Eleveur, distributeur, consommateur : qu'attendre du Salon de l'agriculture ?
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France Culture. Les matins de France Culture, sur les chemins des élections municipales, en direct de Quimper. Et puisque nous sommes à la veille de l'ouverture du Salon de l'agriculture, et puisque nous sommes en Bretagne, dans cette région qui vit particulièrement de l'agriculture, nous sommes en compagnie d'Olivier Mével. Bonjour. Olivier, vous êtes maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. Vous êtes spécialiste du partage de la valeur ajoutée dans les filières alimentaires. À côté de vous, Didier Lepage, bonjour. Vous êtes agriculteur en production, céréalière, éleveur en production, laitière et viande à Quimper.
Vous êtes président de Carrepa, citoyenneté active pour le retour à l'eau pure et l'assainissement du quinquisse. Je vous voyais, pendant la chronique, pendant le billet politique de Jean Lémarie, je vous voyais réagir. Vous qui êtes agriculteur, lorsqu'il parle des cantines, du local, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Comme vous le dites, je fais de la production laitière et j'ai créé une laiterie avec des collègues et on peut vendre aussi des briques de lait. Donc effectivement, moi j'ai essayé de rentrer dans la cuisine centrale de Quimper, mais alors soi-disant, j'étais en briques de 20 litres, alors il faudrait de 5 litres. Donc j'ai cru comprendre qu'il m'a dit qu'au niveau européen, on est...
Il faut un peu ruser, il faut un peu ruser en fait avec les règles européennes, mais certains y arrivent.
Pourquoi il y a besoin de ruser ? On a le produit à côté, on ne comprend pas, on parle de circuit court, je fais des pommes de terre aussi, j'ai essayé de le faire en cuisine centrale. Donc il y a les grands groupes comme le 5 qui ont... En fait, ils veulent les patates épluchées en 2,5 kg, donc nous, on ne peut pas faire tout ça, quoi. Et je pense qu'il y aurait quand même besoin de collaboration avec la... comme à Quimper, la collectivité, pour pouvoir prendre des produits locaux, quoi. Il y a des gens qui font des yaourts, il y en a qui font de la viande, il y en a qui font du lait, du beurre, plein de produits ici, dans notre quartier de Bretagne, de Quimper.
Et après, vous avez parlé du bio, mais le bio, il n'y a pas la même réglementation, alors si j'ai bien compris.
Pas la même réglementation, ça veut dire quoi ?
Il a parlé que les cantines aujourd'hui peuvent prendre des produits bio, même il y a des...
Ah ben il y a un projet national, mais après, celles et ceux qui arrivent à faire plus, peuvent le faire. Certaines cantines, y compris ici en Bretagne, parviennent à proposer 100% de bio dans les repas.
J'espère que le bio ne vient pas de Brésil ou je ne sais d'où, alors qu'on en a assez à toi de chez nous. Et justement, les gens qui font du bio ont aujourd'hui plus de mal à vendre, parce que vous avez parlé de prix, effectivement. Moi, j'ai bien constaté, quand on faisait nos animations pour vendre notre lait en grande surface, que les gens, ils sont réticents.
Ça, ça m'intéresse. Votre lait, il vous coûte combien au litre, Didier Lepage ?
Oui, mais on a un prix de base de 465 euros les millilitres, parce qu'on part toujours en millilitres. J'arrive à peu près à avoir 500 euros les millilitres avec la qualité du lait, parce qu'on est payé par rapport à la matière grasse, matière protéique. Alors que moi, je le paye 1 euro le litre ? Oui. Au supermarché ? Je pense plus que ça.
Vous voulez l'adresse de mon supermarché ?
Moi, j'en vends directement. Je le vends aujourd'hui à 1,15, le entier en briques sans bouchons, et 0,92, le bleu, en demi-crémé.
Oui, parce que sinon, vous valorisez, en fait, différents produits dans le lait.
Oui, dans nos laiteries, nous, on a voulu faire de la brique de lait, ensuite faire du beurre et du yaourt. Bon, pour l'instant, ce n'est pas en route encore. C'est ce qu'on espérait faire. Mais en fait, on s'est repris en main par rapport aux gros industriels, quoi. Je ne sais pas si je dois rendre dans ce débat tout de suite.
