François-Xavier Bellamy invité de David Doukhan dans L'Interview Politique le 23 septembre 2019
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et David Ducan, vous recevez ce soir François-Xavier Bellamy, philosophe et député européen Les Républicains. Bonsoir François-Xavier Bellamy. Bonsoir. Alors, demain commence dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale française le débat sur la loi bioéthique avec, bien sûr, cette ouverture de la PMA pour toutes, c'est-à-dire pour toutes les femmes, pas seulement celles qui sont dans une situation médicale le justifiant. Vous y êtes, vous, François-Xavier Bellamy, fondamentalement opposé. Pourquoi ?
Parce que vous venez de le rappeler, au fond, cette réforme, elle consiste à retirer le critère médical qui jusque-là prévalait pour faire intervenir une procréation médicalement assistée. Ce qui veut dire que, fondamentalement, on va demander à la médecine maintenant d'intervenir sur des corps auprès de personnes qui ne sont pas malades, non pas parce qu'elles ont une pathologie, mais parce qu'elles éprouvent un désir que la condition humaine se refuse à combler. Et je ne nie pas ni la réalité, ni la légitimité, ni même la beauté de ce désir, ni non plus la souffrance que peut causer le fait de ne pas avoir d'enfant, de ne pas pouvoir en avoir.
Mais je dis juste que nous sommes en train de faire un choix de société qui est absolument fondamental qui consiste à faire en sorte que la technique, qui jusque-là réparait les corps quand ils étaient en mauvaise santé, puisse maintenant les augmenter. Il ne s'agit plus de guérir l'humain, il s'agit d'une certaine manière de guérir du fait d'être humain. Parce que c'est le fait même d'être humain qui fait que quand on est seul, un corps seul, le mien ou celui d'une femme seule, ne peut pas enfanter. Et c'est le fait même d'être humain que l'on va transformer ici par l'intervention de la technique.
Et c'est là votre principale opposition, c'est-à-dire ce risque de transhumanisme ? Ou bien il y a aussi la notion de deux femmes ensemble homosexuelles qui pourraient obtenir la possibilité d'avoir un enfant ?
Non, c'est vraiment, encore une fois, je crois que... D'ailleurs, il s'agit aussi d'ouvrir la PMA à des femmes seules, vous voyez, donc il n'est pas du tout question. Et demain, ça pourrait concerner par la GPA des couples d'hommes, mais aussi des hommes seuls.
C'est exclu. Le gouvernement est très clair là-dessus, il faut bien le préciser. Il n'est pas question pour ce gouvernement de mettre en place la GPA. Précision apportée.
On mettra ceux qui prononcent ces phrases devant leur responsabilité lorsque dans quelques années... C'est le cas du Premier ministre, par exemple, qui disait il y a quelques années, jamais l'extension de la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes, et qui aujourd'hui nous dit qu'il a changé d'avis, peut-être opportunément. Moi, je crois qu'il y a une constance à tenir sur des sujets qui sont aussi fondamentaux. Et j'ai du mal à comprendre d'ailleurs pourquoi ce qui, il y a quelques années encore, faisait consensus, c'est-à-dire la nécessité de faire en sorte que la PMA soit un acte médical, aujourd'hui semble pouvoir être abandonnée avec une telle facilité.
Parce que la société évolue sans doute.
Parce que l'Académie de médecine, qui a rendu un avis très défavorable à l'idée de la PMA pour toutes, mais tout en reconnaissant, et je la cite, la légitimité du désir de maternité chez toute femme, quelle que soit sa situation, peut-être que la société évolue pour accorder davantage d'importance à ce désir.
Mais encore une fois, que le désir d'être parent, que le désir d'être mère, père, soit universel, et que ce désir en tant que tel soit magnifique d'ailleurs, c'est quelque chose qui n'est absolument pas contestable. Personne ne reproche à quelqu'un d'avoir le désir d'avoir un enfant. La vraie question qui nous est posée, et c'est vrai que c'est le choix d'une logique, encore une fois je le redis, qui nous entraînera peut-être très loin, la question qui nous est posée c'est, faut-il que la technique vienne répondre à tous nos désirs, même quand l'expérience de la condition humaine en tant que telle est une occasion de les frustrer.
Et c'est vrai que la frustration est une cause de souffrance, mais nous sommes tous exposés à ces limites de la condition humaine, nous allons tous vieillir un jour, nous allons tous mourir un jour, et nous sommes devant un choix fondamental qui est la question de savoir si la technique doit transformer ou non la condition humaine. Je voudrais juste dire que les prochaines étapes, elles sont déjà inscrites dans ce projet de loi de bioéthique.
