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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 27 mai 2021 24 min

Bruno Le Maire : "Je propose que les soldes soient décalés au 30 juin"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie, des finances et de la relance. Questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Depuis une semaine et la première phase de déconfinement, les commerces, les lieux de culture et les terrasses ont rouvert. On a pu renouer avec un semblant de vie normale, même si jusqu'à aujourd'hui à Paris, la météo ressemblait plus à la Toussaint qu'à celle d'un joli mois de mai. Vous avez déclaré il y a quelques jours que nous Français surprendrons les Européens par notre croissance.

La France a une économie solide. Dites-nous Bruno Le Maire sur quoi se fonde cet optimisme. On a connu des revers avec cette épidémie, des rebonds. Ne faudrait-il pas être nettement plus prudent ?

0:49
Bruno Le Maire

Je reste prudent puisque nous n'avons pas révisé notre prévision de croissance, que nous maintenons à 5%, alors même que la Commission européenne, par exemple, nous place en tête des pays de la zone euro avec l'Espagne avec 5,7% de croissance. Donc je reste prudent. Mais les indicateurs sont très bien orientés. L'investissement des entreprises redémarre. La confiance des entrepreneurs est à son plus haut depuis le début de la crise. Quand vous prenez les chiffres de consommation, prenez juste l'habillement. Au cours des derniers jours de la semaine passée, nous avons eu une augmentation de 90% des dépenses d'habillement par rapport à la même période de 2019.

Donc oui, l'économie française redémarre. Elle redémarre vite. Elle redémarre fort. Parce que France Relance se déploie très bien. Les 100 milliards d'euros du plan de relance se déploient très bien. On a déjà dépensé plus d'un tiers. Donc c'est considérable. Nous sommes allés vite dans le décaissement de la relance et nous continuerons à avancer vite. La deuxième raison, c'est évidemment que nous avons fait tout le travail nécessaire avec le Président de la République depuis 2017 pour avoir un environnement économique attractif. Notamment les réformes fiscales, les baisses d'impôts qui poussent à la consommation et qui soutiennent les entreprises.

Et puis la troisième raison pour laquelle le redémarrage aujourd'hui est puissant, c'est que nous avons protégé...

2:06
Invité

C'est que les Français ont envie de consommer.

2:07
Bruno Le Maire

Alors ça, ça joue évidemment beaucoup. Mais je crois que ce qui joue le plus, c'est que pendant plus d'un an, nous avons protégé les salariés, les compétences, les savoir-faire. Car les entreprises ont tout ça été sous cocon, mais prêts à redémarrer, parce qu'il n'y a pas eu de destruction massive, ni d'emplois, ni d'entreprises.

2:22
Invité

Mais alors, est-ce que vous avez joué les cassandres l'année dernière, Bruno Le Maire ? Vous disiez encore, il y a quelques mois, qu'on vivait la pire crise depuis 1929. La pire crise est déjà terminée ? Est-ce que vous regrettez un excès de pessimisme il y a six mois, quand aujourd'hui vous nous dites qu'en fait la crise est quasiment terminée ?

2:39
Bruno Le Maire

Je m'en tiens aux faits qui sont, comme disait un autre responsable politique, têtus. Les faits, c'est que nous avons enregistré en 2020 un chiffre de récession qui est le plus important depuis la Deuxième Guerre mondiale et que comparable à ce qui s'était passé en 1929. C'est-à-dire un choc sur l'économie réelle d'une gravité qui n'a pas d'équivalent dans notre histoire récente. Mais ce qui n'a pas d'équivalent non plus dans notre histoire récente, c'est la force de la protection économique que nous avons apportée.

C'est le fonds de solidarité pour les petites entreprises, c'est l'activité partielle pour les salariés, c'est les prêts garantis par l'État pour les plus grandes entreprises, c'est les exonérations de charges. Nous avons apporté un soutien massif à l'économie. Et c'est la première fois en fait dans l'histoire européenne, quand vous regardez les décennies passées, que collectivement, nous prenons cette décision de dépenser des dizaines de milliards d'euros pour protéger l'économie.

