Emmanuel Maurel : "Je veux créer un parti avec ceux qui considèrent que ce n'est plus au PS que ça se passe"
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Pourquoi n'y aurait-il plus d'avenir à gauche au sein de l'actuel Parti Socialiste ?
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Vous faites une critique systématique du hollandisme, il n'y a rien de bon dans le quinquennat Hollande ?
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Ce front populaire du XXIe siècle que vous souhaitez créer, ce serait donc comme en 1936, cette coalition de gauche, mais une coalition avec qui ?
- 3:35OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous allez faire avec la France Insoumise ?
- 4:45RelanceRéponse directe
Mais Emmanuel Morel, pour être précis, c'est quoi ce rapprochement ?
- 6:12OuverteRéponse directe
Alors, pour ça, Emmanuel Morel, vous dites quitter le Parti Socialiste en emmenant avec vous des centaines de cadres et des militants. Qui sont ces centaines de cadres ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47Invité politiqueFait
« Si je quitte le Parti Socialiste, c'est parce que c'est un parti qui ne correspond plus à l'idée que je me fais du socialisme. »
- 1:44Invité politiqueFait
« Je rappelle quand même que, vous vous souvenez du discours du Bourget ? Moi je fais partie des cocus du Bourget, comme beaucoup de Français et beaucoup d'électeurs de gauche, qui ont cru que François Hollande, avec sa majorité, allait incarner une transformation de la société, et qui ont été très déçus, voire en colère. »
- 2:07Invité politiqueFait
« Franchement, finir le quinquennat par la déchéance de nationalité, et la loi travail qui contribuait à précariser un peu plus le monde du travail, c'était une déception terrible, et une colère terrible. »
- 3:14Invité politiqueFait
« Je rappelle qu'Emmanuel Macron, c'est nous, enfin, c'est les socialistes, qui lui ont fait la courte échelle. »
- 4:16Invité politiqueChiffre
« Moi, je suis un pragmatique, je suis réaliste. Jean-Luc Mélenchon, il a réalisé près de 20% à l'élection présidentielle. »
- 8:25Invité politiqueFait
« Il se trouve qu'il y a un candidat qui va l'emporter, qui s'appelle Franz Timmermans, qui est un homme qui vient de la droite. »
- 10:24Invité politiquePromesse
« Moi, je suis pour une assiette commune consolidée de l'impôt sur les sociétés en Europe, et je suis pour un taux effectif minimum de l'impôt sur les sociétés. »
- 10:36Invité politiqueChiffre
« Le Luxembourg, Malte, Chypre, l'Irlande, ont un taux d'impôt pour les multinationales qui sont autour de zéro. »
- 14:09Invité politiqueFait
« Je ne suis pas responsable du choix d'Emmanuel Macron comme secrétaire général de l'Elysée, puis comme ministre. »
- 16:30Invité politiqueFait
« Donc, moi, je n'ai pas le sentiment de diviser. Je clarifie. »
Temps de parole
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Il est 8h20 sur France Inter, à suivre l'invité de la matinale. France Inter, le 6-9 du week-end, Éric Delvaux. Bonjour Emmanuel Morel, eurodéputé, député, tiens le lapsus est peut-être révélateur, on va voir. Eurodéputé, vous étiez jusqu'ici, pardon d'avoir fait ce lapsus, vous étiez le leader de l'aile gauche du Parti Socialiste, un PS que vous venez de quitter, donc une scission, dites-vous, pour mieux reconstruire ailleurs une dynamique de gauche. Vous êtes l'homme qui veut préparer, je vous cite encore, le front populaire du XXIe siècle. Pourquoi n'y aurait-il plus d'avenir à gauche au sein de l'actuel Parti Socialiste ?
En tout cas, c'est ce que moi je pense. Si je quitte le Parti Socialiste, c'est parce que c'est un parti qui ne correspond plus à l'idée que je me fais du socialisme. Moi, quand je me suis engagé au PS, c'était il y a près de 25 ans, il y avait d'abord un objectif politique, c'était la défense des intérêts des gens les plus modestes, et donc l'amélioration de leurs conditions de vie matérielles et morales, et ça passait par les salaires, les retraites, les services publics. Mais il y avait aussi un objectif stratégique, qui était le rassemblement des forces de gauche, qui répondait à ce but sociologique, si j'ose dire.
Or, j'ai constaté, et ça s'est avéré encore plus inquiétant au moment du quinquennat de François Hollande, que ces deux objectifs, le PS les avait perdus de vue.