Je pense qu'on est dans le débat du débat. Non, non, non. On est dans le débat du débat. Et c'est pour ça aussi que je vous ai invité, Olivier Mével, parce qu'on n'est pas n'importe où. On est dans une région qui compte énormément sur le plan de l'agroalimentaire en France. Si vous deviez nous faire juste une cartographie de l'agriculture en Bretagne.
Il faut imaginer que la Bretagne, c'est finalement le premier cluster agroalimentaire intégré en Europe. C'est 45 milliards, finalement, de chiffres d'affaires qui se répartissent avec environ 11 milliards pour le socle agricole et puis 35 milliards pour le socle agroalimentaire. En agriculture, la Bretagne, c'est 23 000 d'exploitation agricole, dont 80 % sont concernés par des productions animales. En ce qui concerne l'agroalimentaire breton, trois filières, en fait, aujourd'hui, écrasent un peu tout. Une filière laitière à 10 milliards à peu près, une filière porcine à 7,5 milliards et une filière volaille aux alentours de 6 milliards.
Donc, on est sur des chiffres très importants au niveau national.
Ce que je ne comprends pas, c'est que la filière volaille, moi, j'ai appris qu'elle avait été en difficulté. On a perdu de gros groupes, alors qu'ils n'étaient pas bretons, mais je pense aux groupes doux, par exemple. Comment cela se fait-il qu'on ait à la fois un chiffre d'affaires important et qu'on ait eu tant de mal à vendre de la volaille ? Et d'ailleurs, le poulet ukrainien est aujourd'hui très présent. Alors, pas dans les supermarchés, mais bien souvent, justement, dans la restauration collective dont parlait mon camarade Jean Lémarie.
Il y a un moment où la Bretagne, par l'intermédiaire de certaines industries, s'est tournée vers l'exportation. Et quand vous tournez vers l'exportation, vous subissez des prix mondiaux. Et aujourd'hui, quand on produit en France et qu'on subit des prix mondiaux, si les prix mondiaux sont insuffisants, avec des coûts sociaux français, et bien vous avez une valeur ajoutée qui est en forte baisse.
Et ce qui explique, en fait, que certaines industries volaillères ont périclité, mais elles ont été remplacées aujourd'hui par des industries volaillères qui visent, finalement, des signes officiels de qualité, qui visent, en fait, une production qui est beaucoup plus intéressante en termes de valeur ajoutée.
Qu'est-ce que vous en pensez, Didier ? Parce que vous, par exemple, vous faites du lait, vous nous l'avez expliqué, vous faites des céréales, mais les céréales, c'est pour nourrir vos bêtes, je crois.
Oui. Oui, j'essaie de vivre maximum une autarcie. C'est-à-dire que je produis mes céréales, maïs et blé, orge. Donc, c'est soit le maïs est en ensilage pour les vaches étières et ce que je fais, la charolaise aussi. Donc, je garde les mâles pour faire des céréales à l'engrais, les céréales pour faire la farine. Le surplus, si j'en ai, je le vends soit à un échange avec mon vendeur d'aliments ou à des cochonniers qui sont à côté de... Parce que c'est vrai que le monsieur disait qu'on est en lait et cochon essentiellement sur le secteur ici.
250 bêtes, je crois, dans votre exploitation. Donc, c'est une exploitation assez importante.
En fait, comme je vous l'expliquais, moi, j'ai fait les deux productions parce que je me suis installé dans ma génération. En 86, il y a eu la mise en place des quotas laitiers. Donc, ce qui s'est passé, c'est que mes parents n'avaient pas un grand quota. Ils avaient 83 000 litres de lait. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Les exploitations, on leur a proposé deux choix. Soit vous arrêtez la production laitière, vous indemnisez. La plupart des gens ont fait ça parce que personne ne prenait la suite. Et moi, je suis resté pratiquement le seul sur les cinq fermes à la ferme pour tenir l'exploitation.
