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L'Interview : Elie Girard, Executive Chairman, Alice & Bob

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour, merci de nous rejoindre pour cette nouvelle édition de l'Interview. Comme chaque fois que nous recevons quelqu'un, un grand acteur du numérique, pour échanger, comprendre, débattre sur des sujets qui nous concernent ou qui nous concerneront très bientôt. Et aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Élie Girard, président d'Alice & Bob.

Bonjour Élie. Bonjour. Alors écoute, une première question, j'en ai beaucoup.

Je sais qu'on a dit une heure max. Je vais le tenir cette fois. Mais d'abord, qui es-tu Élie et c'est quoi Alice & Bob ?

Alors, Élie Girard, je suis président exécutif d'Alice & Bob. Alice & Bob, c'est une société qui évolue dans le domaine du quantique, plus précisément de l'informatique quantique, du calcul quantique, du quantum computing en anglais, et qui vise à construire la première machine universelle et sans erreur qui va pouvoir faire tourner des calculs quantiques. Alors si j'ai bien compris, ce n'est pas toi le chercheur au CNRS ?

Non. Toi, tu es plutôt l'homme business qui essaie de faire qu'on passe de la recherche au concret. En tout cas, je suis président exécutif de la société, mais les personnes vraiment importantes dans l'entreprise, c'est le CEO et cofondateur, Théo Perronin, et son cofondateur qui est CTO, Raphaël Lescan.

C'est eux qui, il y a 6 ans, début 2020, ont créé cette entreprise qui, aujourd'hui, compte plus de 150 personnes. Chaque personne étant, en général, un physicien d'exception. Donc, on a vraiment un joyau absolument incroyable.

Oui, parce qu'on l'oublie souvent dans le monde de la tech, où on dit souvent le mot tech, et puis en fait, on a souvent des choses où il n'y a pas besoin de beaucoup d'ingénieurs derrière. Là, par contre, vous, c'est la majorité des gens. Ah oui, ça a commencé avec des chercheurs, et c'est ça qui est magnifique, à la fois chez Alice et Bob et dans l'univers quantique, en général.

C'est que, depuis quelques années, on passe des laboratoires, donc des chercheurs, aux ingénieurs, et même au business, qui commencent à poindre à l'horizon. Par exemple, aujourd'hui, en 2026, sur 150 collaborateurs, la part de ce qu'on appelle des chercheurs, des post-doctorants, des gens qu'on fait...

C'est à peu près la moitié. D'accord. Alors, c'est intéressant, ta question est intéressante, parce qu'on est exactement au moment où, en fait, le nombre ou la proportion de physiciens, c'est-à-dire de chercheurs, est en train de se croiser avec la proportion d'ingénieurs.

Parce que c'était 100% au début. C'était 100% au début, et la proportion, non pas le nombre, mais la proportion dans l'ensemble des objectifs se réduit progressivement au profit des ingénieurs. Pourquoi ?

Parce qu'on passe, encore une fois, de la recherche des labos, du labo à la construction effective d'une machine quantique. Alors, je reçois très souvent des grands entrepreneurs et des gens de l'industrie, mais assez rarement dans des sujets qui croisent autant la recherche fondamentale et des sujets que, comme Anne-Marthel, a du mal à finalement entrevoir. Je veux dire, quand on parle de téléphonie mobile, orange, c'est pas trop compliqué, j'ai un téléphone dans ma poche.

Ordinateur quantique, je pense que j'ai plus souvent vu le mot quantique dans des librairies associées au mot psychologique quantique que dans le grand public, j'entends qu'à physique quantique, où les gens, finalement, ne savent pas trop ce que c'est, ils manipulent un concept sans le savoir. Donc, il va falloir qu'on explique un peu quand même. Bien sûr, bien sûr.

Alors, peut-être on va repartir dans l'ordre. Créé en 2020, mais le concept d'ordinateur quantique n'est pas né en 2020. Bien sûr.

Ça date de quand, cette réflexion ? D'une vingtaine d'années, vraiment. Après, la physique quantique, elle, a 120 ans. 120 ans.

Oui, mais quand est-ce qu'on s'est dit, on peut passer de la physique quantique à, tiens, on va appliquer ça au calcul et à l'informatique d'aujourd'hui, ou une nouvelle forme d'informatique, tu dis une vingtaine d'années ? Je dirais de façon vraiment sérieuse, une vingtaine d'années. Mais l'apparition des premières sociétés, entreprises, start-up ou pas d'ailleurs, parce qu'il y a des start-up comme nous, mais il y a aussi des grands groupes, une bonne partie des GAFAM.

Qui investissent dedans directement. Qui investissent dedans. Je dirais, c'est entre huit et dix ans.

D'accord, c'est plus récent. Les premières. Mais il y a vingt ans, ça devient concret, huit et dix ans, on investit.

Voilà, exactement. Et on commence à voir comme des champignons pousser des start-up. Alors, on a une particularité chez Alice et Bob, et dont on est fier, c'est d'éviter de raconter, en tout cas de promettre monts et merveilles.

On a déjà la chance de travailler sur, sans doute, la plus belle promesse technologique depuis très longtemps, puisqu'on va en parler sans doute. Mais j'arrive. On repart vraiment sur les fondamentaux de la physique, des lois qui régissent la matière.

Donc, c'est suffisamment excitant pour ne pas en rajouter avec du buzz permanent et des annonces tous les jours, comme on voit. Donc, si je résume, il y a vingt ans, un peu partout dans le monde, parce que ce n'est pas qu'en France, on se dit, tiens, ça peut devenir un truc concret, on va commencer à y bosser. Il y a dix ans, les gros cimettes divers et variés, avec les annonces habituelles qu'on voit.

Et il y a cinq ans, six ans, Alice et Bob, en même temps d'ailleurs que quelques concurrents mondiaux qui se lancent à nouveau au même moment. Donc, avant de revenir maintenant très concrètement à ça, tiens rappel, alors c'est quoi la physique quantique ? En deux mots, je crois que tu cites tout le temps l'expérience du chat, qui est la plus classique, mais refaisons-le pour ceux qui ne la connaissent pas.

Et juste après, ok, mais ça, appliquer à l'informatique, ça veut dire quoi ? Alors, je vais essayer de structurer les choses très simplement. Il y a la physique quantique, qui est vraiment le fondement fondamental de tout ça, mais qui a permis la première révolution quantique avec les transistors.

Donc, la physique quantique, elle, a 120 ans, mais a déjà produit très concrètement des choses extraordinaires, qui ont changé nos vies. Aujourd'hui, on parle de seconde révolution quantique. On pourrait dire deuxième, peut-être, parce qu'on peut imaginer qu'il y en ait une troisième à jour, qui sait ?

Et ça comprend en général trois technologies, trois catégories de technologies. Le calcul quantique, et je pense qu'on va surtout parler de ça, parce que c'est sans doute celui qui a les promesses les plus larges en termes de cas d'application et d'impact économique in fine. Et peut-être on aura le temps à en parler de signification géopolitique, par les applications auxquelles il conduit.

Il y a une deuxième catégorie, qui est les capteurs quantiques, qui est peut-être la catégorie la plus avancée, la plus proche d'applications concrètes opérationnelles. D'accord. On a un grand champion en France, c'est Thalès.

Et on verra d'ailleurs que dans toutes ces catégories, on a des grands champions en France. J'ai l'impression qu'on n'en parle pas tant que ça. On en parle.

J'écoute beaucoup les sujets Thalès, je n'entends pas beaucoup parler des capteurs quantiques de Thalès. Alors moi, je le vois beaucoup, parce que je...

Mais on devrait en parler plus, parce que c'est vraiment...

Et Thalès, on fait partie des champions, donc en France, par exemple, avec ça. Grâce à Thalès, pas que Thalès, mais Thalès, c'est un peu la figure de proue. Concrètement, c'est quoi, un capteur quantique ?

C'est des capteurs qui permettent de multiplier par des millions la précision et la sensibilité avec laquelle on va pouvoir capter telle ou telle onde électromagnétique, onde gravitationnelle. Ça, c'est en appliquant les concepts de la physique quantique. Exactement.

Avec des matériaux différents, avec ça. Exactement. Au capteur.

Voilà. Troisième, les communications quantiques. Donc là, Orange, par exemple, travaille et réfléchit sur ces sujets-là.

