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interviewC à vous· 12 février 2025 14 min

Justice des mineurs : le texte de Gabriel Attal divise - C à Vous

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les derniers chiffres de 2024 soulignent une surreprésentation des 16 et 17 ans dans 3 catégories: les vols avec arme, 31 % sont le fait de mineurs, les vols violents sans armes et les vols de véhicules, 28 %. Les mineurs mis en cause représentent environ 3 % de leur classe d'âge. - A.-E.Lemoine: Il y a des chiffres qui montent un reflux ou une stagnation.

L'actualité impose de légiférer. - J.Fourquet: On est bien placés pour parler de tout cela.

L'impact aussi de ces drames, avec la recrudescence de l'usage de couteau, les fameuses armes blanches. Des victimes, comme les auteurs, sont souvent mineurs, pas toujours...

Tout ça a un impact très fort dans la population. J'ai d'autres données chiffrées. Cette question de la modification de l'ordonnance de 1945, c'est un serpent de mer qui revient régulièrement.

On avait fait un sondage en 2006, 2011, 2017, 2021...

On réexpliquait aux Français ce qui était l'ordonnance et on leur demandait s'ils étaient favorables à une modification. En 2021, 7 Français sur 10 disaient qu'il fallait que la majorité pénale soit abaissée à 16 ans, pour que ce soit plus facile d'emprisonner des mineurs de 16 ou 17 ans. - P.Cohen: Dans la réalité, elle a été plusieurs fois modifiée, cette ordonnance.

Les juges ont toute la latitude de le faire à partir de 16 ans et donner des peines comme les adultes. - J.Fourquet: La formule de G.Attal, on l'a déjà entendue dans la bouche d'autres politiques, en disant qu'un mineur de 2025 n'est pas un mineur de 1945, sous-entendant que la violence a progressé... - A.-E.Lemoine: Ce que questionne l'opinion, c'est la réactivité de l'institution pénale? - J.Fourquet: Oui.

On voit souvent, hélas, quand on fait le pedigree d'un certain nombre de mis en cause, ils n'en sont pas à leur coup d'essai. Quand l'affaire la plus grave éclate, souvent, il y a déjà eu des signes précurseurs. Souvent, quand il y a eu une réponse pénale, soit ce n'est pas assez ferme ou ça intervient trop tard.

Un mineur incriminé est convoqué au tribunal 18 mois plus tard...

Pendant tout ce temps-là, dans son environnement, il est en totale impunité. Ca ne sont pas des signaux satisfaisant envoyés. Là-dessus, il y aurait des choses à faire. - A.-E.Lemoine: La proposition de loi de G.Attal répond à une demande d'autorité dans la population française. - J.Fourquet: Oui.

On débat assez régulièrement sur la question des OQTF, autre serpent de mer. On entend beaucoup de choses sur les refus d'obtempérer lors des contrôles de police. Il y a une demande assez forte d'autorité qui s'exprime dans le pays.

On voit comment une personnalité comme B.Retailleau tente, dans son style, de répondre à cette demande. - A.-E.Lemoine: Le débat va être vif ce soir et intéressant à l'Assemblée nationale.

Il y a une fracture entre la droite et la gauche? - J.Fourquet: C'est typiquement un sujet sur lequel le clivage gauche-droite continue d'exister.

Ce qui sera intéressant d'observer, P.Cohen en a parlé, c'est de voir, au sein du bloc central, si le clivage se réactive. Ce projet de loi est porté par G.Attal, qui, historiquement, vient plutôt de la gauche.

C'est plutôt l'aile gauche de la Macronie. Il est aujourd'hui en porte-à-faux avec des gens comme madame Belloubet, peut-être madame Borne. Que la droite et le RN demandent plus de sévérité en la matière, c'est attendu.

Que LFI et toute la gauche disent qu'il faut voir les choses autrement, c'est attendu. Ce qui va être intéressant, c'est comment les autres vont se partager au sein du courant central. - P.Cohen: La politique, c'est aussi cette annonce par B.Retailleau de sa candidature à la présidence des Républicains, qui était convoitée par L.Wauquiez.

