L'interview politique intégrale d'Anne Hidalgo sur RMC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Paris 2024. Bonjour Anne Hidalgo. Bonjour à vous. Maire de Paris, vous avez mis le polo Paris 2024. Eh oui, les couleurs sont là. Les couleurs officielles des Jeux dans un an. Donc Paris, capitale de la France et du sport. On parlera aussi, puisqu'on parlera de sport, du cas de Kylian Mbappé, la star du PSG, en conflit ouvert avec son club. Avant cela, la fronde qui s'étend dans la police après Marseille et Nice, des centaines de policiers en arrêt après la mise en détention provisoire d'un de leurs collègues soupçonné d'avoir passé à tabac gratuitement un jeune de 22 ans.
Est-ce qu'à votre connaissance, Paris est touché aussi par ce mouvement ?
D'abord, peut-être sur le fond, nous sommes dans un état de droit. La justice est indépendante. C'est une garantie absolue du fonctionnement de la démocratie. On va y revenir sur la justice. Et je pense qu'il faut rappeler les principes. Et par ailleurs, on ne va pas engager le pays dans des batailles rangées, pro-police, contre-police. On a besoin de la police, d'une police républicaine pour garantir la sécurité. Et la sécurité n'est pas l'opposé de la liberté. Sur Paris, je vois comme vous, je n'ai pas encore fait le point avec le préfet de police. Je vais faire le point avec lui sur le mouvement qui s'étendrait. Donc je n'ai pas d'autres informations.
C'est d'ailleurs à l'autorité du ministère de l'Intérieur de donner ce type d'informations.
Qui ne vous a pas communiqué pour l'instant ?
Non, mais vraiment, j'insiste sur le point. Vous dites une police républicaine.
Justement, notre pays a besoin d'apaisement. Est-ce que c'est de l'apaisement ? Quand le patron de la police nationale, Frédéric Vaud, dit hier à nos collègues du Parisien, aujourd'hui en France, avant un éventuel procès, un policier n'a pas sa place en prison, même s'il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail.
Je crois que les choses ont été dites. Personne n'est au-dessus des lois. Et bien sûr que la garantie de l'État de droit, c'est l'indépendance de la justice. C'est au magistrat.
Il a remis en cause la justice en disant cela ?
Écoutez, je ne vais pas remettre un euro dans le jukebox. D'accord, la situation est très grave. Je pense qu'on a besoin d'une police républicaine, de rassurer cette police républicaine sur le rôle qui est le sien, de lui donner les moyens, et en même temps de faire en sorte que ces moyens soient exercés, parce que c'est une force publique au service de la nation, et bien que cette force publique soit exercée sous le contrôle aussi de l'autorité judiciaire, comme c'est le cas pour chacun des citoyens de notre pays. Donc je crois qu'il faut revenir au principe.
Et puis faire ce travail, ce travail que nous devons faire tous ensemble dans le pays pour qu'effectivement la police trouve sa place comme police républicaine et les moyens d'agir pour pouvoir sécuriser le pays, sécuriser nos concitoyens, et qu'on sorte de cette bataille rangée des pro-police et des anti-police, ou des pro-justice et des anti-police.
J'entends ce que vous dites, ne pas alimenter la fronde, ne pas alimenter la colère ni d'un côté ni de l'autre. Pour autant, quand Emmanuel Macron hier dit d'un côté comprendre l'émotion et de l'autre, des mots que vous venez de répéter, que nul n'est au-dessus de la loi, est-ce qu'il reste au milieu du guet ? Il y a une remise en question de la justice, par le patron de la police nationale, dire d'un côté je comprends l'émotion, et de l'autre nul n'est au-dessus de la loi, c'est quoi ? C'est refuser de prendre parti ? Il est dans son rôle ?
Je pense que maintenant il faut passer aux actes. Et passer aux actes, c'est ouvrir ce grand chantier de la police républicaine, du rapport de la police à la population. Les policiers font un travail extrêmement dur, extrêmement dangereux. Vous dites qu'il faut ouvrir le lien.
Donc pour vous, il y a une question qui se pose aujourd'hui sur le lien des Français à la police.
Il y a une question qui est posée quand on voit la façon dont les réactions se déploient, et quand on voit l'état d'émotion dans le pays. Ce qui s'est passé avec la mort de Naël est quelque chose d'inacceptable dans un pays comme le nôtre. Mais il faut, au-delà des condamnations, au-delà des polémiques, au-delà des propos, moi j'en appelle aussi la classe politique dans son ensemble, à revenir elle-même à la raison. Il faut ouvrir un débat, non pas pour faire une bataille rangée, mais pour trouver les moyens. Il faut passer aux actes. Les policiers ont besoin de moyens, ont besoin d'effectifs. On ne leur donne pas assez ? Je pense qu'il n'y en a pas assez.
