choix du gouvernement. Près d'un milliard d'euros mobilisés dans les prochains mois pour la création de 10 000 logements de ce type.
Une ambition qui risque de se heurter aux réalités d'un secteur totalement grippé, comme l'explique ce promoteur. Un projet à Montrouge, en Ile-de-France, avec une partie de bureau et une partie de logement. C'est des projets assez classiques qui fonctionnaient normalement il y a encore un an et demi et qui sont des projets beaucoup plus difficiles aujourd'hui à sortir. Chaque année qui a passé, on a demandé aux promoteurs immobiliers de porter une part de l'intérêt général, mais de plus en plus forte. Vendre le logement social à perte, vendre le logement intermédiaire bien souvent à perte, pas toujours, mais bien souvent à perte.
supporter une vision programmatique qui est souvent extrêmement onéreuse. Donc c'est quand même réduire les densités sur les terrains. Donc en fait, notre secteur est victime d'injonctions contradictoires. On dit faites beaucoup de logements pas chers et tout est organisé pour qu'on fasse peu de logements chers. À ces contraintes s'ajoute la politique restrictive qu'a tenue la Banque Centrale Européenne jusque-là. Son taux d'intérêt directeur historiquement haut depuis septembre dernier, à 4%, pourrait bientôt baisser. C'est en tout cas le souhait du gouverneur de la Banque de France devant la diminution de l'inflation.
Les conséquences que nous devrions tirer, nous, Banque Centrale Européenne, c'est probablement de baisser les taux au printemps. Après dix hausses successives, cette baisse probable du taux directeur pourrait bien signer un début d'éclaircie pour ce secteur durement touché ces derniers mois. Sandra Ouabian, on a vu le gouverneur de la Banque de France qui refuse d'assouplir les critères d'éligibilité aux prêts immobiliers. Est-ce que les banques ne pourraient pas faire un effort ? Par exemple, on sait qu'on interdit aux jeunes de mettre plus de 35% de ce qu'ils touchent en immobilier. Si on a sous-fissé les critères, ça ne pourrait pas relancer l'accession à la propriété ?
Si, à court terme, oui. Le problème, c'est après d'arriver dans une situation comme on a pu avoir pendant la crise des subprimes. C'est-à-dire que là, on a déjà beaucoup augmenté l'endettement des ménages. Les durées sur lesquelles les ménages s'endettent aujourd'hui ont été portées jusqu'à 27 ans. C'est quand même des durées qui sont assez importantes. On a aussi facilité l'hypothèque. Donc, en fait, les gens, pour pouvoir augmenter la capacité d'emprunt, pendant longtemps, on a fait des taux très bas pour pouvoir aussi permettre qu'il y ait des emprunts. Mais finalement, on a des ménages qui sont quand même relativement endettés.
On ne peut pas sur-endetter les ménages parce qu'ils sont au taquet. Après, il y a une question sur l'endettement des ménages.
Et il y a une question aussi après d'autres types de solutions. C'est-à-dire que les taux, c'est une des réponses qui peut être là. Mais il y a plein d'autres réponses à avoir. Par exemple, il peut y avoir le fait de construire, comme vous l'évoquiez, sur des petites parcelles. Donc, diviser les parcelles actuelles et construire dans les zones pavillonnaires, multiplier un peu l'habitat. Il y a aussi tout ce qu'on appelle le bail réel solidaire, c'est-à-dire diviser la propriété. Mais il va falloir inventer un peu des nouvelles solutions parce que si on n'est que sur les taux, on ne va pas y arriver.
Puisque ça va être très compliqué d'avoir des taux qui soient à 1% comme on l'a eu pendant des années.
Henri Buzikazot, on voit bien, le problème, c'est qu'on ne produit pas assez de logements neufs. Est-ce que, disons-le, ce sont les nouvelles normes environnementales qui, au nom de la préservation des sols, au nom de préserver, de limiter les émissions de CO2, empêchent, enfin, limites, ou mettent des conditions qui font que c'est très compliqué aujourd'hui, très coûteux de construire ? Il faut avoir l'honnêteté de dire que depuis 30 ans, on a multiplié les embarras qui conduisaient à construire au moins. Alors, il y a eu des meilleures années, des moins bonnes années, mais on n'a jamais atteint un objectif probablement réaliste de 450, 470, 500 000 logements.
Ça fait longtemps qu'on ne le fait pas. Il y a la question de la mobilisation du foncier. Mais ça veut dire énormément artificialiser les sols. On ne veut plus artificialiser les sols. Ça veut dire mobiliser le foncier déjà artificialisé, le foncier de l'État déjà artificialisé, ou des collectivités locales, ou des particuliers, aujourd'hui, n'est pas mis sur le marché pour diverses raisons. On ne s'y est pas employé. Des ministres, je pense à Cile Duflo, ont travaillé à une loi de mobilisation de foncières qui a été poincée d'air sans effet. On a compliqué les choses. Aujourd'hui, le gouvernement dit qu'il faut simplifier. Il se serait attelé à ça il y a 7 ans.
C'est comme pour les agriculteurs. Les normes, elles ont été mises pour de bonnes raisons ? Oui, pour de bonnes raisons. Bien sûr, parce que derrière une norme, il y a l'envie de sécuriser, y compris l'acquéreur, l'envie de lutter contre des règlements climatiques. Aujourd'hui, on a une addition. Il faut savoir que sur un promoteur qui construit, pèse aujourd'hui, il faut être très clair, 6 000 normes. 6 000 normes. Le premier qui est parlé de simplification, c'est Benoît Apparu, ministre. Aujourd'hui, il est promoteur. Il a ouvert ce dossier quand il est démis. Il y a une quinzaine d'années. À l'époque, il y en avait 4 000.
La norme va même jusqu'à imposer des douches à l'italienne, l'interdiction de mettre des prises dans les salles. De nombreuses de ces normes pourraient faire sourire. Vous en avez quelques-unes, d'ailleurs ? Pardon ? Quelques-unes de normes comme ça, pour de bonnes raisons, mais peuvent... Il y a eu la norme. Alors, celle-là, elle ne fait pas sourire, mais aujourd'hui, je pense qu'on peut en sourire. L'obligation de deux partings par logement. C'était forcément des têtes artificialisées aussi pour les parkings. Eh bien, on s'aperçoit aujourd'hui que la voiture, on l'utilise différemment. Les usages ont évolué. Ça a bloqué tous les ménages, non pas de voiture, mais mécaniquement.
La norme handicapée qui a été récemment, simplifiée récemment, elle a été très mécanique. Il fallait que tous les logements soient réversibles. Donc, il y a eu la question des normes. Et puis, bien sûr, il y a la question aussi des recours. Il y a la question de l'attitude des maires. Bon, voilà. Donc, on n'a pas assez construit. Aujourd'hui, on a des problèmes qui sont pour partie liés à cette loi climat-résilience qui dit qu'il ne faut plus artificialiser les heures. et on n'a pas donné le mode d'emploi. On est d'ailleurs en train de le donner aux maires, de le donner aux constructeurs et d'assouplir la loi.
Bien sûr qu'on prend conscience que cette contrainte environnementale à laquelle il faut céder doit être compatible avec la construction. On est en train de le mesurer.