Guerre en Ukraine: la prise de parole en intégralité d'Emmanuel Macron
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avec le président européen, monsieur Antonio Costa, vous rendre compte des discussions que nous venons d'avoir un instant. D'abord, nous avons une concertation avec plusieurs pays européens et avec les institutions européennes et l'OTAN pour ensuite avoir un échange qui vient de s'achever et qui, pendant une heure, nous a permis de coordonner les choses avec le président Trump avant la réunion qui va donc se tenir en Alaska le 15 août prochain.
Les positions sont connues et elles marquent aussi l'unité, pas simplement des Européens, mais de tous les alliés qui se sont retrouvés dans cette coalition des volontaires que nous avons bâtie ces derniers mois, qui est de dire que nous tenons évidemment à cette unité, que nous voulons que tout ce qui concerne l'Ukraine soit discuté avec l'Ukraine, que nous voulons une paix qui soit robuste et durable, c'est-à-dire une paix qui règle à la fois les questions territoriales mais de garantie de sécurité pour l'avenir.
L'échange avec le président Trump, a permis d'éclairer ses intentions pour la réunion du 15 août prochain et nous a permis d'exprimer très clairement nos attentes et je tiens ici à l'en remercier. Et je crois pouvoir dire que plusieurs messages sont ressortis de l'échange que nous venons d'avoir et qui sont à mes yeux très importants. Le premier, c'est que le président Trump a été très clair sur le fait que la volonté américaine était d'obtenir un cessez-le-feu à l'occasion de cette réunion en Alaska.
Et c'est très important qu'à l'occasion en effet de cette réunion, il puisse y avoir un cessez-le-feu qui soit obtenu par les États-Unis d'Amérique et nous soutenons cette initiative en même temps que des nouveaux échanges de prisonniers et des libérations d'enfants. Le deuxième élément sur lequel les choses ont été très claires et exprimées ainsi par le président Trump, c'est que les questions territoriales qui relèvent de l'Ukraine ne peuvent être négociées et ne seront négociées que par le président ukrainien. Et c'est la position que nous soutenons. Elle a été très clairement exprimée par le président Trump et donc elle augure de nos réunions à venir.
Le troisième élément, c'est le lien qui doit continuer d'exister entre toute concession territoriale et les garanties de sécurité qui seront apportées à l'Ukraine. Vous savez que c'est la position que nous défendons, sur laquelle nous nous sommes battus ces derniers mois, qui a donné lieu même à l'existence et à la planification de notre coalition des volontaires. Eh bien, le président Trump l'a exprimé clairement en ces termes. Il a dit même des choses qui, pour moi, sont très importantes. Le fait que l'OTAN ne doit pas faire partie de ces garanties de sécurité. On sait que c'est un point fort particulier pour la partie russe.
Mais que les États-Unis et tous les alliés qui étaient prêts devraient en faire partie. Et c'est ce en quoi nous sommes engagés. Et c'est une clarification, pour moi, très importante que nous avons eue aujourd'hui. Enfin, il va donc se battre aussi pour obtenir un rendez-vous à venir. Et donc une trilatérale avec le président Trump et le président Zelensky. Et je pense que c'est un point très important à cet égard. Et nous souhaitons qu'elle puisse se tenir en Europe, dans un pays neutre, qui soit accepté par toutes les parties. En tout cas, à mes yeux, je vois cette réunion comme un point très important.
Juste après, nous allons tenir cette coalition des volontaires avec le président Kochtat et nos partenaires, que nous présiderons avec le chancelier Mertz et le Premier ministre Starmer. Et avec la présence également du président Zelensky et d'une partie américaine. Et elle nous permettra de décliner de manière très concrète avec nos collègues, tout cela.
Eh bien, tout d'abord, je voudrais remercier le président Macron de m'avoir accueilli ici aujourd'hui, quand j'étais en vacances en France pour changer de tenue, pour avoir cette très importante réunion de travail avec le président Trump. On est venu ici pour travailler main dans la main, avec le même objectif, obtenir un cessez-le-feu et une paix juste et durable en Ukraine. Le président Macron a déjà très bien résumé les résultats de cette réunion. Et en fait, le président Trump nous a partagé trois objectifs très importants. Tout d'abord, le cessez-le-feu. Après que personne, qui l'Ukraine, peut négocier les affaires de l'Ukraine.
Et le troisième élément, c'est la disponibilité des pays des États-Unis de partager avec l'Europe les efforts de renforcer les conditions de sécurité quand on obtient une paix durable et juste pour l'Ukraine. Et donc, ce que je veux désirer et exprimer, c'est mes meilleurs voeux pour le grand succès. C'est un grand succès de cette réunion le vendredi, entre le président Putin et le président Trump, pour obtenir un cessez-le-feu et ouvrir le chemin de la paix en Ukraine.
