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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 18 mars 2024 25 min

Bruno Le Maire attaque l'État providence, "qui accumule les dépenses et ne revient jamais dessus"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie et des finances. Il publie la Voix Française, Voix VOIE, chez Flammarion en librairie, mercredi. Question réaction au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Et bienvenue à ce micro, surprise du chef, ce livre qui n'était pas annoncé dans les programmes des maisons d'édition, nous est parvenu au bureau du 7-10 à Inter la semaine dernière. Alors qu'est-ce que ce livre ? On se l'est demandé avec Léa, tant il diffère de vos précédents ouvrages, plus romanesques, plus intimes.

Là ça n'a rien à voir, c'est un livre politique, c'est un livre programme qui décline point par point de grands leviers de réforme pour la France de ces toutes prochaines années. Bruno Le Maire, pourquoi ce livre à deux mois et demi des Européennes ? Pourquoi faire entendre votre voix VOIX aujourd'hui et de cette manière-là ?

1:04
Bruno Le Maire

Tout simplement parce que le monde a changé, que la France a changé, que nous sommes dans un contexte totalement différent, géopolitique, la guerre en Ukraine, financier, l'argent est devenu cher, et économique et technologique avec le surgissement de l'intelligence artificielle. Donc j'ai éprouvé le besoin d'abord de faire le bilan de ce que nous avons fait avec le Président de la République depuis maintenant près de 7 ans, et puis le besoin surtout de rester en mouvement, de rester à l'offensive, de dire voilà où nous pouvons aller, et voilà les cartes que la France peut jouer dans ce monde qui a radicalement changé en l'espace de quelques mois.

1:40
Présentateur

Où peut-on aller ? C'est ce que vous demandez ce matin, on peut voir où on peut aller, mais c'est vrai qu'en lisant votre livre, Bruno Le Maire, on se dit, lui, il va en 2027.

C'est, je défie quiconque, même un enfant de 10 ans, de ne pas voir en lisant votre livre, et je pense que tout le monde vous l'opposera et tout le monde vous posera cette question, ce que ce livre-là est un livre-programme, qui ressemble à d'autres livres-programmes qu'on a pu lire avant des présidentielles, « Révolution » d'Emmanuel Macron, « L'avenir en commun » de Jean-Luc Mélenchon, c'est-à-dire un livre très précis, où on donne, voilà, les pistes de ce qu'il faut faire, de ce que je ferais si j'avais le pouvoir véritablement dans 3 ans.

2:19
Bruno Le Maire

Quand je fais un livre-programme, il m'est arrivé d'en faire un, il fait plus de 1000 pages, donc celui-là en fait à peine 130, on voyait que ça n'est pas un livre-programme. Oui, c'est une profession de foi dans la France, ça je vous le confirme. La deuxième chose, c'est que je parle principalement d'économie, de situation économique, de création d'emplois, de réindustrialisation, ce qui est dans mon champ de compétences. Donc pour toute sa raison, je veux vraiment, je me doutais de cette remarque, mais ça n'est pas un livre-programme, c'est un livre qui dit, voilà où nous en sommes, voilà ce que nous avons déjà fait, et voilà le chemin qui reste.

Non, je ne suis pas candidat, je vous le dis très simplement, Léa Salami, je ne suis pas candidat, je suis ministre de l'économie et des finances, je vois le temps qui nous reste devant nous, je vois la nécessité d'accélérer les changements de notre modèle économique et de notre modèle social, au niveau national comme au niveau européen, je vois une Europe qui est coincée entre une Chine interventionniste et des Etats-Unis de plus en plus protectionnistes, et qui le resteront après l'élection de novembre. Je dis, mais qu'est-ce que veut faire, et qu'est-ce que peut faire la France et l'Europe dans cette situation ?

3:22
Présentateur

Point par point. Oui, point par point. C'est un livre qui appelle à une refondation de certains des piliers du modèle français. Vous voulez par exemple en finir avec l'État-providence, vous voulez réformer en profondeur l'assurance maladie, l'assurance chômage. Sur le plan des idées, sur le plan idéologique, assumez-vous que c'est un livre au libéralisme décomplexé ? Ah bah pas du tout.

