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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 février 2021 25 min

Gabriel Attal : "c'est important de prendre des mesures localisées en lien avec les élus locaux"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et l'invité du grand entretien ce matin est le porte-parole du gouvernement. Vous êtes nombreux au standard et sur l'application déjà. Vos questions au 01 45 24 7000. Vous aurez la parole dans une bonne dizaine de minutes. Gabriel Attal, bonjour. Bonjour. Hier soir, le Premier ministre en conférence de presse a donc annoncé que face à la flambée de l'épidémie de Covid, 20 départements et non plus 10 étaient désormais sous surveillance renforcée et même maximale. Si la situation continue de se dégrader, des mesures de type Nice et Dunkerque pourraient être prises et démarrer le 6 mars avec donc peut-être un confinement le week-end.

Gabriel Attal, c'est important que nous comprenions que veut dire pour nous surveillance renforcée, qu'est-ce que ça modifie au quotidien pour ceux qui vivent dans un de ces 20 départements.

0:50
Gabriel Attal

Ces 20 départements, ce sont des départements où on observe une dynamique du virus qui est plus importante qu'ailleurs, avec un taux d'incidence comme on dit qui est plus important qu'ailleurs, une croissance qui va plus vite que sur le reste du territoire, une part de variant qui est importante et un niveau de pression sur l'hôpital qui est élevé. Et donc, ce sont des départements dans lesquels, si la situation continue sur cette dynamique-là, il faudra probablement prendre des mesures pour freiner, ralentir encore la circulation du virus.

1:22
Présentateur

Le profil des courbes ne va pas se retourner en quelques jours, ça on l'a appris, les épidémies ont une dynamique. Alors, imaginons que vous veniez vendredi prochain à ce micro et qu'on se retrouve avec les mêmes indicateurs, il se passera quoi à ce moment-là ? Vous nous direz quoi ? On ferme le week-end, on reconfine, ce sera quoi ?

1:43
Gabriel Attal

C'est précisément pour ça qu'on se donne quelques jours, c'est pour construire ces réponses avec les élus locaux. Vous savez, il est arrivé depuis le début de cette épidémie qu'on est à prendre des mesures très vite et parfois des mesures locales depuis Paris sans concertation. Et ça nous a été reproché. Et moi, j'ai entendu ces reproches, j'entends ces reproches. Quand on prend des mesures localisées qui concernent un territoire, c'est important de les prendre en lien avec les élus locaux, mais aussi parce que les élus connaissent leur territoire et savent quelles sont les mesures qui sont les plus adaptées au mouvement de population et à la manière dont les gens vivent sur ces territoires.

Donc, pendant les prochains jours, on va échanger avec les préfets, les agences régionales de santé, les élus locaux, pour définir des réponses qui sont adaptées à la circulation du virus dans chacun de ces territoires et qui sont adaptées à la réalité de ces territoires.

2:25
Présentateur

Mais donc, les scénarios Dunkerque-Nice pour ces 20 départements, ce scénario-là, pardon, est à qui ?

2:32
Gabriel Attal

C'est la base de travail, puisque ce sont des mesures qui ont été prises dans ces territoires, dans les Alpes-Maritimes et puis à Dunkerque. Mais il peut y avoir des mesures différentes selon les territoires. C'est vraiment ce qui va être discuté dans les prochains jours.

2:45
Présentateur

Les médecins doutent, Gabriel Attal, en tout cas certains d'entre eux, de votre stratégie, ou ne la comprennent pas. Rémi Salomon, président de la commission médicale de la PHP, disait hier matin que le confinement du week-end modèle Nice ou Dunkerque n'est pas suffisant. Le virus se propage aussi dans la semaine, dit-il. Il faut vraiment diminuer les interactions 7 jours sur 7. Il faut éviter le plus possible que les gens se rencontrent en dehors du cercle familial. Fin de citation. D'autres disent qu'ils ne comprennent rien, qu'on va dans le mur. Vous entendez la critique et la crainte des scientifiques ? Que leur répondez-vous à ces médecins ?