Donc, je n'ai pas pu avoir de supplément de quotas laitiers sur ces terres-là parce qu'ils avaient la prime. Donc, après, j'ai obligé de faire des demandes à l'installation, mais ça a été long. Donc, du coup, j'ai été obligé de passer sur la production viande et j'ai choisi l'arrache à orlaise. C'est pour ça que j'ai deux productions aujourd'hui. Quelque part, aujourd'hui, je ne m'en plains pas parce que ça va beaucoup mieux avec les prix. Et souvent, comme ça, je ne l'avais pas. Si une production va un peu moins bien, l'autre compense un peu.
Et alors, le lait, est-ce que, on l'a dit, vous produisez à peu près à 50 centimes le litre et on trouve ça au commerce, vous avez dit 0,92 quand vous vendez du demi-écrémé et 1,15 euro le lait entier. Est-ce que vous en sortez ? Comment ça se passe ?
Aujourd'hui, à cette arrive-là, je m'en sors. Parce que, bon, j'entends dans la presse que le lèvre a baissé. Il parle de 400 euros les millilitres. Bon, là, je pense que ça va être très compliqué. Déjà, en 2009, quand il y a eu l'histoire de... Je ne sais pas si vous vous souvenez de la...
400 euros, ça veut dire que ça va baisser de 20% ?
Oui. C'est ce que j'ai entendu. Je vois des journalistes du pays en Breton qui pourraient peut-être me confirmer.
Là, je vois à côté Olivier Mével. Comment on dit aux gens, donc aux producteurs, que le lait qu'ils vendent, il va falloir qu'ils le vendent 20% moins cher ?
C'est tout simplement une question de répartition des marges tout au long des filaires alimentaires. C'est-à-dire qu'il y a un consommateur au bout, vous l'avez dit, Guillaume, et puis qui choisit l'origine de son lait. Il y a des produits laitiers derrière. Et puis, il y a une grande distribution qui, en ce moment, négocie les prix auprès des industries agroalimentaires. Et comme le système est très mal fait, on a, on va dire, cette grande distribution qui négocie férocement ses prix auprès de Danone, auprès de Lactalis, des coopératives, aussi laitières bretonnes, par exemple.
Et de l'autre côté, quand c'est terminé, quand ces négociations sont terminées, elles le seront le 1er mars, de par la loi, et bien elles se retournent vers les agriculteurs, vers les éleveurs, pour leur dire, on n'a pas réussi à obtenir les augmentations tarifaires que l'on souhaitait. Et à partir de là, dans une filière laitière française à environ 21 milliards de litres de lait, et bien finalement, la variable d'ajustement, c'est toujours l'éleveur.
Et comme l'éleveur est la variable d'ajustement, derrière, on peut aujourd'hui anticiper, et nos amis éleveurs belges le savent, parce que les prix sont en forte chute en Belgique, et on sait qu'on peut anticiper une baisse aujourd'hui de la rémunération des éleveurs aux 1 000 litres de lait.
Et alors, Didier Lepage, vous en sortez à 40 centimes le litre de lait ?
Non. Je ne sais pas si vous vous rappelez, M. Sarkozy, il avait dit, travaillez plus, vous gagnez plus. Je m'en souviens bien. Mais travaillez plus, vous gagnez moins, non. Donc, c'est pour ça que je voulais revenir sur ma letterie. Alors, c'est pour ça qu'en 2009, il y a eu M. Bruno Le Maire, qui était ministre de l'Agriculture, qui nous imposait de signer des contrats avec nos letteries. Donc, c'est pour ça qu'il y a eu un mouvement d'agriculteurs qui s'appelait L'Appli, et on avait contesté ça. Donc, le groupe Entremont était à vendre, et ça a été repris par la Sodiade derrière. Et donc, on était une centaine à ne pas avoir signé ces contrats-là, alors que, soi-disant, on était obligés.
Mais est-ce que ces contrats, ils vous obligeaient à prendre les prix qu'ils fixaient, eux ? Qui ? Ce dial et les différentes...
C'est eux qui imposaient les prix, c'est comme on vient de le dire.
