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ChroniqueHardisk· 24 avril 2026 42 minPortrait personnelÉconomie & entreprisesJusticeInstitutions & élections

L'histoire du milliardaire le plus corrompu de France

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Bernard Tapi, c'est l'histoire d'un homme qui a tout été à la fois. Businessman, patron club de foot, animateur télé, ministre et condamné. Un self madmadman fasciné par la réussite, convaincu qu'avec assez d'audace, tout peut se négocier.

Pendant 30 ans, son nom va se retrouver au croisement de l'argent, du pouvoir politique, de la justice et d'une des affaires financières les plus complexes de la 5e République. Une affaire qui commence comme un simple rachat d'entreprise et qui va finir par opposer Bernard Tapi à l'État français lui-même. Née arrondissement d'un paris en fin de guerre en 1943, Tapis grandit dans les quartiers populaires de Sensandi au Bourget.

Lui et son frère passent leur enfance dans l'appartement de 20 m² que leurs parents parviennent à leur offrir avec leur cellaire d'ouvriers et d'aides soignantes. Pas de salle de bain et les toilettes partagées sont au fond de la cour de l'immeuble. Les enfants grandissent dans les odeurs de cuisine, les jeux dans les cages d'escalier avec les voisins et le balai des travailleurs qui rentrent de l'usine le soir.

Les deux petits partagent un canapé dans l'unique pièce de vie de l'appartement. Et même si des assiettes ne sont jamais bien pleines, il y a de la joie dans ce foyer. Les enfants profitent de cours de violon, de piano et des activités sportive offerte par la municipalité.

À l'école, Bernard suit. Il est pas brillant ni largué, juste moyen. Très vite, il cherche à gagner son propre argent.

À l'adolescence, il enchaîne les petits boulots surtout l'été. Quand Bernard a 17 ans, la famille saufre plus de confort et déménage dans une petite maison grâce au nouveau métier de son père qui se met à son compte comme frigoriste. Mais l'homme n'a rien à patron.

Il est humble, discret, évite les excès, pas du joueur à fanfaron. Pour Bernard, il y a quelque chose d'insupportable dans cette situation et c'est pas le froid de l'hiver sans chauffage ou les repas trop légers. Ce qui le hante, c'est le manque de considération, celle du médecin ou du policier qui ne s'adresse pas à son père comme il s'adresse au voisin qui a une belle voiture.

Bernard rêve de plus. Il ne cherche pas à avoir une revanche sur la société, mais il rêve d'avoir de l'influence. Il veut être quelqu'un qui force le respect des gens.

À la fin de l'adolescence, il laisse tomber sa formation d'ingénieur en électrique avant le diplôme. Il sait que c'est pas sa voix. Ce qu'il aime, c'est la musique, le spectacle et les yeux brillants de sa mère quand il se met à chanter.

La toute première fois qu'on croise Bernard Tapis à la télé, on est loin, très loin du personnage qu'il viendra. On est en 1962 et à l'époque, c'est juste un gars de 20 ans qui chante. Son nom de scène ?

Bernard Pie avec un Y parce que ça fait américain. Caran rendez-vous toujours. Je l'attendais.

Il se présente à plusieurs concours de jeunes talents. Il est plutôt bon et gagne même un concours contre le jeune Michel Paul Narv qui démarre sa carrière en même temps que lui. C'est les année il chante l'amour, la jeunesse, reprend des succès américains.

Il sort quelques 45 tours dont il vendra au total près de 10000 exemplaires. Mais le vent tourne et les vents ralentissent. Le jeune Bernard se vexe de cette perte de succès.

Il accuse la médiocrité des titres qu'on lui fait chanter et claque la porte. Il entre alors dans une période où il cherche et pour ça il touche à tout. Il tente sa chance au théâtre sous un autre pseudo Bernard Pascal.

Ça prend pas et le projet est aussitôt avorté. Il atterrit ensuite chez le constructeur Matra comme pilote de course automobile mais lors d'une course, il rate un virage. C'est finalement le hasard qu'il mène à la vente.

Un jour, un vendeur en porte à porte sonne chez lui. Il essaie de lui vendre une télé. Tapis est intrigué mais pas par son produit.

Il le questionne sur ses méthodes de vente et finit par enfiler une veste de costume pour aller faire du porte à porte avec lui. On est en 1963 et la télé n'est pas encore dans tous les foyers. Il faut donc convaincre le client qu'il a besoin de ce produit.

Et là, tapis a une idée assez maline. Il met son stock de téléviseur en près chez de potentiels acheteurs. En fait, c'est même plus vicieux que ça.

Il prétexte vouloir faire une enquête sur les écrans et explique qu'il souhaite les sélectionner pour son panel de testeur. Au bout d'une semaine d'utilisation, vous le voyez venir, quand il revient pour récupérer les téléviseurs, les testeurs insistent pour acheter l'écran. C'est comme ça qu'il explose les chiffres dès son arrivée dans la vente.

L'argent rentre certes, mais surtout il ressent une excitation à faire des affaires. Aussi agréable, si ce n'est meilleur que la scène, il a l'euphorie du deal fraîchement signé. En 1964, à 21 ans, il se marie avec Michel, une femme plutôt discrète qui reste dans son nombre avec qui il aura deux enfants.

Mais Bernard en a marre de vendre porte à porte et décide d'évoluer et de monter ses premières boîtes. Cercle numéro 1, puis club bleu. Le premier est un magasin d'électroménager, le second un groupement d'achat pour comité d'entreprise faillite puis refaillite coup sur coup.

Deux crash test qui auraient calmé n'importe qui mais pas tapis. Il le sait, il avance sans connaître les codes du milieu et chaque coup le mène vers la précision qu'on lui connaît. La cadence est difficile à tenir entre ses rêves d'ascension et une vie de famille qui demande de l'ancrage.

Et en 1973, son couple ne tient plus. Le divorce se fait sans fracas. Les deux ex-épouus se quittent en bon terme et s'efforce de préserver un équilibre sain pour Stéphane et Nathalie, leurs deux enfants de 3 et 5 ans.