Alors, c'est un domaine un peu plus confidentiel, mais qui est très intéressant aussi, qui va notamment permettre de rendre les communications, les canaux de communication réellement confidentiels. puisque dès lors qu'un canal de communication va être hacké, on va pouvoir le savoir. Ce qui m'amène d'ailleurs à l'image du chat, ou en tout cas à l'histoire du chat, du chat de Schrödinger, un des fondateurs de la physique quantique.

Le chat de Schrödinger, c'est quoi ? Si, en gros, on met un chat dans une boîte, on ne peut pas savoir s'il est mort ou vivant, et donc c'est toute la question, le chat est-il mort ou vivant, tant qu'on n'a pas ouvert la boîte. Donc, tant que la boîte est fermée, on est dans un, c'est une image, on est dans un monde quantique.

Dès qu'on ouvre la boîte et qu'on regarde, c'est-à-dire la seule observation nous fait, pour utiliser un anglicisme, collapser dans le monde classique. Voilà, c'est...

Oui, parce qu'en fait, il peut prendre une infinité d'états, entre guillemets. Il peut prendre plusieurs états, en tout cas. C'est pas infini, en l'occurrence, là, mais plusieurs états.

Oui, un grand nombre d'états, là, pour l'image, deux. Deux, vivants, morts ou vivants. Et c'est pour expliquer, très simplement, cette espèce de dichotomie qu'il y a entre le monde quantique et le monde classique, de la physique classique, c'est-à-dire celle qu'on a tous appris à l'école, celle avec laquelle notre intuition réfléchit.

Oui, mais moi, je suis là ou je ne suis pas là, quoi. Voilà. Et la réponse, c'est deux ou quatre, mais c'est pas...

Dans la physique quantique, on est sur des paradigmes totalement différents. Et ce qui me permet de dire que, n'essayez pas d'utiliser votre intuition pour comprendre la physique quantique. Ça ne marche pas.

Vous êtes à peu près certain qu'en utilisant votre intuition, c'est-à-dire votre sens physique, comme on dit aussi à l'école, vous allez vous tromper. Donc, on rentre dans la physique quantique, on utilise des lois, des mathématiques, des mathématiques qui sous-tendent cette physique, qui sont d'une grande complexité, mais aussi d'une grande richesse, mais qui sont d'une richesse qui est impossible à capturer avec son intuition. Donc, pour vraiment comprendre la physique quantique, il y a peu de gens qui vraiment la comprennent.

Il faut quand même un peu vivre dans un monde parallèle, si on peut dire. Il faut jouer avec des règles qui ne sont pas du tout les règles avec lesquelles on appréhende le monde qui nous entoure. Oui, donc, désolé, si vous croyez que dans cette heure d'interview, vous auriez appris la physique quantique, ça ne va pas être possible.

C'est plus une heure, on est d'accord. Non, non. Je crois que c'est Feynman, un des autres grands fondateurs de la physique quantique, qui disait que si vous pensez avoir compris quelque chose de la physique quantique, vous vous trompez.

Donc, en fait, on évolue dans cet univers complexe, mais en même temps, dans un monde où on veut du concret. Quand on parle d'ordinateur, c'est un truc qu'on arrive à peu près à intuiter, même si dans les années 50, ça prenait la taille de plusieurs appartements. On voit à peu près ce que c'est.

C'est des boîtes avec des machins branchés dedans. Donc, là, tu vas appliquer avec Alice et Bob des concepts de physique quantique, donc simplifions plusieurs étapes, par exemple, au même moment, au calcul. C'est le thème numéro un dont on va parler, c'est le calcul.

Juste pour finir sur les communications quantiques, c'est la machine de Turing en reverse engineering. Elle s'est corrigée en temps réel, on saura faire une communication qui sera en permanence. Ce n'est pas tout à fait ça.

Mais en tout cas, ça permet l'application, je disais, de rendre les communications plus confidentielles. Voilà, ça reste assez niche, on peut dire, mais c'est évidemment un domaine qui faut citer. Géopolitiquement, relativement.

Tout à fait, c'est sans doute assez mono-application, par rapport aux autres domaines. Et donc, si je reviens au premier, le premier qui fait rêver beaucoup de gens. Je reviens au calcul qui est l'objet d'Alice et Bob et qui est effectivement un champ d'application qui est énorme.

Pour donner là aussi un stylet, une intuition, je vais dire quelque chose qui est faux scientifiquement. Donc, si jamais il y a des physiciens quantiques qui regardent, qui me regardent. C'est à l'abri, mais on ne sait jamais.

Qui m'excuse, mais c'est important pour essayer d'appréhender. Effectivement, dans l'informatique classique, on a des zéros et des 1, qui sont des bits. Dans l'informatique quantique, on a des qubits, c'est-à-dire des bits quantiques.

Q, B, I, T, S. Chaque qubit peut prendre plusieurs états, un grand nombre d'états. Ce n'est pas infini, c'est un nombre d'états.

Ce n'est pas tout à fait infini, parce qu'il y a toujours des limites physiques. Et donc, c'est l'intuition que j'essaie d'instiller, qui est qu'on va pouvoir faire des calculs, paralyser des calculs dans des dimensions qui n'ont rien à voir avec celles utilisées simplement des zéros et des 1. Aujourd'hui, on aligne des processeurs qui, chacun, savent gérer des zéros et des 1.

Quand on veut être plus puissant, juste on multiplie les cœurs, on multiplie les processeurs. Demain, c'est le cerveau lui-même qui sera capable de faire puissance n opération en même temps. Donc, on n'est plus dans de l'addition, on est dans de l'exponentiel.

C'est ça. C'est ça. D'accord.

Et donc, une fois qu'on a dit ça, conformément à ce que je disais tout à l'heure, de ne pas vendre des rêves, ça va permettre de faire des choses exceptionnelles. Dès lors qu'on a les algorithmes, ça ne suffit pas d'avoir une machine. Là, j'ai décrit un concept.

J'ai donné une micro-idée du hardware, de comment fonctionne la base d'un qubit. Derrière, il faut évidemment avoir les algorithmes qui vont avec. On a déjà des algorithmes.

C'est-à-dire qu'un algorithme, c'est quoi ? C'est une recette de cuisine qui dit, si tu veux faire ce calcul qui est énorme, tu vas le couper en morceaux, tu vas commencer par calculer ça comme ça, puis après ça comme ça, puis après tu vas prendre le résultat du premier, puis tu vas le multiplier par l'autre. C'est ça un algorithme, simplifié.

Il nous faut des algorithmes quantiques. On a déjà des algorithmes quantiques. C'est-à-dire que les algorithmes quantiques précèdent la machine quantique.

C'est-à-dire qu'on a une liste d'algorithmes qui n'est pas immense d'ailleurs. Mais la façon de réfléchir à l'algorithme doit être différente. Elle est différente.

Là, tu viens de citer du séquentiel classique qu'on veut y faire des nels, entre guillemets. Ce n'est peut-être pas la même façon de faire en quantique. Ça n'est pas la même façon de faire, mais ce qui est intéressant, par exemple, l'algorithme de Schorr, qui est un algorithme des plus connus, qui date, je ne veux pas dire la bêtise, de 1994, je crois.

Donc, c'est l'année 90, de M. Schorr, qui a créé cet algorithme, qui est un algorithme qui ne tourne que sur une machine quantique. Une machine classique ne peut pas faire tourner cet algorithme.

C'est l'algorithme qui permet de casser les codes, entre guillemets. C'est souvent une chose qu'on entend, et c'est un problème, parce que souvent, l'informatique quantique est associée au fait de casser les codes. Oui, c'est ce qu'on me dit plus souvent.

C'est totalement, je veux dire, c'est une réduction de ce qu'est l'informatique quantique. C'est 1% des cas d'usage. Évidemment, il est important, mais c'est 1% des cas d'usage.

C'est peut-être le plus facile à vulgariser, non ? Je ne crois pas, non, non. On va voir, il y a des cas d'usage très simples à comprendre.

C'est celui qui est le plus...

En tout cas, tu parlais de l'algorithme de charge, je t'ai coupé, pardon. Non, ce que je veux dire, c'est que je citais simplement un exemple d'algorithme. C'est intéressant de voir qu'il a plus de 30 ans.