Et à l'heure où je vous parle, ce qui est, je crois, le plus important à dire, c'est que ce choix économique stratégique qui a été fait par la France, par tous les autres États européens, c'était le juste choix, le seul choix responsable et c'est celui qui nous permet de redémarrer.

3:50
Invité

Donc la crise est terminée ?

3:51
Bruno Le Maire

Donc la crise aujourd'hui est en train de passer derrière nous, avec une seule réserve qui justifie ma prudence, c'est que ça dépend de la montée en puissance de la vaccination, et je voudrais une nouvelle fois appeler chacun à se faire vacciner, parce que la seule difficulté que nous puissions avoir devant nous, c'est une reprise de la pandémie à l'automne, je ne suis pas spécialiste de cette question, mais si je me refuse à réviser la croissance à 5% pour 2021, c'est qu'il reste encore cet inconnu de la rentrée de 2021, donc je voudrais appeler chacun à continuer à respecter les gestes barrières et à se vacciner.

4:25
Présentateur

Bruno Le Maire, un mot encore, puisqu'on parle de consommation, à quelle date auront lieu les soldes d'été ? Avez-vous aujourd'hui une date à nous donner ? Ça a été tranché ?

4:33
Bruno Le Maire

On a beaucoup échangé avec Alain Griset, le ministre en charge des PME, avec les représentants des commerçants, avec les grandes enseignes, alors je sais que beaucoup de petits commerces disent qu'il faut retarder les soldes. Ce que je constate, c'est que...

4:45
Invité

Aujourd'hui, elles sont prévues au 23 juin.

4:47
Bruno Le Maire

Elles sont prévues au 23 juin. L'année dernière, on les avait repoussées à la mi-juillet. Le résultat n'avait pas été probant. Donc je pense qu'il est plus sage, surtout au regard du regain de consommation actuel, de ne pas décaler exagérément la date des soldes. Elles étaient prévues le 23 juin. Je propose qu'elles soient décalées au 30 juin. Alain Griset confirmera cette date dans les prochains jours, mais il me semble qu'il ne faut pas trop les décaler pour profiter justement de ce rebond de la consommation des Français.

5:13
Invité

Les soldes auront lieu donc le 30 juin, que les soldes d'été commenceront le 30 juin prochain. La consommation repart donc, vous nous le dites, vous êtes confiant sur le fait de dire qu'elle sera durable. Est-ce pour cette raison que vous abandonnez l'idée que vous évoquiez encore il y a quelques semaines quand vous étiez là, de faciliter les donations du vivant, que les grands-pères, que les pères, que les mères, que les grands-mères puissent donner de l'argent aux jeunes ? Est-ce que cette idée est définitivement abandonnée ? Est-ce qu'elle était politiquement inassumable ? Où vous en êtes de ça ?

5:43
Bruno Le Maire

Non, elle est écartée pour le moment. Ce n'est pas une question politique, c'est d'abord une question économique. Je regarde la réalité de la situation, et comme je le fais depuis le début de la crise, j'adapte nos décisions à la réalité de la situation économique. Quelle était notre crainte il y a un peu plus de deux mois ? C'était que la surépargne des Français, très importante, plus de 160 milliards d'euros, ne soit pas dépensée. Et que les Français, au moment du déconfinement, adoptent une attitude très prudente en matière de consommation. Ce n'est pas le cas.

Au contraire, et tant mieux, ils consomment, ils sortent, ils retrouvent le goût à la vie normale, et nous tous, je pense que nous avons la même attitude, nous sommes heureux de ce retour à la vie normale. Donc il n'y a pas de raison dans ces circonstances-là, d'aller plus loin que ceux qui existent. Mais je veux rappeler le dispositif qui existe. Aujourd'hui, des grands-parents peuvent jusqu'à hauteur de 35 000 euros, donner de l'argent à leurs petits-enfants. Je les invite à le faire, parce que ça soutiendra leurs petits-enfants, et ça soutiendra les jeunes. Les parents peuvent faire la même chose, à raison de 100 000 euros par enfant, sans aucune taxe, sans aucune impôt.

Je les invite à le faire également. Non seulement ça soutiendra la consommation, mais ça aidera les jeunes qui ont été, selon moi, les plus frappés par cette crise économique et cette crise sanitaire.