3:21
Gabriel Attal

Évidemment que je l'entends. D'abord j'entends les inquiétudes, les craintes des Français, et puis même la lassitude. Ça fait un an, plus d'un an que maintenant on vit avec ce virus. C'est une situation qui est très difficile, et les Français ont l'impression de ne pas en voir le bout. Moi précisément, j'essaye d'être optimiste, et on y reviendra peut-être, on a une lumière au bout du tunnel avec la vaccination, notamment les traitements qui peuvent nous permettre d'espérer. Et j'entends aussi la lassitude des soignants. Et M. le professeur Salomon est à la PHP. Il y a un niveau de pression sur l'hôpital qui est très fort. Mais on ne perd pas une semaine.

Les hospitaliers, ils n'ont pas connu le creux des vagues comme nous avons pu les connaître. Il y a toujours eu un niveau qui est resté fort à l'hôpital, et aujourd'hui ils font face à une vague importante à l'hôpital, et c'est aussi pour eux qu'on doit se mobiliser. On ne perd pas une semaine, Gabriel Attal, là ? Je ne crois pas. Vous savez, on prend toujours les mesures qu'on estime nécessaires au moment où elles sont nécessaires. Et quand je dis ça, je dis que le confinement, que des mesures de restriction, on ne peut pas considérer qu'elles n'ont pas d'impact. Et donc quand on les prend, il faut être certain qu'on n'a pas d'autre choix que les prendre.

Mais il faut les prendre au bon moment, vous avez raison. Vous savez, on a pris des mesures en anticipation. Depuis le 15 décembre et le deuxième déconfinement, il y a un couvre-feu en France qui pèse, je le sais, beaucoup sur la vie des gens. Ce couvre-feu, il a été avancé dès le début du mois de janvier à 18h dans un certain nombre de départements. A l'époque, on ne parlait pas du tout d'explosion de l'épidémie. On était encore sur ce plateau. On y est toujours d'ailleurs, même si la dynamique est forte.

4:45
Présentateur

Mais les spécialistes disent que l'effet du couvre-feu s'amenuise au fur et à mesure que les variants se déploient. Donc je vous repose la question. Est-ce que vous ne perdez pas de temps ?

4:56
Gabriel Attal

Non. Encore une fois, si on considérait qu'il fallait prendre des mesures immédiatement, évidemment qu'on les prendrait immédiatement. L'important, encore une fois, c'est que ces mesures soient adaptées à la réalité de chaque territoire. Et on va les construire avec les élus. Vous savez, il y a encore quelques semaines, on a pris des mesures. Par rapport à ce que vous disiez tout à l'heure sur le fait qu'il fallait réduire les interactions, y compris en semaine. Si on a renforcé très fortement le télétravail dans les administrations publiques, mais aussi dans les entreprises, en échangeant avec les partenaires sociaux, c'est pour réduire ces interactions.

Si on a fermé un certain nombre de centres commerciaux très grands qui entraînent du brassage important entre populations, c'est aussi pour réduire ces interactions.

5:29
Présentateur

Et puis hier soir, Gabrielle Attal, la mairie de Paris, a fait savoir qu'elle proposait le confinement de la capitale dans la nuit de la petite et de la grande couronne pour trois semaines. Elle dit s'appuyer sur le consensus scientifique. Vous étiez au courant de cette initiative ou l'avez-vous apprise comme nous ?

5:47
Gabriel Attal

Moi, pour ma part, je l'ai apprise sur Twitter hier soir quand j'ai vu les déclarations. Mais vous savez, toute proposition mérite d'être étudiée. Et précisément, si on est rentré dans ce cadre de discussion avec les élus, c'est pour qu'ils fassent des propositions. Donc la proposition de la mairie de Paris sera évidemment étudiée.

6:02
Présentateur

Et c'est une bonne idée, confiner trois semaines pour ensuite retrouver de l'air ?

