L'impact de la hausse des carburants "est plutôt positif" pour Pierre & Vacances, explique le directeur général du groupe
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France Info
Bonsoir, Franck Gervais.
Bonsoir, Fanny.
Vous êtes le directeur général de Pierre et Vacances Center Parcs, un des plus grands groupes de tourisme français. Merci d'être avec nous ce soir sur France Info. Première question, quel est l'impact de la situation économique de la guerre en Iran sur vos réservations ?
Globalement, l'impact, il est plutôt positif pour nous. Pourquoi ? Parce que les gens veulent partir en vacances, veulent toujours partir en vacances, mais plus près, parce qu'ils ne veulent pas l'incertitude de partir loin, à l'étranger. Donc, ils veulent partir plus près. Et donc, ils vont partir plutôt deux fois une semaine cet été plus proche de chez eux que trois semaines à l'étranger.
Ça veut dire que vous avez déjà un taux de réservation qui est plus élevé que les années précédentes ?
On a un taux de réservation légèrement plus élevé à date. Mais surtout, ce qu'on constate, c'est que les dernières minutes, c'est-à-dire deux semaines avant la réservation, en gros, on fait du plus 20% par rapport à l'an passé. Donc, à date, il y a encore de la place pour cet été. Mais il ne faut pas trop traîner. Et puis surtout, il y a plein de bons plans avec des nouveautés, des nouvelles destinations dont on voit qu'elles marchent bien par rapport aux autres années.
Le mois de mai a été bon ?
Très, très bon. C'est grâce au calendrier. On est quand même aidé. Donc, le mois de mai a été excellent.
Donc, quand on entend que les Français n'ont pas d'argent, qu'il y a des problèmes de pouvoir d'achat, vous, vous dites non, ça n'est pas vrai ? Je dis c'est vrai.
Je dis parce que quand vous partez plus près, ça veut dire que vous avez moins de dépenses d'essence d'avion. Et puis nous, on est avec Pierre et Vacances Center Park sur des offres, des produits, des séjours qui restent abordables. Et ça nous caractérise. Et ça, on veut le maintenir. Voilà. On a cette année quasiment pas augmenté nos tarifs. Donc, on veut rester abordables avec un très bon rapport qualité-prix.
Alors, ça veut dire que vous faites le plein sur quel type de produit, par exemple ? Qu'est-ce que les gens, ils cherchent cette année ? Vous dites, bon, plus de proximité. Ça veut dire que là où avant, ils partaient à 200 kilomètres, ils ne partent plus qu'à 100 kilomètres. Comment vous arrivez à mesurer ?
La distance se réduit. Ce qu'ils cherchent surtout, c'est vraiment être dans des espaces vraiment de liberté au cœur de la nature où ils peuvent se faire plaisir, se détendre, avoir aussi, nous, des cottages ou des appartements qui soient qualitatifs, confortables. Le but, c'est vraiment de se dire dans ce monde un peu compliqué dans lequel on est, on veut se faire plaisir. Et donc, des offres aussi atypiques comme du camping ou bien des maisons dans les arbres, tous ces produits insolites marchent très, très bien. La montagne marche très, très bien cette année.
Alors, ça fait longtemps déjà que la montagne marche bien.
Oui, mais chaque année, on voit que la montagne marche mieux que l'année d'avant. Parce que c'est la canicule ? Parce que canicule et parce que le type d'activité que vous avez à la montagne, notamment avec des enfants, est génial. Et vous voulez y retourner quand vous y êtes allé une première fois.
Côté camping, vous avez Maïva dans les marques du groupe. C'est moins cher le camping à la cote aussi parce que c'est moins cher ?
Parce que c'est moins cher, parce que c'est très bien localisé. Et puis que le camping est vraiment monté en gamme. On a racheté aussi nos deux marques, Camping Paradis ou Chouaia Village. Donc, il y a une diversité d'offres. Et puis, les campings avec la tente qu'on plantait sur son emplacement, ce n'est pas fini. Mais enfin, il n'y en a plus beaucoup. Aujourd'hui, c'est quoi ?
C'est le mobilhome ?
Le mobilhome, le lodge très quali. Nous, on a aussi racheté une start-up par celle qui fait du camping à la ferme. Donc, des produits insolites comme cela marchent très, très bien.
D'accord. Sur certains parcs, parce que c'est aussi une des marques du groupe, là, c'est quand même un peu plus cher.
Alors, c'est un peu plus cher. Mais le prix moyen d'une nuitée, c'est 200 euros.
Mais ça, c'est le prix moyen sur l'année, le lycée sur l'année.
Donc, l'été, ça va être un peu plus cher. Ça va être 300 euros. Mais 300 euros, vous êtes 4 pour une nuitée. Et puis, vous êtes dans des endroits. On a rénové 90% de nos center parks.
Vous en avez combien en France ?