6:56
Présentateur

On entend la tonalité optimiste de vos propos ce matin, Bruno Le Maire, mais vous présentez tout de même un budget rectificatif qui comprend 15 milliards d'euros de nouvelles aides ciblées. C'est beaucoup d'argent, moins que les 100 milliards déjà débloqués au cœur de la crise sanitaire. Est-ce qu'on pourrait dire que c'est un budget d'atterrissage, un budget qui conduit vers la fin du quoi qu'il en coûte ?

7:18
Bruno Le Maire

Oui, c'est le bon mot. C'est effectivement un projet de loi de finances de transition qui doit nous faire passer de la période de crise économique et de protection totale à un retour à la vie économique normale. Et dans la vie économique normale, les entreprises fonctionnent sans le soutien de l'État. L'économie française n'a pas vocation à être placée en permanence sous perfusion. Et à un moment donné, il faut sortir du quoi qu'il en coûte. Quand ? Nous sommes arrivés à ce moment et nous le faisons. Nous sommes arrivés à ce moment de la sortie du quoi qu'il en coûte. Mais nous le faisons progressivement.

Tout simplement parce que certains secteurs continuent à rencontrer des vraies difficultés. Certains secteurs redémarrent et ont besoin de cet accompagnement financier. Un restaurant qui rouvre, il faut qu'il puisse embaucher. Donc on maintient le paiement d'une partie des charges pour l'État. Il faut qu'il fasse des achats de fournitures. Donc on maintient le fonds de solidarité. On sait qu'il va ouvrir avec des jauges qui vont être plus réduites. Il va ouvrir d'abord qu'en terrasse. Donc on prend en compte cette perte de chiffre d'affaires. Mais d'ici la fin du mois d'août, nous ferons un point définitif sur la situation du monde économique.

Et nous verrons quelles sont les toutes dernières aides qu'il faudra maintenir.

8:27
Invité

Donc en septembre, probablement, ce sera la fin définitive du quoi qu'il en coûte, à part quelques exceptions, c'est ça ?

8:33
Bruno Le Maire

Nous ferons le point. Le rendez-vous, c'est la fin du mois d'août. Là aussi, j'avance étape par étape parce que si nous avons réussi à gérer cette crise économique de manière, je crois, satisfaisante pour les salariés comme pour les entrepreneurs, c'est qu'à chaque fois, nous avons fait le point, nous avons adapté les dispositifs et nous avons anticipé. D'ailleurs, je tiens à préciser que dans ce mouvement de reprise économique qui est puissant et qui est satisfaisant pour tous, il reste des points de vigilance qui étaient d'ailleurs assez inattendus. On nous a dit qu'il va y avoir des vagues de faillites.

Non, aujourd'hui, on ne les voit pas et nous anticipons des dispositifs pour prévenir ces faillites. En revanche, nous voyons deux difficultés majeures. La première, c'est le recrutement. Beaucoup de secteurs ont du mal à recruter. Le bâtiment, les travaux publics, la restauration, l'hôtellerie. Donc ça doit nous amener, avec Elisabeth Borne, à accélérer les dispositifs de formation et de qualification dans ces domaines-là. Et deuxième difficulté, le prix des matières premières. Parce que comme ça redémarre très fort, également en Chine et également aux Etats-Unis, sur beaucoup de matières premières, le bois, l'acier, l'aluminium, on voit qu'il y a des tensions qui sont fortes.

On a des questions au standard sur le sujet.

9:40
Invité

Vous le disiez, le patron du MEDEF, vous confirmez ce que dit Geoffroy Roux de Bézieux, qui pense qu'il n'y aura pas de murs de faillite, qu'il y aura des gens qui vont déposer le bilan, mais il n'y aura pas, au mois de septembre et d'octobre, des dizaines de milliers de faillites. Il n'y en aura pas ?

9:52
Bruno Le Maire

Il peut y en avoir. Et c'est bien pour cela que nous prévoyons, la semaine prochaine, d'annoncer avec le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, des dispositifs pour mieux repérer les entreprises en difficulté, les accompagner plus rapidement et restructurer leurs dettes dans des délais beaucoup plus rapides. Nous voulons traiter chaque difficulté de cette reprise. Ces périodes de transition sont toujours des périodes dédicates à gérer. Cela suppose de mettre en place des nouveaux dispositifs. Il y a cet accompagnement des entreprises en difficulté pour restructurer rapidement leurs dettes. Et puis, il y a une mesure qui est très technique, mais qui pour les entrepreneurs est très importante.