Mais qu'il ne tournerait que sur une machine qui n'existe pas. Exactement. Et donc, les algorithmes, et donc il y en a d'autres, plus complexes, mais on a des algorithmes.

Et chaque année, il y a des nouveaux algorithmes. Alors, ça tient sur les doigts d'une main, chaque année en plus. Ce n'est pas qu'on a des milliers d'algorithmes qui arrivent chaque année.

Mais ces nouveaux algorithmes précèdent effectivement la machine. Dès que les machines vont exister, on va pouvoir faire tourner ces algorithmes et vraiment ouvrir un champ des possibles énormes. Alors, avant qu'on passe au concret, de comment ça pourrait exister, quand, etc., quand même quelques petits points de précision que j'ai pu effleurer du doigt dans notre préparation.

La première, je disais, l'informatique quantique pour les calculs, déjà, certaines personnes te disent, oh là là, mais on sait déjà tout faire avec les calculs, il y a des machines, des supercalculateurs, etc. Et tu m'expliquais, mais avec les plus gros supercalculateurs du monde, tu as des trucs extrêmement simples qu'on ne sait pas du tout faire. Oublions le craquer un code.

Mais juste, tu me parlais d'un nombre de chambres à attribuer, par exemple, ça m'avait...

Merci de poser cette question, parce qu'elle est fondamentale pour comprendre, effectivement...

Le besoin. Exactement, le besoin. Je vais donner deux, trois chiffres.

Les plus grosses machines classiques, ce qu'on appelle les HPC, les supercalculateurs, high performance computing...

Qui prennent de la place, quoi. Qui prennent des places énormes et qui consomment des dizaines de mégawatts. Donc, on est sur des choses absolument gigantesques.

Aujourd'hui, les plus puissants, ceux que Eviden, en France, on a un champion européen et mondial qui est Eviden de supercalculateurs. Qui sert en application à la météo, à des...

Météo, simulation de l'arme nucléaire. C'est grâce à ces machines...

C'est grâce à ces machines. Effectivement, on est passé la simulation. Voilà, on a pu arrêter les essais nucléaires.

Ça sert à quelque chose, quand même, mais c'est plus simple. C'est né comme ça. Notre filière française est née comme ça.

Je pense qu'on n'était pas une nation nucléaire, atomique, on n'aurait pas eu ça. Donc, c'est des grosses machines, quand même. Beaux joyaux.

Et ça fait des machines, aujourd'hui, là, je parle de celles qui sont en train d'installer. Donc, on est vraiment...

La frontière, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est ce qu'on appelle l'hexaflopique. Hexa, c'est 10 puissance 18.

Ça veut dire 1 milliard, 2 milliards d'opérations par seconde. D'accord. Ça paraît beaucoup.

Ça paraît beaucoup. Quand je pense que dans notre vie, il n'y a aucune chance qu'on arrive à calculer. Même pour dire en bas, j'ai l'impression qu'on va faire pas mal de choses, quand même.

C'est absolument énorme. Le problème, c'est donc, retenez ce chiffre, 10 puissance 18. Je le note. 1 milliard, 2 milliards.

Maintenant, donc ça, c'est côté offre, on va dire. C'est côté capacité de calcul. Maintenant, parlons du besoin.

Je vous prends un cas d'usage relativement simple, qui est celui de simuler une molécule d'une cinquantaine d'atomes. Il faut bien avoir en tête que 50 atomes, on peut trouver que c'est beaucoup, parce qu'on a ses souvenirs d'école, l'âge de zoo. Mais un médicament ?

N'importe quelle protéine, c'est beaucoup plus gros que 50 atomes. 50 atomes, c'est la pénicilline, par exemple. On est à la base, le truc trouvé il y a 200 jours.

C'est assez basique, oui. Aujourd'hui, quand on travaille sur les vaccins, quand on cherche des nouveaux médicaments, on travaille sur des choses beaucoup plus complexes. Mais prenons une molécule de 50 atomes.

Si on veut la simuler parfaitement. Quand je dis parfaitement, c'est vraiment parfaitement, pour pouvoir vraiment la manipuler, essayer de la modifier, essayer de trouver des molécules voisines. Donc ne pas être dans l'approximation.

Exactement. On veut la simuler exactement. C'est-à-dire les liaisons chimiques, les trajectoires d'électrons, etc.

On parle d'à peu près 10 puissance 85 paramètres. C'est-à-dire plus qu'il n'y a d'atomes dans l'univers. Je crois que c'est 10 puissance 83.

Je ne sais pas qui l'état les comptait, mais c'est le chiffre. 10 puissance 85 paramètres. 10 puissance 85 paramètres. 10 puissance 85, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire 1 milliard, 2 milliards, 2 milliards. Et je dois dire ça quasiment 10 fois. Comment peut-on imaginer qu'une machine à 10 puissance 18 opérations par seconde arrive ?

Mais je te dirais, aujourd'hui, on arrive quand même à créer des médicaments rapidement, la preuve pour le Covid, avec des ordres de grandeur, sans aller jusqu'à la réalité. Tout à fait. Mais ça reste empirique.

Il faut bien avoir conscience de ça. On ne peut pas tout tester. On ne peut pas tester tous les cas.

On a eu un effort considérable au niveau du Covid, qui était aussi justifié par l'urgence. Mais ça a quand même pris un certain temps. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'on peut faire ?

Grâce à l'IA, on arrive à identifier les molécules qui pourraient être des bons candidats. Enfin, derrière, on...

On en rate peut-être beaucoup, quoi. Alors d'abord, on en rate beaucoup. Et derrière, il faut quand même tester, voir les résultats.

Il y a tout un process qui reste assez long. Donc là, comme pour le nucléaire, on pourrait tout tester en ordinateur. Là, on peut, on pourrait, on pourra simuler parfaitement, jouer avec ces molécules et vraiment identifier, confectionner des nouvelles molécules, donc des nouveaux matériaux, des nouveaux médicaments, etc.

Alors pardon, parce que comme j'ai préparé avec toi avant, évidemment, j'ai sauté du coq à l'âne. Là, tu nous disais juste 10-18, c'est ce qu'on sait faire aujourd'hui. Oui. 10-85, c'est ce qu'il faudrait.

Et aucune progression linéaire de notre informatique ne permettra d'arriver à 10-85. Moi, j'ai vécu la phase de 10-15 à 10-18. Oui.

Combien de temps ? Oh, je dirais que ça doit dépendre 5 ans. D'accord.

C'est une question de gravure, non ? C'est une question de volume, beaucoup de volume. C'est du more of the same, comme disent les anglo-saxons.

C'est-à-dire, voilà, alors je suis un peu méchant en disant ça, parce qu'il y a eu quand même des améliorations. Mais on voit bien que les sujets de gravure atteignent leur limite, qui est une limite du nanomètre ou de 2 nanomètres. Après, on peut rajouter des GPUs d'NVIDIA.

Bon, on enrichit Nvidia, très bien. Mais voilà, on fait du volume. Donc on fera peut-être du 10-20, du 10-30 ?

Oui, certainement. 10-30, je ne sais pas, mais du 10-21. En général, c'est parfois...

Mais pour arriver à ce que tu dis, tu ne le crois pas possible hors physique quantique ? Je ne le crois pas possible. Je crois que ce n'est même pas une question de temps.

Je crois que ce n'est pas possible. Et là, je vous ai pris un exemple qui n'est même pas le plus complexe. Mais c'est celui qui nous touche beaucoup, la santé, c'est quand même quelque chose...

Oui, je parlais du nombre de paramètres, de la dimension...

Vous avez cité un cas même beaucoup plus simple, je crois, dans la préparation de chambres à affecter. Je veux dire, juste de la logistique de base, on n'a pas d'ordinateur aujourd'hui capable de...

Oui, il y a mille exemples de combinatoires. Pour dire que même aujourd'hui, sur des trucs qui pourraient paraître simples, l'informatique ne séparait...

On n'a pas la puissance. Il faut bien comprendre, en fait, qu'il y a un mot qui est clé là-dedans, c'est ce qu'on appelle la combinatoire. C'est-à-dire, la combinatoire, ce n'est pas le big data, c'est-à-dire, ce n'est pas des masses de data, etc.

