Pascal Durand, député européen et ancien secrétaire national d’EELV
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Bonjour Pascal Durand.
- 0:12OuverteRéponse directe
Vous rentrez du Proche-Orient, des territoires palestiniens. Une délégation du Parlement européen sur l'écologie des relations Israël-Palestine.
- 1:12OuverteRéponse directe
On a souvent entendu que les Israéliens pompent l'eau du Jourdain plus qu'ils ne devraient. Qu'en est-il en chiffres dans les colonies en Cisjordanie ?
- 2:27OuverteRéponse directe
Pour les Palestiniens, se procurer de l'eau, c'est un parcours du combattant ?
- 3:42OuverteRéponse directe
Le modèle agricole dans les territoires colonisés illégalement par les Israéliens est-il pérenne ?
- 5:51RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que les autorités israéliennes vous répondent sur la logique court-termiste de ce modèle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est dans cette partie-là, sur la Cisjordanie, qu'effectivement se trouvent les sources, que se trouve l'eau et cette eau est à 100% contrôlée par l'armée israélienne. »
- 2:56Invité politiqueChiffre
« En gros, le rapport est de 1 à 6 sur l'utilisation de l'eau. C'est-à-dire que pour un litre d'eau pour un palestinien, il y a 6 litres d'eau pour un israélien. »
- 3:10Invité politiqueFait
« Ce sont des colonies illégales, contraires au droit international. »
- 4:30Invité politiqueFait
« La vallée du Jourdain était quand même l'endroit le plus cultivable de cette zone-là. »
- 5:22Invité politiqueChiffre
« 85 à 90% de l'eau qui est polluée, tout simplement, parce que les nappes ne sont plus en mesure de fournir de l'eau. »
- 6:16Invité politiqueFait
« Le gouvernement de M. Netanyahou est un gouvernement qui a une majorité extrêmement faible. »
- 6:48Invité politiqueFait
« On a visité le village de Soucia, par exemple, qui sont des villages historiques palestiniens et dans lesquels la population n'a plus accès au minimum vital. »
- 9:02Invité politiqueFait
« L'Union européenne, lorsqu'elle a des relations commerciales avec un État et des relations privilégiées avec cet État, le conditionne au respect d'un certain nombre de règles, notamment de droits humains. »
- 10:54Invité politiqueFait
« La diplomatie française a essayé. Laurent Fabius a fait beaucoup d'efforts. »
- 11:11Invité politiqueFait
« Il faut que l'Europe prenne le leadership. La France seule ne peut pas agir. »
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8h17 sur France Inter, bonjour Pascal Durand. Bonjour. Député européen écologiste, ancien secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, vous rentrez tout juste du Proche-Orient des territoires palestiniens plus précisément. Un déplacement dans le cadre d'une délégation du Parlement européen et la mission de cette délégation c'était d'avoir une approche écologique des relations palestines-Israël parce qu'on parle que de sécurité, que de conflits.
Oui, c'est-à-dire que nous on en avait un peu assez de voir que la question palestinienne et le rapport avec Israël étaient toujours autour des questions sécuritaires. Il y a des gens qui vivent là-bas, il n'y a pas que les requêtes, il n'y a pas que les morts, heureusement. Il y a des millions de personnes qui sont là tous les jours, qui essayent d'aller travailler, qui doivent se nourrir, qui doivent s'éduquer, être soignés, etc.
Donc on avait envie d'avoir une approche, la question évidemment de l'eau était une question essentielle, c'est une question essentielle au XXIe siècle, elle ne va pas se poser que dans les pays du Moyen-Orient mais elle se pose là-bas de manière évidemment avec un peu plus d'acuité tout simplement parce que c'est un climat mi-désertique, mi-méditerranéen donc on voit bien que la question de l'eau est une question essentielle, l'eau c'est le vivant. Donc voilà, on a souhaité faire une délégation autour de ce sujet.
Alors on a souvent entendu, vu des reportages ces dernières années sur le fait que les Israéliens pompent l'eau du Jourdain peut-être plus qu'ils ne le devraient, mais on ne sait pas grand-chose de plus à vrai dire. Alors ça donne quoi en chiffres dans les colonies en Cisjordanie ?