Monsieur le président, on a souvent taxé l'Europe d'être une puissante impuissante. Est-ce que ces réunions vont permettre de changer les choses ? Est-ce que ça permet à l'Europe de donner de la voix ?
D'abord, je pense que c'est très important que l'Europe soit entendue avant un tel rendez-vous. D'abord, c'est une chose tout à fait naturelle que les États-Unis d'Amérique rencontrent la Russie. C'est plutôt une bonne chose pour pacifier le climat. Ils ont aussi beaucoup de sujets bilatéraux. Mais c'est important que si les questions qui touchent à l'Europe, à notre sécurité collective, sont abordées, il y ait une coordination avec nous, Européens. Et qu'après, d'ailleurs, nous soyons nous-mêmes acteurs. Je pense que ces dernières années ont marqué un réveil très important de l'Europe.
Depuis le sommet de Versailles qui a acté l'autonomie stratégique de l'Europe, nous avons pris des décisions fortes dans des domaines technologiques, industriels et de défense et de sécurité qui vont de l'avant. L'Europe, ces derniers mois, a pris des décisions historiques pour devenir une puissance militaire, ce qu'elle n'était pas en tant que quantité. Et il y avait jusqu'alors, on le sait bien, une Europe qui était un marché unique, une Europe qui avait des politiques communes. Mais sur ces questions de défense et de stratégie, une Europe qui se pensait ou à travers l'OTAN ou à travers des destins particuliers. Là, aujourd'hui, on a un vrai pilier européen de l'OTAN.
Il est reconnu comme tel. Et on a une Europe qui prend en main son destin. On sait tout ce qu'il nous reste à faire pour réduire nos dépendances. Mais je pense que l'unité qui est la nôtre aujourd'hui, notre capacité à dialoguer, à exprimer nos demandes, nos désirs, nos volontés, nos objectifs stratégiques, mais aussi à les porter, est extrêmement importante, est en train de marquer, si je puis dire en temps réel, un changement dans la nature de ce qu'est l'Union européenne. Nous sommes en train progressivement de devenir une puissance géostratégique. En tout cas, c'est ce que nous voulons et ce que nous continuerons de faire.
On voit qu'un risque à une liste de côté en Alaska ne sera pas présente.
Mais de la même manière que si demain, nous avons un appel et ce que nous ferons, et un rendez-vous avec la Russie, on peut aussi avoir des choses bilatérales. C'est tout à fait normal qu'il y ait un rendez-vous bilatéral entre la Russie et les États-Unis d'Amérique. Ce qui est une bonne chose, et là où l'Europe est respectée, c'est qu'il y a une coordination pour les sujets qui la concernent. Et donc, on ne peut pas s'émouvoir du fait qu'il y ait des rendez-vous bilatéraux. Il y a quelques semaines, le président Kojta et la présidente von der Leyen étaient en Chine pour discuter de choses très importantes en notre nom au collectif avec le président chinois. Les États-Unis n'étaient pas là.
Mais pour ce qui concerne notre agenda avec les États-Unis, il y avait eu un échange préalable. C'est normal.
On voit aujourd'hui la Russie gagner des territoires, continuer à avancer. Est-ce que vous avez demandé à Donald Trump qu'avant qu'il y ait la moindre négociation, d'abord, il faut que Vladimir Poutine arrête les combats, qu'il n'y ait plus de combats ? Est-ce que c'est une condition que vous avez posée sur la table aujourd'hui ?
D'abord, il est vrai qu'il y a une situation aujourd'hui militaire, ces dernières heures, qui a été difficile sur Pocros. Je sais aussi, et nous savons tous, que nous avons vécu ces derniers mois, ces dernières années, des moments tout à fait comparables à cette situation. À chaque fois, les Ukrainiens, par leur bravoure, leur choix tactique, ont su réagir et contrer ces offensives. Et par le soutien que nous avons apporté, nous avons donné la capacité de maintenir les positions. Et donc, c'est pourquoi, dans les points forts que nous avons pu faire, il y a deux choses par rapport à ce que vous dites qui sont à mes yeux importants.
La première, c'est que nous avons réitéré le fait que, jusqu'à ce qu'il y ait un cessez-le-feu puis une paix durable, il nous faut maintenir le soutien à l'Ukraine. Et quand je dis nous, c'est tous, Européens et Américains. Et la deuxième chose, c'est qu'en effet, le premier objectif du président Trump, à l'occasion de ce rendez-vous avec le président Poutine, en Alaska, sera de demander le cessez-le-feu. Et donc, je pense que c'est en effet comme ça qu'il faut procéder.
