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interviewLe Média — Podcasts· 19 octobre 2022 18 min

Reprise en main : la lutte des classes au cinéma | Gilles Perret

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Après plusieurs films documentaires au succès croissant comme Les Jours Heureux en 2013 qui retrace la jeunesse du CNR, La Sociale en 2016 sur la sécurité sociale bâtie par Ambroise Croizat ou encore le plus récent Debout les Femmes en 2021, corralisé avec le député François Ruffin sur le parcours d'un rapport sur les métiers du lien, Gilles Perret nous livre avec reprise en main sa première fiction. Le film sort en salle mercredi la semaine prochaine, le 19 octobre. On regarde tout de suite la bande-annonce et on se retrouve juste après en tête à tête avec le réalisateur.

0:29
Invité

On verra bien qu'ils se décident à la changer cette putain de machine. Ils vont vendre Cédric. Serait un fonds de pension anglais ou américain. Apollo est prêt à signer pour 60 millions. C'est super. Apollo c'est les pires non ? Et toi ? Toi ça te fait rien de te faire du fric sur la vie des ouvriers ? Non mais attends. Tu as choisi ton compte toi hein. Berthier va être acheté par Deschambonnières. Moi je ne peux pas laisser faire ça. Et pour ça j'ai besoin de mots. On va monter notre propre fonds d'investissement. Donc toi tu es financier maintenant. Tu as bien l'allure avec les choses de marche.

1:06
Locuteur

Merde !

1:07
Invité

Le projet Verti prend l'eau.

1:09
Présentateur

Ah bah il est en forme le conseil d'administration.

1:12
Invité

Et pour ça on a juste besoin d'une petite mise de départ de 5 millions.

1:15
Présentateur

5 millions.

1:16
Invité

Ah bien tout à fait. Bientôt merci. Au revoir. Si vous réussissez à l'avoir à 45 millions. C'est le coup du siècle. Attends mais qui se t'aille gagner toi ? Le frisson.

1:28
Présentateur

Vous avez un concurrent ? Très bien. Vous montrez que vous êtes les meilleurs.

1:32
Invité

On peut s'effondrer. Mais ça vous iriez pas sans moi hein. Oui parce que je suis moi-même du serraï. Donc si tu veux jeûner en cette coche je pense qu'il va falloir t'endurcir un petit peu. Mais on va les niquer. Non les gars mais on va se planter. Toi t'aurais pu te battre. T'aurais pu sauver tout le monde et t'as rien fait. Je veux faire ce que la merde. Arrête ! Ça veut dire qu'on ne peut pas se permettre de travailler par amour de l'humanité.

2:00
Présentateur

Emma rejoint sur le plateau Gilles Perret et l'histoire du film qu'on vient de voir. L'abondance à l'instant. Bonsoir. Bonsoir.

2:10
François Ruffin

Comment tu vas ? Bien bien bien.

2:12
Présentateur

Alors c'est toi on ne va pas faire semblant de pas se connaître.

2:14
François Ruffin

Oui oui on vient de Haute-Savoie tous les deux forcément.

2:17
Présentateur

Et en plus c'est là où se passe ce film. On va en parler. Alors en parlant du film puisque c'est pour ça que tu es là ce soir. J'ai eu la chance de le découvrir lors d'une avant-première en juin dernier à Paris avec l'équipe du film. Avec un public comment dire acquis à la cause quand même un petit peu détendu. Enfin dans ce sens là. Alors celle la cause je disais celle des travailleurs et travailleuses qui dans ce film se liguent un petit peu contre les personnes qui veulent racheter le grand capital. Appelons-le peut-être comme ça. Ma première question c'est celle-ci. Est-ce qu'on peut dire que ce film est un film de gauche ?

2:46
François Ruffin

Allez les plus dans le plat. Bon en tout cas j'espère que si la gauche telle qu'on l'entend véhicule des valeurs de solidarité. De montrer que c'est ensemble qu'on fait les choses comme il faut. Et qu'on veut répartir le fruit du travail un petit peu plus de manière plus juste. Oui c'est un film de gauche. Parce que le projet de ses copains d'école et de Cédric qui est un ouvrier dans cette usine de décolletage. Qui est de la mécanique de précision au Haute-Savoie. C'est quand ils voient qu'ils vont être rachetés une deuxième fois par un fonds d'investissement. Et que ça met déjà le bazar dans leur boîte. C'est de se grouper et de se déguiser en financier.