C'est quand je prends quelques petits nombres et que je les multiplie beaucoup de fois entre eux. Et ça va très vite très haut. Ça explose.

Et ça aussi, c'est quelque chose que l'intuition humaine a du mal à capturer. Je te posais la question parce que je pense qu'il y a quelque chose d'important, c'est que la physique quantique ne remplace pas...

Enfin, l'ordinateur quantique ne remplace pas l'informatique, ce que tu nous expliquais. Exactement. Que c'est bien pour là où il y a de la combinatoire, mais que pour d'autres sujets, typiquement le big data, ça ne va pas aider le big data à aller plus vite, quoi.

On dit, si on veut ramasser des choses, ça fait un peu punchline, mais ça décrit bien les choses. L'IA, c'est pour le big data. Le quantique, c'est pour le big compute.

D'accord. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'IA, c'est évidemment formidable par les usages qu'on utilise tous les jours.

C'est en train de révolutionner les usages, y compris les usages grand public, évidemment. Donc, ça nous touche tous. Et on mesure à quel point c'est une révolution.

Mais d'un point de vue parfaitement conceptuel, évidemment, il y a des avancées extrêmement intéressantes, mais on n'est pas du tout sur la même révolution conceptuelle qu'avec le quantique. Et l'IA, au fond, ça consiste en quoi ? Ça consiste à alimenter avec énormément de données, le plus possible et encore le plus possible, un système qui va se nourrir de ces données pour inférer, c'est-à-dire deviner, avec un système de probabilité extrêmement complexe, le mot d'après dans une phrase, la partie de code qui va suivre dans un code, etc.

Et je ne veux surtout pas minimiser toute l'intelligence qu'il a fallu pour arriver à ça, mais à la fin, conceptuellement, philosophiquement, c'est une forme d'inspiration du passé. C'est une forme de mimétisme. Une forme de mimétisme extrêmement raffiné, dès lors qu'on aura donné suffisamment de quantité de data, parce que ça va pouvoir explorer tout un tas de scénarios possibles, etc.

Mais ça reste effectivement l'inspiration de la data passée, qu'on aura ingérée. Pour think out of the box, ça va être compliqué, quoi. C'est think inside the box.

Exactement. Mais à l'inverse, pour dire les choses de façon équilibrée, le quantique, c'est du big compute. Le problème du quantique, c'est qu'il gère très très mal l'ingestion de data massive.

D'accord. En revanche, ce que le quantique fait bien, c'est gérer des équations complexes. C'est pour ça qu'on revient à la physique et à les mathématiques fondamentales.

C'est-à-dire qu'on peut donner à une machine quantique les équations très complexes qui régissent la nature, qui régissent la façon dont les atomes...

Qu'on sait écrire aujourd'hui et qu'on ne sait pas résoudre ou qu'on ne sait pas...

Qu'on sait écrire depuis très longtemps. Je dis la physique quantique à 120 ans. Mais qu'aujourd'hui, on ne peut qu'approximer...

On ne sait pas les exploiter. ...avec de la donnée massive.

Là, on veut quelque chose d'exact. Alors, on a vu ce que ça ne saurait pas faire. Très concrètement, maintenant, un ordinateur quantique.

On va venir tout à l'heure à comment on le fabriquera et éventuellement quand. Mais s'il y en avait un aujourd'hui, sur quoi ça pourrait vraiment révolutionner les choses ? Alors, tu l'as dit, dans la santé, éventuellement, puisque c'est des problèmes complexes...

Alors, si tu me permets, il y a quatre grands champs d'application. Et puis ensuite, il y a les secteurs industriels dans lesquels ça peut s'appliquer. Et on verra qu'il n'y a pas un secteur industriel où il n'y a pas de cas d'application.

Mais si on prend les quatre grands champs pour fixer un peu les idées, il y a la simulation. Donc ça, je l'ai évoqué tout à l'heure. C'est la simulation des molécules, par exemple, de la matière.

En réalité, la simulation du réel. Et c'est le champ que je trouve peut-être le plus excitant parce qu'il touche au fondement de la physique quantique et de l'informatique quantique. C'est-à-dire que l'informatique quantique s'appuie sur la physique quantique qui est la meilleure description de la matière et du réel.

Et donc, le fait qu'on puisse, avec l'informatique quantique, simuler le réel et simuler des molécules ou de la matière, c'est d'une certaine manière un retour aux fondamentaux de ce qu'est l'informatique quantique et la physique quantique qui est la sous-temps. Alors quand même, je me permets de tirer un tout petit peu la ficelle, mais simuler, ce n'est pas pour simuler un univers virtuel, c'est simuler pour trouver des solutions à des problèmes qu'on ne peut pas reproduire que tout le temps dans un laboratoire. Exactement.

Typiquement, l'énergie nucléaire, on en parlait, mais il y a plein d'autres applications. Exactement. D'accord.

Simuler. Ensuite, il y a l'optimisation, qui est un sujet différent. L'optimisation, c'est...

Alors il y a des applications dans la finance, qui ne sont pas forcément celles qui m'excitent le plus, mais il faut les citer. Par exemple, vous connaissez peut-être ce qu'on appelle les Monte-Carlo. C'est les algorithmes qui permettent de calculer le pricing, le prix des options en finance.

Eh bien, il y a un algorithme Monte-Carlo quantique. Donc on va pouvoir être encore plus précis. Là-dedans, si on n'est pas passionné de finance, ça n'évoque pas grand-chose, mais on va pouvoir optimiser...

Voilà, place que ça prend dans le monde aujourd'hui. Ça doit forcément avoir un intérêt quelque part. Forcément.

On a, par exemple, on peut optimiser, si on veut optimiser la forme d'une pâle d'éolienne, on va utiliser certains algorithmes quantiques, sur les machines quantiques, quand elles existeront, pour pouvoir optimiser ces pâles d'éolienne. Voilà. Donc ça, les domaines sont très larges.

Ensuite, on a le sujet du machine learning quantique, donc qui est la version quantique du machine learning. Donc là, on revient à l'IA ancienne génération, mais boostée, quoi. Exactement.

Et puis après, on a la cryptographie. Enfin, autour notamment de l'algorithme de Shor, dont je parlais tout à l'heure, c'est-à-dire, l'algorithme de Shor, c'est la factorisation de très grands nombres en nombres premiers. On a produit le nombre premier, c'est ce qui fonde RSA 2048, c'est-à-dire tous les systèmes de cryptographie qu'on a depuis 60 ans, quelque chose comme ça.

Voilà. Donc ça, c'est les quatre grands domaines. En termes de secteur industriel, on a parlé de la pharma, évidemment, on a parlé de la finance.

On peut parler de l'automobile pour ce qui est de l'optimisation de forme, mais aussi des batteries électriques. L'énergie en général. L'énergie en général, exactement.

On peut parler du transport sur les sujets d'optimisation. Optimisation des routes maritimes, optimisation des routes ferroviaires. Dès qu'il y a un sujet d'optimisation avec, encore une fois, une combinatoire, on voit bien que les sujets de transport, de transport public ou privé, enfin, du type...

Enfin, ne serait-ce que, pardon, mais celui qu'on utilise tous, tous les jours, quand on prend Waze, c'est de la combinatoire pour te faire passer à droite ou à gauche avec des infos qui remontent par les GPS. Exactement. Il y a un problème là.

Il y a un bouchon où il y a une vache qui s'est mise sur la voie. Comment je reconfigure ? Aujourd'hui, c'est A ou B.

Demain, ça peut être...

Comment on gère cette combinatoire ? Là, on est typiquement sur quelque chose qui...

Il n'y a pas énormément de data derrière ça. Mais le fait que si le train, on lui dit d'aller... de prendre tel aiguillage plutôt que tel autre, ça va avoir telle conséquence sur tel autre, ça a des conséquences en chaîne qui sont une forme de combinatoire qui aujourd'hui est improgrammable.

On ira plus vite pour les échecs en ligne, quoi. Exactement. Donc, voilà.

Donc, les secteurs d'activité dans lesquels l'informatique quantique peut s'appliquer sont infinis. En tout cas, tous sont concernés. Alors, ils sont infinis, tous sont concernés.

Ça va me permettre d'arriver à cette troisième partie qui va être le concret. Parce que là, on est quand même un peu raffiné, on est parti de la théorie. Mais vas-y.