On en a 7 en France. Il y en a un tout près de Paris, Village Nature. Le tout dernier, le dernier né, il est entre Bordeaux et Toulouse à Agen. Il est magnifique au cœur de la forêt des Landes. Et ce qu'on voit, c'est que ça cartonne. Pourquoi ? Parce qu'on respire et on revient à des choses simples, authentiques, en se faisant plaisir.
Vous parliez des destinations montagnes. Il y a d'autres destinations qui sont en train d'apparaître. On sait qu'il y a toujours PACA, la région sud, qui fonctionne bien. Mais il y a d'autres régions en France qui montent.
Oui, on voit cette année, par exemple, sur les départements de Vendée, Charente-Maritime. Donc, on est proche du littoral, proche d'endroits géniaux. Mais pas dans les classiques PACA, Pays Basque. Et donc, ces régions-là, un peu plus atypiques, montent. On est à plus de 10% de croissance sur ces nouvelles destinations.
Alors, le prix, vous disiez, vous, vous avez décidé de ne pas augmenter les prix.
Pour être clair, on a augmenté au premier semestre nos prix de 1,5%. C'est ce qui fait la différence ? Sachant que le produit, l'expérience, eux, ont augmenté. Nos clients nous disent que leur satisfaction augmente de 4 points par rapport à l'an passé. Donc, on augmente un tout petit peu le prix, mais 1,5%. Et c'est nécessaire, c'est ce que les gens attendent.
C'est vraiment, vous voyez que le prix, c'est vraiment ce qui fait la différence aujourd'hui ? Sur le choix, par exemple, la durée, sur la réservation, la durée du séjour ?
Oui, le prix et surtout le rapport qualité-prix. Parce que les vacances, les week-ends, les séjours restent quand même quelque chose de préservé dans l'arbitrage des ménages, dans la période actuelle. Donc, les clients ne sont plus regardants.
Ils demandent d'autres activités que des activités habituelles, le vélo, la piscine. Il y a d'autres demandes aujourd'hui ?
Oui, ce qui marche beaucoup, c'est le fait d'aller découvrir les territoires, les acteurs locaux et d'être mis en relation avec ce qui se passe dans un département qu'ils ne connaissent pas. Ils vont pouvoir revenir avec des souvenirs, des anecdotes, des expériences. Donc, nous, on fait ça, la mise en relation avec tous les acteurs locaux pour faire des choses un peu atypiques.
C'est du tourisme rural, vous dites ?
Tourisme rural, agritourisme, qui a la cote.
Il y a quelques semaines, on recevait à votre place le patron d'Airbnb qui nous disait exactement la même chose, que c'était vraiment là où il avait envie d'aller, de se développer, ce tourisme rural. Ça veut dire que c'est votre concurrent direct, Airbnb ?
Il fait partie de nos concurrents directs. Et nous, à la fin, en fait, plus le gâteau est gros, plus on est content. Il y a plein d'acteurs de renom et qui sont de qualité. Alors, évidemment, on préfère qu'ils viennent chez nous, chez Pire et Vacances, chez Center Parcs, à Dadgio. Mais on voit que ces tendances-là, de dire on se fait plaisir, on va plus près, on découvre des choses authentiques qu'on avait peut-être ignorées, tout proche de chez nous. Le Covid aussi avait aidé à ça. Ça, c'est des tendances globales du tourisme.
Alors, justement, vous parlez du Covid. Ça vous avait donné un sacré coup, ce moment-là. On se souvient que votre groupe avait été en restructuration, une dette abyssale. Aujourd'hui, quand même, vos résultats trimestriels, semestriels qui ont été publiés cette semaine, ils ne sont pas très bons. Vous restez en perte.
Alors, je ne suis pas d'accord avec vous, Fanny. Non, ils sont bons. Pourquoi est-ce qu'on est en perte sur le premier semestre ? C'est simple. C'est comme si vous faisiez un 20 km à vélo. Les 10 premiers kilomètres, c'est une côte. Et les 10 derniers, c'est une descente. Nous, c'est pareil. Le premier semestre, on a 40% de notre chiffre d'affaires.
Mais ce n'est pas là où vous avez gros de vos réservations.
Voilà. On a l'hiver qui est intéressant pour Pire et Vacances, qui a cartonné. On va faire sur le deuxième semestre, alors qu'on a quasiment 50% des coûts sur le deuxième semestre. Et donc, on va faire plus de 200 millions de marges sur le deuxième semestre. Et donc, par construction, le premier, il est négatif, mais il est surtout meilleur que l'an passé. Et donc, on sait qu'à la fin de l'année, on va être meilleur que l'an passé.
Donc, vous restez optimiste et vous êtes en train de dire le sauvetage, en tout cas, de Pire et Vacances, parce qu'il y a 4-5 ans, ça allait très très mal, on se souvient. Ça y est, c'est derrière vous.
