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interviewLe Monde (sur YouTube)· 16 avril 2026 7 min

Liban : pourquoi Israël a mené 100 frappes en 10 minutes juste avant un cessez-le-feu

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Des centaines de bombardements en 10 minutes sur un territoire qui fait à peu près la taille de l'île de France. On ressentait littéralement la terre qui tremblait sous nos pieds. C'était vraiment quelque chose comme si on était dans un film d'horreur.

Mercredi, c'était la plus grosse frappe israélienne sur l'ensemble du Liban depuis le début de la guerre. Israël mène au Liban depuis le 2 mars une nouvelle guerre contre le Hezbollah, une guerre conjointe à celle déclenchée par Israël et les États-Unis en Iran qui a causé des centaines de morts. Eux, ils sont la petite guerre dans la grande guerre, ce petit théâtre un peu secondaire qui ne suscite pas beaucoup d'attention de la communauté internationale.

Le 8 avril, un nouveau cap est franchi. Le nombre des frappes et leur violence est sans précédent. Nos journalistes du Monde sur place racontent en quoi cette journée marque un tournant logistique et humanitaire dans la guerre d'Israël au Liban.

La journée avait commencé par la signature d'un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran. Le Liban apprend vite qu'il n'est pas concerné, mais les gens malgré [raclement de gorge] tout commençaient à retourner vers le sud. Certaines personnes avaient de l'espoir, se disaient je vais pouvoir retourner chez moi.

Au lieu de ça, Israël bombarde intensément. Le 8 avril, au moment des frappes, Adrien Surprenant, photographe pour le Monde, est à Tyr dans le sud du Liban. Et il y a un ordre d'évacuation sur un quartier de Tyr.

Et à un moment donc la frappe a lieu, mais elle n'a pas lieu exactement à l'endroit qui était annoncé, c'est un peu à côté. Euh et dans la seconde, dans la foulée, il y a plein de frappes sur le sud Liban, donc dans notre dos. On arrive à un hôpital à Tyr et on voit ce monsieur blessé, Abderrahman Alaoui, qui nous raconte que en fait il était à 200 m euh en dehors du périmètre annoncé et il est blessé.

Il nous raconte que lui il veut pas quitter son pays, il veut pas quitter sa ville, il ne pas quitter ses affaires, c'est pour ça qu'il est encore là, mais qui évidemment s'il y avait eu un ordre d'évacuation sur la zone où il se trouvait, il se se serait éloigné. On décide de retourner vers Beyrouth en réalisant qu'il y a énormément euh de lieux qui ont été frappés sur Beyrouth, pas que dans la banlieue sud. L'une de ces frappes a eu lieu dans le quartier de Corniche el Mazraa, un lieu central de Beyrouth à une heure où les rues étaient remplies de civils.

Dans ces vidéos vérifiées par Le Monde, on se rend compte de l'ampleur de l'attaque. À Beyrouth, on va directement sur le lieu d'une autre frappe, il y a des secouristes qui sont encore en train de d'agir, il y a des pompiers, il y a une foule énorme. Donc en gros, à ce moment-là, tout est encore assez confus, il y a un monsieur qui cherchait ses trois enfants, euh il y en a d'autres qui cherchaient euh bah voilà des des membres de la famille euh et ils sont là avec des photos des gens sur leur téléphone à demander un peu à tout le monde est-ce que vous l'avez ?

Est-ce que vous l'avez ? Est-ce que vous l'avez ? Joseph Abou Khalil est Libanais, il est pharmacien à l'hôpital Hôtel-Dieu de France de Beyrouth.

Le mercredi, je me suis réveillé, c'était une journée normale, je suis parti au travail, on travaillait normalement à l'hôpital, tout se passait bien, jusqu'à ce que 13h30 ou 14h, les frappes ont commencé. On voyait la fumée se dégager dans tous les coins de la ville. Ces frappes, une centaine rien qu'à Beyrouth ce jour-là, ont fait plus de 350 morts en moins de 10 minutes selon les autorités libanaises.

Parmi les victimes, il y a eu beaucoup d'enfants. Et là, ce qui était vraiment particulier, c'est que en fait euh il nous racontait avoir énormément d'enfants blessés euh et d'enfants gravement blessés et d'enfants morts qui arrivaient à l'hôpital. Yara Amadé est la directrice de l'association Save the Children qui défend les droits de l'enfant à travers le monde.

Since the beginning of the war on March 2nd, uh over one uh 150 children were killed, 33 children out of those were killed only uh in few minutes on April 8th. Behind those numbers, L'objectif affiché par Israël lors des frappes du 8 avril, c'est celui d'affaiblir le Hezbollah. Israël est venu frapper des quartiers euh mixtes, sunnites, parfois chrétiens, parce qu'elle visait en fait des membres du Hezbollah ou des gardiens de la révolution iranien qui s'étaient réfugiés euh dans des hôtels ou euh dans des habitations qui étaient traqués en fait, hein.

Ils ont été suivis, dénoncés. Et le timing de ces frappes israéliennes n'est pas anodin. Ça arrive au moment même où les États-Unis tentent de mettre fin à leur guerre au Moyen-Orient.

Au Liban, c'est interprété comme une volonté aussi d'Israël de en fait imposer euh une défaite au Hezbollah. Et si jamais il y a une pression américaine pour aller vers un cessez-le-feu au Liban, voilà, Israël avait mené une opération très large euh d'ampleur. En fait, Israël voulait affaiblir le Hezbollah au maximum avant de potentiellement signer un cessez-le-feu.

Jusqu'ici, le président américain Donald Trump s'est désintéressé de ce conflit. Ils ont vécu euh toute cette guerre jusqu'à présent avec le sentiment qu'il y a une grande guerre, c'est l'Iran face aux États-Unis et à Israël. Et eux sont la petite guerre dans la grande guerre.

Pour le président américain Donald Trump, bah le le Liban, ça ça parle pas beaucoup. Lui, s'intéresse à la grande guerre. Et en fait, il a laissé une totale marge de manœuvre à Israël pour mener cette guerre au Liban selon ses euh ses objectifs.

Mais depuis le 8 avril, la position des États-Unis a changé. De premières négociations directes entre Israël et le Liban ont d'ailleurs eu lieu à Washington le 14 avril. Ce qui est un signe positif pour les Libanais que les Américains euh commencent à s'intéresser au moins un petit peu euh à à trouver une solution à la guerre au Liban.

Depuis le 8 avril, la situation au Liban est plus calme. Mais Israël continue de bombarder le pays malgré les discussions avec les États-Unis. Toutes les guerres souvent ont un début où il y a il y a une forme d'espoir que ça finisse.

Et là par contre, on a le sentiment d'épuisement, de lassitude et de de désespoir en fait. Il y a une fatigue dans la population et qui montre que cette guerre dure. Euh il y a une anxiété constante, la peur euh que les frappes reprennent tout à coup euh et sans sans prévenir.

La situation reste assez [musique] catastrophique. Tu as des centaines de personnes qui dorment dehors, l'ombre de la guerre qui plane sur tout même s'il y a pas de bombardement. On sent que tout est plus lourd, il y a moins d'insouciance mais plus de vigilance si vous voulez.