Pardon, il y a un mot. Est-ce que tu voulais en parler ? Parce que c'est une question que j'ai souvent sur...

Mais tout ça, ça va arriver quand ? Ah, mais j'arrive après. Ah, pardon, pardon.

J'arrive après. Parce que justement, j'imagine quand on parle de tous les secteurs, c'est un peu d'ailleurs comme aujourd'hui avec l'IA. Après, il y a un moment, on ne va pas prendre une enclume pour enfoncer un clou.

Donc, ça dépendra aussi du coût de ces technologies par rapport à la rentabilité d'avoir utilisé cet outil pour faire aiguiller mes trains par rapport à ce que je fais aujourd'hui. Bien sûr. En espérant qu'en Espagne, ça les aurait aidés.

Donc, en fait, dans le marketing, le quantique computing est déjà là. Chez certains de nos amigas femmes, pour dire on y est presque. Chez certains leveurs de fonds, je l'ai encore entendu en début d'année par des prévisionnistes qui nous expliquent le Quantum Day, ce sera cette année, c'est-à-dire le jour où on pourra avoir vraiment une application concrète de l'application quantique.

Chez les gens qui lèvent des fonds pour t'expliquer qu'il leur faut 3 milliards parce que c'est pendant 2 ans pour aller plus vite que ceux qui mettront 10 ans comme toi. Et quand on en parle pourtant, tu me disais quand même, attends, ce n'est pas encore pour demain matin non plus. Alors, il y a plein de questions dans votre question.

Oui, j'ai fait près. Non, non, non. D'abord, sur l'horizon de tout ça.

D'abord, il faut savoir de quoi on parle, l'horizon de quoi. Il y a eu dans le passé, je ne vais pas citer, mais certains acteurs qui ont dit « on a atteint un avantage quantique ». Google, 1997, elle a regardé les news.

Google, en 2019, a dit « on a atteint la suprématie quantique ». Je ne vous passe sur la terminologie qui est assez affreuse, mais en gros, il s'agissait de prendre une équation qui avait été construite un peu pour l'occasion et de dire « mon ordinateur arrive à craquer l'équation ». Laquelle équation était parfaitement inutile ?

Voilà. Donc, ce n'est pas ça qui nous intéresse. Donc, pour moi, il y a deux dates, il y a deux jalons qui nous intéressent.

Le premier, c'est quand est-ce qu'on va avoir une machine qui craque un problème utile, c'est-à-dire un problème qu'on s'est posé dans le monde d'avant, mais qu'on n'a pas su résoudre, un problème industriel, d'optimisation industrielle, de simulation, peu importe. Et le jour où on a une machine quantique qui arrive à craquer ce problème utile, ça, c'est un premier jalon important. « On » le voit, quand je dis « on », c'est Alice et Bob, mais c'est beaucoup de monde dans l'industrie, quelque part entre 2028 et 2030.

Une fois qu'on a dit ça, on n'est pas arrivé. C'est vraiment un moment très important, mais ça ne voudra pas dire qu'on aura réussi à craquer tous les sujets les plus complexes, les simulations de molécules les plus complexes, etc. Mais ça sera un jalon important.

Entre 2028 et 2030, c'est quand même demain. Il y a un deuxième jalon qui est encore plus précis que celui que je viens de dire, parce que là, je ne définis pas exactement le problème, je resserre un peu la définition. Le deuxième jalon, c'est quand on arrivera à faire tourner le fameux Alouarine de Chor sur RSA 2048.

Là, on a un problème dimensionné. Ah, tu reviens quand même sur la crypto ? Je reviens sur la crypto pour l'utiliser comme thermomètre, comme jalon, parce que, encore une fois, c'est un problème précis.

Donc, voilà, soit la machine, elle arrive à faire tourner l'algo, soit elle n'arrive pas à le faire tourner. Mais le jour où l'algomètre de Chor arrivera à faire tourner RSA 2048 sur sa machine, là, on aura un jalon précis. Et là aussi, les feuilles de route des principaux industriels, dont nous, on voit ça entre 2033 et 2035.

Voilà, on parle de 8 à 10 ans. Parce que là... 8 à 10 ans, pour un grand de Chor.

Non, mais j'allais dire, pardon de dire ça, mais tu es l'offreur, l'offreur me dit 8 à 10 ans. Comme tous les offreurs, tu cherches des financements, tu cherches des médias. Moi, j'entends 2-3 ans de plus, ça peut décaler.

Mais bon, toi, tu vas me dire, ça peut aller plus vite. Mais bon, on est dans l'ordre de grandeur d'une dizaine d'années. Non, non, non, je ne dis absolument pas ça.

D'autres peuvent dire ça. Non, mais ordre de grandeur, une dizaine d'années. Non, je ne dirais pas ça.

Parce que l'algorithme de Chor, la cryptographie, n'est pas le cas d'usage le plus simple. Je le cite, parce que là-bas, il est dans la tête de tout le monde. Il est le plus attendu, peut-être.

Non, mais c'est le problème défini le plus précisément. D'accord. Si je te dis...

Une molécule, c'est trop...

La simulation de molécules. Demain, il y a quelqu'un qui va sortir un truc en disant, mais nous, on y est déjà, en faisant un espèce de problème totalement ad hoc, maison, qu'il aura fabriqué pour nous-mêmes. Là, il y a un cas concret.

On sait à quoi ça va servir. Précis, précis, voilà. C'est pour ça que...

Mais le jour où ça s'est fait, par contre, tous nos systèmes de crypto tombent. Alors, ça, ça me permet de répondre à un autre point que tu as fait. C'est qu'il se trouve qu'on a déjà des algorithmes post-quantiques qui résistent à une attaque quantique.

Donc, quand certains disent qu'ils sont en train de déployer des algorithmes post-quantiques pour se protéger de l'attaque quantique, ce n'est pas faux. Ils arrivent déjà avec un ordinateur normal à résister à une attaque quantique. C'est-à-dire qu'ils déploient sur leurs données ce qui est très important, c'est de comprendre qu'on peut te voler de la data aujourd'hui pour la décrypter plus tard, quand on aura les ordinateurs.

D'accord. Alors, si c'est pour voler de la data, de la préparation, de la campagne marketing, de je ne sais pas qui, etc., dans 5 ou 10 ans, on s'en foutra.

Mais si c'est tout fichier de santé des Français, bon. De la part, si c'est pour voler des informations militaires, d'une grande puissance, dans 5 ou 10 ans, ça restera très intéressant pour des nations ennemies. Donc, il y a des gens aujourd'hui dont le métier, c'est de prendre des données, les stocker en sachant qu'ils ne savent pas les exploiter.

Ils les stockent quelque part, ils attendent d'avoir un ordinateur quantique et ils décrypteront ces data. Tu dis qu'on peut déjà se protéger, parce que comme on connaît l'algorithme de Shor, on sait déjà éventuellement comment se protéger. Il y a trois algorithmes qui ont été déposés ou revus par l'instant, ça s'appelle le NIST, N-I-S-T, il y a maintenant 2 ans et demi ou 3 ans, je crois, et qui n'ont pas été craqués.

C'est la façon dont ça fonctionne. C'est-à-dire, les gens déposent des algorithmes dits post-quantiques résistants à une attaque d'ordinateur quantique. Et puis là, tout le monde s'excite pour essayer de les craquer.

Et puis là, ça fait 3 ans qu'ils n'ont pas été craqués. Donc, on se dit que...

Alors, il y en a 3, mais je crois que les 3 ont...

Craquer d'un point de vue mathématique, tu veux dire ? Mais arriver à passer au travers. Oui, mais si c'est post-quantique et que tu n'as pas d'ordinateur quantique...

Non, mais on arrive quand même à faire des stimulations. D'accord. Donc, c'est intéressant la façon dont le bouclier précède le glaive.

C'est-à-dire qu'on a ces algorithmes qui, pour l'instant, résistent, encore une fois. Un jour, ils seront peut-être craqués. Alors, on en aura d'autres.

Ça, c'est l'histoire de ce type de protection. Mais on a déjà ces algorithmes qui sont des algorithmes classiques. Oui, c'est ce que je voulais dire.