C'est derrière nous. Ça a été très dur, mais avec les efforts de tous les collaborateurs, on est à 13 000. Plus aussi de nos créanciers, propriétaires. Voilà, on est sorti complètement de sortie de cette période.
Alors, ça veut dire que vous avez rénové vos villages, parce qu'il y a aussi Pire et Vacances, ça date des années 70, Gérard Brémont, on se souvient. Mais un certain nombre de villages sont vieillissants. Ça veut dire que vous avez opéré aussi des rénovations ?
Oui, il faut retenir que par rapport à ce qu'on faisait il y a 5 ans, par exemple, on a doublé, nous, les investissements qu'on met chaque année dans les appartements, les résidences Pire et Vacances, dans les Cottages, Center Parcs. Et donc ça, on veut continuer. On veut continuer à faire ça. Ce qui est la caractéristique de Pire et Vacances, notamment, c'est des emplacements canons. Mais il faut qu'après l'emplacement, le produit, l'appartement soit canon, la piscine soit canon. Et donc ça, voilà, on a doublé le rythme d'investissement qu'on mettait avant.
Ça, c'est possible grâce à vos actionnaires. Vous avez un trio d'actionnaires aujourd'hui, notamment un Français, si j'ai bien compris.
Un Français, un Anglais, un Américain pour les actionnaires principaux.
Ça veut dire que ce trio d'actionnaires, il est susceptible de changer, il est en train d'évoluer. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?
Ce trio, il nous accompagne depuis 4 ans. C'est grâce à lui qu'on a pu sauver le groupe parce qu'on l'a désendetté, on a pu investir. Et donc on est là où on est, un groupe hyper sain aujourd'hui, financièrement, avec des clients ravis, des marques qui sont en odeur de sainteté. Et ce qu'on fait là, dans cette phase actuelle, c'est qu'on réfléchit à 2030 en se disant mais pour pousser encore les marques plus loin, faire toujours plus plaisir aux clients, ouvrir des nouveaux parcs et résidences, de quoi on a besoin ? Et donc on réfléchit avec nos actionnaires actuellement à de quoi on a besoin. Ça pourrait passer par une évolution de l'actionnariat, mais rien n'est décidé à date.
Pour l'instant, c'est en négociation. Vous êtes polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées, mais vous n'étiez pas du tout prédestiné à être un jour patron de Pierre et Vacances. Puisque vous avez grandi au A, vous êtes fils de charcutier normand, vous êtes un pur produit de la méritocratie.
Oui, et très fier parce que j'ai été élevé par des parents qui avaient le sens du commerce. Donc moi, je suis né avec ce sens du commerce, le sens du contact humain, de l'hospitalité. On recevait toujours aussi à la maison plein de familles, plein d'amis, des tablés toujours remplis. Et donc finalement, ce métier du tourisme dans lequel je suis depuis 20 ans, c'est un prolongement naturel. Après, il se trouve que j'étais matheux. Et donc, on m'a dit, fais des classes préparatoires, puis des grandes écoles d'ingénieurs. Mais pour revenir à la fin à ce que j'aime, c'est-à-dire créer ces moments positifs pour les gens.
Aujourd'hui, on a beaucoup de jeunes qui sont en train de faire des choix d'orientation, de passer leurs examens. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ? Alors, tous n'ont peut-être pas la chance d'être matheux et de rêver de faire polytechnique.
Non, mais je leur dirais deux choses aujourd'hui. La première, c'est bosser. Bosser parce que quand même, quand on dit les entrepreneurs, les start-upers qu'on voit passer à la télé, il y a derrière un énorme travail. Donc, il faut bosser à fond et puis faire ce qui plaît à chacun. Et donc, vous êtes matheux ou littéraire, ou plutôt autour des langues ou de la science politique. Faites ce qui vous plaît, bosser et n'hésitez pas à prendre des risques.
Vous avez du mal à recruter ?
Non, non, parce que le métier du tourisme est un métier maintenant attractif, parce qu'on peut entrer comme barman et puis finir patron de 7 parcs en France ou de 6 parcs en Belgique.
Vous allez recruter combien de personnes cette année ?
Alors, on recrute, nous, 1000 saisonniers pour chaque saison. Donc, on va encore en recruter 1000, là, pour la saison d'été, par exemple.
Donc, tout n'est pas booké, là, aujourd'hui, s'il y a... Non, ça devient difficile.
Alors, vous pouvez nous passer vos candidatures, mais grosso modo, nos saisonniers, on les a déjà quand même recrutés et formés pour être prêts, là, la saison, elle arrive.
Bon, écoutez, merci beaucoup, Franck Gervais, d'être venu nous voir dans l'invité éco de France Info. Je rappelle que vous êtes à la tête de Pierre et Vacances et de Center Parcs. Merci.
Merci. Merci. Merci.