De monter leurs propres fonds d'investissement. Et d'utiliser les outils de la finance pour les retourner contre elles. Et donc du coup de se réapproprier l'outil de travail. Et donc j'espère que dans leur projet ils vont réussir à mieux partager les richesses. Et puis d'instaurer dans la boîte des rapports sociaux plus égalitaires on va dire. Donc peut-être qu'on peut dire que c'est un film de gauche à ce moment-là.

3:41
Présentateur

Justement tu as un objectif j'imagine avec ce film-là. Les messages à passer sont peut-être ces valeurs que tu décris là. Est-ce que c'est le premier objectif ? Ou alors c'est une aventure cinématographique de plus ?

3:52
François Ruffin

Non bah déjà j'ai fait un film. Enfin on a fait un film. C'était quand même le premier objectif. C'est-à-dire que... C'était faire un film. Le premier objectif c'est ça. Non mais déjà je veux dire si on va au cinéma. C'est pas quand même pour donner des leçons de gauchisme. Je sais pas trop quoi. Il n'y a pas une tirade politicienne ou syndicale dans le film. C'est chiant. Et c'est vrai que pour les films en général que je fais. Ceux que je fais seul ou ceux que je fais avec François. On évite le discours. Et donc du coup quand je dis qu'on fait un film. C'est que cette histoire-là qui paraît très théorique quand on en parle comme ça. C'est emballé par de l'émotion. Par du rire.

Par des larmes. Et par une belle histoire d'amitié. Donc voilà. C'est pour ça que je dis que c'est un film. Après je sais pas si le rire est une valeur de gauche. Faudrait peut-être qu'elle le soit un peu plus. Pour embarquer. Et puis pour donner un petit peu envie aux gens de relever la tête. Et d'avoir un petit peu de bonheur et d'énergie. Comme lorsqu'ils sortent du film.

4:41
Présentateur

Enfin je crois. C'est l'objet d'un film. Souvent au cinéma on y va pour se divertir. Et justement la question suivante c'est celle-ci. Parce que ton parcours on le connaît quand même. Pour ceux qui ne le connaissent pas. J'invite les personnes à les découvrir. Tu es. J'allais dire avant tout. Tu me diras peut-être le contraire. Un réalisateur de documentaires. Jusqu'alors que c'est ce que tu faisais. Même si ça n'était pas moins des films de cinéma. Tu étais jusqu'à réaliser un film d'Ocu sur le candidat Mélenchon en 2017. Puis tu l'as dit toi-même à l'instant. Donc deux films plus récents avec le député François Ruffin. Penses-tu attirer un autre public.

Que celui qui connaisse ces personnages politiques là. Plus public moins initié. Moins politisé. Plus large. Avec ce film de fiction.

5:17
François Ruffin

Oui oui. Je ne suis pas sûr que ce soit une question de film de fiction. Mais en tout cas le constat est là. C'est que ça fait un mois que tous les soirs on est dans un cinéma différent. Pour présenter le film en avant-première. Et effectivement à chaque fois on fait un peu le test pour voir qui est là dans la salle. Et il y a des gens qui n'ont jamais vu aucun de mes films. Donc oui le public s'élargit un peu. Or c'est le but. Et puis en même temps il y a un peu de satisfaction. C'est vrai que moi j'aime bien aussi faire des films qui servent à quelque chose. C'est-à-dire que ce soit support. Enfin je ne dis pas que les films des autres ne servent à rien.

Parce qu'un film d'amour peut servir à quelque chose. Ce n'est pas la question. Mais en tout cas qui servent au débat. Et donc dans ce film. En attirant un public différent. Je pense qu'ils vont être sensibilisés aussi à des problématiques. Notamment ce rachat par des financiers. Par des méthodes de LBO. Et qu'ils vont apprendre des choses. Mais sans s'emmerder en gros. C'est un film militant quand même.