La guerre à droite est relancée. On en parlait hier, sans penser que l'annonce de B.Retailleau serait si précoce.

On en parlait avec X.Bertrand. Il nous disait son soutien à B.Retailleau. - X.Bertrand: Il faut quelqu'un de neuf.

Je pense que B.Retailleau serait un très bon président des Républicains. Ca n'engage en rien le choix pour 2027.

Aujourd'hui, dans l'action, je pense qu'il serait un bon président. Je souhaite qu'il soit un candidat à la présidence des Républicains. - P.Cohen: Ca ne l'engage en rien pour 2027. - J.Fourquet: X.Bertrand n'a peut-être pas renoncé à 2027. - P.Cohen: C'est le contrôle d'un parti, même diminué comme LR.

C'est important dans la perspective de la présidentielle, dans 2 ans? - J.Fourquet: Surtout s'il n'y a pas de candidat naturel à la succession d'E.Macron.

Pouvoir s'appuyer sur ce qui reste de militants LR, mais aussi un réseau d'élus. C'est important. Le levier majeur pour B.Retailleau va dépendre de 2 choses: sa longévité à Beauvau, et si tant est qu'il reste assez longtemps Beauvau.

Il faudra avoir des résultats. Ce qu'on voit en l'opinion, comment cette nomination à Beauvau s'est traduit par un gain de visibilité et de popularité... - A.-E.Lemoine: C'est le tremplin de Beauvau.

Ca marche quasiment à tous les coups. - J.Fourquet: Il était 36e personnalité politique sur 50 au mois de juin, avant sa nomination et il est aujourd'hui 9e.

L'appétit vient en mangeant. Ce tremplin de Beauvau, à droite, tout le monde a en tête N.Sarkozy.

Il était resté plus longtemps et avait obtenu un certain nombre de résultats significatifs, au moins momentanés sur la situation de la délinquance. Autant là, B.Retailleau envoie des messages à l'opinion qui est en attente de fermeté, majoritairement.

Ce qui va se passer plus tard, ça va être la question des résultats. Est-ce que les résultats seront au rendez-vous ou pas? C'est tout l'enjeu vis-à-vis de l'électorat du RN.

L'électorat du RN, aujourd'hui, 58 % des électeurs ont une bonne opinion de B.Retailleau car il parle de thèmes qui leur sont chers. Mais ils attendent de voir les résultats.

Rappelez-vous la fameuse formule de N.Sarkozy sur le fait de passer au karcher certains quartiers. Aujourd'hui, le lectorat RN attend que le karcher soit passé.

S'il ne l'est pas, cet électorat préférera rester fidèle à M.Le Pen plutôt que de suivre B.Retailleau. - P.Cohen: L.Wauquiez a encore des atouts? - J.Fourquet: Sur un poste comme celui de Beauvau, vous êtes en prise directe avec l'actualité.

Il y a les moyens de l'Etat. C'est assez stupéfiant de voir la vitesse à laquelle B.Retailleau s'est installé dans ce paysage.

En cas de motion de censure qui viendrait à être votée, si on rabat les cartes, on peut de nouveau reculer de plusieurs cases. - A.-E.Lemoine: A droite, cette guerre des chefs, on en parle très peu dans votre nouvel objet d'étude: les PMU...

Ces miroirs de la France où on s'intéresse aux courses de chevaux, mais pas celles qui mènent à l'Elysée. ...

Tout le monde s'entend bien, tout le monde échange. Tout le monde parle en toute convivialité. - Il y a plus de personnes qui connaissent leur prénom dans un bar PMU que dans un bar normal.

Il y a Mehdi, Léon, JP... - On connaît tout le monde. - Il y a Yoann, aussi.

