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interviewRMC· 26 mars 2022 14 min

L'interview politique de la matinale week-end RMC : Anne Hidalgo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

RMC, la matinale week-end, l'interview politique.

0:04
Anne Hidalgo

8h41, Anne Hidalgo, bonjour. Oui, bonjour. Candidate du Parti Socialiste à l'élection présidentielle en direct de Toulouse ce matin. Absolument. Vous tenez cet après-midi à un gros meeting. Nous sommes à 15 jours du premier tour et nous allons y revenir. D'abord, l'Ukraine, Anne Hidalgo, hier, les 27 réunis à Bruxelles, sommet européen pour réduire notre dépendance au gaz russe. C'est désormais la Commission qui est mandatée pour acheter groupé, acheter en commun. Un peu la même stratégie que pour les vaccins pendant le Covid. Est-ce que c'est la bonne stratégie ?

0:33
Invité

C'est une bonne stratégie. Je pense qu'il faut absolument que tout ce qui fait d'une Europe plus forte, plus puissante, avec à la fois des réactions qui doivent être encore plus fortes, puisque je suis aussi pour l'embargo du gaz russe qui, je l'espère, sera annoncé aussi au niveau européen. Mais tout ce qui peut permettre à l'Europe aussi de se protéger, de protéger les différents États membres va dans le bon sens. Et cette mesure d'achat groupé, qu'on avait d'ailleurs proposée il y a déjà plusieurs semaines, va dans le sens de cette protection de nos compatriotes et de nos concitoyens ici en France et ailleurs en Europe.

1:13
Anne Hidalgo

Il y a juste un tout petit problème, Anne Hidalgo, avec l'embargo sur le gaz russe, c'est de savoir à qui on achète en contrepartie. Et ce sera évidemment aux États-Unis qui vont nous livrer quoi ? Du gaz de schiste, la fracturation hydraulique, très nocive pour l'environnement.

1:27
Invité

Ça veut dire que vous fermez les yeux là-dessus, le temps de la guerre ? J'entends cet argument. Moi, ce que je sais, c'est qu'il faut absolument arrêter l'offensive de Vladimir Poutine contre l'Ukraine, parce que nous le savons, derrière cette offensive contre l'Ukraine, il y a sans doute d'autres idées. Il ne veut pas s'arrêter là, même s'il est en difficulté, Vladimir Poutine, parce que heureusement qu'il y a cette résistance. Heureusement qu'il y a eu aussi une réponse par des armes apportées aux Ukrainiens par les membres européens. Il faut continuer dans le livret en nombre ? Il faut continuer absolument à empêcher Vladimir Poutine de pouvoir poursuivre cette offensive.

Et donc, ça passe par quoi ? Son isolement diplomatique, son isolement politique et aussi, bien sûr, son isolement économique. Tant qu'on continuera à payer 700 à 800 millions d'euros chaque jour pour le gaz russe, et bien nous fournirons des liquidités qui permettra à Vladimir Poutine de s'attaquer aujourd'hui à l'Ukraine et peut-être demain à d'autres pays sur le continent européen. Donc il faut, bien sûr, et une des mesures, des contreparties de cet embargo, c'est bien sûr que l'Europe et les États membres doivent protéger les populations en bloquant le prix de l'essence et de l'énergie, en permettant de lutter contre cette augmentation des prix que l'on voit partout.

2:57
Anne Hidalgo

C'est de la responsabilité des États, Anne Hidalgo, responsabilité des entreprises aussi. Vous appelez toutes les entreprises présentes en Russie à cesser totalement leur activité. Vous, à la tête de l'État, Anne Hidalgo, comment vous allez forcer Total à arrêter complètement ces activités, y compris sur le gaz ?

3:14
Invité

Eh bien, l'État est actionnaire souvent de ces grandes entreprises, et quand il n'est pas actionnaire, l'État a une possibilité chez Renaud, ça marche. Chez EDF aussi, pas chez Total. Eh bien, je ferai preuve de toute ma détermination. Vous savez, j'ai réussi aussi à convaincre Total de ne pas être sponsor des Jeux olympiques et paralympiques, et j'ai réussi. Donc vous voyez, il y a quand même des possibilités de faire entendre raison à un certain nombre de groupes qui, aujourd'hui, considèrent qu'ils doivent rester et qu'ils n'intègrent pas des éléments de géopolitique mondiale. British Petroleum l'a fait, je ne vois pas pourquoi Total ne le ferait pas.