C'est le déplafonnement de ce qu'on appelle le carry-back, qui permet de reporter sur un exercice les pertes que l'on a faites au cours des exercices passés pour payer moins d'impôts. C'est un soutien très important à la trésorerie des entreprises. Il était plafonné à un million d'euros. Nous l'avons déplafonné.

10:41
Présentateur

S'il n'y a pas de mur des faillites, Bruno Le Maire, faut-il s'attendre à un taux de chômage qui dépasserait les 8,5%, c'est-à-dire son niveau à la fin du premier trimestre 2021 ?

10:52
Bruno Le Maire

Ça reste un enjeu pour moi très important et je voudrais profiter de votre antenne pour lancer un appel aux entrepreneurs, un appel aux patrons de PME, d'entreprises qui redémarrent pour celles qui le peuvent. Nous ne nous en sortirons de cette crise que collectivement, que tous ceux qui peuvent embaucher embauchent, que tous ceux qui peuvent donner un stage aux jeunes donnent un stage aux jeunes, que tous ceux qui peuvent profiter de la prime à l'apprentissage, et le font tous globalement, le fassent également.

11:19
Invité

Sur les stages, c'est un enfer pour les jeunes.

11:21
Bruno Le Maire

Mais je le sais bien où ?

11:21
Invité

Cette année, les entreprises répondent protocoles sanitaires chaque fois qu'on demande un stage. Tous les jeunes vous diront ça ?

11:28
Bruno Le Maire

Tous les jeunes me disent déjà cela, je le vois dans mon entourage, je le vois dans mon entourage familial, dans mon entourage amical, des jeunes qui sont en bac pro, qui ont 18-19 ans. Je me souviens d'une jeune fille que j'ai rencontrée il y a 3 jours, dans une réunion de famille, et qui me disait, voilà, je suis en bac pro, j'ai envoyé 100 CV pour avoir un stage, y compris à 100 km de chez moi, je n'ai pas une seule réponse. Donc j'aimerais vraiment que tous collectivement nous nous disions, il faut jouer le jeu, il faut embaucher, et il faut se poser la question de la répartition des fruits de la croissance.

Si la croissance revient, elle doit bénéficier à tous les Français, à tous les salariés, sans exception.

12:05
Présentateur

Robin est au standard. Bonjour, bienvenue.

12:08
Auditeur

Bonjour, merci de prendre ma question, ma remarque. On vous écoute. Je vous l'appelle, vous décrivez un avenir vraiment tout rose, moi je suis dans la construction, la construction bois en particulier, vous nous dites d'embaucher, nous on a des tensions qui sont délirantes sur les matières premières, notamment le bois de process, on a doublé les prix d'achat, donc là ce n'est pas de 5-10% comme on voit d'habitude, et on a des pénuries, donc moi je veux bien embaucher, je l'ai déjà fait, j'en ai un nouveau qui attaque lundi, mais en fait ça se trouve, dans trois semaines je suis au chômage technique parce que je n'ai plus de matière.

Donc voilà, déjà il me semble que vous avez déjà vu un peu le problématique, mais du coup maintenant on fait quoi ? Il faut que notamment les Américains arrêtent d'acheter nos bois, et qu'ils retournent au Canada comme ils le faisaient avant, et qu'on puisse retourner sur des prix décents avec des approvisionnements fiables.

12:55
Présentateur

Merci Robin pour cette question très précise, Bruno Le Maire vous répond.

12:59
Bruno Le Maire

Alors vous avez raison, c'est pour ça que je ne décris pas un avenir en rouge, je suis confiant en optimisme parce que c'est la réalité, mais il y a effectivement des points noirs, dont le prix des matières premières. Nous sommes en discussion avec nos partenaires américains, nous sommes en discussion avec nos partenaires européens, pour essayer d'alléger cette tension sur l'approvisionnement et sur le prix des matières premières. Moi je pense que ces tensions seront conjoncturelles, et en tout cas nous ferons en sorte qu'elles soient conjoncturelles. C'est aussi le signe que l'activité redémarre bien.