En tous les cas, il y a eu de nombreuses années avec des baisses significatives de moyens. Il faut aussi que la formation des policiers soit un sujet posé, traité, travaillé. Vous savez, je ne vais pas faire le parallèle, mais à Paris, j'ai créé une police municipale, ce qui n'était pas arrivé parce qu'il y avait un tabou sur le sujet. Mais cette police municipale, elle n'est pas armée d'armes létales. Elle est là pour veiller à la tranquillité publique dans nos quartiers. J'ai souhaité que cette police soit paritaire, autant de recrutements de femmes que d'hommes. J'ai souhaité aussi qu'il y ait une formation. Une formation, justement...
Qu'est-ce que vous dites ? Vous dites que ça se passe mieux avec la police municipale qu'avec la police nationale ?
Je ne fais pas cette comparaison parce que ce ne sont pas du tout les mêmes enjeux ni les mêmes responsabilités. Et je mesure ce qu'est aujourd'hui la responsabilité aussi de la police nationale. Je dis simplement qu'il faut vraiment, au-delà des paroles, au-delà des polémiques, au-delà de l'instrumentalisation qui peut être faite ici et là et partout, qu'il faut poser ce chantier de la police dans l'état de droit, c'est-à-dire évidemment sous le contrôle de l'autorité judiciaire.
On a vu énormément déployer dans la capitale cette police à l'occasion des débordements qui ont eu lieu en marge des manifestations sur les retraites aussi plus récemment au moment des émeutes début juillet. Est-ce que vous avez pu chiffrer le bilan de l'ensemble des dégradations sur l'année ? Et est-ce que vous avez avancé avec l'État sur les modalités qui reconstruisent, qui payent ?
Plusieurs millions d'euros, donc on chiffre encore. Depuis janvier ? Depuis janvier. Vous savez, on avait d'ailleurs, au moment des Gilets jaunes aussi, fait cette démarche. D'ailleurs, le maire de Toulouse aussi, l'État n'avait pas voulu rembourser la part qui lui incombait, parce que ce n'était quand même pas des manifestations qui étaient tournées contre la mairie de Paris, c'était vraiment des manifestations nationales. Et finalement, c'est le tribunal administratif qui a condamné l'État à verser 1,4 million pour les Gilets jaunes à Paris notamment.
Donc on va, et j'espère, sans passer par le tribunal, obtenir, je l'espère, de l'État, le remboursement des sommes, qui sont les sommes liées à toutes les réquisitions qui sont faites. Vous savez, avant une manifestation, on demande à la Ville de retirer toute une partie du mobilier urbain. Et puis, il y a tout, évidemment, la remise en État après.
La sécurité, d'ailleurs, Anne Hidalgo, c'est l'un des enjeux des Jeux olympiques, alors pas le seul, des Jeux olympiques et paralympiques. Combien de personnes sur les quais pour la cérémonie d'ouverture ? Plusieurs centaines de milliers de personnes. Plusieurs centaines, on est entre 600 000 et 350 000, selon les... On va être très nombreux.
Et je pense que, vous savez, ce débat autour du chiffre est un débat peu intéressant. Ce qu'il faut, c'est que l'on puisse mettre... Pas pour ceux qui veulent assister. Alors, il faut que l'on puisse mettre le plus grand nombre de personnes sur les quais, notamment. Parce que la grande nouveauté, c'est quand même plusieurs centaines de milliers de personnes qui vont pouvoir assister gratuitement à la cérémonie d'ouverture des Jeux. Ça n'est jamais arrivé. C'est qui vous écoute et qui ne connaissent pas forcément Paris. Il y a des quais hauts et des quais bas au plus près de la Seine. Voilà. Et donc là, sur les ponts, sur les quais hauts, on va pouvoir assister à un spectacle extraordinaire.
Donc, il faut qu'il y ait un confort et une sécurité pour toutes les personnes qui pourront accéder à la zone. Donc, plusieurs centaines de milliers de personnes. Vous savez, par exemple, lorsque l'on a fait Nuit Blanche le 5 juin dernier, on avait 3 millions de personnes qui étaient sur le secteur des quais de Seine. Et ça s'est très bien passé sans aucun incident. Je n'ai pas encore le chiffre... On y arrivera sur le défi, justement, de la sécurité. Bien sûr. Je n'ai pas encore le chiffre... Les compagnies privées peinent à recruter un des... Alors, je finis ma phrase. Un certain nombre d'agents. On n'a pas encore le chiffre sur la fréquentation pour le 14 juillet.
