Entretiens 2021 de l'AMF : Discours de Bruno Le Maire
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le ministre, est-ce que vous nous entendez ? Je vous entends très bien. Merci beaucoup d'avoir accepté d'intervenir en direct. Je vous laisse la parole pour ces entretiens de l'AMF. On était au milieu d'une table ronde passionnante sur la transition verte.
Désolé d'interrompre le déroulement de la table ronde, mais j'espère que vous pouvez reprendre vos discussions, qui, je le sais, à chaque fois sont passionnantes, mais j'ai malheureusement des obligations impératives à 20 heures, donc je voulais intervenir. Et il me faut encore désolé de couper vos échanges. Simplement, j'attache beaucoup d'importance à ces entretiens de l'Autorité des marchés financiers. Je voudrais remercier l'excellent président de l'AMF, Robert Ophel, pour son invitation, le remercier pour tout le travail qui a été fait, et vous faire part d'un certain nombre de convictions après près de cinq années maintenant passées au ministère des Finances.
Quand on regarde le chemin qui a été parcouru, en particulier grâce à de nombreux acteurs qui sont dans la salle, le chemin est spectaculaire. Paris est redevenue une des places financières les plus attractives en Europe. Et quand on a fait ce pari avec le président de la République en 2016, certains nous expliquaient, avec beaucoup de componctions, voire un peu de mépris, que cela était absolument hors de portée. Quand je regarde depuis 2017, des dizaines d'organisations financières sont venues s'installer à Paris, notamment l'Autorité bancaire européenne.
3 000 emplois directs et des milliers d'emplois directs ont été créés à Paris, dans le secteur, qui sont tous des emplois de très haute qualification. Nous sommes devenus la nation la plus attractive pour les investissements étrangers en Europe, notamment les investissements industriels. Qui aurait cru, il y a quatre ans, que la France pourrait devenir une place financière majeure dans le monde ? Et qui aurait cru que la France pourrait devenir la nation la plus attractive pour les investissements étrangers en Europe ? C'est bien la preuve que, lorsqu'on veut, on peut.
Et lorsqu'on se donne les moyens, avec les décisions financières et fiscales nécessaires pour devenir une nation attractive et qui réussit, on peut y parvenir. Je pense qu'on y est parvenu parce que, d'abord, nous avons donné la priorité à la transformation de notre économie au service de la croissance, de l'emploi et de l'investissement. On a pu le faire parce qu'on s'est mobilisé collectivement. Je ne crois absolument pas aux décisions politiques univoques et à sens unique. Je crois à la mobilisation collective. Et je tiens à saluer le travail qui a été fait par le président de l'AMF, cher Robert Ophel.
Et je tiens aussi à saluer tout particulièrement un homme aussi discret qu'efficace qui est Christian Noyer, dont le travail a été absolument remarquable. Et j'aimerais vraiment, si vous le pouvez, je ne suis pas présent parmi vous, mais que vous applaudissiez Christian Noyer parce que la place de Paris lui doit énormément. Nous nous étions engagés, je ne sais pas si Christian est dans la salle, mais ses applaudissements lui sont largement dus. Nous nous étions également engagés de notre côté à transformer la fiscalité française. Et croyez-moi, ça n'a pas été un chemin de rose parce qu'en France, on estime que la seule façon de bien transformer la fiscalité, c'est d'augmenter les impôts.
Moi, je crois exactement l'inverse. Et j'estime que la seule voie qui est intéressante pour un pays où la charge fiscale est la plus élevée de tous les pays développés, c'est au contraire d'alléger la pression fiscale. On l'a fait avec la flat tax, on l'a fait avec la baisse de l'impôt sur les sociétés qui a été ramenée à 25% pour toutes les entreprises et même 15% pour les PME. On l'a fait pour les ménages. Résultat, les entreprises investissent parce qu'elles sont plus profitables et les ménages consomment parce qu'ils ont plus de revenus disponibles. Nous avons également simplifié un certain nombre de normes sur le capital investissement en France qui étaient bien trop complexes.
C'était tout l'objectif de la loi PAC, je ne reviens pas à ce qui a été fait sur le PEA, le PEA-PME ou la modernisation du plan d'épargne retraite qui est un immense succès. La collecte du plan d'épargne retraite, comme quoi il suffit parfois d'une décision simple, claire, lisible, montre que les Français attendaient d'avoir ce produit d'épargne retraite simple et attractif pour compléter leur retraite par capitalisation.
Et dans une nation où là aussi de bon ton de toujours opposer les uns aux autres, d'opposer une solution à une autre, je voudrais qu'on ait un regard un peu différent pour voir à quel point le produit d'épargne retraite, la retraite par capitalisation est complémentaire de la retraite par répartition, elle ne s'y oppose pas. Je note également que pendant la crise et à la sortie de la crise, la place de Paris est restée très dynamique et vous avez fait preuve d'une capacité de résistance et de rebond exceptionnelle.
Vous avez massivement investi dans les entreprises technologiques, pour donner uniquement un exemple, pour ces seules entreprises technologiques, 3 milliards d'euros de PGE, 2,5 milliards d'euros d'avance de trésorerie sur les crédits d'impôt recherche et un investissement massif de votre part dans ces entreprises technologiques nous ont permis de voir ce secteur redémarrer très vite et très fort. Simplement, et je crois que c'était l'objet des discussions que vous aviez tout à l'heure, l'objectif n'est pas d'être une puissance financière forte pour être une puissance financière forte. Il faut que cela serve une ambition politique.