Vous faites une critique systématique du hollandisme, il n'y a rien de bon dans le quinquennat Hollande ?
Non, mais il y a quelques textes de loi qui ont été opportuns.
Plus sociétaux aussi ?
Oui, c'est ça, le mariage pour tous, tout le monde en parle, et c'est vrai que c'est une très bonne mesure. Mais quand on regarde sur les cinq ans ce qui a été fait, d'abord on a tourné le dos à nos engagements de campagne. Je rappelle quand même que, vous vous souvenez du discours du Bourget ? Moi je fais partie des cocus du Bourget, comme beaucoup de Français et beaucoup d'électeurs de gauche, qui ont cru que François Hollande, avec sa majorité, allait incarner une transformation de la société, et qui ont été très déçus, voire en colère.
Franchement, finir le quinquennat par la déchéance de nationalité, et la loi travail qui contribuait à précariser un peu plus le monde du travail, c'était une déception terrible, et une colère terrible.
Sur la déchéance de nationalité, François Hollande lui-même a reconnu que ce n'était pas forcément la meilleure idée.
Oui, mais enfin, il le reconnaît après. Le problème, c'est que nous, on était acteurs pendant.
Ce front populaire du XXIe siècle que vous souhaitez créer, ce serait donc comme en 1936, cette coalition de gauche, mais une coalition avec qui ?
Vous savez, les forces de gauche, elles sont éparses. Mais en même temps, je sens une disponibilité pour une nouvelle dynamique dans le pays. Moi, ce que je veux, c'est refonder. Je ne pars pas pour me libérer personnellement, ou pour convenance personnelle. Non, je pars parce que je pense qu'on peut refonder, je pense qu'on peut reconstruire, mais pour ça, il faut avoir les idées claires. Et les idées claires, c'est une analyse critique du système capitaliste, c'est les fondamentaux de la République sociale, l'égalité des territoires, la défense des services publics, un modèle social de qualité. C'est aussi une critique du macronisme. Aucune ambiguïté par rapport au macronisme.
Un des problèmes du PS. Et vous le savez, on va le voir encore lors du prochain remaniement, c'est cette ambiguïté par rapport à Emmanuel Macron. Je rappelle qu'Emmanuel Macron, c'est nous, enfin, c'est les socialistes, qui lui ont fait la courte échelle. Et c'est François Hollande qui en a fait sa créature. Aujourd'hui, chacun verse des larmes de crocodile. Mais enfin, les socialistes sont responsables de l'avènement d'Emmanuel Macron. Cette ambiguïté, ça nous a coûté cher. Donc moi, je suis dans une démarche de clarification. Après, il y a des forces disponibles qui veulent changer la société en profondeur.
A commencer par la France Insoumise dont vous allez vous rapprocher. Qu'est-ce que vous allez faire avec la France Insoumise ?
Un parti dans le parti ? Non, moi déjà, je pense qu'il faut fonder la maison de la gauche républicaine. Ce que je disais, je lance un appel aux socialistes qui ont été un peu déboussolés, aux républicains qui sont éclairés, aux citoyens engagés. Je leur dis, rejoignez-moi pour construire cette maison de la gauche républicaine avec le fil rouge de la République sociale, mais qui fasse aussi la synthèse avec les luttes nouvelles. Je pense notamment au combat écologique. Après, il va falloir converger. Et converger avec des forces qui existent.
Or oui, contrairement à beaucoup de mes ex-camarates du PS, je considère que non seulement la France Insoumise, elle est fréquentable, mais qu'en plus, il faut travailler avec elle. Pourquoi ? Moi, je suis un pragmatique, je suis réaliste. Jean-Luc Mélenchon, il a réalisé près de 20% à l'élection présidentielle. Oui, aujourd'hui, c'est lui le patron qui fédère toute la gauche. On peut faire comme si ça n'existait pas. On peut rester dans le déni. C'est vrai que les socialistes sont les champions du déni. On le voit avec François Hollande, qui fait la tournée des pop-up, comme si de rien n'était, alors qu'il a été quand même un des présidents les plus détestés de la cinquième.
Mais moi, je suis réaliste. Donc je considère que la France Insoumise, c'est un mouvement dynamique, un programme attractif, un leader qui est connu. Autant travailler avec eux.
Mais Emmanuel Morel, pour être précis, c'est quoi ce rapprochement ? C'est un groupe socialiste au sein des Insoumis ? C'est un sous-parti ? Ça fonctionne comment ? Comment vous vous rapprochez des Insoumis ? C'est converger sur le fond.