Donc, vous étiez pied et point liés à la fixation des prix qui étaient indépendamment de votre volonté, quoi.
Nous, on a un gros problème dans notre métier, c'est que ce n'est pas nous qui fixons les prix. Ce n'est même pas nous qui faisons les factures. Le lait, c'est la laiterie qui nous fait les factures. La viande, quand on vend... Moi, je vends un bretagne-viande, un quimper ou un bigard, c'est eux qui font les factures, qui imposent les prix, d'ailleurs. Et c'est pour ça que moi, j'ai voulu prendre mon indépendance en créant notre laiterie, qui s'appelle laitique. Et aujourd'hui, c'est nous qui fixons le prix. Pourquoi ? Parce qu'on est maître de notre situation. Et alors, mais là, vous... Je crois que vous produisez 300 000 litres de lait, c'est ça ? On a toujours des quotas.
Ils existent toujours. Mais alors, sur les 300 000 litres de lait, vous réussissez à en vendre combien, à peu près, en direct ?
Non, mais tout mon lait part à la laiterie, et mon lait est transformé en briques de lait, quoi. Moi, je ne transforme pas le lait chez moi.
Et si vous le transformiez, parce que donc, il faut expliquer aux auditeurs qui ne le savent pas, que le lait, donc, il y a une valorisation, vous faites de la crème, du beurre, etc. Et que c'est comme ça que les prix sont articulés. Est-ce que lorsqu'on valorise le lait, on s'en sort mieux, Didier Lepage ? Exactement, oui.
Toute la valeur ajoutée, vous avez parlé de lactalis et sodia, et surtout lactalis, c'est des gars qui font du... Enfin, c'est une entreprise qui fait du beurre. Donc, c'est... Ils font leur beurre.
Oui, ils font leur beurre. J'en les marie. Oui.
Non, si on parle de ces négociations commerciales et de la chaîne agroalimentaire, politiquement, il y a là quelque chose de rageant, tout de même, parce que ça fait des années qu'on va de crise agricole en crise agricole. À chaque fois, on fait comme si on découvrait la racine des problèmes. Et chaque année, les négociations commerciales se déroulent comme un drame, finissent comme un drame. Là, c'est toujours l'effervescence dans les derniers jours de discussion. Et finalement, le même système de pression demeure et revient.
Il faudrait peut-être que, politiquement, enfin, on arrive à proposer quelque chose de différent pour éviter de tourner en rond, comme on le fait depuis des années et encore en ce moment ces jours-ci sur ces négociations commerciales.
Olivier Meuvel. J'ai été auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur les marges de la grande distribution et des industries agroalimentaires. Et j'indiquais aux parlementaires que, dans le fond, si on regarde sur 25 ans, en euros alimentaires, c'est-à-dire en dépenses payées par le consommateur, pour 100 euros dépensés, 8 euros reviennent simplement à l'agriculture. De l'autre côté, 13 euros reviennent aux industries agroalimentaires. C'est-à-dire que le socle de production, l'agriculture et l'agroalimentaire, c'est seulement 22% pour 100 euros payés par le consommateur. Tout le reste va à l'aval.
Et c'est là qu'on a un partage déséquilibré de la valeur ajoutée, dont on voit les conséquences. C'est-à-dire que, quand on parle d'industrie agroalimentaire et d'agriculture en Bretagne, certes, le socle est important. Il y a de la production en volume, mais en termes de partage de la valeur ajoutée, c'est très faible. Et aujourd'hui, les taux de marge s'inscrivent plutôt en baisse, ce qui est inquiétant. Et alors, du coup, c'est ce qui explique vos difficultés.
J'ai une question, d'ailleurs, Didier Lepage, parce que, d'après ce que j'ai compris, je suis là pour poser des questions. Vous n'êtes pas obligé de répondre aussi. Je suis payé au mot, quoi. Mais vos parents, ils étaient agriculteurs, déjà. Comment ils vivaient-ils ? Est-ce qu'ils vivaient mieux ou moins bien que vous ?
