Canicule : sommes-nous prêts pour l'ovni climatique qui arrive ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous êtes journaliste météo à Franceinfo. Agnès Ricard-Hibon, bonsoir. Merci d'être avec nous.
Vous avez un agenda chargé. Vous êtes membre de Samu-Urgences de France. Voici les prévisions de Météo France.
Elles envisagent des températures extrêmes pour ce lundi. On n'est plus dans le rouge, mais carrément dans le violet. Cette carte est presque apocalyptique. -C.Pena: Je voudrais quand même pondérer.
Les prévisions sont au-dessus de la réalité. C'est très connu. J'ai cliqué dessus, à l'instant.
Déjà, les projections sont un cran en dessous. C'est vrai que l'on va dépasser les 40 degrés. -A.Casse: 35 départements seront en vigilance rouge demain.
Est-ce que l'on sait quand sera le pic de cet épisode? -N.Berrod: Il a tendance à se décaler.
C'est le problème avec cette vague de chaleur historique. Au début, on l'imaginait pour dimanche, puis lundi, puis mardi...
Il semblerait qu'elle pourrait être mercredi. En tous les cas, les journées qui viennent vont être parmi les plus chaudes que la France a jamais connues, tous mois confondus. Même les canicules en juillet et en août n'ont pas atteint cette température.
Il est très possible qu'on atteigne mardi ou mercredi la journée la plus chaude que la France a jamais connue, devant le 5 août 2003. Certes, Arpège a tendance à surchauffer, mais toujours est-il que même les modèles les plus fiables s'accordent à dire qu'il y a un épisode de canicule exceptionnelle qui débute. Il fait déjà très chaud aujourd'hui, mais ce n'est pas grand-chose par rapport à ce que l'on aura lundi et mardi. -A.Casse: Est-ce que c'est pire que 2003?
On n'en voit pas le bout. Les deux premières semaines de juillet s'annoncent chaudes. -N.Berrod: On ne peut pas encore dire que ça va être pire que 2003.
Si les prévisions actuelles pour les prochains jours se confirment, on sera d'un niveau équivalent à cette canicule de 2003. Cela avait vraiment été un ovni climatique dans le climat du début du 21e siècle. Ce sera des niveaux équivalents.
En termes d'intensité, peut-être un cran au-dessus. En 2003, c'était 16 jours. On ne sait pas encore si ça va durer 16 jours.
Je parle de la canicule. Il pourra toujours faire chaud début juillet. C'est compliqué de faire la comparaison entre les deux, mais on sera sans doute à un niveau équivalent. -A.Casse: On a du mal à suivre.
J'avais retenu que le pic c'était ce dimanche. Là, vous nous dites que ça va être mercredi. Est-ce que ce sera aussi le pic à l'hôpital? -A.Ricard-Hibon: Ce qui nous alerte, c'est la durée.
C'est aussi la température nocturne qui ne baisse pas. Elle impacte fortement les organismes. On va commencer...
J'étais de garde hier. J'ai déjà eu quelques appels de décompensation de pathologies cardiaques. Ca va venir assez rapidement.
Notre conseil, c'est bien sûr de ne pas s'exposer à la chaleur, et surtout d'appeler le 15 pour être bien orienté dans les bons systèmes de soins. On peut faire beaucoup de conseil à domicile. On peut réserver les services de soins à ceux qui en ont le plus besoin. -A.Casse: Quels sont les types de patients que vous avez? -A.Ricard-Hibon: Ca touche tous les publics.
On a eu de jeunes sportifs avec des urgences vitales. Cela se termine en réanimation, voire en décès. Ce sont des décès évitables, vraiment.
Il y a de jeunes sportifs chez qui on ne peut pas vraiment prédire le coup de chaleur pendant l'exercice. Il vaut mieux aller courir dans les salles de sport réfrigérées. Il y a aussi des personnes fragiles, comme les bébés, les femmes enceintes, les personnes qui ont une insuffisance cardiaque.
On a aussi des publics qui ont juste de l'hypertension, un petit médicament qui fait uriner, les pizzaiolos qui sont en bonne santé, mais qui sont exposés à de fortes chaleurs. Cette nuit, j'ai eu un jeune qui a convulsé après avoir pris de l'alcool. C'est vraiment très diversifié.
Il y a des publics plus fragiles, que l'on connaît, mais ça peut toucher tout le monde. -A.Casse: Le gouvernement déclare la chasse à l'alcool, alors qu'on est la veille de la fête de la musique.
Je voulais que l'on parle de l'autre événement météo: les orages. Ils ont frappé le nord de la France hier. Ils étaient parfois accompagnés de grêle.