3:45
Bruno Le Maire

Pas du tout, puisqu'au contraire, je condamne dans les pages, quand je rappelle ce que j'ai fait comme ministre de l'Agriculture, le libéralisme décomplexé. Je pense que le libre-échange sans règles et sans équilibre est une folie. Je rappelle que lorsque j'étais une fois encore ministre de l'Agriculture, j'ai combattu Marianne Fischer-Baule, qui à l'époque était commissaire à l'agriculture, qui voulait importer tous nos bovins du Brésil, en disant, ils sont moins chers là-bas. Je dis, bah oui, peut-être, mais ils sont meilleurs chez nous, ils sont produits dans des conditions environnementales satisfaisantes, ils protègent nos paysages, ils protègent notre activité sociale.

Donc il n'est pas question d'avoir un libre-échange débridé, pas question d'avoir une ouverture de nos frontières débridées. Oui, mais en France... Je plaide exactement pour l'inverse.

4:22
Présentateur

Oui, mais en France, vouloir en finir avec l'État-providence...

4:25
Bruno Le Maire

Ah bah ça, c'est autre chose.

4:26
Présentateur

Ah bah si, c'est aussi la base de notre contrat social. Vous dites quoi ce matin ? L'État-providence est obsolète, il a fait son temps, il n'est plus efficace, voire c'est un élément bloquant du développement du pays ?

4:38
Bruno Le Maire

Oui, bien sûr, c'est ce que je crois. Je crois un État qui protège. Je crois à notre modèle social. Je crois à l'hôpital public. Je crois à l'école publique. Je crois à la nécessité de protéger les plus faibles. Je crois qu'il serait bon, on rembourse aujourd'hui les fauteuils roulants. Je pense qu'il serait bon de rembourser tous les fauteuils roulants de ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'avoir des fauteuils qui sont faits sur mesure et qui vont coûter 6 000, 7 000, 8 000 euros. Voilà ce à quoi je crois. En revanche, je ne crois pas à l'accumulation de dépenses année après année qui deviennent des acquis sur lesquels on ne bouge pas.

Quand nous mettons en place, avec le Président de la République et le Premier ministre, un bouclier de protection tarifaire contre la flambée des prix du gaz et de l'électricité, le jour où la flambée des prix du gaz et de l'électricité a fini, eh bien on retire ces aides. C'est ça la différence entre un État-providence qui accumule les dépenses et qui ne revient jamais dessus. D'ailleurs, aucune opposition n'a voulu revenir sur le bouclier tarifaire, sur le gaz ou sur l'électricité, là où nous avons pris la responsabilité de le retirer et un État protecteur qui, lui, protège quand c'est nécessaire face au Covid, face à l'inflation.

Et je suis fier de la protection que nous avons portée à ce moment-là. Et lorsque la situation revient à la normale, nous rétablissons les comptes pour que l'État puisse continuer à vous protéger.

5:47
Présentateur

Vous suggérez, Bruno Le Maire, de faire évoluer le régime de remboursement des soins pour le concentrer sur les personnes les plus vulnérables, les plus âgées. Ça veut dire quoi ? Que les soins seraient, à terme, remboursés en fonction des revenus des malades ? Est-ce que, clairement, vous voulez tourner la page de la sécurité sociale dont on est très fiers en France, qui s'est ouverte après la Seconde Guerre mondiale ? Et vous dites là, maintenant, ça y est, c'est caduc. Mais certainement pas, Nicolas Demorand, je vous rassure. Expliquez-nous ! Expliquez-nous, parce qu'il y a quand même des lignes et des pages qui sont...

6:19
Bruno Le Maire

Je ne suis pas une caricature. J'essaye d'avoir une réflexion de l'enferme. Le diable est surtout dans la caricature. Ce n'est pas parce que je viens de la droite que je serai hostile à un État qui protège et hostile à la sécurité sociale. Au contraire, j'y suis viscéralement attaché. Simplement, je suis bien obligé de regarder un fait. La démographie de 2024 n'est pas la démographie de 1945. Nous faisons moins d'enfants. Nous avons un pays qui vieillit. Nous avons des coûts de santé qui explosent. Les infections de longue durée, c'était il y a quelques années, 8 millions de personnes. C'est 12 millions aujourd'hui. Pourquoi ?