Je pense qu'ils étaient moins stressés, déjà, parce que, en fait, avant beaucoup d'exploitation, on avait un peu de cochons et un peu de vaches, c'est ce que mes parents avaient. Donc, ma mère avait choisi la production laitière, donc c'est elle qui a un peu décidé. Et tout ça, je suis parti en lait. Il y a eu un peu la crise du porc, aussi, dans les années 74.
C'était quoi, la crise du porc en 74 ?
Ça ne se vendait pas, quoi.
Pourquoi ? Parce que les gens mangeaient moins d'eux ?
Je ne sais rien. Si, je pense que c'est... Il y avait peut-être trop de porc. Les prix n'étaient pas là, quoi. On en a vécu, des crises au dents de cils, quoi.
Donc, ils étaient moins stressés. Vos grands-parents étaient déjà agriculteurs. Et alors, eux, est-ce que...
Ils ne vivaient pas de même façon. C'était quand même... Moi, j'avais toujours dit que je ne serais pas resté travailler de la façon dont on travaillait avant, quoi. Mais il fallait quand même mécaniser. Moi, j'ai refait une salle de traite, avoir des conditions de travail plus agréables, quoi. Mais c'est sûr... Moi, je vois, depuis que je suis installé, c'est quand même l'administration qui nous ronche beaucoup de temps et de nervosité. Parce qu'on est toujours contrôlé, quoi. Avec la PAC, c'est les bêtes, c'est les cultures, c'est toujours se justifier de tout, quoi.
Et ça devient compliqué. Alors, parmi les contrôles, il y a eu donc cette maladie, la dermatose nodulaire, par exemple. Vous, vous n'avez pas été touché, mais qu'est-ce que vous en pensez, puisque vous êtes éleveur ?
On a le droit de dire. Alors, moi, j'ai raconté ça déjà. Au mois de juillet, ici, il a fait très chaud. Je ne sais pas si dans une région, on a eu des 30 degrés. Et donc, je voyais bien que certaines vaches n'étaient pas du tout en forme. Il y avait les pies qui étaient arrivées rougeâtres. Et donc, je pensais que c'était des coups de soleil qu'elles avaient pris. Et en fait, c'était ça. Donc, moi, j'avais appelé mon vétérinaire et je lui ai dit, qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui ? Donc, il m'a dit, il n'y a pas de vaccin. Pas de vaccin avant janvier 2026. Donc, il y a six mois en arrière.
Donc, il préconisait de faire une cure de vitamine et surtout de traiter l'ensemble du troupeau contre les mouches. Parce que c'est les mouches qui apportent l'adhérence. Oui, c'était les moustiques et les mouches. Donc, j'avais réussi en alimentant les bêtes parce qu'ils étaient dehors. Comme il n'y avait pas à bouffer, je leur donnais dans les bacs et j'arrivais à les traiter. Donc, ça, ça a été le premier geste que j'ai fait. Donc, ensuite, on a eu des réunions avec les vétérinaires. Donc, là, les vaccins apparemment sont là. Mais alors, on nous préconise de le faire. Avant, il n'y avait pas de vaccin. On n'a pas fait. Maintenant, il faut le faire parce que le vaccin est là.
J'espère que ce n'est pas trop du commerce derrière. Donc, maintenant, le printemps, on va arriver. Il faudra peut-être qu'on s'en méfie. Soit on les vaccine, soit on ne les vaccine pas. Ou alors, on fait la prévention comme j'ai fait déjà. Ça coûtait cher, le vaccin ? Je crois que ça revient à 2,80 euros, le vaccin par bête.
Donc, c'est plutôt négligeable par rapport au reste.
La conséquence aussi, c'est parce qu'on a retrouvé beaucoup de vaches vides. C'est-à-dire qu'elles ont perdu leur veau. Donc, tout ça, ça a décalé. Il n'y aura moins de lait, moins de bêtes à vendre demain. Mais enfin, d'un autre côté, abattre un troupeau, c'est une catastrophe. On l'a vécu déjà avec l'histoire de la vache folle. Je ne sais pas si vous vous en rappelez. On se fait installer en 194, je crois, dans ces années-là. Il y a des troupeaux entiers qui ont été abattus aussi. Donc, psychologiquement, c'est sûr que c'est dur quand il faut abattre son troupeau. Olivier Mével.