C'est un dialogue exigeant sur le fond.
On a bien compris que vous souhaitiez ancrer le discours à gauche, très bien. C'est ce qui compte. Matériellement, ça se fait avec qui et sous quelle forme ?
Matériellement, je vous dis, moi, ce que je souhaite, c'est créer un parti. Ce que je souhaite, c'est créer un parti. Avec toutes celles et tous ceux qui, comme moi, se reconnaissaient dans le parti socialiste et qui aujourd'hui considèrent que c'est plus là que ça se passe. Donc il faut être utile ailleurs.
Vous accueillez qui ? Vous allez des Insoumis jusqu'à Chevènement ?
Chevènement, maintenant, est un peu ailleurs. Les partisans de Chevènement. Oui, oui. Je pense qu'avec les gens du MRC, comme vous dites, il y a des passerelles possibles. On a lancé au mois de juin un club qui s'appelle Nos Causes Communes, qui a eu un succès énorme. Et je pense qu'il faut converger aussi avec ces militants-là. Mais vous savez, depuis hier, depuis mon annonce, j'ençois des centaines de mails ou de textos de gens qui ne sont plus dans un parti, qui ne sont plus au PS, qui ne sont plus au PC, mais qui me disent, la démarche m'intéresse, j'ai envie de construire avec vous.
Alors, la plupart des gens, ils disent, on a envie de construire de la rénovation doctrinale, c'est-à-dire repenser la gauche à l'aune des mutations d'aujourd'hui. Et puis surtout, ils disent, on veut militer autrement. On ne veut plus de bureaucratie, on ne veut plus de réunions interminables, on veut faire des choses concrètes.
Alors, pour ça, Emmanuel Morel, vous dites quitter le Parti Socialiste en emmenant avec vous des centaines de cadres et des militants. Qui sont ces centaines de cadres ?
Vous verrez, dès la semaine prochaine, puisqu'on va publier un premier appel, ce sont des maires, des conseillers régionaux, des conseillers généraux, et puis aussi, alors là, excusez-moi, c'est un plus technique, c'est interne OPS, des secrétaires de section, des conseillers fédéraux, qui, eux aussi, ont envie de faire autre chose. C'est un choix d'espoir, c'est une rupture, alors une rupture, c'est toujours dur, mais c'est aussi un choix d'espoir.
Et Marie-Noëlle Lindemann, vous publierez quand la liste de vos adhérents et de votre parti ?
On va publier la semaine prochaine la première liste des 500, 600 premiers cadres et élus. Mais après, ça va continuer, puisque l'idée, à la fin de l'année, c'est quand même de rentrer dans un processus de fondation partisane.
Le patron du PS, Olivier Faure, comment a-t-il pris votre scission, votre schisme ? Pas bien, c'est normal.
Qu'est-ce qu'il vous a dit ? Alors moi, j'ai du respect pour Olivier, puis on s'entend bien. Mais ce que je lui ai dit aussi, c'est qu'après un quinquennat aussi calamiteux, qu'on n'ait pas été capable de faire un bilan critique de ce qui venait de se passer, qu'on n'ait pas été capable d'incarner une forme de sursaut, forcément, à un moment, on en arrive à cette situation politique. On comprend bien les motivations.
Je voulais savoir s'il a essayé de vous retenir, et comment ?
Mais il y a plein de camarades socialistes qui ont essayé de me retenir, parmi les plus éminents, parce qu'il y a eu des habitudes de travail pendant des années. Mais vous savez, à un moment, quand vous constatez en vous-même, quand c'est votre vérité et que vous ne pouvez pas continuer, vous n'avez pas envie de vous mentir à vous-même, déjà, et vous n'avez pas envie de mentir aux autres. Moi, c'est aussi ça qui a motivé ma décision. Puis surtout, je vais vous dire, il y a deux éléments déclencheurs.
D'abord, il y a la tournée des popotes de François Hollande, et la perspective de le voir revenir au Parti Socialiste, parce que c'est quand même le souhait d'une bonne partie de ses anciens ministres, des anciens dirigeants, au point que moi, je me suis dit, je ne veux pas être au Parti Socialiste quand il investira à nouveau François Hollande. Voilà, ça, c'est la première chose. Et puis, le deuxième élément déclencheur, c'est au niveau européen. Vous savez que le Parti Socialiste appartient à quelque chose qui s'appelle le PSE, le Parti Socialiste Européen. Vous voulez le quitter ? Bien sûr, parce que dans un mois, nous allons choisir notre tête de liste européenne.