Mais le 14 juillet, c'était plusieurs millions de personnes. Et ça s'est passé sans aucun incident. Il y a un travail très sérieux qui est fait, auquel je participe, aux côtés de Gérald Darmanin et du préfet de police. C'est sous leur autorité. Ils ont aussi mis en mouvement tous les recrutements nécessaires, notamment vis-à-vis de la sécurité privée. On sera prêt, de ce point de vue-là. Oui, on sera prêt. Et franchement, vous savez, bien sûr que les Jeux, pour que la fête soit belle, pour qu'elle ne soit pas gâchée, il faut se prémunir contre ceux qui voudraient venir gâcher la fête. Et il y en aura, évidemment.
Mais aujourd'hui, moi, j'ai vraiment confiance dans la nature du travail qui est engagé. Et au-delà de cette question de sécurité, les Jeux, c'est quand même un moment aussi très fédérateur. Vous savez, c'est un moment très enthousiasmant. Et pour une ville comme la mienne qui va accueillir les Jeux, bien sûr, c'est beaucoup de travail, c'est des années de travail, mais ça va être aussi un moment extraordinaire. Et pour moi, en tant que maire de Paris, c'est une accélération. Oui, d'abord, des Jeux écologiques. Et grâce aux Jeux, j'aurais pu faire en 5 ans ce que normalement, j'aurais pu mettre 15, 20 ans à faire. Par exemple, nettoyer la Seine pour qu'elle soit baignable.
Et en 2025, il y aura 3 bassins. On nagera dans la Seine. Ce qui n'est quand même pas rien, ce n'est pas comme ça. Une promesse de Jacques Chirac, maire de Paris, il y a déjà quelques dizaines d'années. Oui, et vous savez, ce n'est pas un gadget quand on regarde l'adaptation des villes au changement climatique. Ça fait très longtemps que je m'y suis engagée et parfois pas toujours très accompagnée. Les Parisiens, oui, mais enfin, on nous a souvent raillés sur le fait qu'on faisait baisser la pollution et donc réduire la place de la voiture et que l'on était en train de nettoyer la Seine pour pouvoir nager.
Tout cela fait partie d'un projet pensé en lien avec le changement climatique et les Jeux auront accéléré cela.
Il faudra d'ailleurs renoncer à la voiture pendant les Jeux parce qu'il y a tout un tas d'aménagements à Paris, à Nidalgo, des zones de sécurité pour au plus près des lieux de compétition, des fan zones aussi qui vont être déployées dans la capitale. Est-ce que ça veut dire qu'il faut d'ores et déjà se dire, l'année prochaine, il y a deux mois dans l'année où il faudra utiliser ses jambes ?
D'abord, si on peut utiliser ses jambes 365 jours par an, c'est mieux pour ceux qui peuvent le faire. Si on peut utiliser les transports en commun, c'est beaucoup mieux parce que c'est moins polluant. Si on peut le faire... Les transports en commun, y compris... Ils sont en train aussi, et je l'espère, de retrouver leur niveau qui doit être le niveau d'un service public. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui, je suis d'accord avec vous. Ça, c'est une affaire de la région. Et par ailleurs, faire du vélo aussi. Ensuite, il y a des gens qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre la voiture.
Je pense aux personnes à mobilité réduite, les urgences, des personnes âgées, des personnes qu'on doit transporter, les commerçants aussi, évidemment. Eux pourront circuler en voiture ? Alors, eux, évidemment, que l'activité économique et l'activité tout court ne va pas s'arrêter, mais pour tous les autres, ça sera plus raisonnable. Pendant les Jeux, comme avant et après, parce qu'il y a un certain nombre d'aménagements qui, évidemment, vont rester. Vous savez, quand je dis que les Jeux auront accéléré la transition écologique de Paris, c'est aussi en termes de mobilité. Et je pense qu'on peut être fiers aujourd'hui.
Notre ville, elle est regardée comme une ville historique, patrimoniale, qui est capable aussi de s'adapter. Vous savez ce que me disent beaucoup de mes collègues maires étrangers ? Si tu as pu le faire à Paris, on peut le faire ailleurs.
Est-ce que ça rapporte de l'argent d'organiser des Jeux olympiques à Hidalgo ? Non, ça ne rapporte pas d'argent. Ça ne rapporte rien à Paris. On aurait tendance à se dire que c'est la marque Paris 2024.