Ah écoutez, c'est compliqué, il y a deux situations très différentes, il y a la situation à Gaza et la situation en Cisjordanie occupée. Il y a, sans rentrer trop dans le détail, il y a toute une partie de la Cisjordanie, en gros 60-65% de la Cisjordanie donc territoire occupé qui n'appartient pas à Israël mais qu'Israël a occupé pour des raisons de sécurité qui sont sous contrôle de l'autorité militaire en réalité. Et c'est dans cette partie-là, sur la Cisjordanie, qu'effectivement se trouvent les sources, que se trouve l'eau et cette eau est à 100% contrôlée par l'armée israélienne. Les autorités civiles, enfin l'autorité civile d'occupation, c'est un général qui la dirige.
Donc voilà, les choses sont claires. Et donc, le fait de contrôler l'eau, effectivement, donne une responsabilité particulière. Je ne parle même pas de logique de conflit, c'est simplement quand vous avez le contrôle de quelque chose qui est vital, ça engendre des devoirs. C'est tout simplement, je peux comprendre, je ne partage pas, mais je peux comprendre que pour des raisons de sécurité, Israël dit, voilà, nous on veut contrôler ça jusqu'à ce qu'on ait résolu la question.
Et du coup, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour les Palestiniens, se procurer de l'eau, c'est un parcours du combattant ?
Ça passe par la bonne volonté de l'occupant. Et l'occupant étant l'État, je vais dire, inéquitable. On a, et nous nous avons visité évidemment des villages palestiniens, mais on a discuté aussi évidemment avec les autorités israéliennes. On ne s'est pas contenté d'un seul côté, ce n'est pas la logique de notre délégation. Et on s'aperçoit globalement, il y a beaucoup de rapports, il y a un rapport de l'ONU, il y a eu le rapport de M. Glavani, député français. En gros, le rapport est de 1 à 6 sur l'utilisation de l'eau. C'est-à-dire que pour un litre d'eau pour un palestinien, il y a 6 litres d'eau pour un israélien.
Et dans ces territoires, les israéliens qui sont présents, ce sont des colons. Ce sont des colonies, ce sont des colonies illégales, contraires au droit international. Et donc on voit bien que l'armée protège l'apport en eau des colonies. Et qu'à côté de ça, il y a des villages palestiniens qui n'ont plus accès à l'eau dans ces zones-là, puisqu'ils n'ont plus le droit de construire, ils n'ont plus d'infrastructures, et ils ont des citernes avec de l'eau extrêmement chère, parce qu'elle est très difficile. Alors qu'à un kilomètre de là, il y a des colonies qui ont évidemment la viabilité, qui ont des accès au réseau. Il suffirait de brancher un tuyau.
Un kilomètre de tuyau, c'est rien du tout. Et il y a une volonté, évidemment, de ne pas le faire.
Le modèle, on parle d'eau, donc effectivement, on en arrive assez vite aussi au modèle agricole. Les techniques pratiquées dans les territoires colonisés illégalement par les Israéliens, est-ce qu'elles sont pérennes, ces techniques ?
Évidemment, non. En posant la question, vous avez en même temps une partie de la réponse. C'est-à-dire qu'on a là le pire de ce qui peut se passer. D'abord, on a une économie qui est une économie coloniale. C'est-à-dire qu'elle n'a absolument pas vocation à permettre de développer l'économie locale. Les agricultures vivrières, ce qui existait avant, l'élevage, le fait de nourrir les populations présentes. Pas du tout. C'est une agriculture purement intensive qui a vocation à permettre de l'export. Donc vous voyez, un peu comme en Indonésie ou ailleurs, vous voyez au milieu quasiment du désert, la vallée du Jourdain était quand même l'endroit le plus cultivable de cette zone-là.
Et donc les colonies et les colons installent des champs de palmiers. Et on va avoir, donc on va produire de l'huile de le palme, etc. qui n'a aucune vocation à développer, encore une fois, la possibilité pour les habitants de se nourrir, mais simplement de permettre de l'export. Et c'est extrêmement consommateur, évidemment, d'eau, d'engrais chimiques. Donc on a là le pire de ce qu'on peut faire, c'est-à-dire qu'on pompe. Mais là, ça vaut aussi pour les Israéliens. On est en train de pomper les ressources naturelles en eau qui restent. Le niveau, globalement, des nappes est en train de descendre.