Parce que nous vieillissons, parce qu'il y a de nouvelles pathologies chroniques comme l'asthme, parce qu'il y a plus de personnes qui sont touchées par Alzheimer, plus de personnes qui sont touchées par les cancers.

7:02
Présentateur

Mais du coup, quand vous parlez du mirage de la gratuité universelle, ça veut dire quoi sur l'assurance maladie, sur la sécurité sociale ?

7:08
Bruno Le Maire

Je veux dire que les personnes dont je viens de parler, je veux les protéger. Je veux que chaque Français qui vieillit ait une vie digne. Et je sais que ça va coûter cher.

7:16
Présentateur

Alors comment on fait ?

7:17
Bruno Le Maire

Et du coup, je dis très simplement à nos compatriotes, si nous voulons protéger les plus faibles, les plus fragiles, les personnes qui vieillissent, les personnes en situation de dépendance, les personnes qui ont un accident de la vie très grave, il faut que nous tous, sur nos dépenses de santé, nous fassions plus attention. Quand nous doublons la franchise sur le médicament de 50 centimes à 1 euro, ça rapporte plus d'un milliard d'euros. Je pense que sur toutes ces dépenses du quotidien, il faut responsabiliser chacun pour pouvoir protéger ceux qui en ont le plus besoin.

C'est la différence entre un État-providence qui finance tout, tout le temps, pour tout le monde, et l'État auquel je crois, qui protège réellement et totalement les plus fragiles.

7:55
Présentateur

Mais quand vous dites qu'il faut transformer de manière drastique notre modèle social, et notamment l'assurance maladie, et que vous dites qu'il faut concentrer le régime des remboursements sur les personnes les plus vulnérables et les personnes âgées. C'est-à-dire que qui ne sera plus remboursé si on transforme les choses ?

8:11
Bruno Le Maire

Mais il ne s'agit pas de ne plus rembourser certaines personnes, c'est juste de regarder dans nos dépenses de santé. Je prends l'exemple des transports médicaux. Le débat est sur la table. Et je pense qu'il est bon que tout le monde le regarde sereinement. Nous dépensons plus de 5 milliards d'euros chaque année pour les transports médicaux. Est-ce qu'on peut faire mieux pour moins cher ? J'en suis convaincu. Et cet argent, il ne s'agit pas d'économiser pour le remettre dans le budget de l'État. Il s'agit juste de répondre aux besoins criants de financement des hôpitaux publics, des services d'urgence et des personnes qui sont les plus malades.

8:39
Présentateur

Quelle est votre proposition sur le transport médical, par exemple ? Puisque vous dites que ça coûte très cher, ça voudrait dire quoi ?

8:44
Bruno Le Maire

Je dis juste que nous avons identifié des dépenses, comme les transports médicaux, sur lesquels j'appelle toutes les oppositions à venir dialoguer avec nous. Je les rassemblerai d'ici début avril, pour dire, écoutez, au lieu de me faire systématiquement des propositions de dépenses nouvelles, État-providence, faites-moi des propositions de recettes, État-protecteur, pour qu'on puisse mieux protéger ceux qui en ont besoin. Voici les sujets qui sont sur la table. Quelles sont vos propositions là-dessus ? Il y a les transports médicaux, il peut y avoir d'autres choses.

Nous avons été bien seuls, quand nous avons défendu cette franchise à 1 euro pour les médicaments, je pense que c'était une décision responsable qui permet de garantir la protection de ceux qui en ont plus besoin.

9:19
Présentateur

Sur l'assurance chômage, vous maintenez votre proposition d'aligner l'indemnisation des chômeurs de plus de 55 ans. Vous détestez le terme de senior sur le droit commun, c'est-à-dire 18 mois pour tout le monde et pas 27 mois pour eux. Cette proposition, vous le savez, a heurté les chômeurs de plus de 55 ans qui cherchent du travail et auxquels on répond, vous êtes trop vieux. Comment vous justifiez votre proposition ?