Après la faillite de ces magasins, tapis rebondit mais s'apprête à rencontrer son premier accrochage avec la justice. En 1975, à 33 ans, il lance un concept ambitieux, cœur assistance, insamu payant. Le principe est simple sur le papier.

Les malades cardiaques paient un abonnement qui promet une équipe prête à intervenir à toute heure. Tapi n'a que peu de moyens mais il se montre débrouillard et l'idée est innovante, sauf que dans les faits ça marche pas. Retard, moyen limité, promesses trop belles.

Au bout de 3 ans, l'ordre des médecins porte plainte. Verdict, il tombe pour publicité mensongère notamment car sa publicité montre cinq ambulances alors qu'il en possède que trois. Tapis et cop d'un an de prison avec surcis. l'interdiction d'exercer une activité touchant au médical et un rappel brutal que penser hors des clous, ça peut aussi mener droit au tribunal.

Mais c'est aussi avec l'entreprise Digy, une imprimerie centenaire installée à Bretil que les affaires démarrent vraiment. Fin des années 70, la boîte est au bord du dépôt de bilan. Tapi tente un coup, il la rachète pour un franc symbolique.

Pas parce qu'il se prend de passion pour le papier ou l'édition, mais parce qu'il pressent un potentiel. Il n'a pas encore de méthode mais il s'y met, il écoute, il observe, il apprend, il injecte un peu d'argent et beaucoup d'énergie. Et cette fois, ça y est, c'est le véritable tournant.

Tapi a trouvé son truc, la reprise de boîte en faillite. Bernard vise les boîtes qui crament du cache, qui croule sous les dettes et que personne ne veut plus toucher. Il les rachète souvent pour une bouchette pain parce que oui, liquider une boîte ça coûte une blinde.

Alors parfois quand les propriot sont vraiment au fond du gouffre, ils sont prêts à la filer pour ainsi dire gratos à condition que quelqu'un d'autre prenne la patate chaude, les dettes, les licenciements, tout le bazar. Quand il revend l'imprimerie en 1982, il empoche un beau pactol. La méthode sera répliquée des dizaines de fois sur la décennie qui suit et à tous les types d'industrie.

Le prête à porter, l'alimentation, l'électroménager. Son nom commence à se faire connaître dans le milieu des affaires. En 1984, il s'attaque à Wonder, un fabricant de pile.

Il applique sa petite formule et ajoute une pub phare qui reste en tête. Qu'est-ce qui fait marcher d' ? Qu'est-ce qui fait marcher d'apis ?

Il se met en scène lui-même et acquiert une petite notoriété auprès du grand public. Moi, je marche à la vendeur. L'action grimpe, les marchés applaudissent.

L'opinion publique, beaucoup moins. Quatre usines sont fermé, 600 personnes sont virées. Peu de discussions sont menées avec les syndicats et au-delà de l'image de réussite, ce sont les couples dans le personnel et les fermetures que certains retiennent.

Il revend 4 ans plus tard avec un beau profit, acheté 30 millions de francs, Mondeur est revendu 470 millions en 1988. Mais son image en pâtit. Certains syndicats redoutent de voir pointer le nez de sa Rolls-Royce quand leur usine commence à battre de l'aile.

Malgré tout, il fascine. Avant même qu'on lui confie sa propre émission, il est invité dans toutes les émissions du moment, toujours en costard, souvent en duel, jamais en retrait. Il se met en scène pour les reportages tantôt dans les bureaux d'une usine qu'il vient de reprendre, tantôt aux commandes de son jet, laissant entendre qu'il aurait la qualification pour piloter l'engin.

Son côté chame magnétisme. Tapis passe bien à l'écran, ça c'est une certitude. Il se permet même une nouvelle carrière éclair dans la musique.

Il a la win et il veut que tout le monde le sache. Quand TF1 lui confie une émission en prime, l'effet est immédiat. Tapi ne se contente plus d'agiter le monde des affaires, il devient animateur.

Bonsoir, merci d'être avec nous en direct du magnifique palais des sports de Grenoble. Ambition, c'est le nom de l'émission. Le concept est novateur.

Chaque vendredi soir, des jeunes entrepreneurs viennent pitcher et défendre leur projet face à un jury. C'est l'occasion pour Tapi de briller de son expertise et de coacher les participants. Imaginez une version de qui veut être mon associé mais en 86 version Minitel, une mécanique inédite à la télévision française.

Aux États-Unis dans les années 2000, un certain Donald Trump jouera lui aussi les juges impitoyables. Même énergie spectaculaire, même ego surdimensionné mais sans inspiration directe. Papy et Trump incarnent chacun dans leur pays la figure du businessman flamboyant obsédé par la réussite et l'image.

Mais Ambition ne dure que cinq numéros. Pour la haute autorité de l'audiovisuel, l'émission mélange animation et parrainage en compromettant son objectivité. Il y a conflit d'intérêt.

Pour cette raison, le CSA coupe le robinet et arrête l'émission. Mais c'est trop tard, le personnage est déjà lancé. En quelques années, Tapis est passé du fond du panier à l'affiche en grand format.

Un businessman qui joue les sauveurs d'usine. Un chaman qui vend du rêve en direct. Un stratège capable de flairer une opportunité dans une marque au bord du gouffre et de transformer un franc en des centaines de milliers.

Et si on l'aperçoit punchy et dynamique dans l'émission populaire de Véronique et Davina, c'est que monsieur s'entraîne depuis qu'il a commencé les affaires. Il s'essaye au sport en amateur dès qu'il en a l'occasion. Il s'entretient et ça lui permet de relâcher la pression.

En même temps, il vient de racheter l'enseigne de nutrition saine, la vie claire et son apparence est devenue un enjeu, voir une vitrine. Toujours dans le sport, il rachète Look, une petite boîte de fixation de ski sur le point de caler. La boîte, pas les skis.

Tapis, il l'arrêté oriente vers le vélo et Paris sur une idée de niche, la automatique. Vous voyez les attaches de chaussures là pour clipser les bottes sur les skis ? Bah c'est tout pareil mais sur une de vélo.