6:06
Gabriel Attal

Moi, vous savez, j'entends très peu, voire aucun scientifique qui dise qu'en trois semaines, on peut terrasser le virus et tout rouvrir, comme l'ont dit les adjoints d'Anne Hidalgo. Moi, je regarde ce qui se passe aussi à l'étranger et dans les pays qui nous entourent. En Allemagne, ils ont annoncé à la mi-décembre un confinement qui était au départ annoncé pour trois, quatre semaines. Ils y sont toujours. Ça fait plus de huit semaines. Avec les écoles fermées, avec les commerces de proximité fermés, ça a beaucoup baissé pendant un temps. Et aujourd'hui, ça ne baisse plus, voire malheureusement, ça remonte un peu ces derniers jours. Pourquoi ?

Parce qu'il y a les variants qui changent la donne, qui sont beaucoup plus contagieux. Donc moi, ce que je veux dire par rapport à la proposition de la mairie de Paris, c'est évidemment qu'elle sera étudiée. C'est pour ça qu'on fait une concertation. Ce que je dis ensuite, c'est que, et ça je le dis peut-être moi en tant que porte-parole du gouvernement, qu'élu local, puisque je suis conseiller municipal dans une ville de la petite couronne, comme on dit, c'est qu'évidemment, c'est des mesures qui doivent se prendre aussi en concertation au niveau de la région. Il n'y a pas de no man's land derrière le périphérique. Il y a des mouvements importants entre les territoires.

Reconfiner l'île de France, c'est sur la table, donc ?

7:04
Présentateur

C'est une hypothèse qui est sur la table ?

7:05
Gabriel Attal

Toutes les propositions qui sont faites par les élus locaux, par principe, sont sur la table, puisqu'il y a une table des discussions avec les élus locaux. Ce que je vous dis, c'est d'abord, les mesures, il faut qu'elles aient un sens au niveau territorial, et quand on réfléchit sur Paris, il faut réfléchir sur la région Île-de-France, première chose. Deuxième chose, je pense qu'il faut être clair avec les gens. Et encore une fois, il y a assez peu de scientifiques qui considèrent qu'avec un confinement de trois semaines, on peut terrasser le virus et tout rouvrir, comme l'ont dit les élus de la mairie de Paris.

Et encore une fois, ça n'est pas l'exemple qu'on a autour de nous, où ils en sont à des confinements qui durent huit, neuf semaines. Donc c'est une mauvaise idée à vous entendre. Je fais des observations sur la proposition qui est faite. Et la troisième chose que je dirais, c'est que nous, on conserve un objectif, je ne sais pas si on arrivera à le tenir jusqu'au bout, mais en tout cas on a un objectif, c'est de laisser autant que possible les écoles ouvertes. Et donc je comprends que désormais la mairie de Paris appelle à fermer les écoles.

Ce n'est vraiment pas une décision anodine, aucune ne l'est, mais l'impact pour nos enfants, pour la psychologie de nos enfants, pour la santé aussi de nos enfants, pour le décrochage scolaire, et un impact majeur. Et donc pour nous, c'est quand même une décision qui doit se prendre en ultime recours. Et ça fera partie des discussions.

8:16
Présentateur

On va parler des écoles dans une seconde. Valérie Pécresse dit qu'on ne va pas confiner seulement Paris, qu'il faut une décision pour toute l'île de France. Vous êtes donc sur cette ligne. Elle a raison.

8:26
Gabriel Attal

Moi, je le dis en tant qu'élu d'Île-de-France, je suis élu à Venve, dans les Hauts-de-Seine. Et je peux vous dire qu'une grande partie des habitants de la ville où je suis élu vont à Paris tous les jours, soit pour travailler, soit pour faire des courses. Et donc c'est vraiment à l'échelle de la région qu'il faut raisonner.

8:39
Présentateur

Encore une question sur la stratégie territoriale de lutte contre le Covid. Peut-elle aller dans le sens inverse ? On voit qu'il y a 20 départements où l'épidémie flambe. Il y a d'autres départements où la situation est normale, ou en tout cas pas critique à ce point. Le LR, Marc Le Fur, dans les Côtes d'Armor, dit que l'Ouest et le Sud-Ouest de la France pourraient parfaitement connaître une atténuation du couvre-feu. Cette régionalisation à l'envers, elle est sur la table aussi ou pas ?