9:46
Bruno Le Maire

Par le taux de chômage des seniors en France, qui est beaucoup trop élevé. Par le taux d'emploi des plus de 55 ans, je n'aime pas le mot senior sans doute parce que je vais avoir 55 ans, mais je constate juste que nous avons un taux d'emploi des plus de 55 ans qui est un des plus faibles de tous les pays développés, je trouve ça révoltant. Quel gâchis de compétences, quel gâchis d'expérience.

10:08
Présentateur

Et vous pensez que si on réduit les allocations, ça boostera le travail des seniors ?

10:13
Bruno Le Maire

Je ne pense pas que ce soit la seule solution, il n'y a pas de solution miracle. que je dis, regardons cette solution-là, parce qu'aujourd'hui, qu'est l'hypocrisie ? En réalité, on vous construit tout un système qui vous met du chômage à la retraite directement et on se passe de vous. C'est révoltant. Donc on peut travailler là-dessus. On peut aussi demander aux entreprises de faire davantage sur l'emploi des seniors. Les entreprises ont une responsabilité majeure pour garder les seniors dans leurs équipes. Et troisième chose, on peut inventer des dispositifs nouveaux qui existent ailleurs en Europe. J'ai fait une proposition très concrète.

Dire à ceux qui ont plus de 60 ans, parce que c'est très coûteux, et qui ont eu un travail pénible, et donc qui ne veulent pas reprendre un travail à 100%. Vous prenez un travail à temps partiel, 80%. On vous garantit 90% de la rémunération et 100% des cotisations retraites. C'est attractif, c'est bon pour la société, parce que ça fait reprendre un travail, et c'est protecteur des gens, parce que vous ne repartez pas à 100% si vous êtes fatigué ou en difficulté, ou que votre travail était pénible, mais uniquement à 80% de votre temps.

11:11
Présentateur

On passe au standard d'Inter. Pascal nous appelle de Paris. Bonjour. Oui, bonjour. Vous nous dites que vous êtes l'archétype du cadre senior mis à la porte quelques années avant la retraite, c'est ça ?

11:23
Locuteur non identifié

Exactement. J'ai 58 ans. Aujourd'hui, j'en ai bientôt 61. Donc, après avoir eu le culot de prendre un congé sabbatique, mon employeur m'a fait savoir qu'en étant, en gros, je suis trop vieux et malade, donc on m'a mis dehors. Alors que j'avais un travail, je n'ai rien demandé à personne. Donc, je suis l'archétype du senior qui se retrouve au chômage en pré-retraite. À ce titre, je touche M. Le Maire 262 euros par mois. Donc, effectivement, je suis en train de gréver gravement le budget de l'État sur lequel vous passez votre temps à pleurnicher. Enfin, voilà. Donc, je voudrais comprendre pourquoi M. Le Maire s'acharne sur les seniors.

Pourquoi est-ce qu'il semble découvrir tout à coup qu'il existe un système de pré-retraite au chômage ? Moi, j'ai plus de 35 ans de carrière et j'ai toujours entendu parler de ça. Donc, il faudrait que M. Le Maire se réveille.

12:18
Présentateur

Et vous aimeriez retrouver un boulot, tout simplement, Pascal ?

12:21
Locuteur non identifié

Non, écoutez. D'après vous, quel projet professionnel je peux avoir à bientôt 61 ans alors que le monde du travail ne veut plus de moi ? Moi, je n'ai rien demandé. Moi, je n'ai rien demandé. Donc, M. Le Maire, attaquez-vous aux employeurs au lieu de taper sur les chômeurs et les seniors.

12:36
Présentateur

Merci, Pascal, pour cette intervention. Bruno Le Maire vous répond.

12:39
Bruno Le Maire

Je tape contre personne. Moi, je tape juste contre une injustice. Et je le dis très clairement à Pascal, avec beaucoup de franchise, je ne tape pas contre les seniors. Je ne tape pas contre les chômeurs. Jamais. En revanche, je crois au travail. Je le dis dans mon livre. Je pense que c'est ça qui structure une société. Si nous avions le plein emploi aujourd'hui 5% que toutes les autres grandes nations développées ont, je n'aurais même pas besoin de m'occuper des finances publiques. Nous aurions réglé quasiment à 80-90% notre sujet de finances publiques. Mais qu'est-ce qu'il dit, Pascal ? Le monde du travail ne veut plus de moi. Vous trouvez que c'est une société qui est désirable ?