Il n'est pas là. - Il y a des chômeurs, des retraités, des travailleurs, toutes sortes de gens. - Il y a beaucoup d'échanges. - Le matin, les infos et l'après-midi, c'est les jeux. - La politique, au PMU, c'est le dernier des sujets. - On cherche un moment de détente et pas de conflit. - A.-E.Lemoine: Quand on lit votre livre, on comprend que ce n'est pas dans les PMU que se développent les plus grands débats politiques.

Pourquoi? - J.Fourquet: Ce sont des lieux perçus comme étant conviviaux par les personnes qui les fréquentent.

On veut "ne pas casser l'ambiance" en parlant politique. On va rester consensuels. On parle de la météo, de faits divers...

L'autre élément qui est intéressant, on le voit dans votre reportage, on connaît les prénoms de tout le monde mais entre eux, ils s'appellent les "camarades". Ils ne sont pas collègues, ils ne sont pas amis. Ce sont les camarades du PMU. - A.-E.Lemoine: Ils ne se voient qu'au PMU. - J.Fourquet: "Je connais son prénom mais je n'ai pas son téléphone car je ne le vois que là, ce n'est pas un ami..." Il y a une relation assez superficielle.

S'embarquer à parler de politique vous expose à vous fâcher avec quelqu'un dont vous ne connaissez pas les opinions. C'est pour ça qu'on reste en retrait sur les questions politiques et on parle d'autres sujets. - A.-E.Lemoine: Dans un PMU, contrairement à toutes les chaînes de fast-food qui se ressemblent, là, à chaque fois, c'est un univers inédit.

Un PMU dans le nord, ce n'est pas la même chose qu'un PMU à Marseille. - J.Fourquet: Il y a la marque PMU, là où les courses se déroulent, les bornes pour jouer.

Ensuite, le décor change. La population n'est pas la même selon les quartiers. Dans l'enquête, on a bien vu comment la personnalité du taulier, le patron du PMU, joue un rôle déterminant dans l'atmosphère qui va régner dans l'établissement. - A.-E.Lemoine: En quoi les PMU sont des couteaux suisses?

C'est comme ça que vous les qualifiez. - J.Fourquet: Les gens nous disent qu'ils viennent jouer mais que c'est aussi une espèce de bourse d'échange.

Il y a pas mal d'artisans. On va avoir un tuyau si on a des travaux à faire, quand on recherche un emploi...

En province, On a des gens qui vont avoir des plans pour avoir tel type d'aliments...

C'est une sorte de bourse d'échange. C'est pour ça qu'on a parlé d'un centre de ressources ou d'un couteau suisse. - E.Tran Nguyen: Une phrase revient systématiquement dans la bouche des clients: "Ici, on nous dit bonjour." Pour trouver cette convivialité, on entre dans ces bars, mais aussi pour trouver un respect qu'on ne trouve pas ailleurs. - J.Fourquet: Une civilité, on se respecte, on s'écoute, il y a une bonne ambiance.

D'où le fait de ne pas parler de politique. Même si beaucoup des gens qui fréquentent les PMU notent qu'il y a toutes les couches sociales, ce n'est pas si vrai que ça. On va être beaucoup sur des publics employés, ouvriers, demandeurs d'emploi...

Il y a des retraités, souvent modestes. C'est une France des invisibles qui trouvent leur lieu à eux. Ce sont des gens qui se disent: "Au moins, ici, on est reconnus." Il y a le fait qu'ici, on ne note pas où on doit s'asseoir.

C'est une forme de considération que ce public retrouve dans ces établissements, dont ils ne bénéficient pas toujours ailleurs. - A.-E.Lemoine: Il y a 14 000 PMU en France. "Le Longchamp" ça, c'est le nom le plus utilisé. - J.Fourquet: En hommage à l'hippodrome... - A.-E.Lemoine: Le moins utilisé, c'est "Le Flash". - J.Fourquet: Il y en a pas mal qui sortent. 14 000 points de vente, c'est assez considérable.

On a fait la cartographie de l'implantation des PMU. Même dans des départements très ruraux, on va avoir 30-50 établissements. - A.-E.Lemoine: Beaucoup plus que celui de La Poste,