Non, la marque Paris 2024 et le fonctionnement des Jeux, le financement des Jeux, notamment la partie que préside Tony Estanguet, elle est autofinancée par le sponsoring, par la billetterie, par, je dirais, vraiment des financements privés. La partie publique, ce sont des investissements. La ville de Paris, sur 8 ans environ, aura investi plus de 300 millions d'euros en lien avec les Jeux, mais sur des investissements pérennes, par exemple, une grande salle de sport à la Porte de la Chapelle, toute la rénovation de la Porte de la Chapelle, un quartier très important pour moi. Vous dites un restaurant
pour les Parisiens.
Bien sûr, c'est de l'héritage et ça, c'est très important de le dire, mais c'est vrai, vous avez raison, que quand même, c'est une question qu'on a posée d'ailleurs avec Valérie Pécresse, que la taxe de séjour, qui est une recette, qui aujourd'hui...
Que vous touchez sur les hôtels et aussi sur les logements particuliers.
Oui, mais qui ne représentent rien. C'est vraiment... C'est ridicule comme un montant. Par exemple, vous prenez un hôtel 5 étoiles, même une nuit, ça existe, des nuits à 28 000 euros à Paris. 28 000 euros la nuit, ça rapporte combien à la mairie ? Oui, 4 euros à la ville. 4 euros. Ce qui est ridicule, vous avez des pays et des villes, par exemple, à Berlin, c'est 5% du prix de la chambre d'hôtel, à Amsterdam, c'est 7%. À New York, vous avez jusqu'à 15%.
Nous, nous demandons quand même que l'investissement que nous faisons, le fait que, et tant mieux, le secteur touristique, le secteur des hôtels, restaurants, vont très très bien s'en sortir pendant cette période des Jeux, parce qu'il va y avoir de la fréquentation, et bien qu'il y ait un retour légitime sur les collectivités, la ville, la région, qui ont investi massivement. Ça ne doit pas être porté essentiellement et intégralement par les Parisiens. Mais il y a peut-être un point, si vous permettez, sur lequel nous ne sommes pas prêts, et je voudrais insister là-dessus, c'est quand même la place des personnes sans domicile fixe.
Moi, je ne peux pas me satisfaire de la petite musique qui consiste à dire pour les Jeux de Paris...
Aujourd'hui, de les relocaliser,
de les transporter dans d'autres villes qui peuvent les accueillir. Absolument, et j'ai dit au président de la République la semaine dernière, puisqu'il avait réuni un comité olympique autour de lui, je lui ai dit sur ce sujet-là, je propose que dans l'année qui vient, nous puissions travailler ensemble pour, comme nous le faisons en matière écologique, créer aussi un héritage de solidarité, que nous mettions en place des systèmes beaucoup plus pérennes sur l'hébergement d'urgence des personnes à la rue, parce qu'il faut trouver des solutions, on ne va pas les trouver dans l'urgence, il faut vraiment que notre pays prenne ce sujet à bras-le-corps.
J'y suis prête, et j'espère que le gouvernement
suivra évidemment. Appel lancé à Emmanuel Macron, puisque vous évoquez le président il y a deux ans, il s'était émissé dans les négociations contre Kylian Mbappé et son club, le PSG, en disant à la star du PSG, je veux que tu restes, tu es tellement important pour le pays. Il se trouve qu'il y a une offre actuellement des Saoudiens qui sont prêts à faire jouer Kylian Mbappé dans leur club, à Hillel, pour 300 millions d'euros. Est-ce qu'il faut, coûte que coûte, garder Kylian Mbappé à Paris ? Ça, c'est une question
qui est posée au PSG. Est-ce que vous le souhaitez ? Je ne comprends pas du tout à quoi joue le PSG. Ils ont le meilleur joueur du monde. Kylian, c'est le meilleur joueur du monde.
Il lui demande de s'engager au-delà de l'année supplémentaire.
Ou alors, ils sont prêts à ne pas le faire jouer. J'avoue que je ne comprends rien. Mais évidemment, que Kylian est un joueur extraordinaire.
Il faut le garder à Paris.
Moi, j'aimerais le garder à Paris. Je crois que c'était aussi sa volonté de rester le plus longtemps possible à Paris. Donc, la question, c'est plutôt
à quoi jouer le PSG ? Question posée au PSG. On la relaiera. Merci Anne Hidalgo. Il est bientôt 8h53 sur RMC et BFM TV, maire de Paris. Merci d'être venu à ce micro ce matin. Bonne journée à tous. Merci.
Merci Néla. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Dans un court instant, on va évidemment revenir sur la polémique et la fronde des policiers qui ne faiblit pas malgré les propos polémiques du directeur de la police nationale qui a ulcéré les magistrats.
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Anne Hidalgo