Une société, une personne qui a 61 ans, le monde du travail ne veut plus d'elle ? Donc, je fais des propositions. Je dis, à partir du moment où on laisse les plus de 55 ans trop longtemps au chômage, on sait, c'est documenté, que plus une personne âgée reste longtemps au chômage, moins elle a de chances de retrouver un travail. Donc, oui, il faut multiplier les efforts, l'accompagner, lui permettre de retrouver un emploi tout de suite, faire des propositions concrètes comme celles que j'ai faites. Et là où je rejoins Pascal, je le redis, les entreprises ont une responsabilité. Elles ont une responsabilité majeure. Vous nous l'avez dit,

13:43
Présentateur

Bruno Le Maire, on vous reçoit depuis que vous êtes ministre de l'économie, depuis 7 ans, on en a fait des matinales avec vous et on en a fait des matinales où on parle de ce sujet qui est un peu notre cheval de bataille de l'emploi des seniors et à chaque fois...

13:55
Bruno Le Maire

C'est un beau cheval de bataille.

13:56
Présentateur

Oui, oui, parce que c'est quelque chose qui touche, parce qu'il n'y a pas une personne qui ne connaît pas quelqu'un qui a plus de 55 ans et qui galère pour trouver un travail aujourd'hui en France. À chaque fois, votre réponse est la même, c'est il faut que les entreprises prennent leurs responsabilités. Vous le répétez de manière inlassable depuis 7 ans. Ça ne change pas ?

14:15
Bruno Le Maire

D'abord, je ne le répète pas inlassablement sans prendre de décisions. On a mis en place des index. Moi, je suis favorable à un dispositif de bonus, malus. Je pense qu'il est indispensable qu'on protège les seniors. Je fais une proposition très concrète ce matin et c'est bien tout le sens du livre que je publie. C'est de me dire regardez ce qu'on a fait depuis 7 ans. On a créé 2 millions d'emplois. Moi, j'en suis très fier. On a commencé à réindustrialiser la France, à recréer des emplois d'ouvriers. Pour moi, c'est une vraie fierté ce que nous avons réussi à faire sur l'industrie et sur les emplois ouvriers. On a réussi à réduire le taux de chômage des jeunes de manière très significative.

L'apprentissage est un vrai succès. Pour tout ça, on se dit on est dans la bonne voie. Il reste un point noir. C'est le chômage des seniors. Et l'intérêt du lit, c'est de se dire ce qu'on a fait là, c'est déjà bien mais il reste encore beaucoup à faire et l'emploi des seniors en est, je pense, l'illustration la plus marquante. Donc je fais des propositions. Nous aurons un rendez-vous avec les partenaires sociaux dans quelques semaines. Qu'est-ce qu'ils proposent ? Qu'est-ce que nous faisons ? Comment est-ce que nous avançons pour régler une bonne fois pour toutes ce sujet ?

15:16
Présentateur

Puisque vous êtes dans un discours de vérité dans ce livre, manifestement, et que vous n'avez pas peur de casser certains... Oui, discours de vérité

15:22
Bruno Le Maire

et de liberté.

15:23
Présentateur

Oui, discours de vérité et de liberté. Certains y verront peut-être du libéralisme mais en tout cas, c'est un discours de vérité où vous cassez certains dogmes du système et du modèle français. Puisque vous êtes dans un discours de vérité, vous dites aussi que nous n'y arriverons pas aux 5% de taux de chômage à modèle social constant. On n'arrivera pas au plein emploi. Vous le dites clairement. C'est-à-dire que la promesse d'Emmanuel Macron d'arriver au plein emploi à la fin du quinquennat dans 3 ans, vous n'y arriverez pas. Vous le dites honnêtement.