J'ajoute que pour ce que nous pouvons faire très directement, je pense en particulier aux marchés publics, je souhaite qu'il n'y ait pas de pénalité sur les marchés publics quand il y a des révisions à la hausse de ces marchés à cause du prix des matières premières.

13:41
Présentateur

Ludovic, au standard, auto-entrepreneur. Bonjour, bienvenue. Bonjour Nicolas, bonjour Léa, merci de me prendre à l'antenne.

13:48
Invité

Bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. Je souhaite vous poser une question au nom de la Fédération des auto-entrepreneurs. À compter du mois de juin, le Fonds de solidarité devrait connaître une chute brutale avec une prise en charge des pertes divisées par deux, alors que même si certains secteurs, vous l'avez dit, se relancent vite, et franchement, d'autres secteurs ont besoin d'un peu de temps pour se relancer, notamment ceux soumis à la saisonnalité. Donc ma question, ne craignez-vous pas qu'en réduisant aussi drastiquement et rapidement le soutien de l'État, beaucoup d'entreprises ne s'en relèvent pas ?

Et deuxième question, pouvons-nous espérer que la dégressivité annoncée soit décalée dans le temps pour commencer en septembre par exemple ? Autrement dit, peut-on espérer que le Fonds de solidarité perdure dans des conditions normales, au moins jusqu'à la fin de l'été, pour nous laisser le temps du redémarrage ?

14:32
Présentateur

Bien compris Ludovic. Merci pour ces deux questions. Bruno Le Maire.

14:36
Bruno Le Maire

Alors sur le Fonds de solidarité, la dégressivité, elle est déjà engagée pour juin, juillet, août. Nous prendrons en charge les pertes de chiffre d'affaires à raison de 40, 30 et 20% sur chacun des mois. Mais je rappelle pour Ludovic qu'il y a quand même une grande innovation, c'est que le Fonds de solidarité, désormais, il est ouvert, quelle que soit votre perte de chiffre d'affaires, alors que jusqu'à présent, il fallait que vous ayez perdu 50% de votre chiffre d'affaires.

Et c'est justement, Ludovic, pour accompagner des auto-entrepreneurs ou des entreprises comme les vôtres, qui n'auraient pas forcément été éligibles au Fonds de solidarité, elles vont devenir éligibles à ce Fonds de solidarité pour les accompagner dans leur redémarrage. Deuxième remarque, il peut y avoir effectivement certains secteurs, je pense à l'événementiel, les foires, les salons, il y en a très peu pendant les mois d'été, où il peut y avoir un accompagnement complémentaire nécessaire. Là aussi, on traitera chaque cas particulier en faisant du sur-mesure.

15:31
Invité

Question concrète, réponse concrète, vous avez dit que vous maintenez la croissance à 5% pour 2021, mais vous faites de nouvelles aides, les 15 milliards. A combien va se chiffrer le déficit en France cette année ? Est-ce que vous changez vos prévisions ?

15:44
Bruno Le Maire

On aura les derniers chiffres en fonction des indications de l'INSEE vendredi. Nous aurons un déficit qui sera supérieur à 9% parce que nous faisons ce choix de ne retirer les aides que progressivement, mais si nous avons une croissance forte, cela permettra de réduire le déficit rapidement dans les années qui viennent. Donc il sera autour de 10% ? Il sera au-dessus de 9%, je n'ai pas dit 10%, j'ai dit au-dessus de 9%.

16:06
Invité

Où on en est du plan de relance européen ? Il a été voté en juillet dernier, Bruno Le Maire, « Show me the money », où est l'argent ? Parce qu'il n'est toujours pas là, un an après, on n'a toujours pas reçu les 750 milliards.

16:19
Bruno Le Maire

L'oseille va arriver, ne vous inquiétez pas, l'oseille européen va arriver parce qu'avec mon homologue allemand, Olaf Scholz, nous n'avons pas cessé depuis plusieurs semaines d'inviter les autres États européens. On l'a encore fait la dernière réunion des ministres des Finances à Lisbonne la semaine dernière. Nous avons poussé tous les autres États européens à ratifier le plus vite possible la fameuse décision ressources propres. C'est celle qui permet de lever de l'argent sur les marchés, de lever de la dette sur les marchés et ensuite de redistribuer l'argent aux États européens.