Et l'ambition politique, elle est très claire, être une grande puissance technologique et décarbonée. C'est à cela que ça sert d'avoir une place financière forte, avoir les moyens de financer un objectif politique de long terme, qui est d'avoir accès aux technologies les plus prometteuses et à la décarbonation de notre économie, qui a tous les mérites du monde, à l'exception d'un seul. C'est extraordinairement coûteux, beaucoup plus coûteux que tout ce que nous pouvons imaginer, et ça demande donc des moyens financiers très importants.
S'agissant de la puissance technologique, je ne reviens pas sur le plan d'investissement annoncé par le président de la République, sur la manière dont nous avons aussi régulé les genres du numérique, je voudrais simplement insister sur la façon dont on a réussi tous ensemble, à faire émerger à partir de start-up des licornes puissantes, en nombre beaucoup plus important que prévu. L'initiative Tibi, notamment, nous a permis de lever massivement des fonds pour financer cette croissance de start-up technologique les plus avancées. Nous avions l'objectif de mobiliser 20 milliards d'euros avant la fin 2022.
Nous étions au printemps 2021 à 18 milliards d'euros de collectés, donc je pense que notre objectif maintenant doit être de 30 milliards d'euros collectés pour multiplier les licornes et avoir une puissance technologique encore plus importante dans les années qui viennent. Nous allons également prolonger ces efforts à l'échelle européenne en créant le fonds de fonds Scale-Up Europe, de 10 milliards d'euros, qui va permettre de financer non seulement les champions nationaux, mais aussi les champions européens. Résultat, nos start-up ont levé 5 milliards d'euros au premier semestre 2021.
C'est un record européen qui montre qu'il n'y a pas de fatalité et que lorsqu'on nous dit que les start-up françaises ont la vocation de se faire racheter par l'étranger, non. Il y a un autre destin pour les start-up français que de se faire racheter par des puissances étrangères, notamment américaines. Ce destin, c'est de grandir, c'est d'être financé, notamment par la plage de Paris, c'est de devenir des PME, des ETI, puis des licornes. C'est ce qui est en train de se produire et c'est ce que nous devons continuer à soutenir. Sur le deuxième objectif, qui est de devenir une puissance décarbonée. Moi, je considère que nous avons déjà fait beaucoup, mais nous devons encore faire davantage.
On voit bien que les enjeux sont absolument considérables. Je le redis, beaucoup a été fait. Le budget vert en 2020, les obligations souveraines vertes, l'arrêt du financement à export du charbon et des énergies non conventionnelles, tout ça est à mettre à notre actif. Mais nous devons, en matière de croissance verte et de décarbonation de notre économie, faire plus, faire mieux et faire davantage. L'État, de son côté, doit continuer à faire sa part du chemin.
Accélérer la décarbonation de notre industrie, accélérer l'électrification des usages, permettre l'accès à l'électricité décarbonée, notamment grâce au soutien aux nouveaux réacteurs nucléaires qui étaient annoncés par le président de la République. Il faut que, de l'autre côté, la place de Paris nous soutienne. Elle le fait, elle a pris des engagements, elle doit faire plus. C'est la même chose que pour l'État. Vous avez cessé de financer les projets liés au charbon dès 2019. Vous avez commencé, pour certains, à prendre des engagements pour la sortie d'une non conventionnelle.
Maintenant, nous attendons de la place de Paris qu'elle s'engage davantage et qu'elle définisse une trajectoire de réduction d'intensité carbone de vos financements conformément à l'accord de Paris, qui soit une trajectoire simple, ambitieuse, lisible et qui puisse être, évidemment, contrôlée. J'ai donc demandé, parce que lorsqu'on n'est pas satisfait du résultat, il faut essayer de prendre le problème à bras-le-corps. C'est ce que nous avons fait avec vous.
Et j'ai demandé pour ma part à Yves Perrier, l'ancien directeur général d'Almundi, je le remercie d'avoir accepté cette mission, de mener une mission pour accompagner la place de Paris dans la définition d'une trajectoire crédible, avec un calendrier contraignant, parce que sinon, ça n'est pas crédible, d'ici à février 2022.
Je vous encourage aussi à vous appuyer sur l'Observatoire de la finance durable, qui a été créé par l'Autorité des marchés financiers et par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, parce que je crois que cet observatoire de la finance durable est un outil absolument remarquable, dont je tiens à remercier Robert Ophel, qui doit vous permettre d'accompagner vos engagements. En résumé, je crois à une place financière française forte. Nous avons fait depuis quatre ans un chemin ensemble absolument considérable. Et ce n'était pas acquis que la place de Paris puisse devenir une des grandes places financières mondiales.
On doit consolider cet acquis, le renforcer, parce que nous aurons besoin de vous, besoin de ces financements, besoin de ce statut financier tout à fait particulier. Ensuite, on doit avancer dans deux directions, l'indépendance technologique, financer les nouvelles technologies, et la décarbonation de notre économie, sur laquelle nous sommes engagés, mais nos concitoyens nous demandent à juste titre d'aller plus vite et plus fort. Et en conclusion, je veux redire à quel point ces objectifs stratégiques demandent un engagement de tous, que l'autorité des marchés financiers a aussi un rôle à jouer là-dedans. Et je sais que Robert Ophel est totalement mobilisé dans ces deux directions.
Donc je tiens à le remercier personnellement et à vous remercier, chacun d'entre vous, de votre mobilisation, car la France ne sera une grande puissance technologique et une grande puissance verte au XXIe siècle qu'avec le soutien de tous, et notamment des acteurs financiers. Merci à tous. Pardon encore d'avoir interrompu votre table ronde et je vous souhaite une excellente poursuite de vos travaux. Merci à tous.
Merci.
Bruno Le Maire