C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le quantique va nous aider à faire des choses qu'on ne sait pas faire, mais on pourrait se défendre du quantique avec du classique. Tout à fait. D'accord.

Ce n'est pas l'arme absolue. Au niveau du décryptage et de la cryptographie, ce n'est pas le armagedondé. Ce n'est pas parce qu'on a tout d'un coup le quantique que ça va tout craquer.

C'est aussi pour ça qu'il faut dégonfler cette idée, cette excitation autour de la cryptographie, que le quantique va craquer les codes, etc. Un, on a déjà des solutions pour s'en protéger. Pour peu que, et ça, ça serait quand même important au niveau européen et français, que vraiment on accélère là-dessus.

Les Américains, je crois que c'est Biden en novembre 2022 qui a signé un acte. Ils doivent tout sortir. Voilà, tout le monde doit les payer.

Nous, ça bagote un petit peu. Au moment où je le dis, peut-être que tout ça est en train de se régler, mais c'est très important qu'on puisse déployer ces algorithmes rapidement au niveau européen. On va venir à l'Europe et à la souveraineté dans quelques instants.

On a ces algorithmes. Ça, c'est la première raison pour laquelle c'est un sujet très important, mais on a des moyens de le prendre à bras-le-corps. Et la deuxième raison pour laquelle je dégonfle un peu le sujet de cryptographie, c'est que c'est un cas d'usage parmi tant d'autres de l'ordinateur quantique, même si je répète que l'ordinateur quantique ne va pas pouvoir tout faire et que même à la cible, même dans très longtemps, tu l'as dit toi-même, les ordinateurs vont être en fait hybrides, classiques et quantiques parce qu'il y a des problèmes différents.

Il y a des calculs que l'ordinateur...

Si vous voulez faire votre comptabilité, n'utilisez pas un calcul, un calculateur quantique. Le calculateur classique est beaucoup plus adapté. Donc selon les types de calculs, il vaut mieux utiliser un calculateur classique ou un calculateur quantique.

Donc les machines à terme, tout le monde les voit comme une hybridation entre des processeurs classiques et des processeurs quantiques. Alors j'ai une question, je ne t'avais pas prévenu, mais comme c'est le début d'année, les gens souhaitent les voeux. Alors quand tu souhaites les voeux, tu as un peu l'impression depuis le Covid que tous les ans on te dit on espère que la suivante sera meilleure que la précédente, c'est toujours un peu négatif.

Moi je suis un quelqu'un de positif. Et alors je me suis dit je te recevais, j'avais envie, peut-être je vais me tromper, tu vas me doucher, mais c'est vrai qu'on vit dans un monde de plus en plus compliqué. Alors il y a des menaces géostratégiques, ça c'est, j'allais dire, très court-termiste, si une bombe nous saute à la tête c'est assez rapide.

Mais moi j'ai des enfants, éco-oncueux par exemple, qui ne voient pas de solution. Moi ils regardent le monde, ils me disent mais papa tu seras mort, mais en fait dans 30, 40 ans on n'aura plus de planète, l'eau va être là, etc. Justement, du réchauffement climatique ou d'autres problèmes qui sont tellement lourds et tellement presque inconcevables qu'aujourd'hui nos façons de travailler ne nous permettent pas de l'adresser à part de dire on va mourir.

Absolument. Et alors, j'essaie de choisir les mots parce que je ne veux pas...

Tu ne veux pas me donner de faux espoirs. Non, ni donner de faux espoirs, ni laisser penser que tout ça va arriver vite. Sur le changement climatique, il y a des gens aujourd'hui qui travaillent sur, justement, la simulation de molécules également d'une cinquantaine d'atomes d'ailleurs qui pourraient fixer les molécules de CO2 une fois propulsées dans l'atmosphère et donc désengorger l'atmosphère du CO2.

Ça suppose évidemment d'avoir de la simulation quantique. Le jour où on arrive à faire ça, effectivement, on peut imaginer qu'on...

Progresse. Progresse. Ça ne va pas résoudre.

Mais je dis ça avec beaucoup de...

Encore une fois, je suis passionné par ce qu'Alice et Bob fait et j'y crois énormément et on est beaucoup à y croire et de plus en plus à y croire. Mais enfin, une fois qu'on a dit ça, c'est le genre de propos qu'il faut tenir. Oui, tu ne veux pas vendre du rêve.

Tu ne veux pas vendre du rêve. Non, justement, je ne veux pas vendre du rêve et je ne veux pas laisser imaginer qu'il faille réduire les efforts à la fois de frugalité, de réduction de l'empreinte carbone de manière générale aujourd'hui avec les leviers qu'on a aujourd'hui. Il faut évidemment continuer.

Mais on a peut-être un espoir de ce côté-là, du côté de l'informatique quantique pour pouvoir à tout le moins progresser ou accélérer dans la résolution entre guillemets de ce problème. Non, mais la résolution, ça pourrait être aussi, tu disais, comme secteur d'application. Il y avait l'énergie.

Trouver les molécules qui nous permettraient de nous passer du pétrole pour faire d'autres choses. Bien sûr. On peut imaginer beaucoup de choses.

Il faut juste les imaginer dans assez longtemps. Mais ne pas imaginer que tout va être réglé tout de suite. Et il y a encore énormément de problèmes, y compris fondamentaux, à régler avant d'y arriver.

Alors justement, avant de faire la transition, il nous reste, je précise, un peu plus de 18 minutes, avant de faire cette transition sur l'Europe, parce que je voulais qu'on en parle à la souveraineté, on va justement te parler de quelque chose qui va nous y amener. C'est concrètement comment on passe de la théorie à dans dix ans quelque chose pour résoudre les algorithmes de short et pour t'amener à la question, je vais faire exprès le naïf, mais est-ce que ça sera quelque chose qui ressemble à ma tablette sauf qu'elle sera quantique ou à un ordinateur comme on les connaît ou un crée comme aujourd'hui qui prend trois salles ou je ne sais pas. Et comment un jour, peut-être dans 20, 30, 40 ans, c'est quelque chose de plus concret, je ne parle pas qu'en termes de form factor, mais aussi comment on les construit, c'est quoi ?

On parle de quels matériels, on parle de quels chaînes de production, est-ce qu'on sait construire ça en France, en Europe, ailleurs ? Est-ce que c'est comme pour aujourd'hui certains outils où on n'a besoin que d'un Taïwanais sinon on est tous à la rue ? Plein de questions en une qui nous amèneront après la souveraineté 5-7 minutes sur celle-là ?

Donc, c'est très important de comprendre qu'à la fois fondamentalement la façon dont les calculs se font, etc., mais aussi physiquement que l'ordinateur quantique n'est pas une continuation ou la suite de l'ordinateur classique. On a déjà expliqué que même à terme, l'informatique classique ne va pas être tuée ou remplacée par l'informatique quantique. on va avoir un système d'hybridation parce que l'ordinateur classique c'est tout à fait autre chose.

C'est tout à fait autre chose aussi physiquement, c'est-à-dire que c'est quelque chose qui va pouvoir tenir dans une salle tout à fait raisonnable avec quelques caractéristiques techniques d'éviter trop de vibrations de champs électromagnétiques de perturbations du monde classique mais on est sur quelques dizaines de mètres carrés au sol. Pour l'ordinateur quantique ? Pour l'ordinateur quantique.

Là où l'ordinateur classique Pour des calculs importants ? Pour les calculs importants c'est des usines entières c'est des data centers entiers. Enfin on réduit avec le temps quand même la taille.