Et c'est pour ça que je posais la question aussi, tout à l'heure j'évoquais la situation à Gaza. La situation à Gaza, qui est un territoire qui n'est pas en Cisjordanie, qui est un territoire qui est, lui, sous blocus, dans lequel nous n'avons pas pu rentrer, puisque les autorités israéliennes ne nous ont pas autorisés à accéder à Gaza. Donc nous avons, en gros, 85 à 90% de l'eau qui est polluée, tout simplement, parce que les nappes ne sont plus en mesure de fournir de l'eau. Donc on va beaucoup plus loin et on trouve de l'eau soit salée, soit polluée. Donc on a là une population qui n'a même plus la capacité d'avoir accès à de l'eau potable. Donc ça, c'est une situation.
En Cisjordanie, on a des villages palestiniens qui n'ont pas accès à l'eau qu'ils ont à travers les citernes. À Gaza, c'est encore pire.
C'est un constat affligeant dont vous avez parlé, j'imagine, effectivement, avec les autorités israéliennes. Qu'est-ce qu'on vous répond sur la logique de cette réflexion qui est vraiment très court-termiste ?
C'est très difficile d'avoir en ce moment une discussion, je vais dire, assez sereine autour de cette question-là, tout simplement parce qu'il y a d'abord la question sécuritaire qui revient tout le temps, disant le contrôle de l'eau, etc. Mais il y a aussi la question politique. Le gouvernement de M. Netanyahou est un gouvernement qui a une majorité extrêmement faible. Puisqu'on pensait même qu'il allait perdre les dernières élections, il les a gagnées. Mais il y a une nécessité de trouver des alliances avec les partis d'extrême droite et notamment les partis des colons.
Et donc, il y a une pression, en réalité, des colons qui est tellement forte que cette question ne peut pas être évoquée sereinement et que tout de suite, on rentre dans des logiques qui sont des logiques de blocage. Et donc, le gouvernement israélien va vous dire qu'il essaye de faire des efforts, etc. Ce qui peut être vrai sur certaines zones, mais ce qui est totalement faux, on a visité le village de Soucia, par exemple, qui sont des villages historiques palestiniens et dans lesquels la population n'a plus accès au minimum vital. Donc là, on est vraiment dans des situations de misère absolue.
Et on a un système de développement d'une partie de l'économie coloniale israélienne au détriment. C'est bien ça le problème. C'est que ça ne se fait pas conjointement, ça se fait au détriment des populations locales.
Israël, ce n'est quand même pas que les colons, que le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Ce n'est pas qu'une seule voix. Est-ce qu'il y a là-bas un mouvement d'opposition qui s'élève contre ce modèle que vous avez rencontré ?
Bien sûr, mais c'est pour ça que le monde n'est pas binaire et que nous avons rencontré des ONG, notamment les Ravins pour la Paix, qui s'occupent du village de Soucia et qui fait les procédures judiciaires et les recours devant les cours israéliennes. On a rencontré des ONG, on a visité Ebron avec Breaking the Silence, qui est une ONG d'ex-militaires israéliens qui ont servi et qui maintenant font des témoignages pour expliquer ce qu'on leur a demandé de faire et qui sont dans des logiques de paix. On a visité Jérusalem avec Peace Now.
Tout ça, ce sont des organisations israéliennes, pour l'essentiel d'israéliens natifs et qui ont toujours vécu en Israël et qui, bien entendu, essayent de faire en sorte que ces situations s'améliorent. Là, encore une fois, on ne parle pas du conflit, on parle tout simplement de la vie au quotidien. On n'est pas obligé de mettre des millions de personnes dans une situation d'humiliation, de misère et de ne pas avoir accès au minimum vital. Ça, c'est le quotidien. On peut, évidemment, gérer de manière humanitaire ce quotidien.
On est sur des questions de droits humains aussi, vous l'avez dit. L'Europe, elle, elle a les yeux rivés sur la dette grecque en ce moment, sur le nombril de la zone euro. Qu'est-ce que vous attendez du Parlement européen, de la Commission sur cette question ?