6:05
Présentateur

Vu que tu dis toi-même que ça doit servir à quelque chose. Ils militent peut-être pour...

6:08
François Ruffin

En tout cas ils militent pour... C'est des tickets après. Pour connaître le monde qui nous entoure. Moi j'ai toujours du mal avec le film militant. Parce qu'en général. Ici aux médias la question ne se pose pas. Mais en général quand on m'interview dans d'autres médias. On dit on reçoit le réalisateur militant. Et ça moi ça me saoule. Parce que je veux dire. Je fais déjà des films. Et on ne dit pas ça à d'autres réalisateurs. Qui montrent leurs copains bobos parisiens. Qui font des dîners. Des brunchs. Enfin je ne sais pas quoi. Moi ce n'est pas mon monde. Et qui tournent dans leurs appartements parisiens. Voilà. Donc on ne dit pas qu'ils sont militants. Pour la cause des bobos parisiens.

Qui font des brunchs. Et qui boivent du bon vin. Dans des grands verres. Avec des hanties. Voilà. Donc c'est pour ça que le terme militant est souvent employé. En tout cas. De façon péjorative. Ou pour discréditer un peu. Le côté cinématographique des films. En pensant. Bah voilà. Ça va être un film. On va t'apprendre ce qu'il faut penser. Etc. Donc voilà.

7:02
Présentateur

Ce n'est pas le cas. Alors justement. Dans Reprise en main. La différence. Donc on dit là que c'est une fiction. Mais il y a. Alors. Par exemple du casting. Il y a quand même du beau monde dans ce casting là. Et une tête qui sort du lot. Évidemment. Pierre Deladonchamp. Cet acteur. Césarisé en 2014. Meilleur espoir masculin pour l'inconnu du lac. D'Alain Guéraudy. Mais aussi nominé en 2017. Pour le César du meilleur acteur dans l'office de Jean. De Philippe Léauré. Alors ma question c'est comment et pourquoi tu as choisi Pierre Deladonchamp pour ton film ? Comment tu as choisi ?

7:33
François Ruffin

Déjà. Bah Pierre a le premier rôle. Pour ce premier rôle. Celui de Cédric. Ouais. Celui de Cédric. Donc il joue. Et c'est vrai qu'il faut rendre hommage à tout le casting. Parce que c'est quand même un film de bande. Bien sûr. Avec Laetitia Doge. Avec Grégory Montel. Vincent Deniard. Finégan Oldfield. Il y a même Refus. Il y a même Jacques Bonafé. Voilà. Et ils sont tous chouettes dans le rôle. Et puis Pierre. Bah en fait on l'a. Tout simplement. On a fait. Nous on n'était pas parti sur un casting aussi prestigieux. Au départ. En écrivant. Parce que le film ça fait 6-7 ans qu'on l'écrit avec Marion Richou. Ma compagne.

Et quand en fait ça a pris des proportions importantes avec les producteurs etc. Bah ils ont dit non mais il n'y a pas de raison. On va aller taper dans du casting costaud. Et donc dans les premiers rôles masculins 40 ans. Et bah on est tombé sur Pierre Deladonchamp. Donc par ailleurs on connaissait sur d'autres. Dans un autre registre. Peut-être des rôles plus cérébraux. Et moins. Moins. Moins physiques que cet ouvrier qui fait de l'escalade etc. Et puis bah Pierre a lu le scénario. Et tout de suite après il a appelé son agent en disant. Mais ce rôle est pour moi. On s'est tout de suite appelé dans l'heure qu'a suivi. Et puis on est allé chez lui. Et puis on a mangé chez lui.

Et puis il a porté ce rôle magnifiquement. Voilà. Et avec bonheur. Ça collait tout de suite. Ouais ouais. De toute façon je veux dire. Sur ce film là c'est un film de bande. Et moi je tenais absolument à avoir une équipe. Où ça match tout de suite. L'équipe technique ça s'est pas fait. On a pas pris des cadeaux hors du cinéma. Pour dire ouais on fait du cinéma machin et tout. On a pris des gens qui sont venus sur le projet. Et puis avec qui on est. Ça veut dire quoi film de bande ? Alors que comment tu. Bah moi je. C'est un film de bande. J'avais envie que tout le monde ait envie de porter cette idée du film. Et qu'il y ait une belle dynamique. Et je crois que ça se sent à l'écran.