On imagine mal ce qu'ont vécu certains éleveurs partout en France, et notamment plus à l'Est, parce que la Bretagne a heureusement été moins touchée. Mais pour des éleveurs, se séparer d'un troupeau, c'est un vrai trauma. Et dans le fond, on n'imagine pas ce que, on va dire, vit un éleveur. C'est-à-dire que les éleveurs vivent 24 heures sur 24 avec leurs animaux. Il n'y a rien de plus difficile que d'élever du vivant. Et donc, à partir de là, il se crée des atomes crochus avec le cheptel. Et donc, la mise à mort des cheptels a été très très mal vécue par l'agriculture. Et aujourd'hui, dans le fond, et vous soulignez fort justement, que les prix sont de retour.
Et c'est vrai que la décapitalisation des cheptels aujourd'hui va moins vite, va plus vite plutôt que la baisse de la consommation. Ce qui fait que les prix se tiennent, et heureusement. Et c'est pour ça aujourd'hui qu'on parlait de négociations commerciales. Et c'est important que les distributeurs lèvent le glaive de façon à permettre à l'agriculture de respirer.
Didier Lepage. Justement, donc, il y a à la fois le fait de perdre le troupeau, il y a le fait de devoir le recréer, parce que ça aussi...
Donc, comme le monsieur vient de dire, on est attaché à nos bêtes, on les voit toujours, tous les jours, on vit avec. En fait, un troupeau, ça ne se crée pas comme ça. Il y a la génétique, il y a un choix de la part de l'éleveur, qu'il va choisir en viande, ça va être la conformation au lait, ça va être la production laitière. Mais le problème, c'est d'abattre un troupeau laitier, mais après, retrouver des génisses pour refaire le troupeau, à quel prix et où on va les trouver, parce qu'il y a beaucoup de moins en moins d'élevage et de bêtes disponibles. Ou alors, il va falloir les faire peut-être venir d'ailleurs. Et puis, vous vous imaginez, prendre des bêtes qui...
Donc, c'est-à-dire qu'il faudrait attendre qu'elle veille, qu'elle produise du lait, donc il faut tout remettre en route. Donc, le temps, ça peut durer un an, peut-être, avant de pouvoir avoir une production...
Olivier Mével, un mot de conclusion. On a parlé tout à l'heure d'un livre que j'aime énormément, Le cheval d'orgueil, de Pierre-Jacques Azélias, qui est un livre sur la paysannerie bretonne. De toute façon, c'était presque une tautologie, puisqu'à l'époque, avant la Seconde Guerre mondiale, tout le monde était agriculteur, ou presque. Une agriculture qui était d'une extrême misère. Les choses, évidemment, ont évolué dans cette région.
Alors, effectivement, je dis toujours à mes étudiants, lisez le cheval d'orgueil, parce que vous devez comprendre ce qu'est l'histoire agricole de votre région. Mais aujourd'hui, effectivement, je leur dis aussi, lisez le cheval d'orgueil, certes, mais allez voir, par exemple, le film qui sort d'Anthony Dechaux, sur la guerre des prix, parce que ça concerne beaucoup plus l'agriculture aujourd'hui bretonne. C'est-à-dire que c'est l'aval qui décide aujourd'hui des prix et qui permet, finalement, ou pas, cette souveraineté alimentaire.
Et à l'heure où un président parle de réarmement de notre souveraineté alimentaire, c'est la préservation, et ça commence par la préservation de notre socle agricole sans lequel on ne construit pas.
Merci beaucoup, Olivier Mével, maître de conférence en sciences de gestion. Merci beaucoup, Didier Lepage, agriculteur en production céréalière. Donc, on peut acheter votre lait à côté d'ici. Dans quelques instants, ma camarade Marie Sorbier, car nous sommes à Quimper, et évidemment, le 8h45, le journal d'Anne-Laure-Chouin. Merci.
Merci. Merci. Merci.