9:08
Gabriel Attal

Sur le principe, quand on parle de territorialisation, évidemment que sur le principe, ça semble être une idée qui doit pouvoir être poursuivie. Maintenant, le virus, il circule quand même beaucoup partout. Et il y a effectivement des territoires où le taux d'incidence est beaucoup moins élevé que dans les fameux 20 départements dont on a parlé. Pour eux, on allège ou pas ? Mais ce qu'on observe dans un certain nombre de ces départements, c'est que certes le niveau du virus aujourd'hui est plus faible, mais que la dynamique, c'est-à-dire la croissance, le taux de croissance du virus est plus élevé qu'ailleurs.

C'est-à-dire qu'ils partent de plus bas, mais ça augmente assez vite dans un certain nombre de ces territoires. Donc à ce stade, ce qui a été décidé, c'est vraiment d'avoir cette précaution au niveau national, de renforcer là où c'est nécessaire. Mais pour l'instant, il n'y a pas d'allègement prévu, même si on commence à regarder évidemment pour les prochains mois. On aura une réunion la semaine prochaine autour du président de la République pour travailler un calendrier aussi. Parce que moi j'entends que les Français aussi attendent ça de nous.

10:02
Présentateur

Alors il y a quoi sur ce calendrier ? Et à quelle date ?

10:05
Gabriel Attal

Vous savez, on est dans une course de vitesse entre les variants et les vaccins. Et il y a quand même des signaux aujourd'hui qui permettent d'être optimistes. Qu'est-ce qu'on voit ? On voit que parce qu'on a vacciné un certain nombre de personnes âgées, de personnes vulnérables face au virus. On commence à voir dans les données scientifiques des signaux intéressants. Je vous donne deux exemples. Le nombre de foyers de contamination dans les EHPAD a baissé, parce qu'on a vacciné 80% des résidents des EHPAD. Et le taux d'incidence sur les personnes âgées, notamment les plus de 80 ans, diminue. Et il est même inférieur maintenant à la moyenne nationale. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire qu'on commence à avoir un impact de la vaccination sur des publics, des personnes, qui sont celles qui font le plus de formes graves et qui se retrouvent, pour un certain nombre d'entre elles, en réanimation avec des hôpitaux qui sont saturés. Et donc, ce qu'on peut espérer, c'est que d'ici au printemps, à mesure qu'on aura vacciné un grand nombre de personnes vulnérables et qu'on aura allégé la pression sur l'hôpital, on pourra évidemment alléger des restrictions et rouvrir un certain nombre de lieux.

Je lisais une interview de Simon Cochemez, qui est un épidémiologiste reconnu, qui disait que, d'après ses estimations, grâce à la vaccination, au 1er mai, le nombre d'hospitalisations sera de moitié de ce qui serait sans la vaccination. Donc, c'est aussi des signaux qui permettent d'être optimistes et de commencer à travailler à la suite.

11:25
Présentateur

Un mot sur les écoles, Gabriel Attal, il y a beaucoup de questions au standard et sur l'application à ce sujet. La plus simple seront-elles, oui ou non, toutes ouvertes au terme des vacances ?

11:37
Gabriel Attal

Vous savez, moi, je ne peux pas donner de réponse, alors même qu'on travaille à une discussion avec des élus locaux. Encore une fois, on me reprocherait aujourd'hui, alors que le Premier ministre a annoncé hier une concertation avec les élus locaux, d'annoncer des choses de manière définitive sur ce qui se passera dans une semaine ou dans dix jours.

11:52
Présentateur

Donc, les écoles peuvent, dans certains cas de figure, fermer ?

11:55
Gabriel Attal

Ce que je dis, avec pour le coup de certitude, et ce que je vous ai dit tout à l'heure, par rapport à la proposition de la mairie de Paris de fermer les écoles, c'est qu'on a comme boussole depuis le début de cette crise, et on l'assume, et c'est même une fierté, de tout faire pour laisser les écoles ouvertes. On est un des pays en Europe, si ce n'est le pays en Europe, où les écoles sont restées le plus ouvertes depuis un an. Il y a des pays autour de nous, je pense à l'Italie, où des élèves sont allés à l'école trois semaines en un an. On ne peut pas dire que l'impact sur la circulation du virus ait été particulièrement meilleur qu'en France.