À l'époque les vélos pro sont équipés de pédales à l'asset long à enfiler et dangereux en cas d'accident parce que le coureur a littéralement les pieds ligotés sur son engin. Et pour promouvoir cette technologie, quoi de mieux que de créer sa propre équipe pour le Tour de France. En 1984, il lance une équipe de cyclistes moderne à son image.

Et quand on dit à son image, on veut dire à celle de ses marques. L'équipe est nommée Lavicla comme sa chaîne de magasin. Cette équipe, c'est son meilleur coup marketing.

Dès la première saison, il frappe fort. Bernard Ino, quintuple vainqueur du Tour de France, rejoint l'équipe après avoir claqué la porte de Renault. Et dans sa roue, Greg Lemont, un jeune américain au mental de killer qui deviendra le premier non européen à gagner le tour.

Il signe un contrat record, 1 million de dollars sur 3 ans du jamais vu dans le cyclisme. Au point de créer un précédent, les salaires des autres coureurs qui dépassent rarement les 5000 dollars à l'année vont grimper en flèches les années suivantes. Tapi change les règles.

À ce moment-là, le cyclisme, c'est encore un sport à l'ancienne avec des maillots en laine, des casquettes vissées, l'ambiance vieux monde. Mais dans le ploton, ces coureurs sont de véritables OVNIS. Il impose les premiers cadres de vélo en carbone, les cardiofréquenemètres, les sponsors privés à l'américaine.

En coulisse, c'est lui qui pousse à l'usage des pédales automatiques de chez Look, même le maillot à l'allure futuriste inspiré du célèbre tableau de Mondrillan devenu culte. Et sur la route, c'est le succès immédiat. Ino gagne le tour en 1985, le Mont lui succède en 1986.

Pour la médiatisation, les deux coureurs se tirent la bour, chacun convaincu d'être le nouveau champion. Et tapis, lui, orchestre leur rivalité dans l'ombre. scénarisant lejoute.

Il a transformé un sport de força en vitrine business. C'est une belle victoire pour les coureurs mais c'en est une gigantesque pour tapis. Look explose en valeur.

Racheté pour 1 franc, elle est revendue pour l'équivalent de 80 millions d'euros actuels en 1988 du grand tapis. Et il faut croire que cette introduction au monde du sport lui a donné fin. Tapi a 43 ans quand il décide de s'attaquer à un plus gros morceau.

Et ce morceau, c'est pas un produit, c'est pas une boîte, c'est un club mythique, l'Olympique de Marseille. Dans combien de temps l'OM sera ce que vous le souhaitez ? Le plus vite possible.

Quand Tapis débarque à l'OM en 1986, le club est à la dérive. Plus grandchose dans les caisses, pas grand-chose sur le terrain. Mais ça tombe bien, il adore quand c'est bancal.

Il flaire le potentiel. Sauf que là, c'est pas juste une entreprise à renflouer, c'est une ville entière et des supporters à faire rêver. Et Tapi va y aller à fond.

Il va pas seulement recruter des joueurs star, il va recruter un encadrement digne de ce nom. Et pour se faire, il tape directement dans les équipes d'encadrement de l'équipe de France. Michel Hidalgo, l'ancien sélectionneur national, devient leur directeur sportif.

Gérard Bid, ancien entraîneur adjoint, prend le banc comme entraîneur. Des hommes de confiance pour un projet de jeu carré et un recrutement de joueurs calibré. Pas question d'improviser, il vient taper dans les meilleurs du championnat.

Amoros, Tigana, Papin, des légendes de l'équipe de France. Des joueurs qui savent gérer la pression et qui savent gagner. Le plan est clair.

Bâtir un noyau dur avec de l'expérience et du caractère autour duquel il installe des étoiles montantes convoitées par tous les grands clubs de France comme Didé Deschamps et Basil Bolly. Mais tapis ne veut pas juste briller en France, il veut mettre l'OM sur la carte du foot européen. Alors il frappe un grand coup.

Chris Waddle, star de Tottenham, joueur vedette en Angleterre. C'est un transfert extrêmement ambitieux. Officiellement son salaire reste dans les clous.

Environ 150000 francs par mois. Sauf qu'en coulisse, c'est une autre histoire. Officiellement, la banque fait entrer Robert Louis Drefus pour financer l'opération.

La société Testu, une entreprise de Balance dont Tapis et l'heureux propriétaire, prête discrètement 21 millions de francs à l'OM. Une manœuvre habile mais risquée et absolument illégale. Le directeur général de l'entreprise Testu filiale de Bernard Tapi Finance a déposé plainte contre Bernard Tapi et Felous PDG de PTF pour abus de biens sociaux et trafic d'influence.

Mais ça chute parce que ça sera pour plus tard. Pour l'instant la mise en vaut la chandelle en quelques saisons, c'est le décollage. Quatre titres de champion de France, une coupe de France.

Oui, d'ailleurs c'est deux trucs différents. Il y en a un, c'est les championnats de France et l'autre c'est la coupe de la Ligue. Deux finales de Ligue des Champions qui est aussi un autre truc.

Du coup, je suis pas le foot. Et surtout la victoire de la Coupe d'Europe en 93. L'OM devient le premier club français à régner sur l'Europe.

Le vélodrome explose. La ville entre en trans et Tapi devient une légende vivante. Il s'est pas contenté de gagner, il a changé les règles du jeu à Marseille.

Comme il l'avait fait dans le cyclisme, il professionnalise les coulisses et même ceux qu'il déteste doivent l'admettre. Sans lui, l'OM ne serait jamais monté aussi haut. Il est partout dans les vestiaires, sur les plateaux, dans les journaux.

L'OM, c'est lui. Affaires, sport, télévision, difficile d'imaginer au milieu de ce tourbillon une vie de famille stable. Pourtant, il y parvient.

Il retrouve l'amour auprès de Dominique Mialé Damianos. Elle était secrétaire et traductrice chez Wonder et l'accompagne depuis plusieurs années dans les affaires comme en privé. Il se marie en 1987.

Ensemble, ils ont deux enfants, Laurent et Sophie et forment un couple solide qui résistera à toutes les tempêtes jusqu'à la fin. Et comme si tout ça ne suffisait pas, à la fin des années 80, le propriétaire victorieux de l'OM, fraîchement remarié, se lance dans un nouveau défi. C'est son arc politique qui commence.