Il ne faut pas, si je peux ajouter, il ne faut pas oublier qu'il y a trois ans et demi, les Russes étaient à la porte de Kiev. Et les Ukrainiens ont heureusement repoussé les forces russes, avec le soutien de l'Europe, avec le soutien des États-Unis. Et maintenant, ce qu'on discute, c'est déjà très loin de Kiev. C'est dans la partie l'est de l'Ukraine. Et il faut tenir soit la pression sur la Russie, soit le support à l'Ukraine, soit l'effort diplomatique coordonné entre l'Europe, les États-Unis, le reste du monde. Parce que cette guerre, ce n'est pas seulement sur l'Ukraine, mais c'est la défense du droit international qui doit prévaloir sur la force.
On a parlé ces dernières heures d'échange de territoire.
Est-ce que c'est une question que vous avez abordée avec vos interlocuteurs ? On l'a abordée. Et je crois que le principe qu'il faut retenir, c'est que de toute façon, ces sujets-là ne doivent être discutés que par l'Ukraine. Et il n'y a pas eu de discussion à quelque niveau que ce soit, de manière robuste, sur des échanges de territoire. Il y a aujourd'hui une guerre qui continue, avec, comme l'a rappelé à l'instant le président Kosta, une Ukraine qui tient. Et il faut tous se rappeler qu'en février 2022, la Russie a annoncé une opération spéciale qui allait durer trois semaines.
Et donc, je pense que le plus important, c'est en effet qu'on doit ici se dire que les questions des territoires occupés seront des éléments déterminants d'une négociation de paix. Elles sont inséparables des garanties de sécurité qui sont apportées au reste du territoire ukrainien et à l'Europe. Et qu'elles ne peuvent être discutées sans la présence du président ukrainien autour de la table. Il n'y a pas aujourd'hui, de manière sérieuse, des schémas d'échanges territoriaux qui sont sur la table. Est-ce que l'Ukraine est prête aujourd'hui à des concessions territoriales, justement ? C'est au président Zelensky de le dire, c'est sans doute pas à nous.
Et nous avons vécu dans notre chair et dans notre territoire par le passé ces choses-là. Elles ne se font jamais de manière légère. Et un pays qui a perdu tant d'enfants pour défendre son territoire ne peut pas décider à la légère de céder quel ou quel territoire, que ce soit déjuré ou dé facto. Et donc ça, c'est le respect que nous devons au peuple ukrainien et à ses autorités. Nous, notre devoir, c'est d'être là pour apporter ces garanties de sécurité. Pourquoi ? Parce que d'abord, c'est la défense de l'ordre international. Il y a une charte des Nations Unies qui, justement, protège la souveraineté des peuples et l'intégrité territoriale de ces derniers.
Et si nous commençons à négocier pour le compte de tiers, le monde ne sera plus jamais en paix. La deuxième chose, je veux ici le rappeler, c'est qu'on parle en fait de la sécurité des Européens. L'Ukraine est aux avant-postes, dans la résistance, à un impérialisme territorial russe, qui a commencé d'ailleurs quasiment jour pour jour à se jouer en Géorgie en 2008. Rappelez-vous du 8 août 2008 en Géorgie. Et ça ne s'est plus arrêté depuis. Et en Géorgie, au Caucase, en Asie centrale, il y a une puissance de déstabilisation qui est là et dont on ne peut pas croire les mots. Parce qu'elle a plusieurs fois dit qu'elle ne ferait pas ceci ou pas cela, elle l'ensuite fait.
Et donc c'est pour ça que les garanties de sécurité, c'est le seul moyen de préserver la paix.
Est-ce qu'il faut de nouvelles sanctions envers la Russie ?
Nous avons pris un nouveau paquet de sanctions, nous en préparons un autre. Et je pense que ça dépendra des négociations des prochains jours et des prochaines semaines. Mais qu'il ne faut rien exclure. Notre souhait, c'est le retour à la paix, à la stabilité, à l'ordre international et le démantèlement de toutes ces sanctions. Mais celles-ci sont conditionnées à une paix durable qui sera acceptée par la Russie. En tout cas, il ne faut pas être faible sur ce sujet. Et si elles s'imposent, elles devront avancer.
Je note d'ailleurs que le président des États-Unis d'Amérique a pris aussi des sanctions qu'on appelle secondaires sur des pays comme l'Inde, qui achètent et revendent aussi du pétrole russe. Et donc c'est une logique qui est aujourd'hui partagée. Merci beaucoup. Merci. Nous allons donc tenir maintenant cette coalition des volontaires pour à la fois, évidemment, expliquer le teneur de ces discussions à l'ensemble de nos partenaires et organiser aussi le soutien à l'Ukraine dans la durée et ses garanties de sécurité. Merci beaucoup. Merci. Merci.
Emmanuel Macron