Parce que je conçois pas mon métier. Pour me dire ouais je suis réalisateur. J'ai fait mon film. Et tout le monde doit suivre derrière. C'est pas. Enfin en tout cas c'est pas comme ça que je conçois mon métier. C'est une réalisation participative. Ouais c'est participatif. Mais c'est aussi qu'on travaille dans une bonne ambiance. Et que les gens aient envie de porter les mêmes idées. Donc c'est pour ça que le casting au niveau des comédiens. Comme l'équipe technique. Tout ça ça a bien marché ensemble. On logeait dans le même hôtel. On a fait vraiment une belle équipe. Et pour moi c'était. Ça faisait partie un peu du cahier des charges. Si tu veux pas faire partie de la bande.

Bah tu viens pas. Voilà c'était un peu ça. Et puis il fallait être un peu cohérent aussi. Avec le discours qui était porté dans le film. Qui est plutôt une bataille de copains. Et comme on disait tout à l'heure. Oui une équipe.

9:55
Présentateur

Cédric il fait pas tout seul. Alors justement. Allons plus profondément dans le scénario. Sans spoiler. C'est difficile. Parce que sans spoiler. La trahison. Enfin tout au moins c'est ce que j'ai ressenti moi. La trahison a une place assez particulière dans le film. Je vais m'expliquer. Sur fond d'un pas du gain. Il y a deux rôles de mémoire qui cèdent un peu. Enfin il y a des gens. L'argent est au centre du film. Est-ce que pour toi. On a tous un prix. Est-ce que nos convictions humanistes. Nos justices sont condamnées. A couler sous l'argent. Si la somme est importante. Ou alors. Où il y a de l'espoir dans tout ça.

10:29
François Ruffin

En tout cas. Le film démontre le contraire. C'est sûr que l'argent est. En fait. Excuse moi de répondre un peu à côté de ta question. C'est pas l'argent qui me pose problème. C'est la finance.

10:40
Présentateur

Par argent j'aurais pu dire finance. Oui.

10:42
François Ruffin

On a un triste souvenir d'un personnage qui disait. Mon ennemi c'est la finance. Mais moi vraiment. Moi j'y crois. Vous voyez de qui je parle. Bien sûr. Frère Hollande. Donc moi mon ennemi c'est la finance. Je reprends aisément à mon compte. Et donc en fait je pense que c'est ça le problème auquel il va falloir s'attaquer. Et quand on s'attaque à la finance. On s'attaque pas qu'au monde de l'argent. On restaure de l'égalité sociale. Mais on restaure aussi des conditions environnementales meilleures. Parce qu'en fait cette finance finalement. Elle a dicté le rythme. Dans les entreprises. Elle a dicté leur politique. Pour cette chasse au coup de la main d'oeuvre. Comme ils disent.

Pour faire bouger les gens de partout. Faire déplacer les matières de partout. Cette mondialisation heureuse. Entre guillemets. Et donc du coup c'est la finance qui impose ça. Et qui impose aussi le rythme. Sur les taux de rendement qui doivent être rapides et tout ça. Et ça impose le rendement sur l'ensemble de la planète. Donc ça a des conséquences sociales dramatiques. Ça je vous apprends rien. Mais ça entraîne aussi des conséquences environnementales dramatiques aussi. Donc tant qu'on ne prendra pas des décisions pour réguler cette finance. Et qu'on laissera faire ces mécanismes qu'on décrit dans le film. Qui s'appelle par exemple les LBO.

Et bien je ne suis pas très optimiste sur l'avenir de la société. Mais on a connu des périodes dans l'histoire. Où on a osé s'affronter à des fléaux comme ça. A tous ces profiteurs et tous ces assistés qui sont les gens de la finance. Et ça a plutôt payé. Quand on s'est organisé collectivement. Donc ça ne veut pas dire qu'ils vont continuer de piller l'ensemble des richesses sur la totalité de la planète. Comme ça sans qu'à un moment donné il y ait des barrages.