Il entre en politique sous les couleurs de la majorité présidentielle de Mitteran, mais pas du Parti socialiste dont le président est issu. Non, tapis refuse les étiquettes. Député de gauche, milliardaire assumé, sans ancrage, partisan.

C'est un OVNI total. Mais pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter un tout petit peu. On est 10 ans plus tôt, en 1981 et l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée est un petit séisme politique.

Pour la première fois sous la 5e République, un président de gauche décroche le pouvoir. Ambiance changement d'époque avec une avalanche de réforme, retraite à 60 ans, peine de mort abolie. Semaine de 39h, nationalisation des banques.

Le virage à gauche est net et historique. Mais l'uphorie se heurte vite à une crise économique brutale, forçant la gauche à la rigueur. En 1986, le pays bascule dans la première cohabitation de la 5e République.

Jacques Chirac s'épuise à Matignon pendant que Mitteran prépare son retour en se plaçant au-delà de la mêlée. Pour sa campagne de réélection en 1988, Mitteran s'appuie sur le génie du publicitaire Jacques Segela. Après avoir imposé la force tranquille en 81, façonne le mythe de la France unie, troquant la rupture idéologique pour une image de stabilité rassurante.

Entre Segela, maître du récit et un Bernard Tapi au sens iné du spectacle, le courant passe immédiatement. Il partage le même culte de l'image et du storytelling politique. Le 8 mai 1988, Mitteran est réélu.

Il gagne à 54 % contre Shiraak. Une victoire nette et une première. Le tout premier président de la 5e République a rempilé pour un second mandat.

L'Assemblée est dissoute et les législatives sont lancées. C'est le moment où Bernard Tapi rentre en jeu. Marseille, c'est son terrain mais le Front National commence sérieusement à y monter, surtout dans les quartiers populaires du nord, là où la gauche ne fait plus le jeu.

Il faut un autre style de joueur, une figure hors partie médiatique et populaire. Quelqu'un qui peut parler aux ouvriers, pas un type qui cite Marx. En costume mais avec le ton des quartiers.

Tapi secoue les vieux partis, par le cache, bouscule les notables et va chercher les voies là où plus personne ne va. Soutenu officiellement parmian, mais en électron libre, il affronte le FN sur son propre terrain sans langue de bois. Tapi parle aux oubliers.

Il s'adresse frontalement aux électeurs tentés par le FN et il marque des points. Battu de justesse par Guitessier, un élu de droite bien ancré. La partie semble perdue mais l'élection est annulée pour irrégularité.

Janvier 1989, le peuple est rappelé aux urnes. Cette fois, Tapis ouvre le score dès le premier tour et au second, il l'emporte. 50,9 % des voix.

Même Méron est bluffé. Tapi est élu député de la 10e circonscription des bouches du Rône sous la bannière de la majorité présidentielle. À l'image de son élection, son mandat reste sur le temps du terrain.

Il ira même jusqu'à faire installer une antenne de télévision à Vafrège à la sortie de la ville où des Marseillais étaient privés de réseau. Il paye l'antenne et l'installation de sa poche. Une opération à grand spectacle avec hélicoptère pour déposer le pyone.

Certains y voi un paternalisme de patron, d'autent pour lui reprocher son absence sur les bans de l'Assemblée. En décembre 1989, il marque un coup d'éclat. Là où la gauche dresse un cordon sanitaire et refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen, TF1 lui trouve son opposant tout désigné sur le ring, Bernard Tapi.

Contrairement au reste de la classe politique, il estime nécessaire de confronter les idées contraires au siennes et surtout il estime dangereux de laisser seul Le Pen en situation de monopole médiatique. C'est pas parce que vous affirmez fort quelque chose que ce que vous dites est vrai. Face au chef du Front National, il dégaine son franc parler, démonte point par point ses discours xénophobes, le tout sans aucune note mais avec culot et conviction.

Tapi gagne en crédibilité auprès d'une partie de la gauche et des classes populaires. Certains critiquent une opération de communication mais le débat marque durablement les esprits. Ce duel médiatique le propulse comme figure de la lutte anti FN à contre-courant du silence stratégique de la gauche traditionnelle.

Avril 92, Mitteran renvoie le gouvernement d'Edit Crresson devenu impopulaire. Le moment du remaniement a sonné. Monsieur Tapi devient monsieur le ministre de la ville dans le gouvernement Bergavois.

Tapi soutient les assauts de terrain, pousse pour des projets locaux et tente de lancer des chantiers de rénovation urbaine. Il veut du concret, du changement visible, du boulot pour les jeunes et de la dignité. Il commence une esquise d'un équivalent de la police de proximité.

Mais entre un mandat très court, des moyens limités et un contexte politique compliqué, il n'a pas vraiment le temps d'imprimer sa marque sur les services publics. Ça et là, les rumeurs montent. Les chefs de cabinet chuchotent dans les bureaux des différents partis.

Le cheval fou qui énerve les vieux éléphants du Parti socialiste commencerait à être président. Tapi dément toute intention. Il est d'ailleurs pas encarté au PS mais le peuple le connaît, l'apprécie et à gauche, certains pourraient le suivre sous n'importe quelle bannière.

Mitteran a besoin d'un profil solide pour la relève. Fabius, Jospin et Rocard se disputent le trône et n'aime pas voir le petit nouveau faire du bruit. De l'autre côté du tableau politique à droite, il dérange aussi.

Il défend une vision libérale de l'action sociale. Il vient flouter les frontières politiques et le débat pourrait s'avérer compliqué face à un patron qui explique qu'on peut faire tourner à la fois les entreprises et les politiques sociales. Mais on en reparlera.

Tapis lui a d'autres chats à fouetter. À peu près à l'époque où il se lance en politique, un autre rêve se présente à lui, le rachat d'une entreprise qui fait briller les yeux de l'industriel depuis toujours, Adidas. Mais pour expliquer tout ça, je voulais pas être tout seul.