Je serai suffisamment convaincante pour le faire, pour l'obtenir.

3:53
Anne Hidalgo

Total vous répond, et a déjà répondu, partir c'est enrichir les Russes, parce qu'il y aura des expropriations, c'est faire cadeau de nos entreprises, de nos actifs aux Russes.

4:01
Invité

Heureusement que les démocraties sont dirigées par des femmes et des hommes qui, au nom des peuples, et en fonction du suffrage et de la confiance qui leur est accordée par les votes et par les élections, décident et que ce ne sont pas les grands groupes pétroliers ou internationaux qui en décident. Donc voilà, il y a une situation géopolitique mondiale dans laquelle un certain nombre de grands groupes, y compris British Petroleum, ont déjà tiré les conséquences de cette guerre, y compris sur le plan économique, en se retirant de Russie. Les arguments économiques d'un groupe comme Total, que je respecte, ne sont pas recevables.

Et là, ce n'est pas à un grand groupe, à une grande multinationale d'en décider, c'est vraiment aux États et c'est dans le cadre d'une géopolitique mondiale et d'une diplomatie mondiale et aussi d'une réponse politique à une situation d'agression de la Russie contre l'Ukraine, qu'il faut agir et heureusement que ce ne sont pas les multinationales qui gouvernent le monde, même si elles ont beaucoup trop de pouvoir.

5:06
Anne Hidalgo

Et qui se rendent complices de cette guerre, comme le dit Yali Jadou.

5:09
Invité

Moi, je n'utiliserai pas ce type de termes, vous savez, chacun son vocabulaire. Pour ma part, je demande à nouveau à Total de sortir de Russie et de comprendre et d'accepter, parce que ce n'est pas le rôle de Total de s'immiscer d'une certaine façon dans le débat politique, d'accepter ce qui est aujourd'hui très très largement, qui fait consensus dans la communauté internationale, puisque d'autres grands groupes, y compris pétroliers, en ont tiré les conséquences, de quitter la Russie.

5:39
Anne Hidalgo

Anne Hidalgo, un dernier mot sur les conséquences de cette guerre. C'est encore et toujours le pouvoir d'achat des automobilistes, Total d'ailleurs, mais d'autres distributeurs vont faire un geste en plus de la remise gouvernementale, qui sera jusqu'à 18 centimes, on l'a appris ce matin, on attend le décret dans la journée. Est-ce que c'est suffisant ?

5:58
Invité

Non, bien sûr que non, et je crois d'ailleurs que ce n'est pas la bonne méthode. Bien sûr, c'est toujours bon à prendre, et je pense, comme beaucoup de nos concitoyens, qu'il faut prendre ce qu'il y a à prendre. Mais en revanche, moi, ma proposition, elle est beaucoup plus nette, beaucoup plus claire, et elle faciliterait la vie à beaucoup de nos compatriotes, c'est de baisser la TVA sur l'essence à 5,5.

D'ailleurs, vous savez, c'est une proposition que je fais depuis le mois d'octobre, parce qu'en fait, avant même cette crise ukrainienne, je l'ai faite depuis le mois d'octobre, avant même cette crise ukrainienne et cette guerre, il y avait déjà des actions spéculatives sur le marché des énergies qui ont fait monter le prix de l'essence de façon considérable. Baisser à 5,5, ça veut dire quoi ? Si on est autour de 2 euros le litre, même si c'est aujourd'hui plus que cela, ça veut dire que ça peut ramener le litre à 1,76 euros, et que, bien sûr, il faudra plafonner ensuite le prix à ce niveau-là pour qu'il n'y ait pas de difficultés supplémentaires.

Et puis, par rapport à cette question du pouvoir d'achat, il faut aussi qu'il y ait une augmentation des salaires. Vous avez une inflation qui va atteindre les 4 % d'après l'INSEE. Vous avez un président de la République candidat qui explique qu'il n'y aura pas de coup de pouce au SMIC, qu'il ne faut pas augmenter les salaires.