15:50
Bruno Le Maire

Oui, je le dis très honnêtement. Modèle social constant. Je regarde ce qui s'est passé depuis maintenant plusieurs décennies. Le plein emploi en France, c'est 7%. Dans les autres pays développés, c'est 5%. Donc il faut s'interroger, se demander pourquoi est-ce que l'écart est de deux points entre le plein emploi en France et le plein emploi dans les autres pays développés. Et pour moi, une des raisons, ce n'est pas la seule. Il y a des problèmes de formation, il y a des problèmes d'adéquation entre l'offre et la demande de compétences. Tout ça, nous sommes en train de le régler. Et puis, il y a le sujet, effectivement, de l'assurance chômage.

Nous avons aujourd'hui un dispositif d'assurance chômage dans lequel, au bout d'un délai qui est court, deux ans, on peut accéder à la durée d'indemnisation la plus longue, 18 mois. Alors, on peut se dire c'est bien, c'est très protecteur, parfait. On peut se dire aussi, ce que je crois, que dans le fond, c'est ce qui entretient un taux de chômage à 7% comme niveau le plus bas en France. Et moi, je ne m'y résous pas. Donc, je pense qu'il faut reprendre cette question de l'assurance chômage.

16:50
Présentateur

Vous êtes pour aller à 12 mois d'indemnisation. Gabriel Attal a dit je suis pour aller encore plus loin. Aujourd'hui, c'est 18 mois en moyenne. Vous êtes pour aller aux 12 mois ?

16:57
Bruno Le Maire

Je partage totalement l'appréciation du Premier ministre. Je pense qu'il faut un dispositif d'assurance chômage où on touche à la durée. Il faut d'abord toucher la durée d'indemnisation. Et je vais encore plus loin dans le livre. Je pense qu'il faut laisser l'État gérer ce sujet.

17:16
Présentateur

Vous voulez nationaliser ?

17:17
Bruno Le Maire

Oui, parce que je pense que la responsabilité des partenaires sociaux qui ont un rôle majeur à jouer dans notre pays, les syndicats ont un rôle majeur à jouer dans notre pays, c'est l'organisation de l'entreprise, c'est la défense des droits des salariés, c'est la protection des salariés des entreprises et c'est un rôle décisif. Mais la gestion des personnes qui n'ont pas d'emploi et qui doivent en reprendre un, pour moi, c'est à l'État de s'en occuper.

17:35
Présentateur

Il y a des pages, Bruno Le Maire, consacrées à la transition écologique dans votre livre. Vous faites la promotion d'une écologie de production. Vous rejetez l'idée défendue par le rapport Pisani-Mafouz d'un ISF vert, taxe sur les plus riches pour financer la transition écologique. Idée séduisante mais mauvaise, selon vous. Pour quelles raisons ?

17:56
Bruno Le Maire

D'abord, sur l'écologie de production, pourquoi est-ce que je la défends ? Tout simplement parce que produire en France, c'est produire propre, c'est produire mieux. Quand vous faites des véhicules électriques, des batteries électriques, des éoliennes en France, vous produisez avec moins d'émissions de CO2 puisque nous sommes un des pays développés qui émet le moins de CO2 par unité de production réalisée. Et donc, tout le monde est gagnant. L'emploi est gagnant, la société est gagnant et évidemment, le climat est gagnant. Ensuite, sur l'ISF vert, moi, je pense que ce sera à la fois insuffisant et qu'à nouveau, on cède à cette facilité très française qui est d'augmenter les impôts.

Face aux défis climatiques, et aux financements qui vont être devant nous, moi, je plaide pour le recours à des financements privés massifs, je plaide pour que, pour un euro d'argent public, il y ait plusieurs euros d'argent privé qui soient déployés et je plaide pour ce que je défendrai demain matin à Berlin devant les patrons allemands, il est urgent de mettre en place une union des marchés de capitaux, c'est-à-dire la possibilité de lever de l'argent privé, pas simplement à l'échelle de la France, mais à l'échelle des 27 États européens.

18:58
Présentateur

Bruno Le Maire, la question de nos finances publiques, vous avez vu le rapport à l'heurement la semaine dernière de la Cour des comptes et ce qu'a dit Pierre Moscovici qui juge le site que les finances publiques de la France vont être parmi les plus dégradées de la zone euro en 2024. Comment vous avez reçu cette phrase ?