Alors, j'ai fait appel à Mathias Bacino, expert en finances et ambassadeur de Trade République, qui sponsorise cet épisode. Bernard Tapi, n'en est pas à son coup d'essai dans l'équipement sportif. Et aussi étonnant que ça puisse paraître aujourd'hui, depuis la fin des années 70, Adidas est en crise.

Jadis au sommet du monde du sport, la marque allemande peine face à la remontée de Nike Eribock. Elle a perdu son avance, son image s'est figée et ses ventes déclinent. Tapi propose 1,6 milliards de francs aux héritiers de la marque, soit l'équivalent de 245 millions d'euros actuel.

Ça paraît énorme, mais pour acquérir une entreprise comme Adidas, c'est plutôt une oben. Surtout quand on sait qu'Adidas est valorisé à 31 milliards d'euros en bourse en 2025. Quoi qu'il en soit, 1,6 milliards de francs, même pour le milliardaire industriel, c'est une somme énorme et surtout une somme qu'il n'a pas pour financer le rachat.

Il fait alors appel à ce qu'on appelle un consortium de banque, aussi appelé un pool bancaire. En gros, pour emprunter une telle somme, il est courant d'étaler le risque sur plusieurs banques. La banque qui pilote tout ça et sa banque habituelle, le Crédit Lyonnais, et elle prête l'équivalent de 31 % de la somme totale.

Le reste est réparti sur des banques allemandes et japonaises. Le 7 juillet 1990, Bernard Tapis Finance, la société holding de Bernard Tapi, devient officiellement propriétaire d'Adidas. Merci Mathias.

Vous en connaissez beaucoup vous, des partenaires qui se déplacent pour vous expliquer de façon très simple leur expertise ? Bah, c'est hyper représentatif de sa banque Trade République qui se distingue depuis des années par sa transparence et sa facilité d'utilisation. D'ailleurs, c'est pour ça que je suis client depuis la première heure.

On vient de parler du rachat d'Adidas par Bernard Tapi et il est certain qu'au sommum de sa gloire, le mec se serait clairement intéressé à Trade République pour investir. Déjà, c'est la seule banque qui permet d'offrir des actions à sa famille et à ses amis à Noël. Et je suis sûr que c'est le genre de cadeau qu'on peut s'attendre à recevoir de Bernard Tapis.

Quand on sait que l'action Apple fait X 8 sur la même période où le prix de l'iPhone fait seulement x 2, on aurait tort de s'en privé. Pourquoi acheter l'objet quand on peut carrément posséder une action de la marque qu'il produit ? Trade Republic, c'est l'appli idéal pour acheter et vendre des actions de façon simple et intuitive.

Vous pourrez vous aussi faire comme Berdar Tapis et investir dans Adidas. En plus, il y a aucun frais d'ouverture. Ils vous demanderont pas d'argent pour la tenue de compte.

La seule chose qui soit argent, c'est ma superbe carte miroir Trade République. Via mon lien en description, vous recevrez 20 € en ETF pour toute ouverture de compte. Comme toujours, merci à Trade Republic pour leur soutien précieux et nous, on retourne explorer la vie trépidante de Bernard Tapi.

Tapi, il dit lui-même Adidas a 47 ans, c'est l'affaire de sa vie. Dès sa prise de contrôle, le plan est clair. Délocaliser la production, rajunir l'image et restructurer en profondeur.

Il confie même la création d'un nouveau logo à Rob Stracer, une ancienne pointure de chez Nike. Blague par rapport aux chaussures. Mais les trois bandes, elles restent et deviennent plus que jamais le signe de reconnaissance mondiale de la marque.

Mais tout ça a un prix. 500 millions de francs investis dans la relance qui viennent s'ajouter au 2,1 milliards déjà empruntés pour l'achat. Un paris risqué mais payant.

Pour la première fois depuis 10 ans, Adidas repasse dans le verre et est de nouveau sur le bon chemin. En avril 92, on l'a vu, tapis entre gouvernement. Mais Mitteran pose une condition.

L'industriel doit se défaire de toute situation pouvant le mener à une prise illégale d'intérêt. En gros, être propriétaire d'une grosse compagnie peut entrer en conflit avec sa position de ministre. Il doit donc dire au revoir à la gestion de ces entreprises.

Il tient à ses entreprises mais l'effervescence politique dans laquelle il a mis les pieds semble animer encore davantage. Sur le long terme, l'entrepreneuriat ça ne représente plus une fierté. Il faut autre chose.

Le combat contre Le Pen, c'est pour son grand-père, l'ancien délégué syndical de la SNCF au Bourget qui n'avait aucun attrait pour l'argent ou l'opulence, surtout si ça suppose de fermer des usines pour l'obtenir. Défendre les gens, ça a du sens. Bien sûr, Tapis a gagné de l'argent et il est loin de s'en cacher.

Il justifie ce qu'il a amassé en disant que là où un athlète qui réussit gagne des médailles, un bon auteur peut gagner un concours, un pizzer ou un Nobel, l'entrepreneur, lui, son marqueur de réussite, c'est de gagner de l'argent. Mais tout ça a de moins en moins de sens. Pour Tapis, c'est le moment de clore un chapitre pour en commencer un autre.

Adidas s'est lancé et se redressera. Il en a la certitude. Malgré tout, les fraises engagés sont colossaux.

Au point qu'en 1993, Tapis est en cessation de paiement de son emprunt. Il décide de tout vendre, absolument tout. Il confie l'opération au Crédit Lyonnais, sa banque de toujours avec qui il a bâti l'ensemble de son empire, le poussant à poser les briques les plus honnêtes comme celles qu'ils sont moins en somme toujours dans le bon coup.

Quoi qu'il en soit, ici le plan est clair. Revendre Bernard Tapi Finance, la maison mère avec Adidas, son joyau tout juste acquis et puis le reste boîte par boîte. Adidas est fixé à 2,08 milliards de francs.

Pour le reste, les ventes se feront au cas par cas. L'objectif est simple. D'abord, rembourser les 3 milliards qui doit à la banque.

Ensuite, se constituer une sorte de fond de gestion, en gros un portefeuille d'action dans des entreprises où il resterait minoritaire. Comme ça, il garde un pied dans le business sans que ça entre en collision avec son poste de ministre. Il reste dans les clous tout en touchant une rente confortable.