Il se trouve qu'il y a un candidat qui va l'emporter, qui s'appelle Franz Timmermans, qui est un homme qui vient de la droite. Qui est le vice-président de la Commission Européenne. Exactement, qui est très néolibéral. Et très Macron-Macron compatible. Il est plus que Macron compatible. Il passe son temps à se féliciter de la politique d'Emmanuel Macron. Franchement, un parti qui, à la fois, fait revenir François Hollande, et qui, à la fois, adoube Franz Timmermans comme leader européen, je ne peux pas.
Cela dit, le patron du PS, Olivier Faure, il accuse, il y a quelques jours, quelques heures même, il a accusé la Commission Européenne d'être quasiment le marqueur, l'épicentre de l'ultralibéralisme. C'est bien un discours de gauche qui vous convient, ça aussi, au sein du PS ?
Vous savez, il y a les discours et les actes. Moi, je me souviens, en 2014, quand j'ai été élu député européen, on avait fait une super campagne en disant, avec nous, vous allez voir ce que vous allez voir, on va faire l'Europe sociale. Et surtout, on dénonçait Jean-Claude Juncker en disant, là là, c'est le VRP des paradis fiscaux, jamais on ne travaillera avec lui. Et la première réunion du groupe socialiste au Parlement européen à Bruxelles, les mêmes m'ont demandé de voter pour Jean-Claude Juncker comme président de la Commission. Ce double langage, cette duplicité, moi, je ne supporte pas. Et sous quelle bannière vous vous présenterez aux Européennes, alors ?
Bon, on va voir, il reste encore un peu de temps, quand même, les élections, c'est au mois de mai. Ce que je souhaite, en tout cas, c'est converger avec d'autres, parce que vous avez bien compris que ce n'est pas parce que je sors du PS et que je veux fonder quelque chose que je vais rajouter encore plus de listes dans une gauche qui est déjà caractérisée par un fort émiettement. Moi, je sors, mais c'est pour clarifier. Ce n'est certainement pas pour semer encore plus la division.
Alors, je rappelle que vous voulez former, donc, un front populaire du XXIe siècle.
Oui, parce que je crois que l'expression est parlante pour les gens.
Eh bien, si on se réfère à l'histoire, en 1939, quand Léon Blum démissionne, c'est parce qu'il n'a pas pu mener ses grandes réformes fiscales. C'est pour son échec des réformes fiscales qu'il démissionne. Quelles sont les grandes réformes que vous voudriez mener, vous ?
Ah ben, vous parlez de la fiscalité, ça, ça me paraît très important. Aujourd'hui, on a... Alors, je parlais pour l'Europe, pardon. Les fiscalités européennes, il n'y en a pas. Ben, si vous voulez, il y a une réflexion, notamment à gauche, sur ce qu'il conviendrait de faire pour harmoniser les fiscalités, notamment de l'impôt sur les sociétés. Moi, je suis pour une assiette commune consolidée de l'impôt sur les sociétés en Europe, et je suis pour un taux effectif minimum de l'impôt sur les sociétés. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, au sein même de l'Europe, vous avez une concurrence fiscale qui est complètement déloyale.
Le Luxembourg, Malte, Chypre, l'Irlande, ont un taux d'impôt pour les multinationales qui sont autour de zéro. Ben, c'est pas comme ça qu'on peut construire l'Europe de la solidarité, parce qu'évidemment, il y a de la concurrence entre les pays, et il y a une pression à la baisse fiscale. Mais ça vaut aussi pour le social. Vous avez un dumping social incroyable, et c'est d'ailleurs tout le problème de l'Europe et du rêve européen. On nous avait dit, on va bâtir un espace de coopération et de solidarité, et en fait, c'est la concurrence généralisée, c'est la compétition généralisée.
Ça ne peut plus fonctionner comme ça, et ça produit des effets catastrophiques, puisque, comme vous le voyez, vous avez la résurgence des mouvements fascistes, on peut les appeler comme ça, partout en Europe. Donc si on veut sauver l'Europe, il faut des ruptures radicales.
Populisme également, on verra dans un instant si le parti de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon est ou pas un parti populiste. On en parle dans un instant. Vous restez avec nous, Emmanuel Morel, député européen, ancien chef de file de l'aile gauche du Parti Socialiste. On va donc poursuivre cet entretien. Ce sera dans un instant avec Patricia Martin, avec Laurence Perron du service politique de France Inter, et avec les questions des auditeurs. Le standard, c'est au 01-45-24-7000. A tout de suite. France Inter, le 6-9 du week-end. L'invité ce matin, Emmanuel Morel, député européen, ancien chef de file de la gauche du Parti Socialiste.
