Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Monde (sur YouTube)· 18 février 2024 8 min

Pourquoi l'Ukraine manque de munitions face à Poutine

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

En 2 ans de conflit en Ukraine, la guerre est passée de ça. À ça. Une ligne de front presque figée où aucun des 2 camps, côté Ukrainiens ou russes, n'a l'avantage.

C'est ce qui s'appelle un blocage tactique. Dans ce cas, l'arme privilégiée des soldats, c'est celle-ci, l'artillerie. Ce sont des échanges de feu dans le but de diminuer la capacité de résistance des fortifications adverses pour en faciliter la prise, donc la progression territoriale.

Mais l'armée ukrainienne fait face à un problème d'envergure. Alors qu'au printemps 2023, le rapport de puissance de feu était seulement de 2 pour 1 contre les Ukrainiens, il est passé à plus de 10 pour 1 en faveur de l'artillerie russe à partir de janvier 2024. Mais alors, pourquoi l'Ukraine manque-t-elle autant de munitions d'artillerie ?

Pour l'Ukraine, mais aussi pour la Russie et les pays occidentaux, 2024 s'annonce être une année charnière. Depuis le début de la tentative d'invasion totale de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, de nombreux pays occidentaux ont fourni une multitude de matériels militaires à l'armée ukrainienne. Des lance-roquettes anti-char aux gilets pare-balles, en passant par les blindés de transport d'infanterie.

Le but était de permettre à l'Ukraine de résister le mieux possible à l'offensive, mais surtout de faire le plus mal possible à l'envahisseur sans donner des moyens de trop haut niveau technologique aux Russes qui, on le pensait, allaient invariablement finir par le capturer. Au fur et à mesure que la guerre s'est rallongée, les livraisons d'équipements se sont diversifiées. Une fourniture toute particulière s'est imposée comme primordiale pour l'armée ukrainienne : l'obus de 155mm de diamètre.

Cette munition, utilisée par les pays de l'OTAN, est réputée de meilleure qualité que celle de 152mm utilisée par l'armée russe. C'est ce qui a permis à l'Ukraine de réellement gagner un avantage, notamment en termes de qualité et de précision des feux. C'est ce qui a permis à l'Ukraine tout simplement de résister aux offensives de 2002 et de réussir ses propres offensives par la suite.

Cette supériorité technique, combinée avec des frappes dans la profondeur réalisées grâce aux missiles occidentaux comme les SCALP lancés depuis les airs ou HIMARS tirés depuis le sol, a permis aux stratèges ukrainiens de gêner les Russes dans la constitution de nouveaux bataillons. Mais ces munitions précises et technologiques s'épuisent rapidement et l'Ukraine doit faire face à une diminution de la fourniture de ces mêmes armes de la part des pays occidentaux. Pour répondre à cette question, il faut d'abord revenir au début de l'offensive.

Le soutien occidental tourne à plein régime. Les quantités livrées sont importantes. Or, dans une guerre comme celle-ci, dite de haute intensité, le nombre de munitions tirées est très important.

Après avoir écoulé une partie de leur stock d'armes, les pays occidentaux doivent donc soit produire de nouveaux matériels, soit les prélever directement dans leur arsenal actuel, comme c'est le cas pour la France. Problème, l'industrie de défense européenne n'est pas taillée pour faire face à la dépense en munitions ukrainienne. Depuis la fin de la guerre froide, ce sont des guerres asymétriques de faible intensité nécessitant moins de moyens que l'Europe et les États-Unis ont menées.

Or, relancer cette machine industrielle prend du temps. Il n'y a que quelques pays, parfois, qui produisent certains éléments. Pour fabriquer nos canons d'artillerie, on a une forge.

Ça correspond à la fois à une conséquence de la désindustrialisation de l'Europe occidentale, mais aussi spécifiquement à l'industrie de défense. Mais alors que l'industrie russe tourne désormais à plein régime pour soutenir l'effort de guerre. Une autre inconnue attend l'Ukraine en 2024.

Plus politique. Les élections présidentielles américaines de novembre 2024 pourraient placer Donald Trump à la tête du pays. Or, au-delà de quelques déclarations irréalistes.

Trump n'offre pas les mêmes garanties à l'Ukraine que Biden en termes de soutien américain. Face à tout cela, l'Ukraine peut compter sur une solide industrie de défense nationale, mais comme en Europe, il faut la développer et cela prend du temps. Et c'est aussi risqué.

L'un des désavantages ukrainiens, c'est que les Russes peuvent toucher la quasi-totalité de leur territoire, donc toute capacité de production en Ukraine. Tout ça, ça peut être touché par les Russes d'une manière ou d'une autre. Pour compenser son manque de munitions d'artillerie, l'armée ukrainienne a développé toute une panoplie de drones dits FPV, pour First Person View.

Ces petits engins peu chers à produire en grande quantité sont pilotable à distance et plongent sur leur cible pour ensuite exploser. L'autre option qui se présente à l'Ukraine est d'améliorer la formation de ses soldats. Là encore, par des armées occidentales de l'OTAN.

C'est même la condition pour espérer vaincre la Russie, d'après le ministère de la Défense estonien. Dans ce rapport public, les militaires estoniens expliquent que l'augmentation de la quantité et de la qualité de l'entraînement des troupes ukrainiennes, couplée à l'aide militaire nécessaire, va augmenter les pertes russes. Cela pousserait le Kremlin à faire le choix d'une mobilisation nationale, ce qui pourrait déstabiliser Vladimir Poutine et les généraux russes.

Enfin, en 2024, l'Ukraine pourrait recevoir et faire voler ses premiers avions de combat modernes, comme par exemple les F-16 américains fournis par plusieurs pays. Avec le bon entraînement et les bons missiles, les pilotes ukrainiens pourraient tenter de reprendre l'avantage sur l'armée russe, au moins dans les airs. Une supériorité sans laquelle le blocage tactique actuel pourrait à terme tourner en défaveur de l'Ukraine.