7:15
Anne Hidalgo

Vous défendez un SMIC à 1 400 euros ?

7:18
Invité

Voilà, je propose et je ferai cette mesure immédiatement, une augmentation de 200 euros net par mois sur le SMIC, 15 % d'augmentation, mais aussi, bien sûr, une négociation dans toutes les branches professionnelles pour que l'ensemble des salaires puissent se suivre. Aujourd'hui, vous savez, on peut continuer à faire comme si de rien n'était, comme si la situation des Françaises et des Français était extraordinaire. Moi, ce que je vois, c'est vraiment un décrochage des classes moyennes, des catégories populaires. Et je vois un gouvernement et un candidat qui veut faire payer le prix et de la crise Covid et de cette crise ukrainienne acquis aux classes moyennes, une fois de plus.

Donc, il faut des mesures radicales.

8:00
Anne Hidalgo

La baisse de la TV en est une. On l'entend encore une fois dans tout ce que vous nous dites. Votre programme est clair, votre programme est budgété, votre programme est réfléchi.

8:09
Invité

Merci, vous avez raison. C'est très bien de le dire.

8:12
Anne Hidalgo

Certains disent que c'est le plus abouti au Parti Socialiste depuis 20 ans. Alors, qu'est-ce qui ne va pas, Anne Hidalgo ? Pourquoi vous plafonnez à pas plus de 3%, 1,5% dans notre dernière enquête Elab ?

8:24
Invité

D'abord, je crois qu'il y a une campagne qui n'a pas vraiment eu lieu, qui n'a pas pu poser depuis maintenant 6 mois. La vôtre ? Non, non, une campagne générale. Regardez dans quel état est la démocratie dans notre pays, dans quel état est le débat démocratique et médiatique autour de cette élection présidentielle. J'entends bien, Anne Hidalgo, mais... Et donc, nous n'avons pas, les uns et les autres... Jamais vous ne vous posez de questions sur vous-même,

8:49
Anne Hidalgo

sur votre campagne. Alors, attendez, avant de poursuivre, vous savez ce qu'on va faire ?

8:52
Invité

Je finis ma phrase. Je finis ma phrase. Et donc, oui, il y a ce contexte-là. Ensuite, bien sûr que le Parti Socialiste rentre dans cette campagne de façon très affaiblie. Je suis lucide. Quand j'ai pris la décision et que j'ai été soutenue pour m'engager, je savais très bien qu'il y avait cette situation. Et pour autant, vous savez, je pense que les propositions qui sont les nôtres sont utiles à notre pays. La politique, ce n'est pas un jeu, ce n'est pas une course de petits chevaux, c'est de l'engagement et de la volonté de changer la vie.

9:24
Anne Hidalgo

Écoutons le patron, le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, cette semaine, qui semble avoir la tête déjà à l'après-présidentiel.

9:33
Invité

Laisser penser que demain se reconstruira de la même façon que nous avons construit les années précédentes, la réponse, pour moi, elle est très clairement non. Je souhaite qu'il y ait une nouvelle génération, celle qui a éclos, notamment au moment des municipales, qui puisse prendre toute sa place. Et on ne va pas recommencer le PS avec les éléphants d'hier. On doit, au contraire, être... sauter le pas.

9:58
Anne Hidalgo

Reconstruire, sauter le pas, ça veut dire que le PS est déjà mort, que votre campagne l'a enterré ?

10:03
Invité

Pas du tout. Je pense que nous sommes à un moment où il fallait, et j'ai pris cette responsabilité, porter justement à la fois ces convictions, ces valeurs de cette gauche républicaine, laïque, sociale, européenne, que je porte et dans laquelle se reconnaissent beaucoup de personnes. Cette gauche, d'ailleurs, qui est très présente dans tous les territoires, puisque nous avons, dans les villes, les départements et les régions, y compris dans la capitale de la France, nous avons des forces qui ont convaincu évidemment nos concitoyens.

Et il nous faut, bien sûr, nous projeter aussi, nous projeter aussi, parce que ces idées très fortes de cette sociale-démocratie que je porte sont des idées qui sont à la fois modernes et qui sont au rendez-vous des grands défis du siècle. On n'a pas parlé du défi écologique et du défi social, bien sûr, et du défi démocratique.