Le 15 février 1993, Adidas s'est officiellement revendu à un groupe d'investisseurs et en parallèle la vente progressive de la maison est lancé. 2 milliards pour une paire de basket. Bernard Tapi a vendu à ce prix ce qu'il appelait l'affaire de sa vie.

Le plan est carré, tout roule et en mai 93, Bernard Tapis semble au sommet de chacun de ses royaumes. Sa galaxie d'affaires se porte bien. Adidas renaît sous son plan de gestion.

L'OM décroche la Ligue des Champions en battant le Milan AC grâce à un but de Basil Boli pourtant blessé. Sur le plan politique, sa trajectoire est tout aussi ascendante. Aux législatives de mars 1993, malgré le contexte national défavorable à la gauche, Bernard Tapi est réélu député de la 10e circonscription des Bouches du Rô et évidemment Tapi nourrit des ambitions encore plus grandes.

Il envisage de se présenter à la mairie de Marseille mais le succès ne dure qu'un temps. Dans les mois qui suivent, l'horizon se charge de nuage. Quelques affaires mineures apparaissent qui pourraient presque passer pour de simples incidents de parcours.

Pourtant, ce ne sont que les prémises de la vraie tempête. Celle qui fera vailler l'homme et ternira son image pour toujours est encore à venir. Tout commence avec une vieille histoire déterrée par un opposant politique.

Le député de l'opposition, ancien associé ponctuel, trouve l'occasion de jouer avec une règle que Mitteran applique à son gouvernement. Un ministre mis en examen doit démissionner. Il attaque donc Tapi en justice en 92 et le temps que le nom soit prononcé, Tapis est privé de son ministère pour 5 mois.

Comme on l'a dit à droite, comme dans son propre camp, son côté présidential dérange et c'est étrangement à partir de là que la justice commence à s'intéresser de près à tapis, notamment à partir de mars 93 à travers sa société de balance Testu. Une opération retient l'attention. Vous vous souvenez, on l'avait mentionné, un prêt non déclaré de 21 millions de francs à l'Olympique de Marseille encadré par le Crédit Lyonnais quand on vous disait qu'ils sont toujours dans les bons coups pour finaliser le transfert du joueur anglais Chris Waddle.

En décembre 93, son immunité parlementaire est levée. Tapi est alors mis en examen pour abus de biens sociaux. Et une autre affaire tombe à propos d'un match joué plutôt dans l'année.

Juste avant la finale de la Ligue des Champions contre Milan, l'Olympique de Marseille doit affronter Valencienne, mais pour le championnat de France moins important, les Marseillais veulent arriver frais au match de leur vie qui a lieu 3 jours plus tard et dont on vient de voir le but de Basil Bolly. Bref, pour mettre toutes les chances de leur côté, Tapis veut éviter les blessés et trois joueurs valenciennois sont approchés. On leur demande discrètement de lever le pied.

De toute façon, les jeux sont déjà faits pour Valencienne et ce match n'a que peu d'enjeux dans les résultats ni de la Coupe de France ni de celle d'Europe. Alors, des sommes conséquentes sont livrées en espèce aux femmes des trois joueurs. Mais l'un d'eux, rongé par la culpabilité parle quelques mois plus tard.

Le scandale éclate. Descente de police, enquête, procès. Tapis se retrouve sur le banc des accusés pour corruption.

Si l'OM garde son titre de champion d'Europe, celui de champion de France est annulé par la Fédération. L'erreur d'G qui lui fit sur l'armure et lui coûte cher, très cher. Une partie des supporters se détourne de lui, blessés par l'ombre jetée sur leur victoire européenne.

Certains joueurs lui en veulent d'avoir terni leur exploit, d'autres s'éloignent en silence. Dans les tribunes, comme dans les rues de Marseille, le mythe se craquelle. Le pape de l'OM devient un pape déchu.

Des années plus tard, Tapi avour regretté amèrement cet épisode, le qualifiant de véritable faute de sa carrière et à ses yeux du seul moment où il a agi en homme malhonnête. Pourtant, ce séisme n'est que le prologue de sa chute, car si l'eau probre est immense, elle n'est rien face au mur qui se dresse désormais devant lui. Malgré son bagou et sa gloire passée, Bernard Tapi s'apprête à être broyé par l'affaire de sa vie, un dossier qui va l'écraser et le torturer pendant 30 ans.

En 1993, donc Tapis revend Adidas pour un peu plus de 2 milliards de francs via le Crédit Lyonnais. Mais quelques mois plus tard, il découvre que la banque a revendu Adidas discrètement pour quasiment le double, soit une plus-value de plus de 2 milliards de francs qu'il ne verra jamais. Pour lui, c'est clair, le crédit lyonnais, sa propre banque l'a roulé dans la farine.

Officiellement, la banque fait entrer Robert Louis Drefus, un homme d'affaires milliardaire fran-suisse dans le pool d'acheteur en 93 avec une part modeste, 15 % du capital de l'entreprise. Mais ce que Tapi ne sait pas, c'est que cet accord cache un montage bien plus complexe. Dans les coulisses, le Crédit Lyonnais pilote l'opération.

Une bonne partie de ce pool d'acheteur est en fait constitué de la banque elle-même à travers une série de sociétés et de comptes offshore installé au Luxembourg et dans des paradis fiscaux dont Tapi n'a aucune connaissance. Et surtout, Drefus dispose dès le départ d'une option d'achat secrète auprès de la banque qui lui permet de racheter l'intégralité d'Adidas à prix fixé entre la banque et lui au moment de la signation du contrat dans un délai de 2 ans. En décembre 94, il utilise l'option d'achat.

Alors, vous me direz où est le problème ? Et ben, le problème c'est le prix. La banque a revendu à Drifus le double du prix que Tapi a lui-même touché et la plus-value, environ 2,3 milliards de francs, atterrit dans les caisses du Crédit Lyonnais.

Tapis lui n'enverra pas un centime. Or la banque était mandatée pour vendre le bien de Tapis, pas pour le racheter et le revendre plus cher. Alors finalement dans l'histoire, Robert Louis Drifu s'est aussi fait avoir, mais il reste plus que gagnant et fera 1,7 milliards d'euros de plus-value.