Donc à l'heure où je vous parle, cette ratification qui était en train de prendre beaucoup de retard, elle est quasiment achevée, un mois plus tôt que prévu. Je pense une fois encore que l'appel que nous avons lancé avec Olaf Scholz a été efficace. La Commission européenne ensuite doit valider ses plans, je souhaite qu'elle le fasse le plus rapidement possible. Ce qui fait que si nous tenons ce calendrier grâce à l'accélération des ratifications, l'accélération de la validation par la Commission, nous pourrions disposer de l'argent européen à la fin du mois de juillet, ça veut dire près de 6 milliards d'euros pour les caisses de l'État français.

17:21
Présentateur

Et le deuxième plan de relance que semblait réclamer Emmanuel Macron, deuxième plan de relance européen, où en est-on ?

17:28
Bruno Le Maire

Le Président de la République, je crois, a toujours été très clair. La question qui se pose, ce n'est plus aujourd'hui la relance. La relance, elle est en cours. Elle marche. Et France Relance est un succès. On le voit partout sur les territoires, dans les investissements, dans la réalisation d'un certain nombre de projets. Mais la question stratégique que nous devons nous poser, c'est est-ce que nous nous satisfaisons du retour à la croissance d'avant crise ? Nous devrions y parvenir dans les premiers mois de 2022, ce qui est déjà un vrai succès et un vrai exploit. Ou est-ce que nous nous disons, mais dans le fond, l'Europe avait une croissance un peu atone avant la crise.

Il faut qu'elle profite de cette crise pour avoir une capacité de croissance plus forte que ce qu'elle avait avant la crise.

18:08
Invité

Mais ce n'est pas de plan de relance numéro 2. Ce n'est pas de deuxième plan de relance, sans langue de bois, là. Parce qu'Emmanuel Macron l'avait demandé.

18:15
Bruno Le Maire

Ce qu'a dit le Président de la République, c'est qu'il pourrait être nécessaire d'avoir de nouveaux investissements à la rentrée pour avoir un potentiel de croissance plus fort après la crise qu'avant la crise. Je partage à 100% cette idée. Je partage à 100% cette idée qu'il faut investir davantage au lendemain de la crise économique pour avoir une croissance plus forte que celle que nous avions avant la crise. Vous jouez sur les mots. Plan de relance numéro 2, enterré. Voilà, les mots sont radioactifs. Absolument pas, puisque la relance française, celle qui est déjà en cours d'exécution, c'est aussi un plan d'investissement.

18:47
Invité

Où on en est du projet de taxe mondiale sur les multinationales, lancées, relancées par Joe Biden ? Il espère les taxer à au moins 15%. La France est évidemment favorable. Mais il y a des blocages, notamment du côté de l'Irlande. Ils ne veulent pas taxer 15% minimum les multinationales. Le Royaume-Uni aussi se tâte. Pensez-vous qu'il y aura des blocages ? Pensez-vous que cette taxe aura lieu ? Et pensez-vous que 15%, c'est suffisant ?

19:13
Bruno Le Maire

Des blocages, il y en a depuis maintenant plus de 4 ans. Et ça fait plus de 4 ans que je me bats, que nous nous battons avec un certain nombre de partenaires européens pour mettre en place cette nouvelle fiscalité internationale avec une taxation des gens du numérique et une taxation minimale à l'impôt sur les sociétés pour éviter l'évasion fiscale. Nous nous battons, je le rappelle, contre les Etats-Unis de M. Trump qui nous ont bloqués systématiquement dans ce projet.

19:38
Invité

Maintenant c'est Joe Biden ?