10:54
Anne Hidalgo

Il y a un thème qui devrait être abordé aussi, et vous allez l'entendre, c'est Nicolas qui nous appelle au 32-16, qui veut l'aborder avec vous. Bonjour Nicolas.

11:02
Présentateur

Oui, bonjour. Bonjour à tous. Bonjour.

11:05
Anne Hidalgo

Faites partie, Nicolas, de ces électeurs socialistes. Vous avez toujours voté socialiste, vous habitez au Pré-Saint-Gervais. Vous comptez voter Anne Hidalgo au premier tour, mais il y a un point dans son programme qui vous chiffonne encore, c'est la retraite.

11:18
Présentateur

Oui, je voulais poser une question à Anne Hidalgo et merci de prendre ma question sur les retraites. Moi, j'ai entendu, comme tout le monde, la proposition du candidat Macron pour la retraite à 65 ans, qui pour moi, c'est inacceptable, c'est impossible, c'est une question de justice, c'est une question de société. Mais je voulais vous demander si vous, vous pouvez vous engager à maintenir à minima l'âge de départ à la retraite à 62 ans et s'il n'était pas possible, s'il n'est pas envisageable de réfléchir à voir comment est-ce qu'on peut revenir à la retraite à 60 ans. Parce que je pense que pour celles et ceux qui ont travaillé dur et longtemps, c'est vraiment une mesure de justice.

Et même moi, dans ma situation personnelle, j'ai 35 ans et j'ai un métier facile. Mais je ne m'imagine pas encore faire 30 ans comme ça à hauteur de ton cité et à tout donner. Votre réponse, Anne Hidalgo ?

12:00
Invité

Complètement. D'abord, 65 ans, c'est injuste, indigne. Et beaucoup de nos compatriotes qui n'auront pas une espérance de vie en bonne santé à cet âge-là ne pourront même pas profiter de ce droit essentiel. Donc je m'y oppose. 62 ans, ce n'est pas une année de plus. Mais je suis entièrement d'accord avec vous. Dans mon projet, il y a, pour les personnes qui ont eu des métiers pénibles, je réintroduis ce qu'on appelle les critères de pénibilité qui ont été supprimés par Emmanuel Macron en 2017. Je les réintroduis pour permettre à des gens qui ont eu des métiers pénibles de pouvoir partir, y compris avant 60 ans. Ça me paraît extrêmement important.

Je pense, par exemple, aux gens qui ont été exposés à des produits chimiques, aux personnes qui travaillent sur des marteaux-piqueurs, donc qui sont soumis à des vibrations. Je pense aussi aux personnes. Et là, il y a beaucoup de femmes, par exemple, y compris dans les EHPAD ou qui s'occupent de nos aînés, qui sont confrontées au port de charge, au port notamment des personnes qu'elles doivent porter et soulever. Partir plus tôt. Donc c'est ce que je prévois. Et je le redis ici, il n'y a pas un problème d'équilibre financier du régime.

Il y a vraiment une volonté et presque une obsession de la part d'Emmanuel Macron de faire peser sur les catégories populaires, sur les classes moyennes, sur ceux qui ont déjà trimé toute leur vie, l'essentiel de l'effort. Et ça, ça n'est pas acceptable. Je crois que ceux qui avaient encore un doute sur est-ce qu'Emmanuel Macron pouvait rééquilibrer sa politique savent maintenant qu'il est résolument de droite et de droite. D'ailleurs, c'est essentiellement la droite qui le soutient et qui le rejoint.

13:38
Anne Hidalgo

Merci, Anne Hidalgo, d'avoir été avec nous ce matin sur RMC. Je retiens deux grandes phrases de cette interview. D'abord sur Total, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour inciter Total à se retirer de la Russie. Et puis sur cette campagne, il y a moins de 3% dans les sondages. Vous êtes consciente que le Parti Socialiste est rentré dans cette campagne de façon affaiblie. Merci Anne Hidalgo. Merci aussi à Nicolas d'être intervenu au 3216. Merci.

14:03
Locuteur

Merci. Merci.