12:25
Présentateur

On a dit, Gabriel Attal, que c'était une exception française, en effet, mais je vous repose la question, il est donc possible, imaginable, dans certains cas, si oui, lequel, que des écoles ferment ?

12:37
Gabriel Attal

Moi, je n'exclus jamais rien par principe, Nicolas Demorand. J'ai appris, en tant que membre du gouvernement, depuis le début de cette crise, que quand on excluait des choses par principe, il pouvait arriver ensuite qu'elles se produisent, parce que cette épidémie, elle a une part d'imprévisibilité, et parce qu'on prend toujours les mesures qui sont nécessaires. Mais ce que je vous dis, c'est que notre ambition, notre détermination à tout faire pour laisser les écoles ouvertes, elle est intacte.

13:00
Présentateur

Jean Castex a annoncé 300 000 tests salivaires par semaine pour les écoliers. Jean-Michel Blanquer avait promis entre 50 et 80 000 de ces tests dès cette semaine. Or, on est à peine à une dizaine d'écoles testées en France, dans les académies de la zone A, où les cours ont repris en début de semaine, il faut être précis. À quelle date, donc, va-t-on atteindre ces 300 000 par semaine ?

13:23
Gabriel Attal

Je serai justement tout à l'heure à Lyon, pour aller rencontrer des professionnels de santé qui font ces tests salivaires dans les écoles. Ça a démarré là-bas, et des élèves qui se font tester. Moi, je veux vraiment insister d'abord sur le fait que c'est un vrai progrès. Il se trouve que j'ai un petit frère de 7 ans. Le test nasopharyngé quand on est un enfant, c'est extrêmement difficile. Et donc, oui, c'est un progrès dans la lutte contre l'épidémie, et c'est un progrès pour les enfants d'avoir ces tests salivaires. Aujourd'hui, effectivement, notamment parce que c'est encore les vacances, on est à quelques dizaines de milliers.

On espère, à la mi-mars, atteindre l'objectif de plusieurs centaines de milliers de tests salivaires. Vous savez, il a fallu s'équiper avec des nouvelles machines, puisque ce ne sont pas les mêmes plateformes PCR que pour les tests nasopharyngés qui font ces tests. Donc, on a équipé les laboratoires, on a travaillé avec eux. Et évidemment, c'est en train de monter très fortement en puissance.

14:11
Présentateur

Et donc, vous avez une date mi-mars, c'est ça ? C'est autour de la mi-mars. Autour de la mi-mars. Encore une question sur l'école et les enseignants. Jean-Michel Blanquer souhaitait, début janvier, que les professeurs puissent être vaccinés le plus rapidement possible, au mois de mars au plus tard. Si on n'arrive pas à le faire avant, ce serait bien. Donc, le mois de mars, dit le ministre de l'Éducation, où en est-on ?

14:33
Gabriel Attal

Depuis hier, les enseignants qui ont plus de 50 ans et qui ont une comorbidité, c'est-à-dire une maladie qui les rend vulnérables au virus, peuvent se faire vacciner chez leurs médecins généralistes dans quelques semaines dans les pharmacies. Encore une fois, on a une approche qui se fait par...

14:49
Présentateur

Par tranche d'âge, donc pas par profession, y compris pour les enseignants.

14:53
Gabriel Attal

Elle se fait par tranche d'âge, à l'exception des soignants qui sont évidemment dans les services de réanimation, au contact des malades immédiatement concernés. Moi, j'entends évidemment l'attente des enseignants de se faire vacciner, comme celle de beaucoup de Français. On va continuer à avancer par tranche d'âge et par pathologie qui rend plus à risque de l'épidémie.

15:13
Présentateur

On file au standard, il y a énormément de questions, Gabrielle Attal, ce matin. Donc, commençons tout de suite avec vous, Florence. Bonjour.

15:22
Auditeur

Bonjour. Bienvenue. Merci. Je suis chercheuse en biologie évolutive. Mes collègues et moi sommes inquiets de la gestion actuelle du gouvernement qui consiste à déployer les vaccins en maintenant un nombre élevé de l'infection. Parce que c'est la meilleure manière de sélectionner des mutants d'échappement immunitaire contre lesquels les vaccins seront moins ou pas efficaces. Il y a deux raisons à cela. D'une part, un nombre élevé d'infections veut dire un nombre élevé de virus, donc plus de chances d'apparition de telles mutations d'échappement. En fait, c'est comme si on achetait un grand nombre de tickets de l'auto au virus.