19:12
Bruno Le Maire

C'est un fait, donc il n'y a pas à critiquer les faits, il y a à porter des réponses.

19:17
Présentateur

Ça veut dire qu'on gère mal ?

19:18
Bruno Le Maire

Non, pas du tout, ça veut dire que nous avons, quand on prend là aussi la durée longue, nous avons rétabli les comptes publics de 2017 à 2019 en prenant des décisions difficiles. Quand on a supprimé les emplois aidés, par exemple, tout le monde a poussé des hauts cris, mais ça a été efficace, l'emploi a redémarré et en 2019, nous sommes revenus sous les 3% de déficit et nous sommes sortis de la procédure pour déficit excessif. J'étais ministre des Finances, donc je sais rétablir les comptes publics. Ensuite, nous avons eu les gilets jaunes, la crise du Covid, la plus importante crise économique depuis 1929 et la crise inflationniste, la plus importante depuis les années 70.

Nous avons pris une décision avec le président de la République. Protéger. C'était une bonne décision. Parce que les mêmes aujourd'hui qui me disent dans une hypocrisie totale qu'il faudrait économiser davantage sont exactement les mêmes qui pendant la crise du Covid et la crise inflationniste me disaient qu'il faut dépenser davantage pour protéger nos entreprises et les salariés. Vous parlez de Pierre Moscovici ? Non, non, je ne parle pas du tout de Pierre Moscovici. Je parle des oppositions. Arrêtons le bal des hypocrites, de ceux qui vous disent aujourd'hui que vous avez mal géré et qui hier me demandaient de dépenser plus.

Maintenant que nous sommes sortis de la période de crise, il faut rétablir les comptes publics. On va le faire sereinement, fermement, et je le dis très clairement, sans rigueur,

20:31
Présentateur

avec simplement de la fermeté et de la constance. Vous écrivez que si nous avons évité une dégradation de notre note par l'agence de notation Standard & Poor's, nous n'y échapperons pas au printemps 2024. C'est pour préparer les esprits ? À deux reprises.

20:46
Bruno Le Maire

J'ai eu des discussions avec les représentants de Standard & Poor's et j'ai expliqué pourquoi nous avions des finances publiques qui étaient solides et que nous savions où nous allions. 3% de déficit en 2027, sous les 3%. Et mon objectif qui est l'équilibre des comptes publics en 2032. On doit viser cet objectif d'avoir enfin des comptes équilibrés comme ça n'est pas arrivé depuis 1974. Je ne prends pas ces décisions pour les agences de notation.

Je les prends, même si elles sont difficiles, pour que le jour où il y a un événement grave qui touche la France, ça peut être une nouvelle pandémie, ça peut être une situation de sécurité majeure, nous ayons les réserves financières nécessaires pour une nouvelle fois protéger nos compatriotes.

21:27
Présentateur

Il nous reste 2 minutes, 3 petites questions d'actualité réponse courte s'il vous plaît monsieur le ministre. On ne reviendra pas au prix de 2019. Michel-Edouard Leclerc hier alerte sur une inflation structurelle pour les 10 prochaines années. Il va y avoir de l'inflation pendant les 10 prochaines années ? Il a raison ?

21:41
Bruno Le Maire

On ne revient pas au prix d'avant 2019, on ne revient pas au salaire d'avant 2019. Voilà, c'est l'avis économique. Ce que je constate, c'est que j'avais dit que l'inflation serait sous les 3% en début 2024, elle est sous les 3% et qu'elle va continuer à décliner.

21:53
Présentateur

Mais on ne va pas aller sur une inflation de 10 années pendant 10 ans ?

21:56
Bruno Le Maire

Il n'y a pas d'inflation zéro tout simplement parce que ça rejoint à la question environnementale. Produire en France, ça a un coût, que la transition climatique a un coût et que ça pèse évidemment sur les prix. Mais nous aurons un niveau d'inflation sous les 3%. Nous y sommes déjà en 2024, c'est exactement ce que j'avais indiqué. Donc ne jouons pas avec les peurs des Français.