D'ailleurs, ça semble lui avoir donné des idées parce qu'en 96, il va racheter l'OM avant de se rendre compte que c'est pas aussi simple que ça en a l'air de faire gagner une équipe. Deuxième point d'intrigue, une note interne. La justice est persuadée que tapis a des comptes cachés, si bien qu'elle cherche dans tous les recoins, ce qui l'amène à faire des saisis documents au Crédit lyonnais.

Elle ne trouvera jamais aucun compte caché appartenant à Tapis, mais elle exume une note qui va confirmer les doutes de Tapis. La note datée d'octobre 92, soit plus de 3 mois avant la signature officielle du mandat de vente d'Adidas est rédigé par un cad de la banque à l'attention de sa direction. Et ce qu'elle décrit, c'est tout simplement le plan de revente dans ses moindres détails.

On y dit noir sur blanc que la valeur d'Adidas est bien supérieure au prix proposé à tapis, que l'opération sera portée via des sociétés offshore étanches avec au moins deux niveaux d'intermédiaires pour masquer l'implication directe de la banque et surtout que Tapis n'aura aucun recours judiciaire. Pourquoi ? Bah parce que c'est Bernard Tapi Finance sa propre holding qui pourrait théoriquement être laisé.

Et une fois cet holding absorbé par des structures liées au Crédit Lyonnais, plus personne pour réclamer quoi que ce soit. Les avocats de la banque plaident d'une autre lecture. La note est une simple note de prudence destinée à protéger la valeur de l'actif, sous-entendant que ça pourrait avoir des répercussions négatives pour Adidas d'être sous-évalué.

Quoi qu'il en soit, la banque est coupable de deux choses. Elle ne prévient pas son client qu'il peut vendre bien plus cher et surtout elle agit à la fois comme mandataire et comme acheteuse. Et justement pour se faire, une occasion en or se présente.

En chargeant la banque de vendre ses actifs pour régler sa dette, Tapis accepte de laisser une garantie en contrepartie. Il met ses biens personnels en jeu, meuble, tableau, objet d'art. C'est une procédure banale, mais il tarde un peu trop à fournir les estimations des biens exigés par le contrat.

Le Crédit Lyonnais saute sur l'opportunité. Ses papiers étant manquants, la banque considère que le contrat est rompu et lui réclame imico l'intégralité de ses dette, près de 1,6 milliards de francs. Or, le plan initial prévoyait que la vente des entreprises de Bernard Tapi seulderait l'ardoise.

Le 18 mai 1994, elle opère une saisie de ses biens. Des huissiers débarquent chez Tapis, font l'inventaire de l'intégralité de ses biens et repartent avec ceux estimés non nécessaires à son quotidien. C'est un balai d'une trentaine de camions qui vont faire des allers-retours pour vider son hôtel particulier pendant toute une journée.

Décembre 94, coup de massu. Le Tribunal de commerce déclare la faillite de son entreprise. Tout s'effondre.

Plus de fortune, plus d'affaires, plus rien. Tapis et ruiné. La banque met ses biens personnels en vente publique et une horde de 2000 curieux se précipitent pour visiter sa résidence.

L'affaire est loin d'être limpide. Certains indices semblent donner raison à tapis, d'autres à la banque. Premier point d'intrigue, la vitesse inhabituelle avec laquelle tout s'enchaîne.

Trop rapide pour un simple défaut administratif, le délai entre la saisie conservatoire de mai et la liquidation judiciaire prononcée en décembre 94 est exceptionnellement court et bien en de ça des standards habituels dans ce type d'affaire. Plusieurs sources évoquent d'ailleurs des pressions exercées sur les juges. D'abord pour autoriser la saisie puis pour hâter la procédure.

Officiellement, rien n'est confirmé. Vous vous en doutez, tapis tente bien de contre-attaquer. Avec ses avocats, il conteste la saisie, la rupture du protocole et la mise en faillite.

Mais la tâche va être loin d'être simple. Le Crédil Lyonnais, c'était sa maison, son fief, ses banquiers, ses conseillers, ceux qui ont piloté ses affaires pendant des années. Certains d'entre eux sont même au conseil d'administration de ces entreprises et se retrouvent à devoir se défendre sans eux et contre eux.

Et en face, l'adversaire connaît ses sociétés et tout son jeu parfois mieux que lui. Résultat, sa reposte prend du temps, trop de temps. Quand sa défense s'organise enfin, le coup prêt est déjà tombé.

Il n'a plus qu'une option, faire appel. Mais cette procédure est longue et du côté du Crédonnais, la ligne est claire. Tout était contractuel.

Tapi n'a pas respecté ses échéances. Point final. Il a validé le prix de vente d'Adidas noir sur blanc et pire avant ça, il avait même tenté de revendre à Ribop pour moins sans succès.

C'est lui qui a choisi de se consacrer à la politique et de vendre rapidement et à ses risques. Et c'est pas comme s'il ignorait le potentiel de rebond d'Adidas. D'après eux, il connaissait sa valeur.

Pour l'ensemble de ces démêlés judiciaires, Bernard Tapi accumule les condamnations. Amende, prison avec surcis et prison ferme. Il écope au total de plus d'un an de détention.

En décembre 94, la chute se poursuit avec sa faillite personnelle. Ruiné, sans actif ni entreprise, il perd non seulement ses biens, mais aussi ses droits civiques. En droit français, la fite personnelle entraîne l'inéligibilité.

Par ailleurs, sa condamnation pour abus de biens sociaux s'accompagne d'une interdiction de gérer toute société pendant 5 ans. La Fédération de football français annule sa licence de gestion de club. Un triple coup d'arrêt à ses ambitions politiques, entrepreneuriales et sportives.

Tapi perd tout. L'homme de 51 ans perd sa fortune, son club, sa place en politique et même sa liberté. Il passe de sa place au Parlement au Jules d'une prison.

Finalement, en 97, il passera 8 mois derrière les barreaux obtenant une réduction de peine pour bonne conduite. Le choc est brutal. Dès le trajet vers la prison, il s'effondre dans le fourgon en apercevant à travers la vitre son fils Stéphane, 26 ans, les yeux noyés de larme.