D'autre part, un nombre élevé d'infections augmente la probabilité de contact entre une personne vaccinée, notamment récemment, et une personne infectée portant de tel virus muté, ce qui favorisera leur propagation.

16:03
Présentateur

Donc vous, chercheuse Florence...

16:06
Auditeur

Le début de l'épidémie, elle a changé. Voilà. On ne peut plus négliger l'évolution, et il faut tenir compte de la diversité de la population du virus dans la gestion de l'épidémie. Et pour garantir d'efficacité des vaccins, qui sont notre lumière au bout du tunnel, il est absolument urgent de faire diminuer le nombre de cas, et aussi d'assurer une surveillance génomique digne d'un pays industrialisé.

16:25
Présentateur

Merci Florence pour cette question. Gabriel Attal vous répond.

16:28
Gabriel Attal

Bonjour Florence, j'entends parfaitement ce que vous dites, et j'ai pu lire d'ailleurs des études, enfin des écrits de biologistes et de chercheurs, effectivement, sur cette question-là. Nous, on suit les conseils, on fait confiance à ce que nous disent le Conseil scientifique, la Haute Autorité de Santé. Il y a des pays, effectivement, qui ont vacciné dans le cadre de vagues très importantes de l'épidémie. Je pense notamment à la Grande-Bretagne, où il y avait un niveau de contamination de 60 000, je crois, voire plus contamination par jour. On est en France sur ce plateau autour de 20 000, même si là, on constate une dynamique qui augmente ces derniers jours.

Et évidemment, c'est quelque chose que nous avons bien à l'esprit, mais il faut avancer dans la campagne de vaccination. Je précise que les laboratoires travaillent déjà sur des rappels vaccinaux, des vaccins de deuxième génération pour le deuxième semestre, précisément pour s'adapter à la situation des variants. Et sur la surveillance génomique que vous avez évoquée, on a beaucoup progressé en France. C'est vrai qu'on partait avec un retard, notamment par rapport à la Grande-Bretagne. Et à ce niveau-là, on est comme l'Allemagne. Mais on a beaucoup progressé et on séquence et on crible aujourd'hui beaucoup plus de tests PCR qu'il y a encore quelques semaines.

Je crois que c'est plus de 60% des tests qui sont criblés pour identifier les variants.

17:42
Présentateur

Question de Marie à Paris. Arrêtez la langue de bois, M. Attal. Est-ce qu'on va reconfiner Paris ou pas ? J'ai trois enfants. Faut-il que je me prépare à les avoir à la maison pendant trois semaines ou non ? Que répondez-vous sans langue de bois ?

17:57
Gabriel Attal

J'essaye de ne pas être langue de bois, vous savez, mais j'entends ce que je dis.

18:01
Présentateur

Non, mais la question est une question cruciale d'organisation à court terme et d'incertitude.

18:06
Gabriel Attal

Évidemment, j'entends cette question. Et autour de nous, on a aussi, dans notre entourage, des personnes qui nous posent les mêmes questions parce qu'ils sont confrontés aux mêmes inquiétudes et aux mêmes craintes. Ce que je vous dis, c'est que si j'étais ce matin en train de vous dire ce qui va se passer dans une semaine à Paris, en Ile-de-France ou partout en France, alors même qu'on est dans une logique de concertation avec les élus, on me reprocherait instantanément et à raison de ne pas respecter cette concertation. Marie pose la question pour les écoles. Elle a pu observer que la mairie de Paris souhaite fermer les écoles pendant un certain nombre de semaines.

Moi, je redis que nous, notre objectif, ce sera toujours de l'éviter. Je ne sais pas si on y parviendra jusqu'au bout. Moi, je suis toujours très prudent. Mais en tout cas, ce que Marie peut savoir, c'est qu'on va tout faire pour pouvoir éviter cette fermeture.