Sur la question de l'accord commercial avec Israël ?
Sur les relations Israël-Palestine sur l'eau.
Il est clair que, d'une manière générale, l'Union européenne, lorsqu'elle a des relations commerciales avec un État et des relations privilégiées avec cet État, le conditionne au respect d'un certain nombre de règles, notamment de droits humains. Et donc, cette question-là est une question essentielle. Moi, ce que j'attends du Parlement européen, c'est qu'on est, et au-delà de la Commission et du Conseil, c'est qu'on est, avec Israël, la même attitude que celle que l'on a avec les autres pays. C'est-à-dire que l'on considère Israël comme un partenaire commercial, puisqu'il l'est.
C'est un État qui est un État qui se veut de droit et qui est soumis à un certain nombre de règles internationales. Donc, je souhaiterais que le Parlement européen et la Commission demandent tout simplement à Israël, en contrepartie de ces relations privilégiées, qu'ils respectent le minimum des règles internationales. Et j'aimerais effectivement qu'on ait enfin réglé la question des produits qui viennent des colonies. Ça n'est pas normal que dans les colonies, on ait des produits qui bénéficient de privilèges d'exportation, alors qu'ils sont produits dans des conditions qui sont contraires aux droits humains. Il y a des enfants palestiniens qui travaillent dans les colonies.
Ça, ça n'est pas normal. Et l'Union européenne ne doit pas l'accepter.
Mais est-ce que la première des décisions politiques à prendre, diplomatiques, ce n'est pas justement la reconnaissance de la Palestine pour pouvoir parler d'État à État ?
On l'a fait au Parlement européen. On a eu ce vote-là. Bien sûr qu'il faut reconnaître l'État de Palestine. Maintenant, encore faut-il que cet État soit viable. Il ne faut pas se payer de mots. Vous ne pouvez pas rendre un État viable si vous ne lui donnez pas au minimum l'accès à l'eau. C'est pour ça qu'il faut... On ne peut pas avoir des colonies qui s'implantent de plus en plus et en même temps dire on va vers la paix. Il faut trouver, et ça a été demandé par les États-Unis, ça a été demandé par l'Union européenne, mais pas assez fort. Il faut évidemment mettre fin à la politique de colonisation de la Cisjordanie. Il faut lever le blocus de Gaza.
Il faut faire en sorte que ces populations puissent vivre normalement et ensuite aller vers des processus de paix.
Là-dessus, en France, et pas seulement, depuis l'élection de Benjamin Netanyahou, plus personne ne parle vraiment de cette situation israélien-palestinienne. Est-ce que vous regrettez l'atonie notamment de la diplomatie française ?
Bien sûr. Non, alors, la diplomatie française a essayé. Laurent Fabius a fait beaucoup d'efforts et ça a été relevé d'ailleurs aussi bien du côté israélien que du côté palestinien. La seule chose, c'est qu'on a un blocage au niveau du Conseil de sécurité. On a un problème, notamment avec les États-Unis. Donc, il faut que cette question... Il faut que l'Europe prenne le leadership. La France seule ne peut pas agir. Il faut que l'Union européenne prenne le leadership sur cette question, ne serait-ce encore une fois, et je le répète, que pour des raisons humanitaires. Là, nous sommes véritablement dans une question humanitaire.
Il y a des femmes, des enfants et des vieillards qui n'ont plus accès au minimum vital dans ces territoires, alors qu'Israël est un pays riche. C'est un pays qui occupe, il a des responsabilités, je répète, et l'Union européenne doit agir en ce sens. C'est révoltant, mais ce n'est pas insoluble. Mais bien sûr que non, ce n'est pas insoluble. Ce n'est pas insoluble. Quand vous voyez des enfants dans la rue, je vous assure que quand on voit un enfant palestinien et un enfant israélien, vous ne voyez pas la différence. Ce sont des gens qui ont envie de vivre. Il faut que nous les aidions et que nous fassions affaire que leur avenir ne se limite pas à du terrorisme ou la guerre.
Ce n'est pas imaginable.
Merci Pascal Durand, député européen, d'être venu nous parler de ce voyage de la délégation parlementaire européenne en Israël.
Pascal Durand