Les premiers jours sont les plus rudes. Les pensées suicidaires s'invitent insidieuses. Chaque matin, il se réveille avec la même bataille à mener, tenir.

Dans les trois thèses de sa cellule de 9 m², il repousse l'appel du vide encore et encore pendant 165 jours. Dehors, certains crient à la purge politique. Une dégringolade bien organisée contre un homme devenu gênant.

Tapi lui parle de complot et il est pas le seul. Plusieurs élus, journalistes et avocats prennent sa défense pendant que tapis vastille, le Crédit Lyonnais s'effondre. Après une décennie d'investissement hasardeux et de paris opaque, la banque publique frôle la faillite en 1994, révélant un gouffre financier de 15 milliards d'euros dissimulés dans des structures de l'ombre.

Pour stopper l'hémorragie et sauver l'économie française, l'État sort le grand jeu en 1995. Il crée le CDR, une structure de défaisance chargé d'isoler et de liquider ses actifs toxiques. 10 ans avant la crise mondiale des subprimees, la France invente sa propre machine de sauvetage pour éponger les dérives d'une banque devenue hors de contrôle.

Pour Bernard Tapi, le décor change radicalement. En face de lui, ce n'est plus seulement une banque qui vaille, c'est désormais l'État français. L'affaire Adidas bascule et s'apprête à devenir un scandale d'état tentaculaire, changeant de nom au gré des ministres et des rebondissements de l'arbitrage à l'affaire Tapi La garde.

Ce n'est plus un simple litige, c'est le début d'un marathon politique et financier qui va marquer l'histoire. La justice prend son temps et quand Tapis pense enfin toucher au but, on lui annonce le passage de son dossier aux mains de la structure qui reprend les dossiers du Crédit Lyonnais, une structure de l'État. Les procédures doivent être prises à zéro des années de procédure en volée.

En parallèle du séisme judiciaire, Tapis opère un virage inattendu. Il revient à ses premiers amours, la comédie. À 54 ans, il crève l'écran chez Claude Lelouche avant de brûler les planches au théâtre, salué par la critique d'en vol au-dessus d'un nid de coucou.

Le véritable feuilleton se joue en coulisse, là où la politique et les affaires s'entremêlent. Face à l'État, Tapi change son fusil d'épaule en 2007 après l'élection de Nicolas Sarkozy. Tapi réclame un arbitrage privé et l'obtient.

Alors que l'État n'a objectivement aucun intérêt à lui faciliter la tâche, le nouveau pouvoir en place change la donne. Contre toute attente et la vie de ses propres service, la ministre de l'économie Christine Lagarde donne son feu vert. Ce choix est d'autant plus troublant que Tapi, ancien homme de gauche, affiche désormais une proximité suspecte avec le nouveau président, multipliant les rendez-vous à l'Élysée après lui avoir apporté son soutien politique durant la campagne.

Ce rapprochement semble porter ses fruits. Verdict ! 403 millions d'euros d'indemnisation dont 45 millions rien que pour le préjudice moral.

Et qui pai ? L'État, autrement dit le contribuable. Mais 3 ans plus tard, nouveau décor, nouveau gouvernement, nouvelle ligne.

L'État, cette fois sous la présidence Hollande, dépose plainte contre Tapis, les juges de l'arbitrage et Christine Lagarde. L'arbitrage serait truqué. La justice civile reprend donc le dossier et en 2015, le coup prêt tombe.

La cour d'appel de Paris annule tout. L'arbitrage est qualifié de simulacre entaché de fraude. Conséquence directe, Tapi, considéré comme victime 7 ans plus tôt doit rembourser les 403 millions.

Il fait appel. Mais pendant ce temps, une autre tempête se lève car la justice pénale, elle aussi entre en piste. Les enquêteurs creusent et tombent sur des connexions financières troubles entre Tapi et Pierre Estou, l'un des trois médiateurs de l'arbitrage donnés 7 ans plus tôt.

Et selon les juges, c'est Estou qui a le plus pesé pour défendre Tapis. Sauf qu'il aurait caché ses relations passées avec Tapi et toucher en parallèle des rémunérations indirectes. Un détail va d'ailleurs confirmer leur proximité.

Chez Estou, on retrouve un livre dédicacé par Tapis. À l'intérieur, dans une mention datée de 1988, bien avant toutes les affaires, celui-ci lui affirme son infinie reconnaissance. Méia Part enfonce le clou en révélant que Estou a déjà été employé par tapis.

Au moins deux missions juridiques payées bien avant l'arbitrage. L'une pour un recours judiciaire, l'autre pour un litige fiscal autour de Bernard Tapi Finance 30 ans plus tôt. Résultat : Tapi, Estou et plusieurs anciens repreneurs du Crédit Lyonnais sont mis en examen pour escroquerie en bande organisée.

Christine Lagarde, elle échau poursuites ne conservant que le statut de témoin assisté dans ce qu'on appelle désormais l'affaire de l'arbitrage Tapis. Une issue clémente qui ne freine en rien son ascension. En 2011, malgré la controverse, elle est nommée directrice générale du Fond Monétaire international, poste qu'elle occupera jusqu'en 2019 avant d'être élu en novembre de la même année, présidente de la Banque centrale européenne.

Comme si l'affaire n'avait jamais existé. En 2019, le tribunal relaxe tapis en première instance. Le système est reconnu trouble et pas de preuve directe contre lui.

En appel, 2 ans plus tard, tout change. Estou et ses confrères sont condamnés à verser 403 millions d'euros. Tapis lui, ne verra jamais ce dénouement.

Il meurt le 3 octobre 2021 à 78 ans des suites d'un cancer de l'usophage et de l'estomac diagnostiqué dès 2017. Le rideau tombe. Bernard Tapi n'est plus mais le personnage mélange de passion, de culot et de scandales aura marqué l'histoire récente de la France.

Il aura tout été. tout hanté souvent contre tous laissant de lui l'histoire d'un homme qui s'est battu jusqu'au bout quitte à tout perdre pour jouer la partie jusqu'à la dernière minute.