C'est par exemple la question de la sélection des embryons, parce que si le désir d'avoir un enfant est légitime et respectable, le désir d'avoir un enfant en bonne santé, le désir d'avoir un enfant qui vous ressemble, ou d'avoir un enfant qui a les yeux bleus ou les cheveux blonds, c'est-à-dire là, il est compréhensible aussi. Vous exagérez, vous exagérez. Non, pas du tout.
Dans la loi bioéthique, je précise pour nos auditeurs, dans la loi bioéthique, il y a effectivement une simplification des conditions nécessaires pour effectuer des recherches sur les embryons, mais pas, mais aucune volonté d'eugénisme telle que vous le laissez entendre.
Le désir a été par exemple discuté en commission au cours des débats qui ont déjà eu lieu, la généralisation de ce qu'on appelle le diagnostic préimplantatoire. Rejeté par Agnès Buzyn, le gouvernement s'y est opposé. Rejeté à deux voix près, je veux juste dire que c'est au fond, je veux dire, c'est une question de logique. Si on accepte que le désir doit commander l'intervention de la technique en tant que telle, je ne vois pas, au nom de quoi on refusera à des parents, au nom de quoi on refusera à une mère, à un père, le désir d'avoir un enfant qui soit par exemple en bonne santé, parce que c'est aussi un désir légitime et parfaitement respectable.
La volonté, ou en tout cas le fait d'inscrire dans la loi, la possibilité délibérée de faire disparaître le père, est-ce que c'est un sujet pour vous cela aussi ?
C'est évidemment un immense sujet, et d'ailleurs on le voit bien, on est dans une société où les pères prennent de plus en plus leur place, assument de plus en plus leurs responsabilités, où peut-être on a fini par comprendre qu'effectivement le père n'était pas seulement nécessaire à la procréation, mais aussi à l'éducation de l'enfant, et ça c'est une évolution de la société qui s'est observée dans les décennies qui viennent de s'écouler.
Est-ce que c'est important pour un enfant d'avoir un père, ou bien d'avoir cette altérité, deux personnes, deux parents ? En somme, que considérez-vous comme plus problématique ? Un couple de femmes qui aurait la possibilité de procréer par PMA,
ou une femme seule ? Encore une fois, ce n'est pas une question de hiérarchiser. La vraie question qui nous est posée, c'est est-ce que nous voulons effectivement effacer la relation entre la parentalité, le fait d'être parent, et l'expérience organique de l'engendrement ? Aujourd'hui, Jean-Louis Touraine, qui est rapporteur du projet de l'ON, nous dit « la mère n'est plus celle qui accouche, la mère c'est celle qui veut être mère ». Donc, on fait reposer la parentalité sur la simple expression de la volonté.
Eh bien moi, je crois que cette déconnexion entre nos corps et nos liens de famille, nos liens de parenté, cette déconnexion-là, elle augmente encore l'insécurité affective, c'est ce que rappelle l'Académie de médecine, que pourraient vivre demain des enfants qui auront peut-être du mal à se raconter leur propre histoire.
On vous a entendu sur ce sujet. Passons à un autre aspect, celui du climat. Le président Macron est en ce moment à l'ONU. Il a revendiqué une augmentation des fonds pour le fameux fonds vert de la COP21. Et puis, il a eu ses propos étonnants, en parlant de tous ces jeunes qui manifestent chaque vendredi. Bon, les dénonciations, on est au courant. A-t-il confié à certains de nos confrères dans l'avion qu'il emmenait à New York ? Et puis, il a ajouté qu'ils aillent manifester en Pologne. Parce qu'au fond, c'est bien la Pologne, explique-t-il, qui a bloqué l'agenda neutralité carbone 2050 en Europe. Êtes-vous choqué par ces propos du président de la République ?
Au fond, on attend toujours d'un président de la République qu'il puisse nous dire ce qu'il veut faire pour répondre aux problèmes qui se posent aujourd'hui. Et je crois que des mots qui peuvent être parfois inutilement blessants ne font pas avancer le débat. Mais sur le fond, il est très clair qu'on ne peut pas résumer la question climatique à un débat émotionnel. Je suis étonné que le président de la République lui-même ait reçu Greta Thunberg à l'Élysée pour ensuite se prononcer d'une manière qui pourrait paraître un peu méprisante à l'égard de ces manifestations.
Moi, mon sentiment, c'est qu'effectivement, les jeunes, je le dis aussi comme enseignants, les jeunes qui manifestent et qui expriment leur inquiétude devant l'avenir de notre planète le font de façon très légitime. Mais je crois que la manifestation ou la grève organisée le vendredi n'est pas la bonne idée. Parce que ce dont nous aurons besoin...
Vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron ?
Et sur ce point, je suis d'accord avec lui. Ce dont nous aurons besoin pour demain pour résoudre les problèmes qui se posent, ce n'est pas d'abord d'une manifestation d'émotions, c'est d'abord de réponses rationnelles, de réponses techniques, d'une innovation supplémentaire, de progrès. Et on a besoin de progrès. Alors, est-ce que le président les apporte ces réponses ? Quand vous le voyez batailler avec tous les autres pays... Je le dis moi à tous les jeunes qui nous écoutent que s'ils veulent apporter quelque chose à l'avenir de notre planète, le plus important qu'ils puissent faire, c'est de cultiver leur esprit pour être demain les inventeurs dont le climat aura besoin.
Et quand on entend le président de la République, par certains aspects, on peut être d'accord avec lui sur le fait que ce n'est pas la France qui est d'abord responsable de la crise climatique. La France a les émissions carbone parmi les plus basses en Europe et elle fait partie des pays qui sont plutôt vertueux dans la matière. Mais on a du mal du coup à comprendre quelle est la stratégie d'un président de la République qui simultanément ne sait plus, et c'est vrai aussi à l'échelle européenne, investir dans les technologies de pointe qui nous permettent d'avoir ce mix décarboné.
Pour vous, la réponse à la crise climatique, c'est le progrès technologique, là encore. Là où il vous gênait sur la PMA, sur l'aspect urgence climatique, vous faites confiance au progrès technologique ?
Je crois que la nouveauté n'est pas forcément un progrès. La vraie question qui nous est posée devant une nouveauté, quelle qu'elle soit, c'est est-ce qu'elle va être bonne ? Bonne pour l'humain ? Bonne pour le monde dans lequel nous vivons ? Et de fait, le grand danger, ce serait de croire à la fausse modernité de dispositifs qui, parce qu'ils sont inédits du point de vue de la technique, seraient considérés comme des progrès, alors que, rétrospectivement, ils pourraient apparaître comme étant en réalité des impasses. Et c'est d'ailleurs ce que nous avons vécu sur beaucoup d'aspects de notre vie dans l'agriculture, dans l'économie, dans l'industrie.
C'est ce qu'il faudrait se garder de faire en matière de biotique.
François-Xavier Bellamy, cette crise climatique, elle peut avoir une conséquence. Ce sont des mouvements migratoires encore plus importants que ceux que nous connaissons aujourd'hui. Alors, aujourd'hui, les ministres de l'Intérieur, Maltais, Français, Allemands et Italiens, ont trouvé un accord de répartition des migrants qui arriveraient par la mer, à Malte ou en Italie. Cet accord doit être ratifié par les 27, par les chefs d'État et de gouvernement. Est-ce que vous vous en réjouissez ?
Alors là, pour le coup, on est au cœur d'une contradiction qui est proprement scandaleuse, du point de vue politique, entre ce que le gouvernement dit à Paris et ce qu'il fait sur la scène européenne. À Paris, le président de la République voudrait se saisir de la question de l'immigration pour montrer qu'il a compris qu'il y avait une inquiétude dans la société française sur l'intégration et sur la manière dont notre société se construit pour l'avenir.
Et simultanément, il est en train de continuer en Europe exactement la politique qui ne marche pas et celle qui produit tant de drames en mer Méditerranée, celle qui consiste à expliquer qu'il faut se répartir les migrants qui arrivent en Europe plutôt que de maîtriser nos frontières pour pouvoir accueillir vraiment ceux qui ont besoin de notre solidarité, mais pour pouvoir faire en sorte que ceux qui ne seront pas éligibles à l'asile ne tentent pas de traverser la Méditerranée. C'est ce qui est en train de se produire.
Et quand on dit qu'on va répartir les migrants, on augmente encore ces flux migratoires, on jette une sorte d'invitation à beaucoup de ceux qui, par exemple sur le continent africain, rêvent d'un Eldorado qu'ils ne trouveront pas s'ils arrivent en Europe. Il ne faut pas se répartir cette immigration que nous ne savons pas maîtriser, il faut d'abord maîtriser nos frontières pour pouvoir accueillir vraiment et pour pouvoir faire en sorte que l'équilibre de nos sociétés soit garanti pour la vie.
François-Xavier Bellamy, député européen, Les Républicains, merci d'avoir accepté mon invitation. Sous-titrage Société Radio-Canada
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François-Xavier Bellamy