12:15
Présentateur

Bon il y a quand même une marche malheureusement. Et un sens de l'histoire qui ne nous plaît pas. Mais on verra peut-être à ça plus tard. L'intrigue de ce film se déroule chez toi. Je pourrais dire même chez nous. En Haute-Savoie. Alors entre Sonziers, Bussi évidemment. Et Genève en Suisse voisine. C'est la même région finalement. Un peu leur décor idéal. Genève pour les scènes avec de la finance et les négociations. Puisque la ville est connue pour son quartier des banques. Alors tu aurais pu très bien choisir le nord-est aussi. Avec Thionville, Luxembourg. Pourquoi avoir choisi la Haute-Savoie ?

12:46
François Ruffin

Parce que moi j'ai pour habitude sur mes films de partir du territoire que je connais bien. Et moi là j'étais à l'aise. C'est-à-dire que ce que vous allez voir dans le film. Les falaises, c'est des falaises que j'ai escaladées. Les bistrots, c'est là où on est allé boire des coups. Les usines, j'ai installé des machines dedans. Parce qu'avant de faire du cinéma, j'avais un métier plus industriel on va dire. Les ateliers, je les ai côtoyés. Donc en fait on a tourné chez nous. Parce que moi déjà c'est très rassurant pour une première fiction de tourner dans les milieux qu'on connaît. Mais en plus je suis sûr que je ne me trompe pas. Et en plus je n'ai pas le droit de me tromper.

Oui, il y a une part d'affect. On sait que c'est important pour toi ? Bien sûr. Et puis je ne me trompe pas. C'est-à-dire que, et je n'ai pas le droit de me tromper surtout. C'est-à-dire que si je raconte des bêtises ou si, il n'y a pas, toute cette histoire-là, elle est quand même très très imprégnée de mon histoire personnelle. Mais aussi des histoires de copains, des choses comme ça. Même sur la gestuelle, sur le vocabulaire, sur la façon d'être. Je suis sûr d'être juste. Et ça, si je n'étais pas juste, un réalisateur qui va s'installer n'importe où pour faire un film, il s'en fout. Mais moi, j'ai quand même toutes les chances de les croiser le lendemain matin, ces gens.

Parce que ce sont mes voisins qui sont dedans.

13:51
Présentateur

C'est en réalité, la tienne tout le monde.

13:54
François Ruffin

Oui, mais moi, je revendique ça. C'est une fiction, mais qui est inspirée de personnages et de faits réels à fond. Et avec un scénario sur cette reprise par ce fonds d'investissement que les salariés montent, qui a été validé par des financiers. Un scénario qui a été réfléchi pendant très très longtemps. Parce que tu veux dire que c'est du coup réaliste.

14:15
Présentateur

Parce que c'est le seul truc. Une des critiques que je pourrais faire au film aussi, c'est qu'on pourrait faire. On dit OK, sans spoiler encore une fois, ils font, etc. Mais on assiste à des travailleurs et travailleuses qui ne connaissent rien à ce monde-là. Et qui en a un coup de cuir à peau. Mais c'est aussi le cinéma. C'est un film qui ne dure pas 4 heures, mais une heure et demie. Il y a des choix, j'imagine, de scénarios. De finalement s'en sortir ou pas. On rêvons sans imaginer comment ça se déroule. Est-ce que ça peut se réaliser dans la vraie vie ? Est-ce que les gens peuvent vraiment reprendre leur entreprise ?

14:43
François Ruffin

Oui, c'était pareil. On a beaucoup travaillé pour que le scénario soit réaliste. Il l'est. Donc en fait, on a même travaillé avec des financiers suisses, Genevois. Il y a des financiers qui sont venus voir ce film aussi parmi le public qu'il a vu en avant-première. qui valide le fait de la réalité des choses. Donc voilà. Mais après, si à partir du 19 octobre, quand le film va sortir partout en France, si notre idée de scénario se généralise sur l'ensemble des territoires, j'en serais le plus heureux.