19:39
Bruno Le Maire

Et nous avons fait preuve d'une détermination totale. Les Etats-Unis de M. Biden reviennent à la raison et se rapprochent de la position que nous avons défendue depuis maintenant plus de 4 ans. Nous sommes jeudi. Vendredi prochain, il y a un G7 à Londres. Il faut qu'au G7 de Londres, Léa Salamé, les 7 Etats qui ont les économies les plus puissantes de la planète avec l'économie chinoise, que ces 7 Etats puissent dire nous sommes d'accord sur une nouvelle taxation internationale incluant la taxation digitale et la taxation minimale. Ça donnera un élan considérable pour qu'ensuite, deuxième étape, au G20 qui aura lieu à Venise en Italie mi-juillet, on puisse enteriner aussi cet accord.

Et moi je vais vous dire, je crois à la puissance de ces signaux envoyés par les économies les plus développées de la planète. Si le G7 puis le G20 donnent leur accord à cette nouvelle taxation internationale, il y aura évidemment des résistances, elles auront du mal à tenir.

20:34
Invité

Vous pourrez forcer l'Irlande ?

20:36
Bruno Le Maire

Mais je crois au consensus international. Quand vous avez les 7 pays qui ont les économies les plus puissantes de la planète puis les 20 pays qui ont les économies les plus puissantes de la planète qui disent oui, il faut un nouveau système de taxation internationale, on peut toujours résister, je crois à l'effet d'entraînement. Et 15% c'est suffisant ? Nous nous avions proposé à l'origine 12,5%. Les Etats-Unis ont proposé 21, puis 15. Le taux est important. Et nous en discuterons au G7 la semaine prochaine. C'est ouvert donc encore.

Mais le plus important, c'est que nous soyons tous d'accord pour dire les géants du digital, les Google, les Amazon, les Facebook, les Microsoft qui font des profits considérables doivent être taxés comme les autres entreprises du reste du monde. Ce qui est vital, c'est qu'on puisse dire nous refusons le dumping fiscal, nous ne voulons pas d'évasion fiscale, et nous ne voulons pas qu'une grande multinationale qui fait ses profits en France, les délocalise en Irlande ou ailleurs pour échapper à l'impôt en France. C'est ces deux principes-là qui sont fondamentaux. Les taux sont importants, mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important.

21:38
Présentateur

Fabrice vous pose la question suivante. En 2020, les entreprises du CAC 40 ont fait 150 milliards de chiffres d'affaires, 39 milliards de profits. Elles ont versé 51 milliards à leurs actionnaires en temps de crise. Comment est-ce possible ? Bruno Le Maire. Qu'on rémunère les actionnaires, ça fait partie... Elles ont perçu 150 milliards d'aides.

22:02
Bruno Le Maire

Excusez-moi, je me suis trompé en lisant. Qu'on rémunère les actionnaires, ça fait partie du fonctionnement de l'économie de marché. Mais je veux redire à quel point dans cette reprise économique, la question du partage des fruits de la croissance, la manière dont on récompense les salariés, dont on les rémunère, va devenir une question importante. Je l'avais soulevée au début de l'année 2020 en disant qu'il y a un certain nombre de salaires qui sont trop faibles, un certain nombre de personnes qui ne sont pas suffisamment rémunérées. L'État apporte beaucoup avec des primes défiscalisées, avec la prime d'activité.

Les entreprises doivent se poser cette question de la juste rémunération, en particulier en sortie de crise.

22:43
Invité

Dernière question, vous êtes une incongruité, Bruno Le Maire. Vous êtes un des rares ministres qui n'est pas candidat au régional.

22:49
Bruno Le Maire

C'est parce que je suis très vieux, Léa Salamé. Donc j'ai une grande expérience. J'ai déjà été deux fois candidat au régional. On dit parfois deux en trois.

22:56
Invité

Ça ne vous intéresse plus, l'élection ? Qu'est-ce qui se passe ? Mais ce n'est pas que ça ne m'intéresse plus.

22:59
Bruno Le Maire

Mais je suis déjà élu. J'ai été élu député en 2017. Donc je pense qu'il ne faut pas courir après toutes les élections. J'ai la légitimité populaire que me donne mon élection comme député en 2017 sous les bannières de la majorité actuelle. Laissons d'autres qui n'ont pas de mandat ou qui veulent légitimement conquérir le suffrage universel se présenter à cette élection.

23:22
Présentateur

Merci Bruno Le Maire d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Ministre de l'économie, des finances et de la relance. Il est 8h46. Merci.