18:47
Présentateur

Christophe Ostendard, bonjour, bienvenue.

18:49
Auditeur

Oui, bonjour. Je constate que j'habite la Drôme. Je constate qu'on est très fortement menacés d'être confinés. J'ai revérifié le chiffre ce matin. Il y a 32 personnes en réanimation dans la Drôme. 32 personnes. Donc, on va payer très cher. On va continuer à payer très cher. La misère hospitalière de ce pays et en tout cas de la Drôme, 32 personnes en réanimation. Voilà, donc première chose. Deuxième chose, il y en a marre de l'arbitraire policier. J'ai pas mal d'anecdotes et d'histoires à raconter sur des amendes qui tombent, des amendes surréalistes. Quelqu'un qui boit un café dans une rue déserte. Un chauffeur Uber dont la vitre du passager était ouverte.

Il paraît qu'il faut faire rentrer l'air. Etc. Bien compris, Christophe. Bien compris.

19:33
Présentateur

J'ai bien compris, s'il vous plaît. Il y a déjà deux questions. La Drôme, 30 personnes en réanimation. Est-ce que notre auditeur Christophe appelle l'arbitraire policier ? Deux réponses rapides de Gabriel Attal.

19:45
Gabriel Attal

Je n'ai pas le détail des indicateurs sanitaires dans la Drôme. Mais croyez bien, Christophe, que si la décision a été prise de mettre le département sous surveillance pour prendre éventuellement des mesures supplémentaires, c'est bien que la situation est préoccupante, voire critique. On ne prend pas ces décisions à la légère. Ce n'est pas par plaisir, évidemment, qu'on annonce ou qu'on prend des mesures supplémentaires. Parce qu'on sait que c'est très difficile pour les Français. Et qu'on sait, encore une fois, qu'ils en ont marre. Qu'ils sont, pour un grand nombre d'entre eux, à bout vis-à-vis de cette épidémie.

20:14
Présentateur

Et sur l'hyperverbalisation dont parle notre auditeur ?

20:19
Gabriel Attal

Oui. Moi, quand je regarde les messages qu'on m'envoie, j'avais encore un message sur Instagram, il y a quelques jours, sur quelqu'un qui fumait une cigarette et qui a eu une verbalisation. Évidemment, ça interpelle. Je crois, j'espère que c'est des cas qui sont limités. Et encore une fois, l'objectif de ce couvre-feu, des règles qui sont mises en place, c'est évidemment pas d'aller embêter les gens. C'est de mettre un cadre pour faire en sorte de limiter au maximum les interactions qui sont responsables des contaminations.

20:46
Présentateur

Allez, quelques questions rapides d'actualité. Il y a eu polémique sur les menus de cantines sans viande à Lyon, décidés par le maire écologiste de la ville pour quelques semaines. Dans cette polémique, qui a raison ? Gérald Darmanin qui dénonce une idéologie scandaleuse. Julien Denormandie qui dit que c'est une honte ou Barbara Pompili qui trouve ce débat préhistorique ?

21:07
Gabriel Attal

D'abord, je crois que tout le début de cette interview est une réponse à cette question. C'est-à-dire qu'il y a aujourd'hui des sujets qui sont essentiels, c'est-à-dire la manière dont on lutte contre l'épidémie, dont on répond à la crise économique. Puis il y a des sujets, des polémiques, qui peuvent tout à fait être accessoires. Cacophoniques et coacologiques, on est d'accord.

21:26
Présentateur

Mais là-dessus, qui a raison ? Puisqu'il y a quand même des positions très tranchées au sein d'une équipe gouvernementale.

21:34
Gabriel Attal

L'important, c'est qu'il n'y ait pas d'idéologie, dans un sens ou dans l'autre, dans l'assiette de nos enfants. Et que la question, ça soit toujours la santé et le choix. Moi, je le dis, je suis évidemment sensible à la question des repas végétariens. Parce que la réalité, c'est qu'on sait que c'est un enjeu écologique aujourd'hui de réduire un peu notre consommation de viande. Moi, je suis toujours pour que les élèves et les familles aient le choix. Et vous savez, on a voté des textes de loi précisément pour qu'il y ait une alternative de menu végétarien dans les établissements scolaires, pour augmenter la part du bio dans les cantines scolaires.