Vous quittez ce Parti Socialiste pour vous rapprocher de la France Insoumise. Vous voulez créer la maison de la gauche républicaine. Les questions des auditeurs. D'abord, une question de Patricia Martin. Oui, c'est un peu la fin, en tout cas c'est une étape, la fin de la rue de Solferino. Je voudrais savoir comment vous l'avez vécu, le siège du PS. Depuis 1905. C'est aussi, on peut le dire. Non, 1900 ? 81. 81. Oui, oui, 81. Mais c'est un pan de l'histoire à la poubelle, enfin au sens propre du terme, non ?
Oui, au sens propre. C'est-à-dire que vous avez des centaines d'affiches, de livres, du mobilier qui part dans les bennes. Mais vous voyez bien la clôture aussi symbolique, parce que la rue de Solferino, c'est quand même un lieu qui a connu des heures glorieuses, à commencer par la victoire de 1981, et tout ce qui s'en est suivi. Et donc n'importe quel électeur de gauche a le cœur gros, a l'idée de voir cette histoire et cette page tourner. Mais ce qui compte, c'est d'en écrire une nouvelle. C'est ce que j'essaye de faire.
Avant d'accueillir Laurence Perron, une question sur votre arrivée à proximité de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Êtes-vous certain d'être bien accueilli ? Car finalement, vous allez bouleverser les influences au sein de ce parti qui se regarde un peu en interne.
Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'accueil, c'est le travail politique. C'est de constater les convergences à la fois sur le fond et sur la stratégie. C'est à ça que je travaille. Après, le reste, je ne personnalise pas.
Vous avez senti que ça bruisait un peu ou pas ?
Vous savez, je ne suis pas sensible au bruissement. Laurence Perron ?
Du côté du Parti Socialiste, du côté de Solferino, qui existe encore, parce qu'en fait, il faut le dire, ils ont effectivement acheté leur siège à Ivry, mais pour le moment, il y a effectivement des bennes, mais il y a encore des gens qui travaillent et des gens qui sont, pour le coup, très amers. Alors là, pour le coup, je parle des militants, je parle des gens qui travaillent encore à Solferino et qui ne comprennent pas, qui disent « Mais pourquoi il nous fait ça ? Il est en train de tuer la gauche. » Vous leur répondez quoi à ces gens-là ?
Je leur dis, vous savez, ils ne m'ont pas attendu les dirigeants socialistes pour affaiblir considérablement leur parti. Moi, je ne suis pas responsable du quinquennat dans lequel on a fait la loi travail et la déchéance de nationalité. Je ne suis pas responsable de ce que racontaient Manuel Valls et François Hollande quand ils théorisaient les gauches irréconciliables. De gauches irréconciliables. Ce qui est une folie, ça nous a coûté très cher. Je ne suis pas responsable du choix d'Emmanuel Macron comme secrétaire général de l'Elysée, puis comme ministre.
D'ailleurs, on a été un certain nombre dès 2014 à dire « Vous êtes vraiment sûr que ce jeune banquier libéral échevelé et hyper moderne, vous croyez que c'est le visage de la gauche de demain ? » Bon, à l'époque, François Hollande disait « Mais oui, c'est super, j'élargi mon spectre politique. » Bon, on a vu ce que ça a donné.
On va au standard 01-45-24-7000 avec une première question de René. Bonjour René.
Oui, bonjour France Inter et bonjour Emmanuel Morel. Bonjour. Bon, je voulais saluer également Patricia Martin dont je suis un auditeur fidèle. Merci. Elle en est ravie. Votre question. Alors, ma question à Emmanuel Morel. D'abord, je veux poser les choses clairement. Je suis un militant du PS depuis 1974. Ce n'est pas d'hier. J'ai travaillé avec l'équipe de Mitterrand, de François Mitterrand et de ses adjoints de l'époque et bon, on a eu les résultats que l'on connaît. Et puis alors bon...
René, je vais vous presser parce qu'il ne nous reste plus beaucoup de temps.
Monsieur Morel, Emmanuel Morel, vient de nous dire « Je veux élargir, etc. Mais comment peut-on élargir ? Et surtout, comment peut-on rassembler quand on commence par diviser ? » Moi, à partir des mêmes constats qu'Emmanuel Morel, en gros, je suis d'accord avec ses critiques sur la période récente et même, je remonte à plus loin.