22:15
Présentateur

Vous évoquez les extrêmes dans votre livre. L'enquête du Cevipof publiée la semaine dernière montre que le vote RN gagne de nouvelles classes de la société, les Bac plus 2, les cadres sup, les personnes âgées et que le socle de la majorité se rétracte de plus en plus à un électorat bourgeois et de plus en plus âgé. Vous aviez la majorité, vous pouvez compter sur le vote des plus de 60 ans. Maintenant, ce sont les plus de 70 ans. Comment l'expliquez-vous ?

22:43
Bruno Le Maire

Mais raison de plus pour être à l'offensive, moi je ne suis pas là pour expliquer. Je ne suis pas politologue, je suis responsable politique. Je ne me résignerai jamais à voir le parti de la capitulation qui est le rassemblement national accéder au pouvoir dans notre pays. Et je pense qu'on le combat pas simplement en dénonçant ces contradictions mais en faisant des propositions, en étant offensif. Ce livre, le livre que je publie, est justement une réponse aux attentes, aux inquiétudes, en disant voilà ce que nous pouvons faire ensemble. Avançons des propositions, je pense que c'est ce qui est le plus efficace.

23:14
Présentateur

On pourrait vous dire mais vous êtes ministre de l'économie depuis septembre, Bruno Le Maire, en lisant le livre. Bien entendu. Que ne l'avez-vous fait ?

23:19
Bruno Le Maire

Mais regardez ce qui est dit dans les pages de ce livre. Voilà tout ce qui a été fait et voilà tout ce qui reste à faire. Il n'y a rien de pire que les responsables politiques immobiles, les bras croisés, être ministre, ce n'est pas rester à son bureau en contemplant le temps qui passe. C'est prendre toujours des décisions en tenant compte de la situation du pays telle qu'elle est.

23:37
Présentateur

Vous écrivez enfin dans votre livre la France est sa langue, respectons-la. En lisant ça, on s'est dit que vous ne deviez pas être forcément très fan d'Ayana Kamoura qui, elle, malaxe, transforme, métisse la langue française. En Kachana Baby, tu dettes ça. Eh bien si, je suis fan. Oui, je suis fan.

23:55
Bruno Le Maire

Je suis fan. Je défends la très belle idée de voir Ayana Kamoura chanter Edith Piaf. Au contraire, pour moi, c'est profondément français. C'est-à-dire un esprit de panache, de l'audace et certainement pas le renfermement sur soi. Ayana Kamoura qui chante Edith Piaf, c'est profondément l'esprit français.

24:16
Présentateur

Vous écoutez Ayana Kamoura

24:17
Bruno Le Maire

parfois ? Non, je ne sais pas forcément le genre de musique que j'écoute beaucoup. Vous êtes fan

24:20
Présentateur

mais vous n'écoutez pas.

24:20
Bruno Le Maire

Si, parce que j'ai des enfants, quatre, et eux l'écoutent et je trouve que c'est un geste plein de panache. Donc, c'est un geste très français de demander à une grande star comme Ayana Kamoura de chanter Edith Piaf. C'est la France qui se réinvente, pas la France qui regarde derrière.

24:33
Présentateur

Et un mot très rapide, comment avez-vous reçu le rachat par l'armateur patron de CMA, CGM, Rodolphe Saadé, le rachat du groupe BFM TV, RMC, c'est une bonne chose ? C'est un investissement privé,

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Bruno Le Maire

donc je ne commande pas les investissements privés. Si l'économie commence à mettre des bons ou des mauvais points sur tel ou tel rachat, on ne va pas s'en sortir.

24:51
Présentateur

La voix ordinaire chez Flammarion en librairie, mercredi. Merci Bruno Le Maire. La voix française qui n'est absolument pas une voix ordinaire, au contraire,

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Bruno Le Maire

c'est une voix exceptionnelle. Ce sera même plus de la journée.

25:06
Présentateur

Désolé. Pour une fois, c'est le journaliste qui l'a fait, pas l'invité. Oui, il a complètement rien à dire. J'ai bugué, j'ai bugué. La voix française chez Flammarion, Bruno Le Maire, merci.