On réduit par rapport à ce que ça faisait ? Non non bien sûr mais ça reste quand même des choses énormes et en termes d'énergie les gros supercalculateurs sont sur plusieurs dizaines de mégawatts l'ordinateur quantique va être sur plusieurs dizaines sur quelques dizaines de kilowatts donc il y a un facteur 1000 en consommation d'énergie. même si ces ordinateurs fonctionnent à très basse température c'est-à-dire proche de 0 kelvin c'est-à-dire de moins 273 degrés donc c'est important parce que là on revient sur tout ça pour fonctionner alors on parle d'un truc qui prendra la tête une grande pièce fonctionner près du 0 absolu ça veut dire le plus proche possible on n'est jamais à 0 mais de moins 273 degrés il faut déjà y être dans des salles tu disais quand même pas trop de perturbations tu es gentil il en faut vraiment pas beaucoup par exemple des salles blanches c'est des vraies salles blanches c'est pas des nous on est dans nous par exemple on a certains de nos locaux techniques sont dans des locaux dans Paris dans Paris avec le métro qui pèse dessous le tram et on peut travailler et on arrive parfaitement à travailler je ne veux pas exagérer non plus la complexité n'est pas non plus c'est tout à fait faisable par contre en termes de matériaux pour faire tout ça tu parlais d'un qubit tout à l'heure mais enfin j'imagine c'est comme dans un ordinateur pour le coup il faut différentes pièces il faut faire circuler l'information alors c'est intéressant parce que c'est comme on est à peu près aux années 50-60 dans l'informatique classique c'est à dire à l'époque nous aujourd'hui quand on voit l'ordinateur et les transistors tout ça nous paraît normal c'était des grandes lampes au début voilà il y avait le substrat de base c'est à dire le matériau de base il y avait plein de solutions différentes on tâtonnait aujourd'hui c'est un peu ça aussi c'est à dire que nous on travaille sur des supraconducteurs chez Alice et Bob ce qui est le cas de 60% à peu près de l'industrie c'est plutôt le substrat ou la technologie la plateforme dominante la plupart des GAFAM qui travaillent là dessus qui travaillent sur le quantique travaillent sur du supraconducteur mais il y a d'autres technologies ou matériaux il y a des gens qui travaillent sur des atomes neutres des gens qui travaillent sur des ions piégés de la photonique des nanotubes de carbone etc des cubites de spin donc il y a non non pas le temps d'entrer dans le détail mais par contre il y a des choses l'idée c'est de comprendre qu'on en est encore au stade où on ne sait pas avec quel matériau de base on va travailler alors nous on croit au supraconducteur il y en a plusieurs mais résultat s'il y en a encore plusieurs dans quelque chose qui est encore assez confidentiel j'imagine qu'il n'y a pas de chaîne de production il n'y a pas encore de chaîne de production au sens classique du terme tout à fait il n'y a pas encore de chaîne de production organisée industrialisée parce qu'encore une fois au moment où on se parle il n'y a pas d'ordinateur quantique qui fonctionne qui sert à quelque chose même pour vos pocs de micro trucs aujourd'hui vous faites tout à la main non non il y a des salles blanches nous on est en train de construire une salle blanche unique en Europe au moment où on se parle dans laquelle on va pouvoir fabriquer nos puces donc on ne fait pas ça c'est avec des outils extrêmement perfectionnés sophistiqués voilà il y a quand même un outillage autour de tout ça qui existe ou qui est en train d'être d'être mais on est loin d'une chaîne industrielle on est loin très loin d'une chaîne industrielle déjà il n'y a pas de normalisation il n'y a pas de normalisation mais il faut d'abord que la technologie se fixe puis qu'on ait des volumes pour avoir une chaîne industrielle il faut avoir des volumes qui dit industrie dit volume donc là on n'y est pas encore c'est quelque chose qui va encore prendre du temps mais alors ça m'amène on va traiter les deux sujets je pense en même temps encore un peu techno les chaînes industrielles et en même temps Europe parce que je vois le temps qui passe bien sûr on est au début finalement de l'aventure parce que même si tu dis 10 ans 5 ans enfin on est encore vraiment on le voit bien bien sûr peut-être que demain ça ne sera aucune des cas technologiques que tu as citées ce sera peut-être une cinquième que quelqu'un va trouver enfin bon je ne le souhaite pas pour toi je ne crois pas mais on est au début de cette aventure on entend aujourd'hui beaucoup de débats sur ah si on m'avait dit j'aurais peut-être créé un visa mastercard français il y a 75 ans ah si on m'avait dit j'aurais peut-être fait du GPS avant tiens bon pas faute que beaucoup de gens l'aient dit mais on arrive on essaye de se battre aujourd'hui pour une souveraineté sur des sujets où certains ont une avance considérable et en termes marché mais en termes de chaîne de production de chaîne de valeur et de clientèle là on est au début d'un marché on est au début d'une aventure toi la position où tu es et puis on n'a pas parlé de ton passé mais enfin tu as quand même beaucoup navigué et dans la tech et dans la politique au niveau international tu connais tous ces sujets est-ce que tu as l'impression que l'Europe a pris la dimension l'Europe et ou la France la dimension qu'il fallait cette fois partir dès le début tous ensemble c'est-à-dire il faut réfléchir certes à ce que tu es toi à l'application mais à la chaîne de production est-ce qu'il y a des gens tout au long de tu parles des supraconducteurs et autres est-ce qu'il y a des gens français ou européens qui travaillent déjà avec vous sur la chaîne de valeur est-ce qu'on y est là-dedans ?