On ne va pas remonter plus loin, René, parce qu'il faut maintenant répondre à votre question.
En gros, Emmanuel Morel... C'est que j'ai deux points sur lesquels je bute dans la démarche d'Emmanuel Morel. La première, c'est comment peut-on rassembler quand on commence par diviser ?
Alors, on va répondre sur ce point-ci. Est-ce que vous n'êtes pas en train plus de diviser que de rassembler ?
Alors, d'abord, je salue René, parce que 1974, c'était une belle époque, c'était le début de la reconquête pour les socialistes. Moi, je vais lui répondre. Vous n'essiez. Voilà, exactement. Déjà, c'est pas mal aussi. On ne construit pas sur le sable de l'ambiguïté. On ne construit pas sur la confusion. Or, précisément, ce qui tue le PS, c'est cette ambiguïté, cette confusion. Je venais avec un taxi hier à Paris et il me disait « Mais alors, le PS, vous êtes avec Macron ou vous êtes sans Macron ? Hollande, ça sera votre candidat ? » Les gens ne savent plus où nous situer. Donc, il faut être clair. Vous voulez ancrer à gauche. Oui, mais pas seulement ancrer à gauche.
Je veux clarifier sur un certain nombre de thématiques et notamment notre opposition résolue à Emmanuel Macron. Donc, moi, je n'ai pas le sentiment de diviser. Je clarifie. Et à partir de cette clarification, évidemment qu'il faut rassembler, il faut converger. Laurence Perron.
L'idée qu'a le Parti Socialiste, auquel vous faites quand même un sale coup, c'est-à-dire que ça se passe quand même aujourd'hui au moment de leur Conseil National où ils vont décider de l'avenir du Parti Socialiste, notamment de leur question européenne, est-ce que l'idée, c'est de refaire un peu un épinet, comme en 1971, où en gros, François Mitterrand avait réussi, je fais très vite, à réunifier toutes les formations de gauche pour en faire le PS ? Est-ce que vous pensez que ça, ça va se passer du côté de chez Mélenchon ?
L'histoire ne repasse pas les plats, mais si vous voulez me faire dire que mon objectif politique, c'est qu'en 2022, on ait un processus unitaire autour d'un programme, un programme qui soit républicain, écologiste, socialiste, et que ça aboutisse à une candidature unique de la gauche, et qu'on soit au deuxième tour, et qu'on soit en capable d'exercer le pouvoir pour transformer vraiment la France, la réponse est oui.
Un mot, Emmanuel Morel, sur la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, dont je sais que vous êtes proche, par le biais intellectuel, vous aimez deviser ensemble des questions de littérature, notamment pour le reste, sur son autoritarisme, par exemple, est-ce que ça ne risque pas d'être un frein à votre rapprochement ?
Moi, je ne note pas de l'autoritarisme, je note un fort caractère, un fort tempérament, mais l'euphémisme, c'est parfois nécessaire.
Non, mais quand une poignée de démocrates insoumis, proches de Mélenchon, sont exclus sur le champ parce qu'ils étaient frondeurs, est-ce que c'est une bonne méthode du parti dont vous voulez vous rapprocher ?
Je ne connais pas cette histoire, ce que je sais, c'est qu'en effet, il a une forte personnalité, ça tombe bien moi aussi. Alors après, on n'a pas les mêmes formes d'expression, vous avez noté que je suis un garçon un peu plus polissé, mais ce qui compte, c'est l'objectif politique, c'est de converger politiquement les personnalités. Vous savez, les Français aiment bien aussi avoir des hommes politiques de caractère, qui ont le verbe haut, le verbe dru. Merci. Ça, c'est intéressant. Vous qui aimez les mots, ça, c'est intéressant.
Un dernier mot. Le nom de votre parti, c'est bien socialiste, c'est ça ?
Non, non, mais incontestablement, il y aura socialiste dedans parce que nous avons l'impression et nous avons la certitude d'être fidèles à l'idéal socialiste et c'est bien ce qui compte.
Une grande maison républicaine, socialiste, si j'ai bien compris ce dont on a parlé ce matin. Merci beaucoup Emmanuel Morel. Merci à vous. Député européen, donc ancien chef de file de l'aile gauche du Parti Socialiste et prochainement à la tête d'un nouveau parti, républicain, socialiste, écologiste aussi, parce que c'est important. On le saura quand, le nom du parti ?
Bientôt.
Bientôt. Merci Emmanuel Morel et bonne journée.
Emmanuel Maurel