On a vu des images impressionnantes dans le Bas-Rhin. A Lille, il y a eu 133 éclairs par minute en moyenne. Deux personnes ont été foudroyées dans la région d'Arras. -C.Pena: C'est l'autre danger, les orages.
Ils font vraiment chuter les températures. Il a cette sensation de frais qui nous arrive, en général. Là, ils ne font pas baisser les températures.
Ce sont des phénomènes nouveaux, avec ce nouveau climat. C'est un phénomène auquel il va falloir s'habituer. Les orages ne font plus baisser les températures. -A.Casse: Comment on l'explique? -N.Berrod: On parle de niveau de température très élevé.
Même si cela baissait, ce ne serait pas le même ressenti. Par ailleurs, cela augmente le taux d'humidité. L'humidité va se renforcer, c'est assez désagréable.
Ce n'est pas aussi rafraîchissant que ça ne l'était. -A.Casse: Est-ce qu'il faut annuler la fête de la musique? -F.Denhez: Ce n'est pas à moi de décider.
C'est le préfet qui est à même de tout arrêter dans les zones rouges. Ce ne peut pas être une décision nationale. La sensation de température et le risque porté par la charge thermique est lié à la localisation, la présence d'ombre, de vent, de matériel qui rayonne...
Ce ne peut être qu'une décision locale, ou bien imposée par le préfet. Il est évident qu'il y a des manifestations qui vont être supprimées. Je lisais un document publié en 2025, qui se demandait ce que l'on devait faire en cas de canicule.
Il y a la canicule, mais aussi la chaleur rayonnée par le matériel dans les salles de concerts. C'est une fabrique à chaleur, en permanence. La décision doit être prise très en amont, avec une formation des gens, une mise en situation des gens, et pour le 21 juin, ils conseillent même de balancer de la flotte sur les gens au tuyau d'arrosage.
C'est très rafraîchissant. C'est pour vous dire qu'il y a des manifestations qui vont être supprimées. L'histoire de l'alcool, c'est une façon de décider sans décider. -A.Casse: Il n'y aura pas d'alcool dans les manifestations organisées par l'Etat.
A Paris, la consommation d'alcool sera interdite sur les quais de Seine et le long du canal Saint-Martin. La préfecture envisage aussi des annulations de concerts. Pourquoi ce focus sur l'alcool? -N.Berrod: L'alcool et la forte chaleur ne font pas du tout bon ménage.
L'alcool, ça bloque le fonctionnement d'une hormone qui fait qu'on va plus souvent uriner. On se déshydrate plus vite. Avec l'alcool, on ne se rend pas compte qu'on se déshydrate.
Cela peut conduire aux urgences, y compris des jeunes en bonne santé. L'alcool peut aussi brouiller les signaux. Cela ne nous permet plus d'avoir conscience qu'on ne se sent pas bien.
Il y a cette interdiction de la consommation d'alcool sur la voie publique qui a été annoncée dans les départements en vigilance rouge qui sont 35 demain. C'est annoncé la veille de la fête de la musique, c'est un peu tard. -A.Casse: C'est facile à contourner. -N.Berrod: Il n'y aura pas un policier par mètre carré dans la rue.
Il y a aussi ceux qui vont boire à domicile. Le conseil, c'est de boire le moins possible pour limiter les risques. -A.Casse: Pas d'alcool, mais de l'eau.
Même de l'eau gazeuse. -N.Berrod: On va beaucoup parler de l'alcool et de la fête de la musique, mais les fortes chaleurs, ça va aussi durer lundi, mardi, mercredi.
Il n'y a pas besoin d'alcool pour que cela ait des impacts sur la santé. -A.Casse: Ca vous inquiète de savoir que la fête de la musique est maintenue et que cela sera du cas par cas? -A.Ricard-Hibon: On prend cette alerte avec beaucoup de vigilance.
On sait qu'on va avoir une augmentation des patients dans les structures d'urgence. On a déjà des appels au SAMU. Cela représentait plus de 30% des appels que l'on a eus dans les dernières 24 heures.
Nous, forcément, tout ce qui va créer la crise sanitaire, ça nous alerte. La crise sanitaire, sa gestion, ça fait partie de notre métier. On sait s'adapter par rapport à ces crises.
Ce que l'on ne sait pas faire, c'est la sortie des patients des urgences. On sait les accueillir. On sait prendre plus d'appels.
On sait les traiter. Quand toutes nos salles d'examen sont prises par des patients qui ont besoin d'être hospitalisés, et qu'on ne peut pas les faire sortir, on ne peut plus accueillir de nouveaux patients. C'est ça, cette crise de la sortie des urgences, qui nous inquiète.
Catherine Pégard