D'abord la bonne nouvelle qui moi à titre personnel fait que je me suis investi là-dedans et que j'y crois énormément c'est que le quantique est en tout cas moi dans ma courte vie mais le quantique est de tout ce que j'ai vu la technologie qui a à la fois c'est ça qui est beau à la fois le pouvoir disrupteur en termes d'application on en a parlé le plus grand par sa remise en cause fondamentale et conceptuelle de tous les paradigmes qu'on connaissait jusqu'ici et en même temps celle sur laquelle la France a sa plus grande chance donc il se trouve que la France a sa plus grande chance sa carte à jouer la plus importante sur la technologie qui est sans doute la plus révolutionnaire de toute notre génération Tu parles du fait de nos capacités de recherche et de chercheurs qu'on a créés ou de capacités industrielles Tout commence par la recherche là je parle de l'état actuel qui est en train de sortir de la recherche pour aller vers on le disait en début de l'ingénierie l'industrie puis le business donc on est encore là mais on est quand même dans une situation où je vais dire le trio de têtes sans faire de classement d'ailleurs en termes de résultats technologiques je ne parle pas que d'Alice et Bob je parle du quantique français c'est les américains les français les chinois sans ordre particulier on est à des niveaux de technologie et de confiance sur la technologie alors sauf les chinois qui ne font pas beaucoup d'annonces mais ce que je dis il y a plus de la suspicion mais on sait qu'évidemment ils investissent énormément dans cette technologie puisqu'elle va conditionner une partie de leur avenir y compris en termes de défense on n'a pas parlé des applications dans le domaine de la défense mais évidemment la défense a énormément d'application dans le calcul quantique donc on a cette chance énorme que la France a je donne quelques exemples mais c'est le fruit de notre école d'excellence mathématique et physique fondamentale qui nous a un peu coûté sur la production en masse d'ingénieurs on a toujours regardé un peu les allemands en se disant que ça fonctionnait mieux chez eux etc oui mais ce haut du panier si je puis dire de cerveau il sert il sert déjà si vous regardez tous les prix Nobel quantiques dans le domaine prix Nobel de physique dans le domaine du quantique depuis 25 ans vous avez chaque fois un français Serge Haroche en 2012 Alain Aspect en 2022 Michel Devoret en 2025 qui était là à la naissance d'Alice et Bob d'ailleurs qui était conseil d'Alice et Bob à la naissance John Martinis qui a eu en même temps qui est américain et aujourd'hui notre conseil donc la France a une place très particulière je dis bien la France plus que l'Europe parce qu'on a en Europe cette richesse de start-up quantiques de physiciens quantiques qui est vraiment unique aucun autre pays européen n'a ça donc là sur la partie recherche on a le bon endroit exactement mais moi ma question elle était plus vaste pardon bien sûr est-ce que tu as le sentiment France et ou Europe que ça y est on a pris la mesure du fait que c'est l'avenir et donc il ne faut pas juste donner de l'argent à Alice et Bob mais c'est toute une filière je ne sais pas j'entends beaucoup notre ami Nicolas Dufour qui parle de filière industrielle tout à fait est-ce que la BPI travaille par exemple sur aussi les acteurs qui vous aideront demain à construire cet ordinateur et que tu te dis ah bah tiens quand je vais m'y mettre je serai à qui téléphoner non mais la prise de conscience en France elle est totale et elle est depuis depuis je dirais 5 ans il y a eu l'annonce en plan quantique par le Président de la République le Président de la République alors on est peut-être les seuls à le noter mais le Président de la République ça fait 2 ans à ses voeux du 31 décembre il cite le mot quantique tous les français sont avec leur verre de champagne à regarder le Président de la République qui parle du quantique c'est extraordinaire c'est dire à quel point que la technologie je me parle j'en profite parce que quelqu'un qui est au coeur du truc parce que souvent on va entendre oui enfin c'est des annonces il y a du concret il y a vraiment aujourd'hui dans le plan quand tu dis il y a un plan quantique c'était pas juste une annonce au ministère non non non il y a eu un plan quantique avec énormément d'argent mais pas que de l'argent aujourd'hui on est aidé comme jamais par tu parlais Nicolas Dufour par Nicolas Dufour la BPI et toutes ses équipes on est je n'ai pas toujours été très positif sur toutes les aides publiques etc. dans mon passé là je dois dire c'est exceptionnel l'aide qu'on reçoit qui n'est pas que financière qui a du travail en collaboration c'est exceptionnel France 2030 avec Bruno Bonnel l'aide qu'on a est absolument exceptionnelle toutes les administrations nous aident y compris le ministère des armées qui est l'un de nos clients qui est très proche des sujets quantiques puisqu'il l'a compris très tôt notre premier ministre qui était ministre des armées auparavant était très affûté sur le sujet tout ce monde là a compris très rapidement l'importance et la carte à jouer pour la France sur le calcul quantique donc je n'ai aucune critique à formuler honnêtement et je le ferai avec plaisir mais on est très aidé moi je ne cherche pas de la critique au contraire c'était super on l'a pris en compte mais est-ce que c'est au niveau européen au niveau européen dans le mot que tu as prononcé qui est clé c'est filière très important c'est-à-dire qu'au niveau européen il y a une prise de conscience le problème au niveau européen c'est qu'entre la prise de conscience et les actes voilà donc on est aidé par le fonds européen d'investissement financièrement mais il y a des discussions sur des dispositifs et des plans quantiques beaucoup plus ambitieux tels que ça doit être parce qu'on ne peut pas rater ça au niveau européen mais c'est vrai qu'il faudrait arriver à construire une filière c'est-à-dire qu'au lieu de faire cette logique ça c'est mon avis personnel cette logique de champion où on va avoir un champion dans chaque pays où on va d'abord se faire la concurrence entre nous même pas regarder ailleurs pour faire la concurrence aux américains mais la concurrence entre nous et s'auto-détruire il faudrait avoir une vraie logique de filière parce que quand je dis qu'on construit un ordinateur quantique la réalité c'est que Alice et Bob construit la puce on design la puce t'as besoin du reste exactement c'est-à-dire qu'aujourd'hui on se fournit auprès de finlandais qui fabriquent des cryostat je parlais de travailler à des températures très basses mais finlandais qui sont exceptionnels on a besoin d'électronique de contrôle on a besoin d'avoir un ou des acteurs d'électronique de contrôle c'est-à-dire pour contrôler envoyer des requêtes à l'ordinateur au niveau européen on a besoin d'avoir des acteurs excellents mais ces acteurs-là il y en a un qui est en train d'émerger mais c'est encore un peu voilà donc il faut qu'on construise une filière où on est autour du cœur qui reste la puce effectivement où la France est semble-t-il de façon évidente en tête pas qu'avec Alice et Bob je répète il y a beaucoup de start-up je peux les citer Pascal Candela C12 Cobli voilà on est un groupe de start-up exceptionnel chacune sur une plateforme d'ailleurs technologique ce qui est une autre force de la France c'est-à-dire que chaque plateforme technologique dont j'ai parlé tout à l'heure est représentée par quelqu'un en France il y en a bien qui va réussir quoi voilà je te le souhaite donc il y a ça mais tout ce qu'on appelle les technologies habilitantes qui permettent de créer une filière doivent se former en Europe pour qu'on ait une vraie continuité tu choisis très bien tes mots mais donc on est d'accord si tu dis doivent c'est qu'aujourd'hui on n'y est pas on n'y est pas sur tous les maillons de la chaîne parce que j'imagine que peut-être pour certains maillons quand tu vas aller aujourd'hui tu prends ton téléphone tu as des industriels tu dis écoutez moi dans 5 ans j'aurai besoin de ça il y en a peut-être qui disent j'ai autre chose à faire en ce moment je fabrique pour Nvidia ou je fabrique pour des trucs on a besoin de soutenir ces filières on a besoin de soutenir ces filières pour qu'elles puissent t'attendre entre guillemets absolument absolument et dans le temps comme tu disais parce que pour avoir vraiment une chaîne là je parle encore d'une vraie ligne expérimentale une chaîne industrielle opérationnelle il y a quand même beaucoup de questions qui vont se poser nous on aimerait beaucoup par exemple que ASML se mette vraiment dans le quantique pour l'instant ça doit pas être leur priorité j'imagine c'est pas leur priorité parce que personne n'a gagné de l'argent et le quantique pendant encore quelques années c'est clair mais c'est un pareil sur l'avenir qui est de plus en plus évident et là aujourd'hui l'équivalent BPI européen ne pousse pas encore assez pour ce genre de choses sur cette filière on va y venir on espère on croise les doigts je pense pas qu'il y ait l'équivalent BPI européen avec le sens de la BPI et la compréhension de la BPI de tous ces sujets on aimerait bien mais même s'il existait il faudrait quand même coordonner encore beaucoup de pays donc il y a les complexités européennes etc mais j'ai aussi sur le mais nous en France on peut créer cette filière sans les autres ça me paraît très compliqué d'accord il y a des éléments qu'on ne saurait pas faire c'est pas qu'on saurait c'est que je veux dire à un moment la France est un monde fini comme le monde d'ailleurs et le nombre de technologies nécessaires sur lesquelles il faut être au top nous on ne peut pas se permettre de travailler avec je ne sais pas des cryostats par exemple qui ne soient pas au top donc il se trouve qu'on en a qui sont au top qui sont en Finlande très bien l'électronique de contrôle aujourd'hui on ne travaille pas forcément toujours avec les européens donc si on n'est pas vivant il va retourner à Taïwan parce qu'on n'est pas au niveau Taïwan ou ailleurs en tout cas pour l'Europe voilà et donc ça il faut absolument qu'on évite aujourd'hui on a un plan pour construire notre prochaine machine avec plus de 90% de composants Union européenne ce qui est bien enfin on devrait normalement on devrait viser à 100% et quand je dis 90% c'est quand même avec beaucoup de difficultés et avec des acteurs et des partenaires qui ont un bout de la chaîne qui ne sont pas encore au top voilà et donc on essaie de tirer tout ce monde avec nos petits bras nous on n'est pas on n'est pas encore une grande parce que tu dis en tout cas c'est que aussi bien les politiques que nos acteurs très impliqués comme la BPI et associés sont conscients de ce sujet en tout cas pour cette filière à créer il n'y a pas de problème oui je pense que mon sujet il n'est pas tant en France où encore une fois il y a ce qu'il faut voilà après les ressources budgétaires sont ce qu'elles sont tout et il y a un moment il va falloir les concentrer sur quelques acteurs voilà c'est vraiment l'Europe aujourd'hui qu'il faut voilà le sujet du jour c'est de passer en Europe de la prise de conscience qui est réelle il y a d'autres sujets sur lesquels il n'a pas été dans le passé là elle est réelle au concret au concret et surtout changer de paradigme arrêter avec la construction de champions européens etc qui est un truc très joli mais qui est de la communication et qui vise à construire plein de champions dans tout un tas de pays européens qui vont s'auto qui vont se neutraliser qui vont s'auto détruire construisons une vraie filière je répète nous on a besoin d'un champion de l'électronique de contrôle en Europe par exemple un acteur hollandais par exemple qui est en train de monter on espère que ça va être lui mais il faut sur chaque composante de la chaîne qu'on ait un pays qui monte un acteur qui monte pour pouvoir vraiment construire cette chaîne de production européenne autosuffisante pour les décennies qui viennent mais écoute ça sera le mot de la fin un beau vœu pour 2026 et au-delà et au-delà on est en janvier 2026 donc Elie un énorme merci d'avoir pris ce temps pour vulgariser ces sujets pas simples avec nous merci beaucoup et puis je vous dis à très bientôt pour une prochaine édition des interviews de l'Axel merci 1 2 3 1 2 1 2 3 2 3 2 3 3 3 4 4 5 5