15:12
Présentateur

Alors dernière question, dernière remarque. Au même temps, je t'ai découvert moi un peu tard, en 2013, avec Les Jours Heureux. Mais surtout avec La Sociale en 2016. D'ailleurs, un film que je vous conseille de voir absolument. Il faut qu'il nous regardait. Il devrait être vu par tout le monde avant tout débat sur la sécu. Tu ne diras pas le contraire. Alors aujourd'hui, tu opères un virage cinématographique artistique, si je puis dire, vraiment à 180 degrés avec les artistes de la fiction. Comment cette évolution artistique-là, j'insiste sur le mot, se déroule dans ta tête ? Comment ça s'opère ? Et comment tu vois ton avenir sur ce terrain ? Est-ce que tu vas revenir après au docu ?

Est-ce que tu vas jongler avec les deux, tenter autre chose ?

15:43
François Ruffin

Oui, je vais déjà répondre à la deuxième partie de la question. Moi, j'ai beaucoup apprécié cette expérience de fiction. Il se trouve que le film plaît et convainc nos producteurs-distributeurs qui nous suivent sur le prochain projet. Donc ça, c'est déjà beaucoup de chance. Même, ils nous tentent des perches. Donc c'est pas mal. Et je vais continuer de faire des docu. parce que je pense qu'il y a des sujets qui méritent d'être traités en documentaire et d'autres qui méritent d'être traités en fiction. Après, ce passage à la fiction, c'est pas tout de suite une envie. Je sais pas, ce serait plus prestigieux de faire de la fiction que du documentaire. Moi, je mets pas ça sur un piédestal.

Mais c'est juste qu'à un moment donné, ça permettait de faire autre chose sur un sujet que je connais bien. C'est le système de LBO. Je vous laisse chercher ce que ça veut dire. Et le monde ouvrier, moi, je viens de là. Mes parents ont travaillé dans ces usines. Moi, j'y ai travaillé. Mes origines sociales, elles sont là. Et donc, du coup, je suis à l'aise pour parler de ça. Et aussi d'écrire un scénario avec une liberté totale. Et ça, c'est quand même la grosse différence avec la fiction. Il y a un côté presque plus facile. Parce que du coup, tu peux écrire et tu peux te lâcher. Et tu peux inventer des histoires. Et après, ça empêche pas de s'inspirer du réel.

Mais des fois, en documentaire, c'est même plus difficile. Parce que tu sais que tu travailles avec des gens que tu connais, que tu as rencontrés avant. Tu sais ce qu'ils sont capables de te dire. Tu sais quelles émotions ils sont capables de mettre. Puis des fois, tu tournes en docu. Puis ça se passe pas tout à fait comme tu voudrais. Tu te dis, merde, mais il l'est pas. Parce qu'en fait, des fois, les gens, ils collent un peu à un discours qu'ils ont entendu à la télé et qui correspond à leur classe sociale et tout ça. Et tu te dis, non, il l'est pas ou elle n'est pas ce qu'elle est dans la réalité. Et donc, c'est dommage. Et des fois, c'est plus difficile en docu d'avoir ce que tu veux.

Il faut revenir par des billets détournés et tout ça pour arriver à voir des choses. Il y a du cinéma où on demande quelque chose. Et là, écoute, tu écris une ligne de dialogue. Tu prends des acteurs plutôt bons. Et puis normalement, ça devrait bien se passer.

17:31
Présentateur

Merci beaucoup, Gilles, d'avoir accepté mon émission. Merci pour l'accueil.

17:34
François Ruffin

C'est toujours un plaisir.

17:35
Présentateur

Toujours, bien évidemment. Alors, on souhaite une longue et belle vie au film qui a commencé. Sa vie a déjà commencé, comme tu l'as dit. Et qui s'avent en première, le 19 octobre prochain. Chers auditeurs du Média, vous aimez nous écouter ? Vous êtes la garantie de notre liberté et de notre indépendance. Et nous avons besoin de vous pour continuer. Devenez sociaux et abonnez-vous sur lemediatv.fr. slash soutien.

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