Ça sera 20% minimum d'ici au 1er janvier 2022.

22:07
Présentateur

Et donc, il faut toujours laisser le choix. Sur l'islamo-gauchisme, Frédéric Vidal a demandé au CNRS une enquête au sein des universités. Cette enquête sera-t-elle faite ou pas ?

22:17
Gabriel Attal

Elle a précisé les choses. C'est une étude sociologique, comme il y en a, je crois, des dizaines, voire des centaines chaque année.

22:25
Présentateur

Mais elle est demandée, est-ce qu'elle va être faite ?

22:27
Gabriel Attal

Elle a eu l'occasion de préciser les choses et de dire comment cette enquête allait se dérouler. Là aussi, je constate qu'il y a eu deux semaines de polémiques pour 10 secondes dans une interview sur une chaîne de télévision. Je ne dis pas que la majorité n'a pas contribué à ce que la polémique ait lieu, évidemment. Mais je pense que l'important, c'est de se concentrer aujourd'hui sur les priorités. Et quand on parle d'université, la priorité, c'est la question des étudiants. Comment est-ce qu'on les aide à traverser cette crise ? Il y en a un grand nombre qui sont en détresse en leur permettant de retourner physiquement à l'université, en les aidant financièrement face à cette crise.

22:58
Présentateur

Frédéric Vidal estime par ailleurs, et on va clore le chapitre, que l'islamo-gauchisme gangrène la société et l'université. Gangrène. Est-ce que vous estimez, vous, Gabriel Attal, que l'islamo-gauchisme gangrène l'université ? Est-ce que le gouvernement estime que l'islamo-gauchisme gangrène l'université ? Oui, non ?

23:20
Gabriel Attal

Je ne reprends pas ces termes, ce qui ne veut pas dire que je ne considère pas qu'il peut y avoir des situations problématiques. On a vu dans certaines universités des incidents. On a vu des conférences qui étaient empêchées. On a vu une représentation d'une pièce de théâtre qui était empêchée. On a vu une séance de dédicace d'un livre qui était empêchée avec des livres qui étaient même brûlés. Voilà, on a vu ces situations-là. Est-ce que ça veut dire que l'université est gangrénée ? Moi, ce n'est pas un terme que je reprends. Est-ce que ça veut dire qu'il faut fermer les yeux et ne pas répondre à ces situations ? La réponse est non.

Il faut évidemment regarder ce qui se passe et toujours répondre quand on observe ces problématiques.

23:56
Présentateur

Allez, un dernier mot. Vous vous lancez sur Twitch, je crois. Et vous avez des échanges avec des influenceurs comme Enjoy Phoenix qui vous a dit lors de votre dernière rencontre qu'elle trouverait ça super que la prochaine fois il y ait un journaliste qui soit là pour rétorquer parce que ça n'est pas mon métier, dit-elle. Je viens juste poser les questions que ma communauté aimerait mettre en avant. Vous en pensez quoi de sa remarque ?

24:18
Gabriel Attal

Moi, j'entends évidemment toutes les remarques. C'était une grande première. Et vous savez, on a eu un grand nombre de personnes qui se sont connectées, près de 200 000 personnes qui se sont connectées à un moment ou à un autre de ce débat.

24:27
Présentateur

Mais ça veut dire que les jeunes même demandent que les journalistes soient là ou estiment qu'ils sont utiles ?

24:34
Gabriel Attal

Une jeune, en l'occurrence, c'est évidemment qu'ils sont utiles les journalistes et on est tous d'accord là-dessus. C'était une jeune, les autres n'étaient pas forcément sur cette position à ce moment-là parce que moi, je réponds aux questions des journalistes tous les mercredis à l'Élysée après le Conseil des ministres. Et si j'ai voulu organiser ce deuxième moment un mercredi par mois, c'est pour répondre sans filtre aux questions de jeunes un peu sur le même format. Ce sont, je crois, des moments complémentaires

24:55
Présentateur

qui ne se font pas concurrence. Et Dieu pour tous. Merci Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.